LE LOUVRE DE NOS JOURS
monts. Subissant l'influence de rancunes mesquines, qui surprennent sous le gouvernement d'un historien tel que Thiers, l'administration ferma le musée des souverains, collection éminemment historique, qu'il n'aurait pas fallu disperser, mais élargir, en y admettant les souvenirs, non seulement des princes qui avaient régné sur la France, mais de tous les hommes qui avaient contribué à sa grandeur et à sa renommée par leurs talents, leur génie et leurs vertus.
Le mouvement de la science et de l'archéologie continuait d'enrichir les collections d'antiquités égyptiennes, assyriennes, grecques et romaines. De nouvelles salles furent ouvertes pour les débris de l'art chaldéen et phénicien, en atlendant que les découvertes de M. et de M™ Dieulafoy permissent d'exposer aux regards, en 1888, les fragments superbes et la reconstitution saisissante du palais d'Artaxercès Mnémon, l'Apadâna de Suse.
D'autres accroissements furent amenés dans les diverses salles par des dons et des legs précieux, parmi lesquels il faut citer en première ligne les cinq tableaux de la collection Duchatel, les bijoux de Philippe Le Noir, les objets d'art de la renaissance réunis par le baron Davillier, les bronzes, les porcelaines, les tabatières et les émaux collectionnés par Thiers, les dessins et les bas-reliefs possédés par His de la Salle,
Le musée du moyen âge et de la renaissance, qui avait eu pour point de départ les épaves du musée des monuments français, s'enrichissait de monumentales acquisitions telles que la porte du palais Stanga, de Crémone, payé 80,000 francs, et de spécimens rares de notre art national, comme le tombeau de Philippe Pot, œuvre frappante de l'art bourguignon, nous montrant un chevalier couché dans son armure sur une dalle, que supportent huit moines paraissant accablés sous le poids de leur fardeau.
Les peintures, sans être toutes exposées, purent être montrées aux regards en plus grand nombre et rangées dans un ordre plus méthodique. Aux deux grandes salles consacrées à l'art français du dixseptième et du dix-huitième siècle, situées des deux côtés du pavillon Denon, vinrent s'ajouter une salle, placée entre les deux, où les portraits des peintres furent réunis, comme à la galerie des Uffizi de
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Florence, et la grande salle des États, débarrassée de tribunes, et destinée à recevoir les œuvres des peintres les plus renommés de notre siècle, au milieu desquels brillent au premier rang, malgré la diversité de leur talent et de leurs tendances, Ingres et Delacroix, avec l'Apothéose d'Homère et la Prise de Constanlinople par les Croisés.
Lorsque la majorité républicaine des chambres eut décidé, en 1882, la démolition des ruines des Tuileries, et que les derniers débris en eurent été enlevés dans l'été de 1883, l'emplacement du palais et de sa cour resta recouvert de baraques en bois, affectés à divers services publics, notamment aux bureaux de la grande poste. Ce fut seulement à la veille de l'exposition de 1889 que la suppression de ces baraques ouvrit une perspective nouvelle sur le Louvre, développant désormais entre deux ailes trop prolongées mais grandioses ses lignes régulières, relevées par les saillies des grands pavillons. Les deux pavillons d'angle des Tuileries avaient été restaurés par Lefuel sur un dessin plus riche, et quoique le regard puisse difficilement les embrasser simultanément, bien qu'ils ne soient pas sans défauts, surtout dans les frontons, ils préludent d'une manière brillante aux magnificences de l'ensemble. L'arc du Carrousel rappelait dans sa situation isolée des souvenirs de gloire et de grandeur passées, tandis que la politique du moment élevait à un orateur sonore, à Gambetta, un monument décoratif, d'un dessin médiocre, entouré de figures allégoriques dépourvues de style. Si l'on avait voulu personnifier la patrie qui ne désespère pas d'elle-même, n'aurait-il pas mieux valu dresser sur cet emplacement l'image de Jeanne d'Arc, que rehausse une auréole de poésie et qui semble incarner aux yeux de tous l'accord de la France ancienne avec la nouvelle?
Cet accord, le Louvre ne le représente-t-il pas, par ses souvenirs comme par la date de ses différentes parties? Il est royal et national à la fois; il est éminemment français. Les fastes de notre histoire, depuis le treizième siècle, paraissent l'entourer comme une auréole. Si le temps a détruit la forteresse, où Philippe-Auguste, saint Louis, Charles V ont passé, à l'ombre de l'oriflamme, s'il a fait disparaître les salles gothiques où Philippe le Bel donnait des fêtes,
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