I.ULilS XV ET MAfiIGNY
ments, on transporta promptement la plus grande partie du souper
à l'hôtel de Lesdiguières. L'on y envoya soixante-huit paires de draps pour sa suite. »
Ce fantasque souverain revint au Louvre pendant son séjour à Paris. II en visita plusieurs salles et notamment la grande galerie des plans en relief, dont les honneurs lui furent faits par Asfeld et ses ingénieurs. Le maréchal de Villars et plusieurs lieutenants généraux étaient également présents. Le czar, qui ne parlait pas français, s'entretint en allemand avec Villars.
Dans les appartements, que le grand souverain du nord n'avait fait que traverser, vint séjourner, cinq ans plus tard, une petite princesse méridionale, âgée de quatre ans, l'infante Marie-An ne- Victoire, fille de Philippe V, roi d'Espagne, qu'un récent traité destinait pour femme à Louis XV. D'assez grands travaux, notamment en dorure et peinture, fureni; faits pour remettre à neuf les salles et les chambres qu'avait occupées Anne d'Autriche. On établit une cheminée dans la pièce où étaient les grands globes de Coronelli, qui furent transportés à la bibliothèque du roi, par les soins du sculpteur Desjardins. La salle des Antiques fut convertie en chapelle. Des logements furent aménagés pour les go^uvernantes, les sous-gouvernantes, les femmes de service, les valets de chambre, les huissiers; il fallut installer des cuisines, créer des écuries et des remises. Près de 202,000 livres furent ainsi dépensées. Le jardin, sur lequel donnaient les appartements, avait sans doute été longtemps négligé, car il fut presque entièrement refait et garda depuis ce temps le nom de l'infante qui venait y prendre ses ébats. La vue de la Seine ne lui faisait pas oublier le Mançanarès, qu'elle trouvait supérieur en beauté; elle se distrayait en dansant avec qui venait la voir, et en jouant à la poupée avec un petit dauphin de cire. Du large balcon d'une des salles du rezde-chaussée, la toute petite princesse et son royal fiancé, âgé de douze ans, vinrent un soir contempler le feu d'artifice que l'ambassadeur d'Espagne, le duc d'Ossone, fit tirer en l'honneur de leur alliance, sur la rivière, entre le Louvre et le palais Mazarin.
Il y eut encore des réjouissances sur la Seine en 1730, lors de la
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naissance du dauphin, et surtout en 1739, à l'occasion du mariage de la fille aînée du roi, Louise-Elisabeth, avec l'infant don Phihppe. La ville de Paris donna à cette occasion une fôte qui surpassa en éclat celles de la fin du règne do Louis XIV. Sur tous les quais et les ponts des lustres de quatre-vingts grosses lumières étaient suspendus aux potences des réverbères. Les édifices et les maisons étaient partout illuminés. Un temple de l'hymen, construit par Servandoni, s'élevait sur le terre-plein du Pont-Neuf, tandis que du milieu du fleuve surgissait une sorte de salon octogone, orné d'une colonne centrale, supportant un globe Iransparent. Autour de la colonne, cent soixante musiciens saluèrent de leurs fanfares le roi dès qu'il parut au balcon du Louvre. Soixante-dix petits bateaux, scintillant de lanternes qui formaient des dessins variés, évoluaient au pied de ce salon, qui semblait, dit le Mercure, « sortir du seiu des feux et des eaux ». Quel spectacle pour les spectateurs assis sur les gradins des berges , pour les princesses et les seigneurs de la cour placés dans les élégantes tribunes construites le long du jardin de l'infante, lorsque les fusées d'honneur et des gerbes d'artifice partirent des tourelles du Pont-Neuf; que des cascades de feux rouges tombèrent du haut des arches, que les bateaux lancèrent des jets de flammes, et surtout, quand de i'attique du temple de l'hymen, oii le chiffre des époux tracé en feux bleus fut remplacé par un soleil de cinquante pieds de diamètre, on vit s'épanouir en gerbe éblouissante le bouquet, « lagrande girando», composée de plus de cinq mille fusées!
Les dernières fusées parties, le Louvre rentrait dans l'oubli. Après le départ de l'infante, que d'autres projets de mariage avaient fait renvoyer en Espagne, il ne fut plus habité que par quelques officiers du palais, plusieurs personnes nobles privilégiées ou munies de charges de cour, les artistes et les secrétaires des académies. 11 y avait toujours des officiers, même lorsque la raison d'être de leurs fonctions n'existait plus, comme le « garde et guette de la tour et de l'horloge du château », dont la charge avait été conférée en 1605 au S' de Chambrun. Le gouverneur portait le titre de « capitaine-concierge de château du Louvre, tour du bois, haute et basse galerie, des portes,
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LOUIS XV KT MAKIGNY
hautes et basses cours ». En 1737, c'était un M. de Niert, amateur éclairé des arts, dont la veuve occupa longtemps le logement qui lui était assigné dans le palais.
En 1754, il eut pour successeur le trop fameux valet de chambre du roi Lebel. L'office de concierge particulier des hautes et basses cours fut exercé de 1604 à la révolution par une dynastie de Caresme, qui résidait dans une maison du roi, située rue Fromenteau.
La volière du jardin de la reine avait même son gouverneur, qui était en 1698 un S' Poisson, capitaine d'infanterie.
II y avait aussi au Louvre une juridiction dite de la Varenne, instituée dans les temps reculés oii l'on chassait aux abords du château, et qui était exercée par un bailli, un capitaine des chasses, un lieutenant général, un procureur du roi, beaucoup d'autres officiers et des gardes. M. de Catelan était titulaire de la capitainerie en 1698; en 1789, cette charge était exercée par le duc de Coigny, tandis que celle de lieutenant général était remplie par Beaumarchais, l'auteur du Mariage de Figaro.
Les audiences du bailliage et de la capitainerie royale de la Va-
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Kronliapice de l'Ombre Ait granit Colbert, gravé par Eiscn. La ville de Paris montre à Louis XV la colonnBiie du Louvre. A acs pieds, le génie du Louvre • ùcraaé soua le poids de riiuniLlialion •; à droite, l'ombre de Cotbert, ■ foudroyé par l'aspect de l'étal prCsenl du Louvre ■.
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renne se tenaient, au dix-huitième siècle, dans une pièce occupant une partie delà salle des gardes; meublée de trois canapés, de vingttrois chaises de moquettes et d'une table à tapis vert, elle était séparée par une cloison du cabinet de marine et n'avait pour tout ornement qu'un tableau représentant le Christ. On y jugeait les délits de chasse commis dans les plaines situées autour de Paris, dans un rayon de six lieues. Beaumarchais, qui raillait si agréablement la magistrature dans ses comédies, prononçait, aux audiences de la Varenne, des arrêts contre les délinquants coupables d'avoir lâché leurs chiens sur des territoires réservés, et d'avoir tué, comme il le disait lui-même, « non de paies humains, mais de pâles lapins ».
Les logements des entresols de la grande galerie étaient toujours sollicités par des artistes, des savants et des artisans distingués. En 1737 et en 1744, nous y trouvons les graveurs Drevet, le géographe D'Anville, un ingénieur, les peintres Coypel , Desportes et Bailly, le sculpteur Coustou, à côté du gazetier De Verneuil et du directeur de l'imprimerie du roi Anisson du Perron , des orfèvres Germain et Ballin, de l'horloger Julien Leroy. Lépicié etTocqué demandent longtemps des logements sans les obtenir. Au vieux Louvre, les sculpteurs Bouchardon, Slodtz- et Lemoine ont leurs appartements et de vastes ateliers. Coypel abandonna les deux qu'il occupait dans la galerie pour s'installer à l'extrémité ouest du corps de logis septentrional du vieux Louvre, dans une série de pièces du premier étage, que Boucher après lui habita jusqu'à sa mort, et dans lequel, d'après une lettre d'Henry Costa, il avait « une collection d'histoire naturelle immense »,
Les artistes coudoient dans le palais les grands seigneurs que la faveur royale y acasés : laduchesse d'Eslrées; le duc de Nevers, petitneveu de Mazarin, dont le jardin donne sur la rivière, et qui a de plus une écurie pour quinze chevaux et six remises; son fils, le prince de Mancini, qui a vendu 200,000 fr. au roi son palais de Rome pour l'Académie de France. Des entresols et des cloisons divisent les étages et les pièces pour recevoir des officiers ou des dignitaires de la maison du roi ou de la reine; le premier valet de chambre et le premier valet de garde du roi y ont leur pied à terre à Paris^ le premier
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