‹ Le Louvre et son histoireChapitre 51 sur 67 · DETAILS SUR LE MUSEE · texte numérisé non relu

DETAILS SUR LE MUSEE

Bien que le ministère des Finances oceupe plus de la moitié des constructions faites sous Napoléon ÏII, le musée s'étend dans la majeure partie du Louvre ; il en porte le nom, il lui est étroitement incorporé, et à ce titre, il mérite une étude particulière.

De toutes les collections du musée, la plus importante est celle des peintures par la valeur des tableaux dont elle se compose et la dimension des salles qui leur sont affectées. Elle occupe dix-sept salles, dont quelques-unes sont immenses; telle est la grande galerie, qui a environ 275 mètres de long; les grandes salles françaises, de 57 mètressur 13 environ, le salon carré [18 mètres 40 c. sur 14,70), la salle Laeaze (37 mètres sur 12) et la salle des Sept cheminées. La grande galerie, qui autrefois s'étendait jusqu'au pavillon de Flore, s'arrête aujourd'hui après le pavillon de La Trémoille.

Le catalogue sommaire publié en 1893 énumère 2,428 tableaux; 120 d'enti'e eux ne sont pas exposés dans les salles, mais ils alternent avec d'autres qui viennent prendre leur place dans les magasins du second étage. Ces magasins, dont on a exagéré l'importance, renferment 656 tableaux; M. Charles Galbrun, qui a fait paraître récemment sur le Louvre intime une étude très intéressante , noua apprend que sur ce norabte plus de cent sont au rebut, 157 sont destinés à des musées de province, mais que le musée tient en réserve 160 tableaux, parmi lesquels les grands tableaux religieux, exécutés au dix-septième siècle pour la cathédrale de Paris , appelés les mais de Notre-Dame, et 91 toiles de peintres contemporains, qui ne doivent figurer dans les galeries que dix ans après leur mort.

Le chiffre de près de 2,500 tableaux peut paraître restreint, si on le compare à celui des tableaux figurant dans les expositions annuelles des Champs-Elysées et du Champ-de-Mars. Ces deux expositions renfermaient, en 1894, 3,033 tableaux à l'huile, sans compter les aquarelles, les pastels ot les dessins. Mais la quantité ne peut entrer en ligne de compte avec la qualité. La quantité du reste n'a cessé de s'accroître au Louvre dans des proportions notables depuis 1816, où l'on n'exposait que 1,101 tableaux, et 1841, où le catalogue en énumèro 1,40C.

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On ne saurait faire de comparaison avec un inventaire de 1710, qui mentionne 2,403 tableaux, parce qu'ils étaient loin d'être tflus au Louvre; mais il est curieux de voir quelle diminution ou quels accroissements ont éprouvés les toiles des grands maîtres depuis 1681, époque à laquelle \e Mercure en donnait le nombre; les Raphaël, dont le tiers provenait des collections de François I", étaient alors au nombre de 16; on n'en compte plus que 13; les Corrège ont diminué de 6 à 4, les Léonard de Vinci de 10 à 0, les Giorgion de 8 à 2; les Titien de 23 à 18; les Véronèse de 18 à 14 ; en revanche, si les Jules Romain sont toujours au nombre de 5, les Carraclie se sont accrus de 19 à 23, les Dominiqnin, de 8 à 11, les Guide de 12 à 18, les Van- Dyck de 14 à 23, les Poussin de 17 à 40 et les Le Brun de 6 à 26.

Trois volumes, résumés dans un Catalogue sommaire, ont été consacrés par Frédéric Villot, vers 1851, à la désignation des tableaux exposés au Louvre. Tout en rendant hommage au soin avec lequel Villot a rédigé les notices qui concernent chaque tableau, on doit regretter qu'il ait fait prévaloir l'usage de désigner les artistes, non par le nom glorieux sous lequel ils sont connus tous, mais par le nom obscur qu'ont porté leurs parents. Ce scrupule exagéré d'exactitude, digne d'un honnête officier de l'état civil, a fait précéder en caractères plus apparents, sous les tableaux comme dans le Catalogue, des vocables peu suggestifs de Santi, de Caliari, de Vecellio, de Robusti, de Barbarelli ou de Pippi, les noms illustres de Raphaël, de Véronèse, de Titien, du Tintoret, de Giorgion et de Jules Romain. C'est comme si l'on inscrivait sur le dos des œuvres de Molière, de Voltaire et de Beaumarchais les noms de Poquelin, d'Arouel et de Caron.

L'école française de peinture occupe actuellement le premier rang par le nombre dans le musée, avec 1,078 numéros ; l'école italienne vient ensuite avec 577 ; puis se succèdent, en décroissant, les écoles hollandaise, flamande, allemande, espagnole et anglaise, avec 354, 313, 45, 41 et 20 numéros.

Les dessins dépendent du même conservateur que les peintures; le catalogue de ceux qui sont exposés dans quinze salles comprend deux volumes et deux suppléments, rédigés par Frédéric Reiset et Both de Tauzia, et renfermant 6,272 numéros, sans compter les 302 numéros de la collection His de la Salle ; mais le nombre total des dessins possédés par le musée dépasse 36,000,

N'oublions pas la salle de la Chalcographie , dont le service doit être incessamment transporté sous la grande galerie, et celle des estampes modernes.

Les antiquités grecques et romaines sont représentées brillamment par la quantité et la qualité. Les oeuvres de sculpture, qui en font partie et sont cataloguées au nombre de 577 par Frohner, occupent ving-huit salles du rez-de-chaussée, parmi lesquelles se trouvent les deux vastes galeries qui conduisent aux grands escaliers du musée, situés dans les pavillons Mollien et Daru , et dont la décoration est encore inachevée. Au premier étage sont réunis dans seize salles les bijoux, les bronzes, les céramiques et les statuettes grecques, les objels provenant de la collection Campana; M, de Longpériera publié en 18791e catalogue des 1,022 bronzes que contient la collection; M, Heuzey, en 1891, celui des 327 figurines antiques; 838 terres cuites de Myrina ont été cataloguées en 188C par MM. Pottier et Reinach.

Sur le piédestal de chaque statue antique on a fixé une notice indiquant exactement quelles en sont les parties restaurées. C'est ainsi qu'on apprend que la tête et les bras de la Polymnie sont l'œuvre d'un sculpteur romain du commencement de

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APPENDICE

ce siècle, Agostino Pensa. Dans toutes !es salles, des pancartes, rédigées par les soins de M. Kaempfen, directeur général des musées, contiennent, d'une manière sommaire, mais précise, l'historique de chacune de ces salles.

Les salles égyptiennes, qui renferment aussi des notices très détaillées sui' les monuùients d'art et d'archéologie exposés, sont au nombre de huit; les catalogues en ont été rédigés par MM. de Rougé, Pierret, Révillout, Devéria et Ledrain. Les antiquités orientales qui, dépendent d'une conservation spéciale, sont réunis dans les huit salles assyriennes et perses, la salle judaïque, la salle phénicienne et chypriote, voisine de la salle de Milet et de celle de Magnésie du Méandre, qui contient la frise du temple" d'Artémis Leucophryne.

Douze salies du rez-de-chaussée sont consacrées à la sculpture du moyen âge, delà renaissance et des temps modernes. L'art français y domine. Leurs deux catalogues, qui renfermaient près de 600 articles, décrits par Barbet de Jouy, sont épuisés et en voie de réfection par les soins du conservateur, M. Courajod.

Les arts décoratifs des mêmes époques sont répartis dans dix-sept salles, renfermant : faïences italiennes, françaises, orientales, ivoires, bois sculptés, verreries diverses, et particulièrement de Venise, tapisseries, bronzes et porcelaines, qui proviennent pour la plupart de dons précieux, et dont les catalogues ont été rédigés par MM. de Longpérier, Clément de Ris et Sauzay. Mentionnons encore les tabatières, les émaux, les gemmes, les objets d'orfèvrerie du moyen âge et de la renaissance, décrits par MM. de Laborde et Darcel, et dont les plus beaux spécimens se font admirer, à côté de ce qui reste des diamants de la couronne, dans les vitrines de la galerie d'Apollon.

Au second étage de la partie nord de la cour se trouvent les dix-huit salles du musée de marine, la salle d'ethnographie, les quatre salles de la Chine et du Japon.

Blondel raconte que Perrault avait l'intention, qui avait souri à Colbert, de décorer les appartements du Louvre à la manière de toutes les nations célèbres du monde, à l'italienne, à la turque, à la persane, à la chinoise, pour que les ambassadeurs de ces pays pussent dire que la France est l'abrégé du monde. Cette idée ambitieuse n'est elle pas en partie réalisée dans le musée du Louvre, lorsqu'on voit réunis dans ses t^partements des spécimens de l'art et des témoins de l'histoire des grandes civilisations disparues comme des civilisations modernes?

De toutes ces richesses accumulées il ressort de multiples enseignements, qu'il convenait de préciser et de développer dans des cours publics. Ce fut la mission de l'école ds Louvre, fondée en 1882. Depuis cette époque, onze des conservateurs du musée professent dans une des salles de la cour Lefuel, avec autant de compétence que de science, sur des questions d'archéologie nationale, orientale et égyptienne, d'épigraphie orientale, d'histoire de la peinture, de la sculpture française, des arts appliqués à l'industrie. Les onze cours consacrés à ces enseignements sont suivis assidûment par un certain nombre d'étudiants à qui l'on fait passer des examens et qui reçoivent des diplômes. Ces examens ont été au nombre de 52 en 1894.

Le musée est administi-é par le directeur dos musées nationaux, qui loge au Louvre, Trente-quatre fonctionnaires le secondent. Les conservateurs, assistés de conservateurs adjoints et d'attachés, sont au nombre de sept; leurs bureaux et ceux du secrétariat sont situés au second étage du corps de logis qui fait face au pont des Arts ; ces bureaux sont desservis par un long corridor, dontîa paroi septentrionale est

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formée par l'ancienne façade de Léscot et de Le Vau, et qui est seulement éclairé dans sa partie centrale. Des jours sont ménagés dans la partie supérieure de deux tourelles situées aux angles du pavillon en forme de dôme construit par Le Yau, et dont le faite a été démoli sous Louis XV.

La surveillance et l'entretien des salles du musée est confiée à cent cinquante-six gardiens, dont deux chefs, cinq sous-chefs et dix-sept brigadiers. Chaque jour, cent seize d'entre eux sont employés dans les salles, de sept heures du matin à cinq heures du soir. Chaque nuit, onze d'entre eux sont de garde ; des lits de camp sont dressés dans la salle des bijoux, et des rondes intérieures sont organisées. Le parcours de chacune de ces rondes est de cinq kilomètres ; le gardien de service doit monter et descendre 1,380 marches d'escalier, pointer ou signer 52 compteurs ou ardoises disséminés dans les différentes salles. Les précautions contre l'incendie sont prises avec un tel luxe qu'en cas d'alerte les dégâts que causerait l'abondance des prises d'eau sont plus à craindre que les ravages du feu.

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