‹ Le Louvre et son histoireChapitre 39 sur 67 · LA · texte numérisé non relu

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corridor; mais dans le vieux Louvre, que les abords en sont difficiles

et sombres ! On y accède par des escaliers étroits, tortueux et noirs, des corridors sans fm, désolés, avec des poutres et des charpentes nues, des murs à peine achevés, de vrais repaires de voleurs et de bandits, dit Holcroft, tout à fait obscurs et où l'on est obligé d'entretenir des lanternes à frais communs pour s'y diriger.

Soufflot, son successeur Brebion et le commandant Bartouilh signalent la plupart des abus sans pouvoir les empêcher; ils ont le regret de ne voir entreprendre aucun travail important. Des devis sont dressés en 1777 pour la suppression de l'étage en attique du pavillon sud-est, qui fait saillie à l'angle de la colonnade; des réparations sont faites dans la cour pour empêcher des accidents imminents. Quelques ouvriers sont toujours employés, comme le témoigne Coignel en 1787. Dans le jardin de l'Infante, où de Bernières a dressé une loupe gigantesque, qui fond des écus de trois livres en cinq secondes, la destruction des marronniers avait dégagé en 1776 la façade du midi toujours inachevée. En 1783, on dresse des paratonnerres sur la grande galerie, comme a un exemple propre à entraîner la nation encore indécise » . Si l'on se borne à ces améliorations minimes, le gouvernement du roi ne se désintéresse pas entièrement du Louvre; il veut en faire le siège de plusieurs de ses administrations; il entreprend d'y créer un muséum.

Nous avons vu que les travaux du. Louvre avaient été repris en 1755, sous le prétexte d'y installer le grand conseil et la prévôté de l'hôtel. Le grand conseil, présidé par le chancelier, exerçait une juridiction gratuite et sans appel sur certaines questions ecclésiastiques etjudiciaires. On comptait d'abord en placer le siège sous la colonnade. Ce fut seulement vers 1775 qu'une partie de l'appartement de la reine mère lui fut attribué. Ses audiences furent tenues dans une salle dont les plafondsavaient été décorés parRomanellide scènes empruntées à l'histoire romaine. Ses délibérations avaient lieu dans la chambre à coucher d'Anne d'Autriche, tendue de tapisserie des Gobelins à médaillons, et les minutes en étaient serrées dans l'ancien cabinet des bains. La salle des Antiques fut divisée pour ménager au Grand Conseil un greffe et

LOUIS XV! ET I.E MUSEUM. 335

une chapelle, ainsi qu'une chambre d'audience pour la prévôté de l'hôtel. Cette dernière juridiction avait deux audiences par semaine, l'une à Versailles et l'autre au Louvre. Elle s'appliquait à la cour, à ceux qui en faisaient partie, et particulièrement aux habitants de ce dernier palais, qui n'étaient pas assujettis à la contrainte par corps, et à moins d'ordres contraires, aux visites des chambres syndicales des corporations.

En 1785, un huissier, qui voulait opérer une saisie sur un des artisans du Louvre, fut arrêté par les suisses et conduit au corps de garde où il fut retenu pendant une heure. Le château renfermait encore une prison, dans laquelle le gouverneur pouvait faire mettre les personnes accusées de délits graves commis « sur le terrain du gouvernement >, quitte à en référer au ministre de la maison du roi.

Non loin des locaux que devait occuper le Grand Conseil, le comte d'Ârgenson, ministre de la guerre, s'était approprié, en 1749, plusieurs salles de l'appartement de la reine mère pour y tenir ses audiences. La rotonde de Mars et la salle suivante furent particulièrement affectées à cette destination. Un corps de garde de vingt invalides prêts à recevoir ses ordres fut établi sous la colonnade. Le comte de Saint-Florentin, le cardinal de Bernis, ministre d'État, Malesherbes et le ministre Amelot eurent aussi leur salle d'audience et leurs cabinets dans le pavillon do l'Infante. Plus tard, en 1785, le minisire Galonné se fit aménager un appartement complet, antichambre et salle d'audiences, garnies de tapisserie des Gobelins, chambre à coucher et garde-robe. 11 voulut môme faire remplacer par un ciel clair les figures « d'une composition pesante et d'un ton noir » qui avaient été peintes sur le plafond de la seconde antichambre; exigence ministérielle à laquelle l'architecte Renaud fut obligé de céder après avoir essayé de résister.

Les ducs et pairs, dont l'autorité avait plus de prestige que de réalité, obtinrent en 1772 une salle de réunion et un logement pour leur secrétaire. La salle, placée d'abord dans le corps de logis du nord, puis dans l'ancien appartement delà reine mère, fut décorée de tapisseries des Gobelins représentant des épisodes de l'histoire de

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Louis XIV. Leurs archives furent déposées à côté des minutes du Grand Conseil, dans une partie de l'ancien cabinet des bains.

Ce ne furent pas les seuls dépôts de papiers et de documents que reçut le Louvre. Les minutes du conseil des finances, avec d'innombrables pièces de comptabilité et de juridiction spéciale, étaient entassées depuis la fin du dix-septième siècle, au second étage, dans les anciens appartements du cardinal Mazarin. Deux commis, à 2,500 francs d'appointements, veillaient sur les cartons, qui contenaient ces papiers. Les archives de la maison du roi et du département de Paris avaient remplacé celles des affaires étrangères, lorsque cellesci, comme nous l'avons vu, furent transférées à Versailles; on voulut en 1782, pour leur donner plus de place, transporter à l'hôtel des Invalides les modèles et les plans de la marine. Malheureusement la calotte du gros pavillon, sous laquelle elles furent déposées, laissait passer la pluie, et l'un des gardes fut obligé, une nuit d'ouragan, d'en déménager une partie pour l'abriter dans sa chambre.

C'était à qui solliciterait des pièces ou des recoins dans le Louvre pour y porter ses papiers encombrants. En 1770, c'est la chambre des comptes; en 1778, les maréchaux de Franco; en 1780, le secrétaire de l'ordre de Saint-Michel. Celui-là ne demande qu'un petit réduit; on lui répond qu'il n'y a pas un recoin dont on puisse disposer. En 1784, il est question de caser dans un rez-de-chaussée les archives de Rambouillet et de Lorraine. Les architectes procèdent à des études et répondent fréquemment par des fins de non recevoir. Les projets ne font pas défaut, et l'on parlait, en 1773, de centraliser les archives de la couronne dans le palais, où le marquis de Marigny voulait placer, dès 1757, celles des bâtiments du roi.

II faut aussi mentionner l'existence d'un cabinet de marine, installé depuis 1752 dans une partie de la salle des gardes, près de la salle d'audience de la capitainerie. 11 avait été formé de modèles de tous les vaisseaux en usage sur l'Océan et sur la Méditerranée, les uns sur le chantier, les autres avec leurs coupes latérales et transversales, d'autres avec tous leurs agrès. Ces modèles, rassemblés par Duhamel du Monceau, étaient placés sur deux grandes tables colorées

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LOUIS XVI ET LE MUSÉUM

pour représenter l'eau de mer; l'une contenait les bâtiments à voiles, l'autre les navires à rames. On y voyait aussi la réduction d'un navire chinois et un canot de sauvages.

L'imprimerie royale se trouvait à L'étroit dans les locaux qu'elle

occupait dans la grande galerie. En 1779, elle avait dû se charger de l'impression de la Gazette de France, dont les presses avaient jusqu'alors fonctionné dans une salle distincte, qui fut octroyée en 1780 pour logement à M"" Valayer, de l'Académie de peinture. Le directeur, Anisson du Perron, se plaignait vivement de l'incommodité que lui causait celte impression, qui resta confiée à l'imprimerie royale jusqu'en 1787. Il demandait en 1784 l'agrandissement de ses ateliers, au moyen des logements d'artistes et des pièces qui contenaient le dépôt des dessins du roi. Le comte d'Angiviller prit la défense des dessins : « Ils sont en ordre, disait-il, et en état d'èti'e montrés à quantité de curieux, nationaux et étrangers, qui viennent voir et admirer cette collection précieuse. »

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