H LE LOUVRE
Le temps était venu où l'idée de rétablir au Louvre ie cabinet du rei tel qu'il existait du temps de Colbert allait se réaliser sous une forme et une dénomination nouvelles. Lafont de Saint- Yenne et La Condamine avaient exprimé le vœu de voir réunir tous les chefs-d'œuvre de l'art appartenant au roi dans la grande galerie. Sous Louis XV, avant 1709, il avait été question, selon les Mémoires secrets, de faire du Louvre un mîïstewm, ^ou^Xe: nom àc palais des Arts. En 1700, on avait transporté au palais du Luxembourg, près de la galerie de Rubens, quatre-vingt-sept, puis cent dix tableaux de maîtres, provenant du garde-meubles de Versailles; le public avait été admis deux fois par semaine à les contempler; un livret mis à sa disposition eut plusieurs éditions de 1750 à 1777. En 1781, la comtesse du Nord allait visiter cette galerie de tableaux, qui, suivant sa compagne, la comtesse d'Oberkirch, était a une des plus belles qui fussent au monde ». Le comte d'Angiviller prit à cœur de faire réussir au Louvre ce qui avait été accueilli favorablement au Luxembourg; il obtint de faire transférer de la galerie à l'hôlel des Invalides les plans en relief qui y sont encore aujourd'hui; et dès 1770, Soufflot étudiait, par son ordre, les moyens de refaire ou de réduire les croisées de la grande galerie, de remplacer le carrelage par un plancher à point de Hongrie et d'éclairer les tableaux par des ouvertures faites dans la toiture du côté du nord. Les devis, longtemps médités, s'élevèrent à près de 295,000 francs.
Une commission, composée de Pajou, de Pierre, de Robert et d'autres artistes, fut chargée en 1778 par d'Angiviller d'étudier les meilleurs moyens d'aménager la grande galerie, « unique au monde » , par « son immensité » . Soufflet avait peu de confiance dans les travaux de cette commission; les comités, disait-il, « ne peuvent mener à aucune résolution bien précise ; » il proposait pour sa part d'éclairer une partie de la galerie par des jours ménagés sous un attique et tombant de vingt-quatre pieds de haut. Le bruit de ces études se répandait dans le public oij elles étaient accueillies avec faveur. L'édition de 1778 du Voyage pittoresque de Paris parlait avec enthousiasme des projets du comte d'Angiviller. « Quel muséum, quel lycée, s'écriait l'auteur, où le génie doit s'échauffer du feu des grands hommes que leurs ouvrages
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LOUIS XVI ET LE MUSEUM. 239
ont immortalisés! sLe mot de muséum, qui s'était introduit récemment dans la langue française avec Tacception de cabiuet d'un homme de lettres, allait prendre une signification nouvelle et glorieuse au Louvre.
En attendant l'ouverture du muséum, Brébion fit construire, sous la direction de Soufflot déjà souffrant de la maladie dont il mourut, un grand escalier, très vaste et très éclairé, ouvrant sur la cour de l'infante, aujourd'hui du Sphinx, qui devait servir d'accès direct au grand salon d'exposition. Cet escalier dont nous avons parlé plus haut, fut terminé en 1781. « Sa destination véritable, disaient les ,1/emoires secrets, est d'introduire dans le superbe muséum, dont le projet occupe le directeur depuis qu'il préside aux Arts. Le salon sera le vestibule de l'immense galerie, où seront développés les chefs-d'œuvre des artistes anciens et modernes. »
Cependant le personnel administratif de l'établissement projeté s'organisait. En 1783, Bailly, de l'Académie des sciences, le futur maire de Paris, était garde des tableaux des Tuileries qui devaient être transportés dans la galerie du Louvre. Il en fut nommé garde honoraire, et attaché au muséum en qualité d'homme de lettres chargé de la partie littéraire de cet établissement, avec une pension de 1000 francs. Le brevet de « garde du muséum », fut délivré en 178-i au peintre Hubert Robert, et Jeaurat lui fut donné pour adjoint. Vers la même époque, on sollicitait une place de gardien, et d'Angiviller répondait qu'il n'y aurait au muséum que des suisses de garde et des Trotteurs. Cependant un marchand d'estampes, nommé Bligny, fut chargé de la surveillance des galeries, avec le litre officiel de « lancier du roi ».
L'ancienne royauté, qui se croyait impérissable, éprouvait autant de peine à réaliser les améliorations que les réformes. Au salon de 1783, une peinture allégorique de Lagrenée montrait, près du buste du roi, « l'Immortalité recevant des mains de la Justice et de la Bienfaisance le portrait de M. d'Angiviller pour le placer dans son temple, » tandis qu'au loin plusieurs petits amours transportaient et fixaient les tableaux du roi dans la grande galerie. Un tableau de Versailles, cité par le marquis de Labordo, représentait Louis XVI tenant le plan du Louvre transformé en palais des arts. La transformation s'opérait len-
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fement. Le plancher en chêne et les lambris de la grande g:alerie furentexécutés à partir de 1783; il avait été question en 1784 de consolider les voûtes des écuries situées au rez-de-chaussée; mais le manque de fonds fit ajourner cette dépense; on se contenta de construire une voûte en briques pour mettre la charpente du comble à l'abri des incendies. En vain le ministre Calonne disait-il qu'il ne fallait « rien épargner pour ce monument national ». « Le fameux muséum recule au lieu d'avancer, disaient les Mémoires secrets en novembre 1785; on comptait en jouir l'année prochaine, ou du moins en 1787, et l'on n'a rien fait cette année. »
Une nouvelle commission, composée de membres de l'Académie d'arcliitecture, examinait encore la question de l'éclairage par le haut et de l'aménagement de la galerie, afin de donner, disait d'Angiviller, « à l'érection du monument national dontil s'agit la perfection dont il est susceptible ». Soufflet, dans ses projets, avait voulu conserver intacte la partie de la galerie décorée par Poussin et l'aurait séparée de l'autre par une sorte de salon central, formé par des colonnes, au milieu duquel on aurait dressé la statue de Louis XVL La commission se prononça, en décembre 1787, pour l'éclairage par la toiture et demanda que la galerie ne fut divisée par aucunes colonnes, a son immensité étant un genre de beauté unique ».
Pendant que la commission discutait avec le successeur de Soufflot, Brébion, les tableaux arrivaient de Versailles et du Luxembourg; on en achetait un certain nombre, on 1784, à la vente du comte de Vaudreuil; des statues de grands hommes de l'histoire de France, commandées par l'État, attendaient dans la salle des Cariatides le moment où elles pourraient être placées dans la grande galerie; on se préparait à y transporter les tableaux de Rubens qui décoraient le Luxembourg. Les curieux sollicitaient déjà la faveur de contempler les objets d'art qui s'y réunissaient, et les archives nationales conservent dans leurs liasses, sous la date d'avril 1787, une permission accordée aux vicomtesses des Androuîns, pour « visiter la grande galerie, quelque imparfaite qu'elle soit, vu l'état où elle est en ce moment. »
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LOUIS XVI ET LIÏ HUSECM,
A la veille de la Révolution, des publicistes, tels que Thiéry cl l'auteur de l'État actuel de Paris, formaient des vœux pour la prochaine ouverture du muséum qui devait, selon Thiérj', immortaliser son fondateur, le comte d'An^ivilIer. « Il ne manque à sa gloire, disnit en
1788 l'auteur de VÉtai actuel, que de hâter ce monument si désiré des amateurs, où Paris enlèvera peut-être à Rome le sceptre des arts. » La a gloire » de d'Angiviller ne fut jamais complète, et la Révolution recueillit les fruits de ses préparatifs en s'attribuant l'honncui' d'une
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■ entreprise qu'elle n'avait pas permis à la monarchie d'achever. L'initiative de la création, du musée appartient au règne de Louis XVI comme la fondation du Louvre de la Renaissance à celui de François r.
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