CHAPITRE LXIL
CoiDiiieot messire Robert de la Marche fit quelques courses sur les lerres de Testeu empereur, qui dresea grosse armée, et ce qu*ileo advint.
Peu de temps après, ne sçay qui en donna le conseil, le seigneur de Sedan, qu'on nomme messire , Robert de la Marche, qui pour lors estoit au service du roy de France, fit quelques courses sur les pays de l'esleu empereur, qui commencea à lever grosse armée, et telle qu'il fat maistre et seigneur de la campaigne. Les chiefjB de son armée estoient le comte de Nansso et ung autre cappitaine nommé Siquinguc ^, gaillarts hommes à la guerre, et avoit bon crédit parmy les compaignons. Ils estoient bien en nombre, tant de cheval que de pied, quarante mille hommes ou plus. Durant cest affaire , le roy de France et ledict empereur estoient en paix, et ne demandoient riens l'ung à l'autre;
(1) Et 151S, nouveau style.
(^ ncnry de secUugciu
CHRONIOUE DE bAYART,
{Mir ^07 Tamée des^ AltnAns tira droit atix places dadit tiëignétir de Sedan, et eti forent le aucunes assiégés et detfenduea. Tontesfois enfin s'en perdirent quatre» c'est à scavoir : Floranges, Bonillon, Loygne et Messancourt» et peu de gens eschappèrent vifs desdictes places. Ledict seigneur de Sedan eStoit dedans sa place de Sedan, qui est quasi imprenable; par quoy fot exempte de siège. Le roy de France, duement acertenc de ceste grosse, armée qui eostoyoit sa comté de Champaigne, eut doubte qu'on ne lui jouast quelque finesse. Si envoya «on beau-frère, le duc d'Alençon, avec quelque nombre de gens d'armes sur la frontière, et tira jusques à Reims. Les Almans usoient d'une subtilité pour parvenir à leurs attainctes ; car ils ne prenoient rien es pays du roy de France sans bien payer ; et feisoit semer parmy son camp le comte de Nansso que l'empereur son maistre le luy avoit ainsi enchargé, comme délibéré de demeurer tousjours en Famytié qu*il avoit avec la France. Ce néantmoins, sans faire autrement sommation de guerre, s'en vint planter le siège devant une petite ville appellée Mozon, de laquelle estoit gouverneur et cappitaine le seigneur de Montmor^ grant-escuyer de Bretaigne pour le roy de France ; et avoit quelques gens de pied avec sacompaignie en la ville, qui n'estoit guères bien munye de vivres, et qui pis est les compaignies qui estoient dedans ne se trouvèrent pas du vou^ loir de leur cappitaine et gouverneur, qui délibéroit jusques à la mort garder la ville ; et quelques remonstrances qu'il sceut faire aux gens de pied, se trouva en dangler dedans et dehors ; par qùoy, pour éviter plus gros inconvénient, rendit la ville, leurs vies saulves. On en murmura en beaucoup de sorte ; et on disoit que le cappitaine ne s'estoit pas bien porté ; mais les gens d'honneur et de vertu congneurent bien qu'il ne sepovoit faire autrement, et qu'il n'avoit pas tenu audit seigneur de Montmor qu'il ne feust mort sur la brèche; car si touâ ceulx qui estoient avec luy eussent esté de son cueur, les Almans ne fussent pas tirés plus oultre. Or, la ville de Mozon rendue Sisoubdàinement donna quelque tiltre d'esbahyssement aux François, qui ne pensoient jamais que l'empereur eust voulu rompre la trefve. Toutesfois en telles choses le souverain remède est de prompte provision. On regarda que Maizières
estoit la plus prochaine vQlë , ^rès Mozon, et qu'il falloit entendre à la garder et défendre ; car si elle se perdoit, la Champaigne s'en alioit en mauvais party. Le roy de France en fut adverty, lequel manda soubdainement qu^on envoyast le bon chevalier dedans la ville de Maizières; et qu'il ne eongnoiisoit homme de mm royaulme en qui il se fiast plus ; davantage que son espoir estoit qu'il la gatderoit bien et si longuement <pie sa puissance aeroit ra^ semblée pour résister aux surprmses que l'empereur luy vouloit faire. De ce bon comman* dément n'eust pas voulu tenir le bon dievalier cent mille escus, car tout son désir estoit de faire service à son maistre et d'acquérir honneur. U s'en alla gecter dedans Mainètes; avec le jeune seigneur de Montmorency ^ quelques autres gentils-hommes qui de leur gré l'Aceompaignèrent, et d'un noihbre de gens de pied, soubs la charge de deux gentiil-heBiBiefli^
l'ung nomméBoncal, et l'autire Monttioreail; •