I.OCIS XVI FT LE MUSÉUM
y faisant semer du gazon; et comme ce gazon s'étendit devant l'entrée de l'Académie française , on en profita pour faire contre elle cette méchante épigramme, que rapportent les Mémoires secrets :
Des favoris de la muse française Dangîïiller tient le sort assuré, Devant leur porte il a fait mettre un pré Oii désormais ils pourront paître à l'aiso.
Les abords du Louvre ne sont pas seulement souillés par les habitants mais par les voisins. « La place sert de halle et de privé, dit-on en 1773. à tous les marchands de guenilles de Paris. » Un suisse est nécessaire en 1775 pour empêcher « les horreurs qui se commettent sous la porte qui mène au quai ». Et les suisses eux-mêmes, peut-on compter sur eux? Comme ceux du Luxembourg, écrit Soufflot en 1770, ils se dédommagent de l'insuffisance de leurs appointements en tenant de petits cabarets dont ils s'occupent plus que de leurs portes; ils construisent des hangars dans les fossés pour leur usage personnel. En vain, l'on abat les maisons et les hangars pour dégager les abords du palais; ils sont toujours obstrués. On signale, sur la place du Louvre, des ateliers de tailleurs de pierre, des amas de bois et de pierre, des dépôts d'ordures qui pourrissent les murs en empestant l'air, des échoppes, qui rendent impossible toute police; on déplore les baraques et les étalages, qui « produisent l'effet le plus désagréable, » et l'on gémit de voir un aussi beau palais masqué par « de pareilles horreurs ». Des ordres sont donnés aux gardes des bàliments de les faire enlever; ils se heurteront souvent à des résistances ou à des iniluences avec lesquelles il faut compter.
La vieille monarchie laissait les petits venir à elle; tolérant chez eux une sorte de familiarité qui ne serait plus admise de nos jours, elle leur permettait de s'abriter à l'ombre de ses palais. A Versailles même, les étrangers étaient surpris de voir de petites boutiques installées jusque sous les péristyles et dans les vestibules du cliàteau. Au Louvre, il y en avait contre toutes les façades, dans toutes les allées, sous toutes les portes. 11 y eu avait tant, en 1773, qu'on ne pouvait plus
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accorder d'autorisation d'en établir, les vestibules « n'étant pas susceptibles de recevoir môme une chaise et une table ». Le guichet du côté de Saint-Germain-l'Auxerrois était tellement encombré, dit Edouard Fournier, qu'on l'évitait le jour comme un casse-cou, la nuit comme un coupe-gorge. Des deuî# côtés de la grande galerie, des marchands étalaient sur le pavé. Des petits fripiers, selon Mercier, bariolaient de leurs guenilles les. soubassements de la colonnade. Du côté de la place du Carrousel, des baraques en grand nombre étaient concédées à d'anciens domestiques du cardinal de Fleury ou de directeurs des bâtiments du roi, à des employés des bâtiments ou à leurs enfants, à des avocats au parlement, qui les louaient à leur profit. Toute une file de quarante échoppes était alignée le long du jardin de l'Infante. Elles appartenaient à l'Académie de peinture, qui en tirait 4,800 francs de loyer, et quand on voulut les faire enlever en 1784, l'Académie réclama si vivement qu'elle obtint un sursis. Lorsqu'on ouvrit un passage à travers ce jardin, le commandant du Louvre y établit des baraques, qui suscitèrent los plaintes de Soufflet. En 1771, un parent du marquis de Marigny obtient la permission de faire construire à l'angle de la colonnade, du côté de la rivière, un bâtiment de soixante pieds de long sur vingt pieds de large, pour y établir un commerce de limonadier, qualifié par un fonctionnaire de a tapagie indécente ». Si le comte d'Angiviller le fait enlever en 1770, c'est pour le laisser reconstruire près des Tuileries. Un petit spectacle, connu sous le nom de Fantoccini italiens, s'était également installé contre le palais dans une salle construite en Vertu d'une concession du marquis de Marigny. Tout ce qu'on pouvait, c'était d'interdire au directeur de ce petit théâtre d"y faire des réparations. En 1780, un inventeur obtiendra d'attacher à la balustrade du gazon du Louvre, du côté de la rue des Poulies, la voiture qui lui sert à mettre à l'eau son bateau insubmersible. A la longue, on finit cependant par aplanir et dégager la place qui s'étendit devant la colonnade. Suivant le Dictionnaire de Paris publié en 1779 et VAlmanach parisien pour 1789, elle se terminait du côté du quai par un mur à fleur de terre, et « de grosses barrières la divi-
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saient en deux grands carrés couverts de gazon s. Sur ces carrés qu'on appelle . les gazons du Louvre, . les enfantsjouent, les charbonniers font l'exercice, les gardes nationaux se réunissent, au début de la Révolution. A la fin de 1789, dix enfants y sont arrêtés pour avoir voulu pendre un de leurs camarades.
Tous les inconvénients extérieurs sont peu de chose à côté de ceux qui persistent dans l'édilice lui-même. La façade du côté do l'eau n'est
pas encore couverte et des bandes de pigeons continuent à se nicher dans les cavités des murs. Le gouverneur du Louvre fait tirer sur eux par un piqueur une ou deux fois par mois ; il eu reste toujours. Dans la grande galerie, où la poussière pénètre par les fenêtres mal jointes, volent des bandes de chauves-souris qui se réfugient dans les fentes dos lambris. Mercier, dans son Tableau de Paris, signale des multitudes de rats, près des ateliers des artistes. Les concessionnaires dos appartements les divisent selon leur fantaisie ou leurs besoins ; ils eu séparent les fenêtres à leur gré; ils construisent dans les vastes salles des cloisons et des entresols; Blondel, dans l'enceinte de l'Académie d'architecture, aménage c sept à huit logements très exigus en forme d'entresol pour des jeunes gens qu'il fient à pension >. D'autres, pour
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prendre le frais pendant l'été , établissent des balcons sur l'entablement des corniches de la cour. Dans la grande galerie, les auteurs du Dictionnaire de Paris trouvent avec raison « choquant qu'on ait laissé cribler toute la belle façade, pour en tirer des jours de lucarnes ». Au-dessus de la colonnade, Watelet ne trouve rien de mieux, en 1770, que de faire transporter des terres, dans lesquelles il plante des arbres, créant ainsi pour son usage personnel un jardin suspendu, dont les infiltrations détériorent les combles. Et partout, ce sont des tuyaux de poêles qui sortent par les croisées, surtout des loges des portiers et des suisses, des ateliers d'artistes et d'ouvriers établis sous la colonnade et sous les galeries. 11 y a d'autres dangers de feu dans les cheminées factices, montées sans précaution, dans les métiers exercés par certains artisans : ainsi l'on signale un fabricant de chapeaux de cuir qui entretient sous les combles un fourneau constamment allumé. Ailleurs, des opticiens vendent dans leur appartement du second étage des télescopes, des machines électriques et d'autres instruments de physique et de mathématiques.
Les artistes les plus en renom ont toujours leur logement et leurs aieliers au Louvre, ateliers que fréquentent les élèves et que visitent les princes de passage à Paris. En 1777, Joseph II les parcourt tous. Vers la même époque, M"^ Vigée, qui fut plus tard M°^ Le Brun, allait travailler avec d'autres jeunes filles dans l'atelier de Briard, et pour y rester plus longtemps, elle achetait chez un des concierges une portion de bœuf à la mode, dont elle vante dans ses mémoires la qualité parfaite. En 1785, le roi s'avisa d'interdire aux jeunes personnes'de fréquenter les ateliers des peintres; ce qui motiva les vives protestations de David, qui donnait des leçons à trois « demoiselles irréprochables, » et de Suvée, chez qui « les jeunes filles étaient confiées à la sagesse de son épouse » .
Les appartements des artistes étaient meublés avec une simplicité bourgeoise de bon goîlt, relevée par les tableaux et les estampes de maîtres qui tapissaient les murs. Joseph Vernet occupe, du côté de Saint-Germain l'Auxerrois, une série de chambres situées à deux étages différents, où se trouvent son atelier, ses pièces de réception, avec
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appartements de monsieur et de madame. Des commodes à bronzes dorés, deschiftonniers, des fauteuils de canne ou recouverts de serge cramoisie ou de camelot vert, des rideaux do tatïetas blanc
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