‹ Le Louvre et son histoireChapitre 36 sur 67 · I.OL'IS XV KT MAIilGNY. 21S · texte numérisé non relu

I.OL'IS XV KT MAIilGNY. 21S

écuyei' de la reine, le marquis de Tessé, liabite l'apparlement des bains d'Anne d'Autriche, non loin des deux sous-gouvernantes des

dames de France, mesdames de Villefort et de Lalandc, et de la première femme de chambre, madame Mercier, la nourrice de Louis XV, dont le portrait, au milieu de sa plantureuse famille, retracé par l'agréable pinceau de Jean Dumont dit le Romain, figure de nos jours au musée du Louvre.

Bien que les constructions du Louvre aient été depuis longtemps suspendues, des employés supérieurs des bâtiments du roi et même

des entrepreneurs s'y étaient aménagé des logements ; tels le directeur

des marbres, de Beaufort, le contrôleur général des bâtiments, Félix, et d'autres encore. Parmi les nombreuses maisons, que le roi avait achetées aux abords du Louvre, dans la prévision de sou agrandissement, quelques-unes, comme les hôtels de Longueville et de Gramont, étaient louées; la plupart étaient concédées par brevets à des fournisseurs du roi, à des ouvriers employés du château, à des officiers do la cour; cela ne suffisait pas aux convoitises et aux besoins de ceux qui profitaient de l'hospitalité royale. Plusieurs d'entre eux avaient des chevaux, et leurs écuries avaient été installées et appuyées contre les bâtiments même du palais. Sur les fossés qu'on avait comblés et dont il ne restait qu'un fragment de la largeur du pavillon de l'Horloge , on avait élevé des hangars adossés au mur de la façade extérieure la mieux dégagée, celle de l'ouest. Mais ce n'était pas assez d'obstruer les abords du palais; la cour intérieure restait libre; on y fit des constructions. Des sculpteurs, comme Verbeck et Vassé, y édifient leurs ateliers; le gouverneur et la duchesse d'Estrées se trouvaient à l'étroit pour loger leurs gens ; ils y font établir des bâtiments de dépendances; un inspecteur des bâtiments du roi s'y ménage une maison; le contrôleur des bâtiments, Mollet, qui aurait dît s'opposer à de pareils abus, y prend part plus que nul autre, en se faisant bâtir un véritable hôtel en pierre de tailles, dont la dépense, payée par l'État, est évaluée par d'Argenson à cent mille écus. Il surgit ainsi au milieu de la cour un groupe de constructions irrégulières, ombragées par quelques arbres, dont le plan de Turgot nous retrace l'aspect étrange et disparate.

La présence de tous ces habitants n'était pas seulement regrettable, au point de vue de l'aspect du monument; elle était aussi pour lui un danger. Des incendies se déclaraient parfois dans les ateliers remplis de matières inflammables, dans les appartements où l'on établissait, selon les besoins, des tuyaux de cheminée passant à travers les solivages et les fenêtres. Le 3\ août 1720, le feu prit dans l'atelier du célèbre ébéniste Boulle, sur la place du vieux Louvre, à côté de la galerie. Alimenté par les bois et les outils de l'atelier, il gagna la

Hosted by

Hosted by

Hosted by

LOUIS XV ET MARIGNY

galerie et la chambre de Boulle père. Les dégâts, qu'on put limiter, furent encore considérables. Les Boulle avaient, comme Girardon, formé une collection remarquable d'objets d'art, de médailles, d'estampes, de dessins et de tableaux, parmi lesquels fig;uraient un grand paysage de Paul Brill et une Chasse de Snyders. La perte totale qu'ils subirent fut évaluée à plus de 370,000 liv.

En 1740, le pavillon d'angle du nord-ouestfut dévasté par les flammes; elles montèrent du rez-de-chaussée où habitaient MM. de Tessé et de Champlot, jusqu'à l'attique, où logeait l'abbé Gaat. Les réparations nécessitées par les dégâts de l'incendie nécessitèrent une dépense supérieure à 210,000 liv.

L'opinion commençait pourtant à s'émouvoir de l'abandon dans lequel se trouvait le Louvre, des constructions parasites qui en obstruaient les abords et la cour, de l'aspect ruiné que présentaient ses parties inachevées. Lorsque la victoire de Fontenoy vint rehausser la gloire de la France, qui était dans un véritable état de prospérité, la décadence et l'abandon du vieux palais des rois parurent plus choquants encore. « On gémit, dit un publiciste en 1750, de voir ce monument de la grandeur de Louis XIV, du zèle de Colbert et du génie de Periault, caché par des bâtiments de Goths et de Vandales. » Voltaire, choqué comme tant d'autres de la construction élevée par Mollet au milieu de la cour, construction traitée par un autre auteur de monstruosité, écrivait en 1740 :

Faut-il qno l'on s'indigne alors qu'on vous admire, Et que les nations qui veulent nous braver, Flores de nos défauts, soient en droit de nous dire Que nous commençons tout pour ne rien acliever.

Mais, ô nouvel affront! quelle coupable audace Vient encore avilir ce chef-d'œuvre divin?

Quel sujet entreprend d'occuper une place Faite pour admirer les traits du si

Louvre, palais pompeux dont la France s'honore, Sois digne de Louis, ton maître et Ion appui ; Sors de Tétat honteux où l'univers t'abhorre Et dans luut Ion éclat montre-toi comme lui.

Hosted by

Page 1