‹ Le Louvre et son histoireChapitre 32 sur 67 · LES ACADEMIES · texte numérisé non relu

LES ACADEMIES

Les fêtes du roi étaient célébrées diserètement dans l'intérieur du Louvre par les académies, que la monarchie avait fondées et qu'elle abritait dans le plus célèbre de ses palais, « Les muses, disait le Mercure en 1G72, sont à l'abri des insultes dans le palais du plus grand roi du monde. » Louis XIV s'honorait en honorant les manifestations de l'intelligence, comme s'il pressentait que l'éclat de son règne dût en retirer ses rayons les plus purs et les plus durables. Peu de temps après avoir abandonné le Louvre, pour toujours il y installa l'Académie royale par excellence, l'Académie française, fondée en 1630 par Richelieu. En mai 1672, il lui assignait pour tenir ses séances a l'antichambre qui était située au rez-de-chaussée entre le vieux appartement etl 'appartement neuf de la feue reine sa mère. » En 1073, Racine, Fléchier et un certain abbé Gallois y furent reçus le même jour.

Plus tard, le siège de l'Académie fut transféré dans les salles qui ouvraient directement sur ta cour à la droite du pavillon de l'Horloge. Elle y tenait trois fois par semaine ses séances parliculières, consacrées à la conversation et à la préparation d'un dictionnaire de la langue française, qui nevalutjamais ceux deFuretière, des Jésuites de Trévoux et dcLittré. Le long des murs, sur une tapisserie fleurdelisée, se détachaient les portraits du roi, de Richelieu, delà reine Christine de Suède et de quelques grands personnages, auxquels vinrent s'ajouter ceux des

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académiciens les plus célèbres. Au milieu, une grande table longue, à bouts carrés, couverte d^un tapis vert, était entourée de chaises de noyeren bois garni de mocade, remplacées plus tard par des fauteuils à bras, couverts en velours d'Utrecht. Les membres de l'Académie n'étaient jamais au complet, car en 1678, on ne compte que trente-six chaises et en 1788, que vingt-huit fauteuils. Un paravent de la Savonnerie garantissait à cette épo que contre les courants d'air de la porte, tandis que les fenêtres étaient drapées de rideaux de gios velours fleuret.

Les séances publiques, oîi l'on décernait des prix, où l'on recevait les nouveaux, membres, avaient lieu d'abord dans la salle des assemblées ordinaires. Mais le public, qui se pressait derrière les fauteuils, était si nombreux, qu il fallut prendre une pièce plus grande, que l'on décora en 178b de peintures blanches éblouis sautes, et où l'on établit des tri bunes, comme dans un théâtre, avec des loges grillées pour les grands personnages. L'affluence des spectateurs était telle qu'en 1774, on fut obligé de mettre une barrière à la porte de la salle, pour empocher le désordre et tenir les fiacres à distance. A la réception de Guibert, on évaluait à quatre cents le nombre des personnes présentes, bien qu'on n'eut distribué que trois cent vingt billets.

On ne peut pas accuser l'Académie d'avoir été ingrate envers ses fondateurs. La louange était alors à l'ordre du jour, surtout dans son

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enceinte, a Le principal objet de l'Académie, disait un de ses membres, est de consacrer le nom de l'incomparable Louis à l'immortalité. » On dirait une réunion de thuriféraires, qui lorsqu'ils ont cessé d'encenser le roi et leur fondateur, s'encensent réciproquement dans leurs discours de réception, tout en faisant parfois pétiller quelques grains de sel dans leur encensoir: Clermont-Tonnerre fonde, pour le meilleur panégyrique de Louis XIV, un prix annuel, qui est distribuéjusqu'en 1751 ; chaque année, jusqu'en 1790, le panégyrique de saint Louis est prononcé, lors de lamesse en musique que l'Académie fait célébrer en l'honneur de ta fête du roi, dans la chapelle du Louvre, qui peut être regardée dorénavant comme sa chapelle, à en juger par les tableaux plus profanes que religieux dont elle est ornée au dix-huitième siècle.

L'Académie des inscriptions et médailles, qui fut appelée également l'Académie des devises, siégea pendant quelque temps dans la salle môme de l'Académie française, avant d'avoir la jouissance d'une salle adjacente. Elle avait été créée, en 1663, par Colbert pour fournir des devises aux médailles, que le roi faisait frapper au Louvre, ainsi qu'aux tapisseries tissées dans sa manufacture des Gobelins. Elle indiqua sans nul doute le sujet de la médaille destinée à consacrer le souvenir de l'installation de l'Académie dans le palais, et sur laquelle l'image de l'Apollon Palatin rappelait le culte que les Césars avaient voué au dieu de l'éloquence. Plus même que l'Académie française, l'Académie des inscriptions paraissait vouée à célébrer la gloire du roi; sous l'impulsion de Colbert, elle consacra ses séances à préparer l'histoire de Louis XIV, en attendant qu'elle étendit ses attributions à l'étude de l'antiquité et à des travaux de sérieuse érudition. Un détail bien secondaire, relevé dans des inventaires de 1787, prouve qu'on y écrivait plus qu'à l'Académie française; elle possédait treize écritbires, tandis que l'autre n'en avait que quatre; il est vrai que les premiers étaient en bois noirci, et les autres en ébène.

La salle des séances était alors tendue de fleuret bleu fleurdelisé, en grande partie recouvert par de grands tableaux allégoriques d'Antoine Coypel. L'un d'eux représentait l'Histoire écrivant et contemplant le médaillon de Louis XIV. Les bustes do Minerve, de Clio,

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d'Apollon et de Minerve, se dressaient contre les murs, à côté de ceux de Colbert et du Régent, au-dessous d'un Christ de bois peint en marbre. Les académiciens, qui craignaient le froid, avaient fait placer deux poêles dans la salle et garnir les portes de trois tambours; grâce à ces précautions, ils y venaient en plus grand nombre l'hiver. Des chaises couvertes de damas bleu et des banquettes placées dans une tribune étaient mises à la disposition du public, admis aux séances

semestrielles, que cette académie, comme les autres, tenait après Pâques et la Toussaint.

L'Académie des sciences, créée également par Colbert, avait été, trente-trois ans après son établissement, transférée au Louvre, où elle tint sa première séance le 29 juin 1099. La première antichambre de l'appartement du roi, à la suite de la grande salle des gardes, lui fut affectée spécialement, avec son magnifique plafond du temps de Henri II et ses fenêtres garnies de croisillons et de panneaux en plomb, qui ne furent modifiés qu'en 1778. A cette époque, elle était tendue en damas d'Abbeville, sur lequel se détachaient dix-huit bustes et quelques portraits de princes et surtout de savants; au-dessus de la cheminée, était placée une toile d'Antoine Coypel, Minerve tenant le porlrait du roi. Deux pièces adjacentes furent concédées à l'Acadé-'

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mie des sciences pour y placer ses collections; dans la première, on voyait les modèles de difïorentes machines qu'elle avait approuvées; la seconde n'était autre que la chambre à coucher du roi; elle était consacrée à la bibliothèque, et l'alcôve, où avait été dressé le lit de Henri IV, reçut les bocaux renfermant des objets d'histoire naturelle légués par d'Onsenbray. En 1786, on aménageait les anciens appartements de Mazarin pour y placer la collection de machines et d'outils que TAcadémie avait réunie et qui passait pour la plus riche de l'Europe.

Toutes ces salles étaient montrées aux étrangers, quand ils le désiraient, par les suisses de la porte royale. Des princes, parmi lesquels on cite Pierre-le-Grand et Joseph II, se firent un honneur d'assister aux séances des compagnies savantes qui y siégeaient. Joseph II refusa le fauteuil qui lui était offert; on lui donna le spectacle de Lavoisier asphyxiant un oiseau que Sage fit revivre avec de l'alcali. Le comte du Nord, le futur empereur de Russie, assista à une séance de l'Académie française, où le secrétaire perpétuel d'Alembert, « lui cria des compliments, selon madame d'Oberkireh, du môme ton de voix aigre avec lequel il l'eut injurié ».

Non loin de l'Académie des sciences s'établit, en 177G, une société royale de médecine, dans l'une des salles du rez-de-chaussée, dépendant de l'appartement delà reine. Tandis que la première de ces compagnies était appelée h donner son avis sur les inventions nouvelles, la seconde examinait les remèdes pour lesquels on demandait des brevets, et surveillait les eaux miuérales. Presque tous ces corps savants, institués par l'État, avaient un but pratique que n'ont pas de nos jours au même degré les sections diverses de l'Institut. A l'exception de l'Académie française, formée de quarante membres égaux en droits, les autres, reconnaissant une sorte de hiérarchie, étaient composées de membres honoraires , pensionnaires et associés , et presque toutes donnaient l'enseignement à un certain nombre d'élèves.

Faut-il rattacher Èi ces académies l'Académie de politique, qui fut établie au Louvre par Torcy, en I7I0, à l'époque où ce ministre fit transporter le dépôt ou les archives des affaires étrangères au-dessus de la

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ciiapcllo, SOUS le dôme de Le Mercier, dans « le magasin des vitriers » et dans une pièce adjacente. Nemeitz, qui en parle en 1727, dans son Séjour de Paris, dit « qu'elle n'est pas si publique que les trois autres; et d'autant, ajoute-t-il,. qu'elle ne traite que des secrets de la couronne et de l'état, on n'en apprend guère do nouvelles, pas même dans Paris ». A vrai dire, c'était plutôt une haute école de diploma-

tie qu'une société savante proprement dite. L'abbé do Saint-Pi-ix, garde du dépôt, en était le directeur. Recrutés parmi les jeunes gens de bonne famille, instruits dans les humanités, la philosophie et le droit, les pensionnaires, au nombre de dix environ, recevaient une allocation annuelle de 1,000 livres ; il y avait en outre plusieurs attachés. Désignés tous sous le nom de « messieurs du cabinet >, on leur faisait étudier, sous la conduite de Saint-Prix, de l'abbé Legrand et de Clérembault, les traités, les actes de la cour et de la chancellerie; on leur développait l'histoire et les intérêts des différents peuples; on leur enseignait les langues vivantes, afin do les mettre à même de devenir secrétaires d'ambassade ou de remplii* des missions de confiance à l'étranger. Cette institution disparut, vers la fin de la Régence, sans bruit comme eiles'étaitformée; maîsle dépôt des affaires

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étrangères resta au Louvre, jusqu'en 1763, où ii fut transféré dans un hôtel construit spécialement pour le recevoir à A'ersailles. Il contenait les papiers les plus précieux, notamment ceux de Richelieu, de Mazarin, les manuscrits du duc de Saint-Simon et de De Mesmes, et la précieuse collection de dessins et de documents historiques réunie par Gaignières.

Comme l'Académie de politique, les Académies d'architecture et de peinture formaient des élèves; mais elles étaient constituées en corporations, et leur action devait être plus efficace et plus prolongée. Celle d'architecture avait été créée en 1671 par Colbert. Elle s'installa en février 1693 dans une partie du vieil appartement de la reine mère, pour se transporter plus tard dans le corps de logis qui lui faisait face au nord. Une de ses salles, garnie de quarante chaises recouvertes en maroquin, était consacrée aux conférences et assemblées particulières ; une autre aux modèles de monuments; une troisième, aux professeurs qui y faisaient des cours gratuits et publics deux fois par semaine. Les architectes, qui composaient cette compagnie, se réunissaient pour conférer entre eux, ou pour donner des avis sur des constructions projetées ou en cours d'exécution. C'est ainsi qu'ils firent connaître en 1679 leur opinion sur les pavillons projetés de la colonnade du Louvre. En 1078, ils se déplacèrent pour étudier les matériaux dont étaient construits les anciens édifices de Paris et des environs. La théorie, s'appuyant sur la pratique, leur permettait d'émettre des jugements autorisés et d'imprimer à leur enseignement une direction utile.

Il on était de même à l'Académie de peinture et de sculpture, fondée par Mazarin en 1648, sous l'influence de Le Brun, pour affranchir les peintres de talent des entraves corporatives. Après avoir été abritée de lG56à 1661 sous la grande galerie, puis au Palais-Royal, elle s'établit définitivement au Louvre en 1693, dans le cabinet du roi adjacent à la rotonde d'Apollon. Peu à peu, l'Académie étendit son domaine sur le grand salon carré et les pièces voisines. Une série de six planches gravées au dix-huitième siècle indique les nombreux tableaux dont elles étaient décorées et la plÊfCe qu'ils occupaient sur les lambris.

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Les salles de l'Académie formaient sous Louis XV et Louis XVI un véritable musée. Une statue colossale de l'Hercule Farnese se dressait dans l'antichambre; dans une autre salle, on remarquait, au-dessus des armoires à hauteur d'appui, qui contenaient les livres et les dessins, le buste de Louis XIV par Bernin, ceux de Le Brun, de Mignard et des premiers protecteurs do l'Acadéniio, Mazarin, Colbert, Louvois,

c du Salon (la Louvre,

Villacerf, Mansard, le duc d'Antin, qui avaient été successivement, saut Mazarin, directeurs des bâtiments du roi. En 1750, on y plaça le portrait du marquis de Marigny, qui avait été payé 2,(X)0 livres à Tocqué. La rotonde d'Apollon étalait sur ses parois arrondies la Descente de Croix de Jouvcnet et la Présenlaiion de Simon Vouet, au milieu de nombreux portraits d'académiciens peints par eux-mêmes, audessus do sculptures en marbre, présentées comme morceaux de réception, et de moulages des plus célèbres statues antiques.

Les assemblées se tenaient dans le cabinet voisin, orné d'une belle pendule donnée par Jullienne, de nombreux tableaux d'académiciens cl de bustes du roi, de Raphaël, de Michel-Ange et d'autres

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grands artistes. Le piafond éiait décoré, comme nous l'avons vu, d'une loile du [^oussin, qu'on fit descendre en 1752, parce qu'elle courait risque de se gâter, pour la remplacer par une œuvre moderne de Chalies. On aurait voulu à la même époque faire poindre la coupole de la rotonde d'Apollon. La galerie, toujours ornée des grands labiaux de Le Brun, de toiles de Mignard, parmi lesquelles figuraient des portraits du roi et des princes, était-elle dans l'état de désordre et d'avilissement que signalait Lafond de Saint- Yenne en 1752? Chauffée par des poêles aux frais du roi en 1756, elle servait d'atelier à cette époque aux élèves protégés, sous la direction de Vanloo. Plus tard, l'Académie voulut faire peindre par plusieurs de ses membres, tels que Lagrenée et Renou, les surfaces inachevées du plafond. A côté des Batailles d'Alexandre, on y signalait en 1768 la Mort de la Vierge par Caravage, le David du Guide, quatre toiles de TAlbane, la Madeleine aux pieds du Christ de Véronèse, et de nombreuses vues de châteaux royaux par Van der Meulen.

L'Académie de peinture n'était pas une société spéculative, passant ses séances à disserter ; elle tenait une école et faisait des expositions régulières des œuvres d'art qu'elle produisait. Dirigée par quatre recteurs perpétuels, elle comptait douze professeurs et huit adjoints, recrutés parmi les artistes les plus renommés, et qui, à tour de rôle, étaient chargés de l'enseignement. Huit conseillers, choisis parmi les peintres et les graveurs, et seize honoraires amateurs ou associés libres prenaient rang avant les académiciens, dont le nombre était illimité et parmi lesquels quatre femmes étaient admises. Chaque professeur, pendant un mois, venait présider la- séance où les élèves, rangés sur trois rangs de bancs disposés en gradins, copiaient un ou deux hommes nus, placés au centre de la pièce. Le dessin qu'ils en faisaient s'appelait une académie. Un des modèles était logé au Louvre; l'on cite un d'entre eux qui resta plus de trente ans en fonctions et dont le ftls obtint un premier prix de sculpture. A la fin de l'année scolaire, les travaux des élèves étaient exposés, et des prix consistant en médailles leur étaient décernés solennellement le 25 août.

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