LES ACADÉMIES
rant les livrets des salons, qui ont été réimprimés de nos jours, on peut suivre toutes les évolutions de l'art français, depuis Le Brun jusqu'à David, majestueux sous Louis XIV, gracieux et coquet sous Louis XV, sentimental et quelque peu déclamatoire sous Louis XVI.
Les expositions s'ouvraient toujours le 2o août, jour de la fête du roi, et duraient un mois. Sous l'impulsion du comte d'Angiviller, l'État stimula les artistes qui y prenaient part, en leur donnant des prix depuis 1775, en faisant exécuter aux sculpteui"s les bustes des hoiimies illustres de la France, en commandant aUx peintres des tableaux historiques ou mythologiques, qu'il leur payait de trois à six mille francs. En 1785, il en demanda à Vien, à Vincent, à Suvée et à David. Depuis Louis XIV, le roi donnait aussi des pensions, qui variaient de 800 à 1,500 livres, aux recteurs et aux professeurs. H encourageait aussi les arts par des acquisitions de tableaux et de statues. Presque tous les membres de l'Académie recevaient des commandes importantes. En 1758, elles montaient à 4,000 livres pour Boucher, à 10,000 pour Nattier, à 12,000 pour Vernet. Les vues des ports de France étaient payées 6,000 francs chacune à ce dernier, qui exposa la plupart d'entre elles dans le salon carré.
Les secrétaires des académies étaient logés d'ordinaire au Louvre. L'appartement du secrétaire perpétuel de l'académie était situé audessus de la salle de ses séances. Du temps de Mirabeau , il passait pour « fort vilain. » Crébillon préféra demeurer en ville, et touchait 400 livres d'indemnité. D'Alembert, tout philosophe qu'il était, profita de l'hospitalité royale; il mourut au Louvre on 1783, et comme ce château dépendait de la prévôté de l'hôtel, ce fut cette juridiction qui fit apposer les scellés dans son logement après son décès.
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LOUIS XV ET MARIGNY
A la fin du règne de Louis XIV, le Louvre est totalement oublié. Un architecte du roi de Suède , le baron de Tessin , s'avise bien en 1704 de présenter à l'Académie d'architecture un plan pour son achèvement. Il prenait singulièrement son temps, et ne rencontra qu'un avis défavorable. Aucune police n'était même exercée dans l'enceinte du château. Les suisses, les concierges, et les gardes mortes-payes préposés à sa surveillance, ne s'inquiétaient guère de ce qui s'y passait. Seul le péristyle de l'ouest était accessible aux carrosses ; sous la colonnade, où l'on arrivait par une rue biaise, le vestibule, ni couvert, ni pavé, était ordinairement plein de boue et d'ordures; du côté de l'Oratoire, les piétons seuls pouvaient passer, sous un porche rétréci. Le curé de Saint-Germain se crut obligé de se plaindre, en 1701, des scènes scandaleuses, qu'on signalait dans les cours et sous les portes, et qu'il « qualifiait d'usages les plus infâmes. » Une enquête fut faite, à la suite de laquelle la circulation du public fut interdite ; mais les habitants du quartier réclamèrent, et l'accès de la cour ne tarda pas à leur être rendu.
Si Louis XIV délaissa Paris au point de n'y venir que quatre fois pendant les quinze dernières années de son règne, Louis XV, comme ses deux prédécesseurs, y résida pendant sa minorité; mais il ha-
LOUIS XV ET MAHIGNY
bila le château des Tuileries, où son bisaïeul avait séjourné de 1007 à 1669. Le Louvre donna asile à quelques personnes de sa suite, qui logèrent dans des appartements dont les possesseurs durent leur
faire place. 11 abrita dans des salles du rez-de-chaussOe plusieurs des conseils, qui avaient remplacé les secrétaires d'État, tels que les conseils du dedans, de guerre et des finances. En 17i0, le régent vint coucher à plusieurs reprises au Louvre, dans l'appartement occupé par feue madame la Duchesse, pour être plus à portée des délibérations de son Conseil. Le jeune roi lui-même passa (rois semaines en 1719, dans les appartements de la reine mère, a pendant qu'on nettoyait les Tuileries ». Comme s'il eût fait un voyage lointain, il profita de sa présence dans le château, pour aller voir fonc-
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tionner le balancier de la Monnaie et pour visiter les académies. Les directeurs de chacune d'elles ne manquèrent pas de lui faire une harangue, et le maréchal de Villeroy, gouverneur du roi, y répondit par des allocutions, où, suivant Saint-Simon, a on ne comprit ni pourquoi ni trop ce qu'il y dit ».
Les appartements de la reine mère étaient les seuls à cette époque qui fussent en état de recevoir des hôtes illustres. Ils furent préparés en 1717 pour le czar Pierre-le-Grand, qui venait visiter Paris. Il descendit, le 14 mai, à dix heures du soir, au vieux Louvre, après avoir traversé les rues Saint-Denis et Saint-Honoré, tout illuminées et pleinesd'un « peuple infini ». « Il parcourut, pendant une demi-heure, dit le Mercure galant, l'appartement qui lui était destiné, en admirant la magnificence des meubles de la couronne et le nombre prodigieux de bougies, tant de lustres que de girandoles, qui se réfléchissant dans les glaces lui causèrent une sorte d'éblouissement. Étant entré dans la salle, oii il trouva deux tables de soixante couverts chacune, en gras et en maigre, il les considéra et demanda un morceau de pain et des raves, goûta à cinq ou six sortes de vins, but deux gobelets de bière qu'il aime beaucoup, et jetant les yeux sur la foule de seigneurs et autres personnes dont les appartements étaient remplis, il pria M. le maréchal de Tessé de le faire conduire à l'hôtel de Lesdiguières, proche de l'Arsenal, qui avait été aussi meublé pour lui. M. le Maréchal ayant fait tout son possible pour l'obliger à se mettre à table et lui ayant en même temps représenté que le roi s'était flatté qu'il resterait au moins trois jours au Louvre, il le refysa constamment et pria qu'on lui laissât sa liberté. Comme on vit qu'il persévérait à vouloir s'en aller à l'hôtel de Lesdiguières, on lui exposa qu'il y avait trop loin, que Sa Majesté ne pouvait faire ce chemin à pied et qu'elle ne trouverait personne à cet hôtel. — Qu'importe, répliqua-t-elle, je ne m'embarrasse pas du chemin, et j'y veux aller. — » Le czar dut monter dans un carrosse de remise avec M. de Tessé. A l'hôtel, il préféra au lit superbe qu'on lui destinait le lit préparé pour son valet de chambre : « — En voilà assez pour me coucher, dit il je préfère les petits endroits aux grands. — Pendant ces mouve-
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