‹ Le Louvre et son histoireChapitre 41 sur 67 · XVJ · texte numérisé non relu

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Lorsque Louis XVI, cédant à l'insurrection des 5 et 6 octobre 1780, vint habiter les Tuileries, on put croire un instant que le voisinage de la royauté allait rendre au Louvre une vie nouvelle. Les premiers ébranlements deja Révolution l'avaient à peine atteint : le 7 aoùl, Lafayette avait voulu faire caserner une partie de la milice parisienne dans les salles où se trouvait le dépôt des tableaux du roi; mais une résistance efficace lui avait été opposée. Au mois d'octobre, on prescrivit d'évacuer les logements de la grande galerie pour en disposer en faveur de la maison du roi; les réclamations de ceux qui avaient des brevets prévalurent et les firent maintenir dans la jouissance de leurs appartements. Le ministre de la guerre donna ses audiences deux fois par semaine dans les salles de l'Académie d'architecture. Le retour du roi à Paris, l'inauguration d'un régime nouveau, les vastes espérances qu'il suscitait firent aussi reprendre les anciens projets de réunion du Louvre aux Tuileries. Mangin père et fils présentèrent en 1790 un plan, d'après lequel des hôtels auraient été aménagés pour les ministres sur la place du Carrousel, tandis qu'une large rue, sur l'emplacement de la rue actuelle de Rivoli, aurait été ouverte le long d'une galerie presque parallèle à celle du bord de l'eau. Molinos et Le Grand plaçaient au bas de cette galerie, destinée au muséum, des

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arcades et des boutiques comme au Palais- Royal. Vers la môme époque, si Bellanger se contentait de régulariser le plan du Carrousel en y construisant l'Opéra, Poyet traçait entre les deux palais royaux le dessin d'une place circulaire, désignée sous le nom du roi, el d'une autre place quadrangulaire, au milieu de laquclio se serait élevé le a palais de la représentation nationale * .

Les circonstances étaient peu favorables pour la réalisation de pareils projets. L'assemblée nationale était plus portée aux économies qu'aux dépenses. Elle décrétait que les bâtiments appartenant à l'État et situés dans l'enceinte du Louvre et des Tuileries seraient loués au profit du trésor public, à l'exception de ceux qui étaient affectés au service du roi. Or beaucoup d'entre eux lui étaient consacrés, tels que l'hôtel de Brionne, servant de casernement à la garde, les petites écuries, le magasin de l'académie de musique. Certaines maisons étaient occupées par des officiers; d'autres étaient inhabitables et n'attendaient que la pioche qui devait les démolir. La Révolution semble hésiter avant de pénétrer dans le Louvre; les anciens usages- y persistent. La présence du roi aux Tuileries donne même à la procession de la Fête-Dieu un relief inusité. Comme de coutume, les plus belles tapisseries du garde-meuble furent tendues aux abords du Louvre et le long de ses murs. C'était une sorte d'exposition annuelle des merveilles de ce genre que possédait la couronne, et l'on en publiait périodiquement la description dans une notice que l'on vendait comme le livret du Salon. En 1790, près de 9,000 francs furent dépensés pour les poteaux destinés à soutenir les tentures et pour le reposoir qui fut élevé dans la cour du Louvre.

En 1791, la destination du Louvre se précise. On se propose de l'affecter « à la réunion de tous les monuments de la science et de l'art ». « De riches galeries de tableaux, disait Barère, y sont entassées sans ordre, et peuvent être perdues pour la nation si vous n'en faites un de vos édifices... Il faut restaurer le Louvre pour en faire un muséum célèbre. » Le comte d'Angiviller, qui s'était aliéné les artistes par son caractère violent, avait émigré, et les préparatifs de la grande galerie paraissaient suspendus. Cependant la création d'un musée

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s'imposait de plus en plus. Los nombreux objets d'art, que la confiscation des biens ecclésiastiques et l'abandon de certains (iditices iojau\ a\^Riil mis h la disposition de la nation, ne pouvaient trou-

ver un asile digne de leur valeur que dans des édifices publics où ils auraient été exposés aux regards de tous, à l'abri des risques de détournement ou d'incendie. Tandis qu'un citoyen plein de zèle et de dévouement, Alexandre Lenoir, recueillait les plus précieuses épaves du passé dans l'enceinte de l'ancien couvent des Petits-Augustins, une partie des raretés conservées au garde-meuble était transportée au Louvre, et l'on donnait ordre d'y conduire tous les objets d'art que renfermait le château de Versailles. Le département de Paris voulait même en 1702 faire installer la bibliothèque royale

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^4r> I.E LOliVRlî.

dans la grande galerie, et placer dans une galerie érigée au nord le muséum, qui, selon lui, aurait été le « temple de la nature et du goût t .

L'influence d'un artiste, plus éminent par le talent que parle caractère, hâta la solution désirée. David, révolutionnaire ardent, n'eut pas de peine à faire décréter, après le 10 août, la création d'un musée, qui depuis longtemps était en voie de formation. Rolland, on lui faisant connaître cette décision, lui octroyait personnellement l'appartement d'un orfèvre, sous le prétexte que « les arts seuls devaient loger au Louvre b. Après un nouveau rapport de Barère, lu en février 1793, la Convention décréta le 27 juillet que le ministre de l'Intérieur ferait transporter au Louvre les objets d'art précieux qui se trouvaient dans les bâtiments des Petits-Augustins et dans les cidevant maisons royales, sauf les châteaux de Versailles et des deux Trianons, qui devaient conserver leurs richesses. 100,000 francs devaient être consacrés chaque année à des acquisitions de tableaux. David était nommé président de la commission chargée d'administrer le muséum, dont la grande galerie devait être ouverte pour la première fois à tous les citoyens le 10 août.

Bien que le Moniteur n'en dise rien, la galerie parait avoir été livrée au public à cette époque, si l'on en juge par une lettre écrite par Géraud père dans les premiers jours de septembre. D'après le catalogue qui en fut publié au mois de novembre, la galerie contenait 537 tableaux. Mais elle ne devait pas tarder à être fermée, pour y faire des remaniements et des améliorations , écrit Frédéric Villot, qui a tracé de la première organisation du musée un historique fidèle. Un arrêté du Comité de Salut public, de mai 1794, charge l'architecte Lannoy « défaire construire incessamment le muséum de la République » , en commençant par la partie de la galerie adjacente aux Tuileries, que l'on aurait éclairée par le haut. Sous la direction de la commission temporaire des arts, la galerie était devenue une sorte de magasin de meubles, de pendules et de porcelaines que les confiscations y avaient réunies. « Une fourmilière de petits tableaux » , pour la plupart « très mauvais », couvrait une partie des murs. Une nouvelle commission

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administrative, désignée sous le nom de Conservatoire du musée, ne se contenta pas de réclamer la jouissance des anciennes salles de l'Académie de peinture et de celles du rez-de-chaussée, elle entreprit de classer d'une manière plus méthodique les richesses du muséum. Varon, qui en fut le rapporteur, prit une part active à la revendication des chefs-d'œuvre de l'école italienne que contenait le palais de Versailles et qui furent transportés à Paris, dans l'automne de 1794.

Mais, la présidence du comité changeant tous les trois mois, choque nouveau titulaire apportait un plan nouveau. Des projets de tout genre sont mis en avant, comme la création d'une salle de rebut pour les mauvais tableaux, « afin que le peuple soit à portée d'en prononcer à jarnais la proscription ». L'un des administrateurs donne sa démission, en\écrivant sentencieusement : a Le devoir cesse où commence l'impuissance du bien. » Bien que le conservatoire sollicitât en 1794 « une ouverture continue du Muséum », la galerie s'ouvrait et se fermait tour à tour. Dans l'été de 1795, les ambassadeurs de Hollande vont la visiter, sous la conduite des conservateurs Pajou, Robert, Wailly et Fragonard ; on y fait un nouveau plancher dans une longueur de 88 toises, du côté des Tuileries; au mois de décembre, le voyageur Meistery admire des tableaux de Paul Potter, de Ruysdael et de VVouvermans enlevés au stalhouder de Hollande. Au printemps de l'année suivante, un autre étranger, Meyer, signale encore dans la première partie de la galerie, la seule ouverte au public, un encombrement d'objets incohérents : des tables, des meubles, des instruments de physique, des statuettes sont étalés pêle-mêle, au pied des tableaux, « formant un chaos indescriptible ». La galerie est close de nouveau en novembre 1796. Une Anglaise, qui obtint, à force d'instances, d'y pénétrer, y vit presque tous les tableaux décrochés et entassés les uns sur les autres. La personne qui l'accompagnait lui dit qu'on y était admis plus difficilement qu'avant la Révolution, parce que plusieurs toiles avaient été mutilées par des intrus malintentionnés.

Beaucoup d'entre elles étaient livrées aux restaurateurs, qui ap-

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portaient dans leur tâche un esprit systématique regrettable. Bouquier, dans son rapport, déclarait qu'il fallait désormais des « couleurs -fières, un style nerveux, un pinceau hardi, un génie volcanique... » il voulait « retirer de la poussière les tableaux noirs, dont l'aspect redoutable écrasait les salons couleur de rose ». « Un goût inflexiblement sévère, ajoulait-il, doit présider à la formation d'un muséum républicain. » Un concours était ouvert pour la réparation des tableaux, parmi lesquels n'auraient plus figuré les productions « fades, flagorneuses et lâches » des Boucher et des Vanloo. La société républicaine des arts, qui siégeait au Louvre, demandait la destruction par le feu des œuvres des artistes émigrés et discutait s'il ne fallait pas exclure des galeries les tableaux do l'école hollandaise. En attendant le prompt achèvement du muséum que Marin réclamait et que le Directoire prescrivait dans les derniers jours de 1797, des ta- , bleaux anciens alternaient dans le grand salon avec les œuvres des artistes vivants. Mentionnons aussi, comme une singularité qui fut blâmée et ne se renouvela pas, l'exposition dans une salle du Louvre du grand tableau de David, l'Enlèvement des Sabines, montrée au public moyennant un prix d'entrée, qui rapporta 20,000 livres h. l'artiste.

David, qui avait contribué à l'ouverture du muséum, achevait on même temps la ruine de l'Académie de peinture dont il faisait partie et que, dès 1789, il voulait réformer. Les membres de la majorité de cette académie étaient traités d'esclaves de la superstition et de la tyrannie; on leur reprochait le caractère exclusif de leurs expositions; on voulait qu'elles devinssent annuelles et libres. Le 10 août 1793, la commune générale des arts, qui remplaçait l'Académie, ouvrit le grand salon au public. La guerre et la terreur sévissaient; l'introduction du livret affirmait que les arts n'en étaient pas atteints, rappelant savamment les exemples de Protogène à Rhodes et d'Archimède à Syracuse. 829 œuvres de peinture et de sculpture furent exposées. Les tableaux mythologiques et les sujets de genre dominaient parmi elles; quelques œuvres reflétaient les passions du moment, le Dépat^t pour les frontières, un projet do colonne triomphale à ériger sur les ruines

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LA UJ-:VOLUTlUN. 249

de la Bastille et un costume républicain de sans-culotte, dessine par Serg-ent, député de Paris. Si le salon resta fermé en 1791, il y eut une exposition chaque année, à partir de 1705. Le nombre des objets d'art inscrits au livret de chacune d'elles oscille entre 735 et 1,000. Parmi eux, de nombreux tableaux retracèrent les succès de nos armées, à la fin du Directoire et sous le Consulat. Sous le prétexte de « venger les illustres victimes » des acadi mu s ,

David les entraîna toutes dans la ruine de l'Académie de peinture. Elles furent toutes supprimées par la Convention, le 8 août 1793, ainsi que les sociétés littéraires patentées et dotées par la nation. Les scellés furent posés sur leurs portes, et l'on procéda à l'inventaire des objets d'art dont elles avaient la jouissance. Un décret de 1794 prononça. la confiscation de leurs biens. Elles se soumirent sans résistance et sans bruit. Au milieu des discussions ardentes des assemblées et des clubs, leurs lectures discrètes n'étaient plus écoutées; leur prescription ne pouvait avoir le retentissement de celle de l'Église et de la royauté. Au début de la Révolution, l'Académie d'architecture avait demandé l'égalité entre ses membres; <mi la leur donn;iit avec tous les autres citoyens.

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Élaii-ce la peine pourtant de supprimer toutes les académies, pour les rétablir bientôt sous un autre nom et dans le palais même où elles avaient leur siège? Lorsque, reprenant sans le savoir une idée de Colbert, qui avait conçu l'organisation d'une Académie universelle divisée en trois sections, la Convention décréta, en 1795, l'établissement d'un institut composé de trois classes : sciences physiques et mathématiques, sciences morales et politiques, littérature et beaux-arts, elle lui accorda le Louvre pour tenir ses séances. « Cet édifice, avait dit le rapporteur Lakanal, m'a paru sous tous les rapports digne de devenir le temple des sciences, des lettres et des arts. » La salle des Cariatides fut mise à la disposition de l'Institut pour ses réunions publiques. Elle avait été décorée dans ce but de vingt-quatre statues de grands hommes, choisis parmi ceux qui faisaient le plus honneur à la France; statues qui avaient été destinées sous Louis XVI à l'ornement de la galerie du muséum : Racine etCorneille, Bossuet et Fénelon, Pascal et Montesquieu s'y trouvaient à côté de Bayard et de Condé, de Sully et de Vauban. Des piédestaux attendaient les images en marbre de Voltaire et de Rousseau. De longues tables, d'un bois dur et poli, sur un modèle antique, étaient placées devant les membres de l'Institut, assis sur des banquettes à dossiers; en face de chacun d'eux étaient posés un écritoire et un flambeau. La séance d'inauguration eutlieu le4 avril 1796. Letourneur en fit l'ouverture au nom du Directoire. Puis ce fut une série de discours, de rapports, de dissertations, de panégyriques, de déclamations, de lectures de tous genres, qui malgré la chaleur presque insupportable, ne purent lasser la patience de l'auditoire nombreux, qui se pressa dans la salle pendant cinq heures pour les entendre. Daunou fut vivement applaudi. Coliin d'Harleville, dans la lecture d'une épitre, eut moins de succès que Fourcroy, qui sut articuler d'une façon attrayante ses observations sur les destinations du muriate suroxygéné de potasse. La variété des communications en atténuait l'interminable quantité. Après un éloge de Vandermonde par Lacépède, le comédien Monvel, membre de la troisième classe, déclama un poème d'Andrieux, et l'on passa d'une ode de Le Brun à une dissertation de Cuvier sur les éléphants fossiles.

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Les séances particulières des trois classes de l'Institul se tinrent dans l'ancienne salle de TAcadomie des sciences. En 1797, l'Institut voulut s'emparer de la galerie d'Apollon, et déclara même qu'il ne

la rendrait au gouvernement que si celui-ci lui cédait une pièce de même dimension pour y placer sa bibliothèque.

Sous cette môme galerie d'Apollon, la Bourse s'était installée, au mois de mai 1795, dans les salons décorés par Romanelli. On y entrait par la porte du musée, et la place qui la précédait, encombrée par les agioteurs, fut désignée sous le nom de « Carreau de la Bourse » . Les plaintes que suscita le voisinage de cet établissement, peu com-

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patible avec le calme qu'exige l'étude des arts et des sciences, le fit transférer, avant la fin de l'année, dans l'ancienne église des Petits- Pères.

Ce n'est pas la seule intrusion que le Louvre ait eu à subir. Après le 10 août, il avait été envahi par de nouveaux hôtes; les privilégiés de l'ancien régime y furent remplacés par les privilégiés du nouveau. « Pour peu qu'on eût quelque civisme, dit Vitet, et qu'on sût manier un crayon, on venait choisir un local et de gré ou de force, on se logeait avec femme et enfants. Les élèves suivaient le maître et s'installaient à leur tour. Pour eux, le Louvre était une place prise d'assaut. » « En moins de trois ans, écrit Amaury Duval, le nombre des logements construits dans l'intérieur du Louvre fut presque doublé. » On rétablit des cloisons, des entresols, des tuyaux de poêle, dont la destruction avait été poursuivie par Gabriel et Soufflet. Les abords, dégagés en partie avec tant de peine, furent obstrués de nouveau; les immondices n'étaient pas enlevées; des cuisines en plein vent fumaient sur les quais; les marchands d'estampes encombraient plus que jamais les porches. A l'intérieur, on établit un atelier patriotique. Les femmes des artistes logés dans la galerie font preuve do civisme en allant y coudre des chemises; elles préparent dans la rue des Orties les « tables de la fraternité s , où l'on sert des repas publics. La délation, les alarmes, la misère pénètrent dans ces ménages paisibles. Plusieurs artistes sont arrêtés comme suspects, entre autres Hubert Robert, qui n'échappe àl'échafaud que par une erreur de nom. Cependant, aucun des grands événements tragiques de la Révolution ne se produit au Louvre; aucun de ses pouvoirs ne s'y installe; ils se contentent de faire inscrire sur une plaque de marbre que a l'infâme Charles IS » avait tiré sur le peuple d'une fenêtre, qui, comme on le sait, n'existait pas de son temps, et d'ériger des bustes de Marat aux abords du palais. Une cérémonie officielle eut lieu, pour l'inauguration d'un de ces bustes, entre le Louvre et les Tuileries, au pied d'un obélisque lourd et massif, consacré « aux mânes » de ce fanatique autrement sanguinaire que Charles IX.

Marat avait été autorisé par la commune à emprunter plusieurs

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pi esses de l'imprimerie nationale pour le tirage de son journal \nis<(oii Dupeiion qui (isT 1ns ri fHmor fut onMivt^ i IVchafTiil ['impimie-

lie nationale ello-mème fut transférée dans l'ancien hôtel de Toulouse. Ses ateliers furent occupés, à partir de 1798, par un typographe éniinent, Pierre Didot, qui y publia les superbes volumes de sa collection des classiques latins et français, si justement renommés sous le nom d'éditions du Louvre, et que le bibliophile Dibdin regardait comme incomparables.

Parmi les habitants du Louvre se trouvait en 1795 l'ingénieur en chef Chappe, l'inventeur du télégraphe aérien. Un de ses appareils de transmission était installé au .sommet du pavillon de l'Horloge, où il en montra lui-même le mécanisme aux ambassadeurs hollandais.

Pendant la Terreur même, les projets n'avaient pas fait défaut pour

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le Louvre, se ressentant parfois du trouble que les événements avaient jetés dans les esprits. Une réunion d'artistes demandait à la Convention de se tailler, dans le corps de logis de la colonnade, une 1 salle magnifique, maïs sans luxe », qui deviendrait le siège de ses séances et s le temple de la morale ». Un architecte, Dufourny, qui eut plus tard l'intention d'écrire un historique du Louvre et qui devint conservateur des peintures sous l'Empire, proposait d'édifier entre ce palais et celui des Tuileries un cirque pour les fêtes nationales, surmonté des statues des grands hommes de la Révolution et flanqué aux qualre coins de tours sur lesquelles on aurait placé des orchestres. Entre les galeries des sciences et des arts se serait élevé le temple de l'honneur, où les récompenses patriotiques auraient été solennellement distribuées. Un bibliothécaire de province voulait aussi achever le Louvre, en construisant au centre de la place un temple à l'Être suprême, surmonté de cinq dômes, entouré d'obélisques, de pyramides et de statues, qu'on eût abritées sous des sycomores. Les édifices qui auraient réuni les deux palais auraient contenu la salle de la Convention et les ministères; et si l'on avait objecté l'élévation des dépenses, l'auteur suggérait qu'il serait facile de se servir des matériaux des maisons démolies, en les faisant mettre en œuvre par des ouvriers volontaires ou invalides; selon lui, la République se procurerait « un revenu immense », en louant les bâtiments que l'assemblée et les bureaux n'occuperaient pas. R voulait y faire loger les commis et même les députés, ce qui, disait-il, a serait plus commode pour les électeurs qui n'auraient pas à courir de rue on rue pour les voir ».

La Convention ne se laissa pas toucher par ces arguments. En janvier 1794, une députation de la Société des arts l'avait invitée à faire achever « le palais national » ; elle n'en obtint aucune réponse précise. Sous le Directoire, les grands projets d'achèvement, notamment celui dont Ramel se fit l'organe, furent de nouveau étudiés, et Cambacérès présenta, en février 1797 au nom du gouvernement un projet pour la construction d'une galerie du côté de la rue Saint-Honoré et le percement d'une rue entre la rue Saint-Nicaise et le garde-meuble.

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Cependant, les victoires de nos armées, tout en consolidant le Directoire et en préparant l'avènement du plus illustre de leurs généraux, avaient leur contrecoup au Louvre. Bonaparte, élu membre de l'Institut en remplacement de Carnot, qui en avait été expulsé après le 18 fructidor, était reçu en séance publique le 15 nivôse an VI, au milieu d'un enthousiasme indescriptible provoqué par une allusion à ses succès en Italie. Comme les anciens Romains, qui s'étaient parés des dépouilles artistiques de la Grèce, nos armées avaient rapporté, comme des trophées précieux, les chefs-d 'œuvres des arts dont s'enorgueillissaient les villes qu'ils avaient conquises. Ces spoliations, que ne saurait justifier le droit du plus fort, avaient été consacrées par les traités, et ce fut un spectacle sans précédents que celui qui fut offert le 28 juillet 1798 à Paris a par l'entrée triomphale des monuments des Sciences et des Beaux-Arts, » dont le long cortège de chars défila sur les boulevards et au Champ-de-Mars. Des lions, des chameaux et des ours, enlevés aux citoyens de Berne, précédaient, au milieu de chars chargés de minéraux et de végétaux, les plus beaux spécimens de la sculpture antique, les chevaux de Venise, la Vénus du Capitole, le Laocoon et le Gladiateur mourant. Sur les chars, se lisaient des inscriptions triomphantes, telles que :

Los arts clierclient la terre où croissent les lauriers.

et celîe-ci, au pied des statues antiques :

La Grèfle les céda : Rome les a perdus.

Leur sort cliangea deux fois ; ila ne changeront plus.

Le Louvre était pour elles un asile digne du génie de leurs auteurs, et leur arrivée allait donner au musée une extension et des attraits nouveaux. Bonaparte, selon les mémoires de Fontaine, aurait voulu d'abord les placer sous le dôme des Invalides; mais Fontaine, qui devait être bientôt l'architecte du Louvre, lui ayant suggéré que l'é- , glise des Invalides devait être réservée aux drapeaux pris sur l'ennemi, Bonaparte alla voirie jour même les statues à peine déballées

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au Louvre. Elles y restèrent, et furent bientôt exposées aux regards du public dans les saîles du rez-de-chaussée de la petite galerie, qui depuis cette époque ont été consacrées à la sculpture antique.

La galerie d'Apollon avait été ouverte en 1797 au public, qui pouvait y étudier les plus beaux dessins de l'ancien cabinet du roi, avec un certain nombre d'émaux de Petitot. Les tableaux les plus précieux rapportés d'Italie furent suspendus dans le grand salon carré, en attendant la réouverture de la première partie de la grande galerie qui n'eut lieu qu'en avril 1799. II avait fallu faire un triage parmi les tableaux dont elle était remplie, en distribuant un certain nombre d'entre eux aux quinze villes les plus importantes de France. Plus de six à sept cents restaient sans emploi dans les magasins du palais, tandis que d'autres allaient orner les résidences du premier consul, de Lucien Bonaparte, de Murât et de Masséna. Les appartements do Joséphine aux Tuileries recevaient entres autres la Vierge à la chaise de Raiphael, la Sybille duDominiquin, l'AVasmed'IIolbein, la Joconde de. Léonard. Malgré ces prélèvements, la collection du Louvre n'en était pas moins regardée, au dire d'un Anglais, comme le trait le plus caractéristique de Paris. Le Consulat, qui sut fréquemment concilier les desseins et les œuvres de la monarchie avec ceux de la Révolution, achevait d'une manière éclatante la fondation du musée du Louvre.

Les Anglais, qui affluaient en France à la suite de.la paix d'Amiens, ne pouvaient assez admirer la libéralité avec laquelle ce musée était ouvert, tous les- jours, sans aucune rétribution aux étrangers, sur la vue de leur passeport, trois fois par semaine aux Parisiens. Le dépôt des parapluies et des cannes était, il est vrai, obligatoire; des écriteaux placés de distance en distance, engageaient les visiteurs à respecter les propriétés nationales; des sentinelles veillaient aux portes des salles. Mai.s avec quelle bonne grâce on accordait aux artistes l'autorisation de copier les œuvres d'art; avec, quel ordre se comportaient les personnes de toutes les classes qui remplissaient les salles le dimanche ! Le colonel Thornton enviait pour son pays une institution semblable, qui par le spectacle d'œuvres sublimes était de nature

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à émouvoir le cœur et à élargir rinlolligenco de ceux qui étaient admis à les contempler.

Le salon carré renfermait on 1802 les J\oces de Cana de Paul Véronèse, des tableaux de Raphaël, de Titien, de Murillo, provenant pour la plupart des collections du grand duc de Toscane. Les Anglais n'ad-

miraienl pas moins les spécimens des écoles française, italienne et flamande, qui garnissaient la galerie, dont ils exaltaient la longueur de 1,398 pieds, tout en regrettant qu'elle ne fut pas éclairée par le haut comme le grand salon. Mais ce qu'ils exaltent sans réserve, c'est l'Apollon du Belvédère, c'est surtout le Laocoon, que l'on aperçoit à la suite de la longue perspective des salles décorées sous Anne d'Autriche par le pinceau de Ronianelli. Eu 1803, on y fit quelques travaux,

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et lorsqu'on les rouvrit, à roccasion de la fête du consui Bonaparte, le 15 août, elles portaient un nouveau nom. Cambacérès avait écrit au directeur du musée, Vivant Denon : « Le litre qui convient le mieux à cette précieuse eolleclion est le nom du héros à qui nous la devons. Je crois donc exprimer le vœu national en vous autorisant à donner pour inscription à la frise qui domine la porte d'entrée ces mots : Musée Napoléon. »

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NAPOLEON

Le dix-neuvième siècle, qui devait se caractériser par un développement prodigieux de l'industrie, marque ses débuts au Louvre par une exposition des produits de l'industrie, qui se tint au mois de septembre 180L Des portiques de bois d'architecture romaine furent disposés tout autour de la grande cour pour l'abriter. Deux cent vingtdeux exposants seulement y prirent part. C'était un progrès sur la première exposition, organisée en 1798 au Champ-de-Mars par François de Neufchateau, et qui n'avait compté que cent dix exposants. A côté de métiers perfectionnés comme ceux de Jacquart et d'objets manufacturés figuraient des gravures de Piranesi et des fleurs en sucro. Les trois consuls visitèrent les galeries; Bonaparte s'entretint avec les lauréats et les invita à dîner. En tête de ceux qui reçurent des médailles d'or, nous trouvons les frères Didot, pour leurs belles impressions du Louvre, Herhan, pour ses procédés de stéréotypie, et Conté, pour ses crayons. L'année suivante, où l'on dressa au centre de la cour une reproduction en terre cuite du monument de Lysicrate à Athènes, connu sous le nom de Lanterne de Diogène, l'exposition eut plus de succès. Cent dix départements y furent représentés au lieu de trentehuit; cinq cent quarante exposants y envoyèrent leurs produits, parmi lesquels brillait la lampe inventée par Carcel.

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Malgré l'affluence de visiteurs qu'elles attiraient, les expositions industrielles furent suspendues pendant quelques années, et celle de 1806 fut installée dans des baraquements sur l'esplanade des Invalides. La cour du Louvre était alors livrée aux sculpteurs qui en achevaientla décoration. Napoléon, habitué à vaincre tous les obstacles, ne pouvait reculer devant l'achèvement du Louvre. Amaury Duval disait en 1803 qu'on avait dépensé des millions pour terminer ce palais et que ce n'était encore qu'un amas de ruines. L'appréciation était exagérée; mais dans la cour, les sculptures des corps de logis du sud et de l'est n'étaient pas exécutées, de môme qu'une partie de celles des attiques, à droite du pavillon de l'Horloge et à gauche du péristyle du nord. La façade de Perrault sur la rivière n'avait ni châssis de fenêtres, ni balustrade supérieure, ni couvertures, et l'on apercevait à l'une de ses extrémités la toiture saillante du pavillon du roi.

L'Empereur voulut que l'œuvre de Perrault fut enfin terminée. Comme en 1750, la première question qui se posa fut celle des attiques. Convenait-il de prolonger ceux de Pierre Lescot, qui existaient sur le corps de logis de l'ouest et sur une partie de ceux du sud et du nord, ou fallait-il substituer aux attiques du sud et du nord un second étage semblable à celui qui régnait sur les autres façades? Une commission d'architectes et d'artistes se prononça pour le système le plus conforme aux traditions de l'art français, au caractère propre de l'édifice, à la beauté pittoresque de l'ensemble; elle demande l'extension à toute la cour de l'attique de Lescot. Mais Napoléon jeta son épée dans la balance ; ses instincts italiens lui firent préférer les sommets rectilignes et les corniches couronnées de balustres, sans toiture apparente; et tout ce que purent obtenir les architectes, c'est qu'on respectât les attiques des deux côtés du pavillon de l'Horloge.

La cour allait donc être terminée intérieurement telle que nous la voyons aujourd'hui. Des sculpteurs de talent, Moitte, Chaudet et Roland, s'inspirèrent des élégantes tigures de Goujon, pour'décorer les parois voisines des œils de bœuf du rez-de-chaussée et les étages supérieurs de figures qui ne sont pas indignes de leurs modèles. Vers la fin de l'Empire, Le Sueur et Ramey rappelaient, sur les frontons

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NAPOLEON

du nord et du midi, la protection que la France accordait aux arts et aux sciences. En 1809, Cartellier sculptait au-dessus de l'entrée extérieure de la colonnade un quadrige antique, sur lequel se tenait la Victoire distribuant des couronnes ; composition distinguée , mais trop symétrique, qu'un camée antique avait suggérée ; et sur le fronton qui surmontait cette entrée, Leniot, s'inspirant quelque peu de l'idée de Soufflot, achevait en 1811, un grand bas-relief, sage et compassé, où l'on voyait la Sagesse et la Victoire couronnant le buste de « Napoléon le Grand » , qui fut remplacé sous la Restauration par celui de Louis le Grand.

Napoléon poursuivait son œuvre en terminant la façade qui regarde la rivière; la toiture du pavillon du roi fut rasée; des sculptures furent exécutées par Du Pasquier et par Fortin , qui exécuta le fronton central en 1809, et cette partie de l'édiiîce, si bien exposée au soleil et d'un aspect si grandiose sur la Seine, devint enfin iiabitable. A l'ex-

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trémité nord de la façade du pavillon de l'Horloge, on abattit en même temps le faîte du pavillon dit de Beauvais, qui, comme celui du pavillon du roi. ne s'accordait pas avec le second étage du plan de Perrault.

En môme temps, des travaux importants transformaient l'intérieur du palais. L'Empereur voulait le consacrer exclusivement aux arts et aux lettres. Pour préparer à l'Institut des salles dignes de ses attributions, il le transféra momentanément en 1805, dans les bâtiments de l'ancien collège des Quatre Nations, relié depuis 1804 au Louvre par le pont des Arts. L'Institut s'y installa, s'y trouva bien et y resta. Napoléon avait pris une mesure plus radicale, en faisant évacuer le palais par tous ceux qui y possédaient des logements. Dès 1802, ils avaient été mis en demeure d'en sortir, pour faire place à la Bibliothèque nationale; cette mesure, qui, selon Vaudoyor, mettait deux cents artistes au désespoir, ne fut pas exécutée pour tous immédiatement; ceux qui habitaient sous la grande galerie restèrent jusqu'en 1806. Un soir du mois de mai de cette année, raconte M. Olivier .Merson, Napoléon passait avec Duroc dans la rue des Orties, où donnaient les fenêtres des artistes. 11 s'étonna qu'ils fussent encore là. — Qu'on les fasse partir, s'écria-t-il. Us finiraient par brûler mes conquêtes. — Quinze jours après, tous avaient dû déguerpir. 11 leur fallut quitter, avec leurs familles, ces demeures hospitalières, dans lesquels plusieurs avaient vécu de père en flls, ces logements des galeries, qui ouvraient sur un grand coirridor, où l'on aimait à rencontrer des voisins et à causer avec eux. Fragonard et Isabey , qui donnaient des fêles charmantes dans leurs salons, Vien, Lagrenée, Vernet, Pajou, Hubert Robert, d'autres encore durent partir. David lui-même, qui était le peintre ordinaire de l'Empereur après avoir été celui de Marat, fut contraint d'abandonner le grand atelier, aux murs peints en vert olive, et les « appartements magnifiques » qu'il occupait à l'extrémité nord de la colonnade. Parmi les expulsés, les uns furent logés à la Sorbonne et au palais des Quatre Nations; les autres indemnisés en argent. Le palais était déblayé à l'intérieur par un acte d'autorité, que Delescluze compare au nettoiement des étables d'Au-

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NAPOLEON. 267

gias. L'hospitalité royale, accordée aux artistes depuis Henri IV, cessait pour eux, au moment où jamais les collections artistiques n'avaient brillé d'un si vif éclat au Louvre.

Pour recevoir les statues antiques, il avait fallu disposer un certain nombre de salles du rez-de-chaussée, dans les anciens appartements des reines mères et dans la partie qui y avait été ajoutée par Perrault; elles avaient été voûtées et décorées dans un genre classique et froid qu'on croyait approprié aux œuvres d'art qu'elles devaient contenir. Telles étaient les salles du Centaure, du Tibre, du Candélabre, qui tiraient leur nom du chef-d'œuvre le plus apparent qui y était exposé. Prud'hon, Guérin, Lethière furent appelés, entre autres, à en peindre les plafonds. La salle des Cariatides fut refaite, le sol du tribunal fut mis de niveau avec celui de la salle, une cheminée monumentale fut réédifiée avec des figures attribuées à Goujon, la tribune fut surmontée d'une balustrade dont on auraitdû emprunter le dessin à la gravure de Du Cerceau, et au-dessus de laquelle on plaçait une Diane de Benvenuto Cellini. Tous ces travaux furent dirigés, à partir de 1805, par Fontaine, architecte de l'Empereur, et son collaborateur Percier. C'est à eux que l'on doit les deux escaliers, construits en 1807, aux deux extrémités de la colonnade, et dont on peut encore apprécier l'élégance et la noblesse, ainsi que le bel escalier du musée, élevé dans le style italien le plus pur et que les exigences du plan d'achèvement ont fait disparaître sous le second Empire. L'escalier de Jean Goujon, dont s'étaient contentés Henri IV et Louis XIV, n'était plus assez grandiose pour le palais des Arts, oîi les plus beaux spécimens connus de la peinture et de la sculpture étaient alors réunis.

Le salon carré et la grande galerie suffisaient à peine à contenir les tableaux conquis par les troupes de la république et par la grande armée. Le salon carré était tantôt consacré aux expositions annuelles, tantôt aux objets d'art enlevés à l'étranger. La grande galerie, où le pape Pie VII, en 1804, bénissait les. fidèles et les curieux, fut de nouveau livrée aux ouvriers pour la rendre plus digne encore des chefs-d'œuvre qu'elle abritait; sous la direction de Fontaine et de Percier, elle fut divisée en neuf travées, séparées par des colonnes de

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268 LE LOUVUK.

marbres précieux, et qui furent éclairées, pour une partie, par des ouvertures ménagées dans la toiture. A peine était-elle terminée que le mariage de l'Empereur avec Marie-Louise d'Autriche fut annoncé. Il fut décidé que la bénédiction nuptiale leur serait donnée au Louvre et que le cortège impérial se rendrait des Tuileries au grand salon, transformé en chapelle, en passant par la grande galerie.

Ce fut un des spectacles les plus saisissants dont le Louvre ait été le théâtre. La galerie avait été garnie de deux rangs de banquettes pour les dames; les hommes devaient se tenir debout derrière elles; huit mille billets avaient été distribués. Le 2 avril- 1810, vers midi, les invités s'y pressaient déjà; des rafraîchissements leur étaient offerts, tandis que des orchestres se faisaient entendre. Vers trois heures, les hérauts annoncèrent l'arrivée du cortège. Les femmes se retirèrent derrière une balustrade établie de chaque côté; « elles bordaient, dit une relation quasi officielle, cette longue et magnifique avenue; on voyait ainsi réunis dans un môme lieu et d'un seul coup d'œil les chefs-d'œuvre de l'art et les plus séduisantes productions de la nature. La magnificence des tableaux, la fraîcheur d'une décoration nouvelle, le brillant des parures, la beauté des femmes et surtout l'effet magique des rayons du soleil qui pénétraient alternativement par les ouvertures de la voûte et par celles des croisées sur les murs de face, produisaient un effet qu'il est impossible d'exprimer. »

Cependant l'Empereur et la princesse, qu'on appelle la flUe des Césars, s'avancent lentement au son d'une musique majestueuse. Les grands dignitaires de la cour, les rois de Westphalie et de Hollande les précèdent; les princesses, sœurs et belles-sœurs de Napoléon, les suivent. Tous les assistants sont debout, acclamant le couple impérial, qui va prendre place, sur deux fauteuils, en face d'un autel dressé dans le grand salon contre la paroi qui fait face à la galerie. Tendu de tapisseries des Gobelins et d'étoffes de soie semées des chiffres impériaux et d'abeilles, le salon est garni de tribunes où se pressent quatre cents personnes, membres du corps diplomatique, princes de la Confédération germanique, femmes de ministres et de hauts dignitaires; des chaises sont disposées pour les cardinaux, des bam-

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quettes pour les évèques et les députés des grands corps de l'Etat ; et c'est au milieu d'un silence, bientôt suivi de chants triomphaux, que Napoléon, qui a divorcé avec Joséphine , déclare au grand aumônier qu'il prend « maintenant » pour femme et légitime épouse Marie-Louise d'Autriche.

Sans doute il comprit à cette époque l'opportunité d'annexer au Louvre une véritable chapelle, lorsqu'en 1811 il fit jeter en lace de l'entrée du musée, dans un corps de logis partant de l'ancien pavillon de Beauvais, les fondements d'une église, destinée à remplacer Saint- Germain l'Auxerrois, qui devait disparaître dans le tracé d'une grande rue du Trône, se dirigeant de la Colonnade à l'ilôtel-de-ville. Depuis le Consulat, les plus vastes projets avaient élé repris, comme aux temps de Henri IV et de Louis XIV. La rue de Rivoli avait été décrétée en 1800, ainsi que la rue du Louvre, appelée enfin à réunir par une

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