LOUIS XIY ET LA COLONNADE
nait par une plate-forme à l'italienne, qui ne pouvait s'accorder avec les proportions de l'altique du corps du logis de lieuii II; aussi
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tout en conservant le dessin primitif pour le rez-de-chaussée et le premier étage, se crut-on obligé de remplacer l'attique, dans les constructions nouvelles, par la reproduction pure et simple de l'architecture du premier étage : expédient médiocre, auquel aboutit l'imagination peu féconde des constructeurs. On ne s'arrêta pas dans cette voie. De même que la façade de la colonnade était trop haute, elle était trop large pour les corps de logis de Le Vau et de Le Mercier; elle les dépassait d'une quinzaine de mètres de chaque côté. On s'y résigna du côté de la rue Saint-Honoré ; on voulut y remédier du côté de la Seine, en élevant en avant de la construction à peine terminée de Le Vau une grande façade italienne, régulière, froide et majestueuse, mais sans oser toucher aux toitures du pavillon d'angle, ni au dôme central. Sans doute, on avait l'intention de les niveler plus tard; mais les travaux furent suspendus, et pendant près de quatre-vingtdix ans, les faîtes du dôme et des pavillons apparurent en arrière et au-dessus de l'entablement de la façade, que ne recouvrait aucun toit, avec l'aspect bizarre d'un édifice aux trois quarts caché derrière un monumental écran.
Il semble qu'en 1076 un coup de baguette donné par une fée jalouse ait soudain tout arrêté et tout suspendu au Louvre. Comme au château de la Belle au bois dormant, si bien décrit par Charles Perrault, la vie s'en serait retirée subitement. Les échafaudages subsistent encore, mais personne n'y monte plus. Les murs sont élevés, mais, sauf dans les parties anciennes et aux chapiteaux de la colonnade, les sculptures ne sont pas commencées ou restent inachevées. 11 n'y en a pour ainsi dire aucune sur les façades neuves de la cour. Les charpentes, les combles et les toitures ne sont pas posées dans tout le corps de logis de la colonnade, dans la construction nouvelle qu'on a juxtaposée à celui du midi, dans les trois quarts du bâUment du nord. Aies voir d'en haut, à vol d'oiseau, comme dans le beau plan de Paris exécuté par ordre de Turgot, prévôt des marchands, en 1739, on dirait de grandes boites sans couvercles. La pluie, les frimas y pénètrent sans obstacles, et c'est merveille si les murs n'en tombent pas, uniquement protégés comme ils le sont par les végétations
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LOUIS i.\V ET LA COLONNADE.
parasites, qui s'y épanouissent et les recouvrent. La colonnade ellemême , toute glorieuse qu'elle est , est à demi cachée par des hangars , des écuries, des maisons qui s'adossent contre sa base et qu'on n'a pas eu l'énergie de faire abattre.
Étrange abandon, digne du caprice d'un despote oriental ! On parle bien, en 1683, de consacrer 100,000 livres au Louvre; mais un devis n'est pas une réalité. On renonce à tel point au vieux château des rois qu'il est question en 1685, suivant une gazette de Hollande, de construire, par économie, un nouveau Louvre près des Invalides, dont l'église serait la paroisse du roi et dont l'hôtel servirait de logement à sa maison militaire.
L'arrêt des travaux du Louvre correspond à l'apogée de la puissance de Louis XIV; il coïncide aussi avec l'accroissement du pouvoir de la bourgeoisie, qui s'empare de l'administration avec Colbert comme elle s'est emparée antérieurement de la justice. En se retirant à Versailles, il semble même que la royauté lui cède la place à Paris; elle lui a déjà abandonné le Palais de la Cité; elle lui a ouvert le Louvre, en donnant asile dans sa grande galerie aux «illustres» artisans; elle met quelques-unes des salles désertées à la disposition des académies, qui sont en très grande majorité composées de bourgeois. Elle continue à y honorer le travail manuel et intellectuel, dans ses formes les plus élevées, les arts, les sciences et les lettres, en abritant leurs représentants les plus autorisés, à côté des collect'ons précieuses qu'elle a formées.
Quoique plus d'un individu sans titres sérieux eût obtenu des brevets de logements, et qu'on répétât comme un proverbe : « Tous les bons maîtres ne sont pas à la galerie du Louvre », il s'en trouvait toujours un certain nombre dont le mérite était hors ligne. Si les ébénistes, les joailliers, les graveurs, les horlogers, les fourbisseurs qui y demeurent, étaient, à l'exception de quelques-uns d'entre eux, plus appréciés de leurs contemporains que de la postérité, il n'en est pas de même des peintres, des sculpteurs, des dessinateurs et
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des graveurs dont les œuvres ont survécu et leur ont assigné une renommée durable. On a oublié le nom du gentilhomme modénais Vigarani, chargé «de la conduite et de l'invention des ballets du roi »; mais on connaît ceux des dessinateurs et graveurs Chastillon, Israël Silvestre, Jean Berain, des sculpteurs Lehongre et Girardon. A la mort d'un titulaire, un autre artiste pouvait obtenir ses appartements. Girardon, qui était déjà l'un des hôtes de la galerie, se fit ainsi concéder en 1678 le logement plus vaste de l'orfèvre Ballin. Il lui fallait en effet, beaucoup d'espace, pour installer la précieuse collection qu'il avait réunie. Deux vastes salles, décorées avec art, renfermaient un nombre considérable de bronzes, de marbres, de modèles sortis de son ciseau, de statues et de bustes antiques, de copies faites à Rome par Du Quosnoy d'œuvres grecques ou romaines, à côté de momies, d'urnes et de vases funèbres. Le voyageur anglais Lister, qui visita cette galerie en 1695, ne vit rien de plus curieux à Paris; il exprime toute l'admiration qu'elle lui causa, et rend hommage à la grande courtoisie avec laquelle Girardon recevait les étrangers.
Le goût des grandes collections d'objets d'art était vif en France au milieu du dix-septième siècle. De 1645 à 1665, on avait acheté en Angleterre et à Rome tous les beaux tableaux qui étaient à vendre. Mignard disait qu'il y en avait un nombre infini en France. Mazarin en avait réuni six cent soixante-dix dans son palais, sans compter troiscent cinquante statues et bustes; le banquier Jabach avait acquis, après la mort de Charles Y% une partie des tableaux de grand prix que ce prince avait achetés au duc de Mantoue. Colbert persuada au roi qu'il importait à sa gloire de réunir dans son palais le plus grand nombre possible de chefs-d'œuvre de l'art. Au moyen âge, on recherchait surtout les pièces d'orfèvrerie, qu'on étalait sur les dressoirs dans les circonstances solennelles; les tapisseries et les fresques étaient les principales décorations des salles, et si l'on voyait parfois des triptyques et des statues, ils y étaient placés plutôt dans un but d'édification religieuse que pour charmer les yeux. Les grands progrès de la peinture au commencement du seizième siècle firent apprécier les a;uvres d'art pour leur beauté intrinsèque. Les tableaux
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furent recherchés pour le mérite de leurs auteurs, qui devenaient célèbres dans toute l'Europe. François I" voulut décorer ses appartements de plusieurs toiles de Raphaël et de Léonard de Vinci, qui sont aujourd'hui parmi les joyaux du grand salon du Louvre. Il fit faire son portrait par Titien; il emmena Léonard à sa cour. Mais les tableaux qu'il réunit restèrent à Fontainebleau, jusqu'à ce que Louis XIV les fit venir au Louvre. Celui-ci venait d'acheter les tableaux de Mazarin et de Jabach; Colbert, qui parait à la fois l'inspirateur et l'organe de ses volontés , faisait acquérir un grand nombre de peintures à prix élevés, en Italie, par des agents diplomatiques et des intermédiaires spéciaux; et bientôt la collection du roi pourra rivaliser avec les plus renommées de l'Europe, celles du Vatican et des palais des ducs de Toscane. Elle s'accrut de telle sorte que le nombre de deux cents tableaux, que possédait la couronne à l'avènement de Louis XIV, s'élevait à plus de deux mille à la fin de son règne.
Colbert recommandait à Bernin de disposer au Louvre un appartement pour mettre les tableaux du roi, en ménageant les jours de manière qu'ils fussent bien éclairés. L'échec du plan de Bernin n'empêcha pas d'installer une grande partie d'entre eux dans e sept chambres fort hautes et dont quelques-unes avaient plus de cinquante pieds de longueur » . Elles étaient situées, croyons-nous, à l'ouest et au sud-ouest du pavillon du roi, et comprenaient le grand cabinet, le salon ovale, les pièces de la bibliothèque et des comédies domestiques, le grand salon carré, sans compter la galerie d'Apollon. En outre, le vieil hôtel de Gramont , où logeait Le Brun et qui était presque adjacent au Louvre, renfermait quatre pièces remplies de peintures, de statues et de bas-reliefs de bronze, de marbre et d'ivoire. Les salles du Louvre étaient garnies de tableaux jusqu'aux corniches. On y voyait môme, en certains endroits, « des espèces de volets qui en étaient couverts des deux côtés, de sorte qu'estant couchés contre la muraille, cela faisait trois rangs de tableaux ». « Les plus anciens et les plus rares, lit-on dans le Mercure, sont enfermés dans des manières d'armoires plates et dorées, dont tout le dessus est peint, et l'on pourrait dire que ce sont des tableaux qui en cachent d'autres. On est obligé
LES COLLECTIONS liOYALFS.
de prendre ces précauUons pour ceux qui, ayant été faits depuis un grand nombre d'années, peuvent être facilement g;ïtés. »
Lorsque Louis XIV visita cette collection le 5 décembre 1081, elle était dans tout son éclat. Elle aurait mérité le nom de musée, si ce
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mot eût existé, plutôt que la désignation modeste de cabinet des tableaux du roi. La galerie d'Apollon était terminée , sauf la partie centrale du plafond; l'or, qu'on y voyait briller de toutes parts, était ce qu'elleavaitde moins rare, dit \e Mercure galant, àqui nous empruntons ces détails; tout y était admirable, depuis la ciselure des serrures des portes et des fenêtres jusqu'aux peintures et aux sculptures du plafond. Louis XIV n'hésita pas à comparer les œuvres de son peintre Le Brun à celles des grands maîtres italiens. Et pourtant que de cbefsd'œuvre de ces maîtres dans les sept chambres du Louvre : seize Raphaël; aucune collection, si ce n'est àRomeet àFlorence, en contenaitelle autant? dix Léonard de Vinci, six Corrège, vingt-trois Titien, dixhuit Paul Véronèse, huit Dominiquin, douze Guide, dix-sept Poussin, quatorze Van Dyck, sans compter les Rubens, les Valentin, les Albane, les Antoine More! Et parmi ces chefs-d'œuvre, la Belle Jardinière , la Sainte Famille de Raphaël, la, Joconde de Léonard, VEcce homo du Titien; réunion incomparable, dont le total devait certainement dépasser plusieurs centaines de tableaux, mais qui ne saurait être fixé, en l'absence d'inventaire remontant à cette époque !
Le Brun était le garde de cette merveilleuse collection; il avait présidé à son organisation en 1679, aux réparations et au vernissage de plusieurs d'entre eux. Il eut sans doute plus qu'un autre le regret d'en voir se disperser une grande partie après les avoir tous réunis avec soin. L'admiration du roi pour certains d'entre eux était funeste à la collection . Déjà, il en avait fait transporter vingt-six à Versailles ; en décembre 1681 , il en choisit encore quinze pour orner ses appartements; ils étaient de Paul Véronèse, du Guide, de Poussin, de Le Brun. Ce dernier pouvait-il s'opposer à leur enlèvement? Bientôt, il en faudra pour Trianon et pour Marly ; surtout après la mort de Colbert et celle de Le Brun, le cabinet des tableaux est considéré comme un gardemeuble, d*où l'on tire des peintures pour parer les châteaux royaux.
Passe encore si l'on n'en avait pris que pour eux! Les courtisans, le public, qui y était admis à certains jours, et les étrangers de marque auraient pu encore les admirer. Mais lorsque le duc d'Antin, fils de la marquise de Montespan, se fit donner en 1708 la charge de di-
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recteur général des bâtiments du roi , il transporta cent trente des tableaux du Louvre dans le vaste hôtel qu'il avait acheté au financier La Cour des Chiens, il en garnit ses antichambres, ses salons, sa galerie, ses appartements particuliers, ceux de sa femme et de sa bcllefille, la marquise de Gondrin. II n'avait que trop de goût artistique ou était conseillé par un connaisseur habile, car il prit la fleur de la collection, le dessus du panier du cabinet du roi, que celui-ci n'avait pas su se réserver: quelques-uns des plus précieux tableaux de Raphaël de Titien, de Corrège, les merveilles aujourd'hui du Salon Carré, ornèrent l'hôtel du duc d'Antin, jusqu'à sa mort qui arriva en 173G sans autre garantie qu'un inventaire que l'on renouvelait de temps k autre.
Il y avait encore, en 1693, quatre cent quatre-vingt-trois tableaux au cabinet du roi, mais en y comprenant ceux qui étaient dispersés en dehors du Louvre. D'autres inventaires, dressés en 1095 et en 1710, lors de la nomination et de la mort du peintre Ilouasse, successeur de Le Brun et de Mignard dans la garde des tableaux du Louvre, constatent que la belle collection de 1681 a été singulièrement décimée; mais on y voit encore de superbes portraits de Raphaël, de Tintoret, d'Holbein, de Van Dyck, VEcce homo de Titien, des Carrache, des Caravage. La vue y est attirée particulièrement par le grand tableau de la Madeleine auxpieds du Christ de Paul Véronèso , donné au roi par la république de Venise, et par les immenses toiles où Le Brun a retracé les batailles d'Alexandre. « Avant qu'on eût transporté à Versailles tout ce qu'on y voyait autrefois, écrit Germain Brice en 1098, on pouvait dire qu'il n'y avait pas de lieu en Europe où il se trouvât tant de belles choses réunies. » Il en restait assez encore pour que les curieux en peinture allassent les visiter, et on leur recommandait de s'adresser dans ce but au peintre Houasse, à qui elles étaient confiées.
L'Anglais Lister, qui parcourait les galeries du Louvre en 1697, y remarqua, outre les tableaux de Véronèse et de Le Brun, les jouets du dauphin enfant, conservés dans un grand nombre de boîtes et comprenant un camp avec tous ses détails, qui avait coûté 50,000 écus. En 1727, on pouvait toujours demander ù voir les tableaux; mais ils
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étaient si mal en ordre, qu'on en sollicitait rarement la permission. En 1744, beaucoup d'entre eux étaient enfermés dans des armoires. Les anciens appartements du roi et de la reine contenaient encore des décorations et des objets précieux, des plafonds de Le Sueur et de Le Brun, des paysages avec des scènes mythologiques; dans les cabinets de la reine mère, il se trouvait plusieurs portraits de rois et de reines, des toiles de Velasquez, des tableaux représentant des épisodes de la vie de Henri 111; mais la façade sans toiture que Perrault avait élevée du côté du midi projetait sur ces salles une telle obscurité qu'à peine pouvait-on apprécier les richesses d'art qui s'y trouvaient réunies.
Les plus belles statues anciennes, qui avaient orné la salle des Antiques, décorée, sous le règne de Henri IV, de marbres rares et de peintures de Bunel, avaient été pour la plupart transportées à Versailles. On prêta aussi au duc de Gesvres, en 1748, vingt bustes de marbre avec leurs scabellons, qui étaient encore en 1782 au château de Saint- Ouen, appartenant alors au duc de Nivernois. Les antiques, originaux ou reproduits en plâtre, qui restèrent à Paris, furent réunis avec des sculptures de Franqueville et de Germain Pilon, dans la salle des Cariatides, où l'on comptait en 1733 cent vingt bustes de marbre, soixante- quatorze statues et groupes, sans compter des bas-reliefs, tels que ceux de la colonne Trajane, d'autres fragments, et même des moules installés dans un désordre qui donnait à cette salle l'aspect d'un magasin. 11 s'en trouvait aussi en 1739, dans le couloir du rez-de-chaussée de la colonnade, tels que le grand bas-relief de Puget, représentant Alexandre et Diogène, au milieu de débris de tout genre et de décombres.
Au cabinet du roi se rattachaient les collections de dessins, qui provenaient en grande partie du banquier Jabach, à qui Colbert en avait acheté 5,542, presque tous de maîtres italiens. Elles ne cessèrent de s'accroître, et lorsqu'en 1722 elles furent séparées de celle des peintures pour être confiée à la garde de Coypel, elles comprenaient 8,593 numéros. Elles ne quittèrent point le Louvre, et jusqu'à la Révolution ne cessèrent d'augmenter par des acquisitions successives.
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Les dessins étaient communiqués aux amateurs dans une petite salle, où ils pouvaient les étudier à certains jours.
Colbert fit installer également au Louvre un cabinet des estampes, dont le point de départ fut l'acciuisition, en 1067, de la plus grande partie de l'incomparable collection formée par l'abbé de Marolles. Aux deux cent soixante-quatorze porl^feuilles que celui-ci avait cédés vinrent s'en ajouter d'autres, et bientôt le roi, voulant encourager l'art de la gravure, fit exécuter par des artistes habiles, dans les ateliers de l'imprimerie royale, des planches destinées à reproduire les événements importants de son règne, les fêtes princières et publiques, l'ensemble et les détails de ses palais et de ses châteaux, les tableaux, les statues, les objets rares et précieux qui les décoraient. C'était l'origine de la Chalcographie du Louvre, qui subsiste encore aujourd'hui, et qui stimulait à la fois l'art et le goiit artistique, en payant aux graveurs des sommes élevées pour des travaux qu'elle livrait au public à des prix modérés.
On pourrait considérer comme une annexe du Louvre le gardemeuble de la couronne, abrité dans les bâtiments subsistants de l'hôtel de Bourbon, en grande partie démoli pour faire place à la colonnade. Le garde-meuble renfermait une collection incomparable de superbes tapisseries du seizième siècle et des Gobelins, d'étoffes brodées en soie plate à fond d'argent et de perles magnifiques, de lits, de buffets chargés de pièces de vermeil doré de la renaissance, enfin d'armes et d'armures portées par des princes, entre autres l'armure que François L"" avait revêtue à la bataille de Pavie.
Si le cabinet de curiosités qui fut créé par François I" à Fontainebleau ne fut pas transporté au Louvre, le cabinet des livres, dont nous avons parlé plus haut, prit encore plus d'importance au commencementdu règne de Louis XIV. Il s'accrut, en 1661, des médailles, des pierres gravées, des albums de fleurs et d'oiseaux et d'autres livres qui avaient été légués au roi par Gaston d'Orléans. L'abbo Bruneau, qui en conserva la garde, vint s'installer près de ses collections, au second étage du château, où il fut assassiné par des malfaiteurs en IGGO. Les médailles avaient été préservées du vol, et
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pour plus de sûrelé, furent transférées à la bibliothèque du roi, rue Vivienne, avec d'autres objets précieux et quelques livres. Le cabinet des livres, qui n'était pas ouvert au public comme cette bibliothèque, devait s'enrichir, depuis 1658, d'un exemplaire do chaque ouvrage imprimé dans le royaume. Occupant les appartements de Mazarîn, il reçut aussi des dons, des legs importants, et s'augmenta par des acquisitions, sous la direction successive de l'abbé de Chaumonl, d'Irland de Lavau et do Dacier, jusqu'en 1723, époque à laquelle, l'abbé Bignon , garde de la Bibliothèque du roi, y fit transférer la plupart des collections du cabinet du Louvre, qui venaient d'être placées sous sa surveillance.
Le Louvre garda plus longtemps le cabinet des médailles formé par Colbert, où l'on conservait, avec les coins et les poinçons, les médailles et les monnaies frappées dans le palais même. Tous étaient exposés sur les tablettes d'armoires vitrées, qui garnissaient des pièces, situées dans l'entresol de la grande galerie, et décorées de peintures, d'ornements en relief, de bustes de marbre et do bronze, de portraits de membres de la famille royale. Ces salles pouvaient être regardées comme l'annexe des ateliers, où l'on continuait à frapper des médailles allégoriques en l'honneur du roi, des jetons à distribuer aux grands et aux académies. L'imprimerie royale, sous la direction des Anisson du Perron, qui s'y perpétuèrent de père en tils jusqu'à la Révolution, faisait sortir de ses presses les actes del'autoriiéet de belles publications do science et d'art, justement estimées. Le bureau et les ateliers de la Gazette de France étaient toujours sous les galeries, où les Renaudot, ses directeurs, avaient un logement. En 1673, François Kenaudot succéda à son oncle Eusèbe, fils du célèbre Théophraste.
La grande galerie n'était pas complètement abandonnée. On y avait exécuté d'importants travaux intérieurs de 1668 à 1071; Louis Boulogne et un autre artiste désigné sous le nom de Michel Ange en avaient peint les plafonds; des sculpteurs y travaillaient en stuc, tandis que des menuisiers y posaient des lambris. Plus tard, on y mettra des tapis de pied de la Savonnerie, façon de Turquie. Elle était en état, en 1699, de recevoir la première exposition des tableaux de l'A-
cadéniie qui eut lieu au Louvre, et dont nous parlerons plus loin; mais à partir de 1706, elle fut livrée au ministre de la guerre pour y déposer les plans en relief des principales villes fortifiées de France
et d'Europe, que Louis XIV avait fait exécuter à grands frais, surtout par Jean Berthier. lia étaient placés, au nombre de plus de cent soixante, sur des tables do bois, et les personnes, qui, par permission spéciale de la cour ou de l'inspecteur général des fortifications, étaient admises à les voir, ne pouvaient assez louer l'exactitude minutieuse de ces reproductions, où l'on reconnaissait les maisons principales des villes et jusqu'aux arbres des fortifications. Des fenêtres de la galerie, on jouissait d'un coup d'œil admirable sur la Seine, surtout lorsque, dans des circonstances exceptionnelles, on y donnait des joutes, on y tirait dos feux d'artifice. Ces fe-
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nêtres étaient mises à la disposition des seigneurs et des dames de la cour, du prévôt des marchands et du corps de ville; quatre des plus belles d'entre elles furent réservées, en 1699, aux ambassadeurs étrangers, qui y furent conduits en grande cérémonie. Des suisses veillaient à ce qu'ils y fussent à leur aise, sans être pressés par la foule. Les plus belles fêles furent célébrées en 1682, à l'occasion de la naissance du duc de Bourgogne, on 1609, lors de l'inauguration de la statue de Louis XIV sur la place Vendôme, en 1704, à la naissance du duc de Bretagne. Sur le soir, les débardeurs de la Grenouillère, vêtus de blanc, montés sur des barques blanches ou bleues semées de fleurs de lis, cherchaient à se renverser avec des lances émoussées ou donnaient au peuple le spectacle du jeu de l'oison. Des musiciens se faisaient entendre sur des bateaux. La nuit venue, un palais flottant entouré de portiques, décoré de statues et d'emblèmes, orné de figures allégoriques et mythologiques, s'embrasait, lançant des gerbes de fusées et de serpentins qui se reflétaient de toutes parts sur l'eau. Mais le plus beau spectacle était celui qu'offrait la galerie du Louvre, splendidement illuminée à l'extérieur sur les dessins des artistes les plus habiles.
En 1682, ce fut Berain qui les fournit, en 1704, Girardon. Les artistes, logés dans les galeries, avaient tenu à en faire eux-mêmes les frais; Girardon, qui occupait le plus bel appartement, au-dessus du portique du milieu, fit retracer dans une gravure, que nous reproduisons, la décoration et l'illumination qui avaient été exécutées à ses dépens, en 1682. Sur toute la façade, de nombreux obélisques et frontons avaient été disposés, et vingt-huit tableaux, éclairés par transparence rappelant, avec leurs emblèmes et leurs devises, les différents arts et métiers, qui avaient leur asile au Louvre, apparaissaient au milieu de cordons de feu, produits par dix mille lampes, disait le Mercure, et faisaient étinceler l'ensemble comme « un palais du Soleil ».
Le plus bel aspect du Louvre à cette époque était certes celui que présentait sa grande galerie sur la Seine. Depuis que la porte Neuve, avec sa tour ronde, avait été démolie vers 1665, rien ne venait rompre
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l'aspect de ses lignes majestueuses et prolongées. La construction du Pont-Royal commencé en 1685, un peu au-dessous du pont de bois, dit le Pont- Rouge, qui avait été enlevé par les grandes eaux l'année précédente, contribuait à rendre plus régulier le beau bassin du fleuve qui s'étendait jusqu'au Pont-Neuf. Il avait été question en ÎG5G d'établir, au moyen d'une loterie de 80,000 billets à 2 louis d'or, un pont de pierre entre la galerie du Louvre et le faubourg Saint-Germain , pour remplacer le pont de bois, qui, avait été brûlé; mais ce projet fut ajourné, et la façade du Louvre continua à se mirer sans obstacle dans les eaux de la Seine. Quel plus vaste et plus rare théâtre pour les fêtes publiques! quel plus beau décor que celui du Louvre, de la Cité, avec ses tours et ses flèches, et du palais des Quatre Nations ! Depuis que la royauté avait quitté Paris, il semblait que les fêtes célébrées en son honneur avaient un caractère populaire qu'elles ne présentaient pas . auparavant; elles ne se donnent plus dans l'intérieur du Louvre, mais au dehors ; des estrades sont construites sur les quais et sur les ponts ; une foule innombrable se presse sur les bords du fleuve; les membres du corps de ville circulent sur des bateaux ornés de tapisseries, au milieu des joutes dont ils ont réglé l'ordonnance ; en 1682, les jurés de certaines corporations industrielles ont fait les frais du feu d'artifice, tandis que les artistes logés dans les galeries rappellent dans leurs inscriptions la contribution qu'ils apportent à la joie que la naissance d'un prince cause à la population de Paris.
Si le Louvre s'éclairait du reflet des fêtes royales, il recevait aussi, dans certains cas, le contre-coup des misères publiques. Lors de la grande disette de 1G93, des distributions de pain eurent lieu dans son enceinte. Une estampe du temps nous montre des gens du peuple défilant dans un tourniquet, pour venir recevoir leur portion; les uns s'empressant de l'emporter, tandis qued'aulres se bousculent pour arriverplus vite et qu'un exempt, la canne levée, essaie de rétablir l'ordre parmi eux.
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