‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 105 sur 428 · CHAPITRE LXIli · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIli

Comment le boo chevalier garda la Ville de Maizicres coDtre lâpoiasaiicederemperear, ott U aict^tili gîte bmmeaf.

Quand le bon dievalier fut entré dedans Maizières, trouva la ville asaei mal en ordre pour attendre siège : ce qu'il espéroil avdir éa jour à lendemain. Si voulut user de diligence, qui en telle nécessité passe tout sens humain^ et commencea à faire remparet jomr et nuyt, et n'y aroit homme d'armes ny de pied qa'il né mist en besongne ; et luy mesme pour leur donner courage, y travailldit et disoit : * Comment, Messieurs, nous sera-il rqproucbé que par nostre &ttlte ceste ville soit perdue, veu qoê nous sommes si belle compaignie ^sendile et si gens de bien. Il me semble que quand hous serions en ung pré, et que devant nbus eussi<His fossé de quatre pieds, que encore combatrions nous ung Jour entier, avant que estre defiaicts. Et Dieu mercy ! nous avons fessé, muralHe et rampart, ou je croy, Avâtnt que tes ennetirys mettent le pM, beaucoup de leur eompaigfide dormiront aut foàèés.» Brief,n donn<^ tel èottraige à ses getiâ qu'ils crof ofént tous éstre Aêxiê la plus forte place du motide. Lendemain fot assis le siège devant Maizières en deux lieux, l'cmg deçà l'eaue, l'autre delà. L'ung tenoit lé comte Siquingue, qui avec hiy avoit qoatone

PAR LE LOYAL SERVITEUR, GHAP. LXIIL

m qow wSSk bommes, et ea Pautre estoit le coflUe de Na^s^o avec plus de vingt mille. Le Ifpd^iaeav^yèFeat ung hécault d'armes dei«nie b(H| dvevalier, pour luy remontrer qu'il «ostà mdre là ville de ^aizières» qui u'estoit ]M» t|Di^ Ç(|plre kur puissance, et que, pour k puide et merveiUeu^e chevalerie qu'il y «¥(4twtD;, 9«roient pioult fo^ desplaisans (p'i) feost piinç d'assault, cai* son honneur p^ndeneatea aipoindricoit, et par advepture kày fw^Kifttt-il la vie ; et qu'il ne failloit que KQg nilkevu oe monde venir à ung homme {MHirfiM'^QQhlicr teos ses beauU Daicts ; et que, 9^il ?Qi^ e&tOM]!^ raison, luy feroient si Inme cppocttioD qu'il 9e debveroit contenta, fUm* ancres beauU propos hn man* iGK$ pir ce hénmlt, qui, après avoir esté «oy el bto enuodu par le bon chevalier, se 91^ à iQ9b9rô et »e demiJide conseil pour fifdgi^â bomm vivant ; mais tout soubdain kf^: «Mon amy, je m'esbabys de la Vwemai qoe me toxd et présentent messâpm de Naom et Francisque, considéré 91e ymm n'eus pratieqne ni ^ande con- «wmm «vee eoU, et ils ont si grand F*M è m pecsûone. Hérault, mon amy»

vmimaii«t«Qaiarez, etleurdirest : qi^e le mf Mnuitn ayoit beaucoup plus de axxBà- Mi losoiiuipg en son royaulme que moy m^er garder c«(te villa qui vous fait ^; mais, puisqu'il m'a £ait Thonneuc de ^iwmay, j'eqpèee, asec l'ayde de Nostrc ^^W». U by cfliiiserver si longuement qu'il ^■Mfti kemeoup plus à yo&maistres d'estre •«épfieàmoyd'eslre assiégé; et que je ^ii plmeofioit qu'on esten^e da paroUes.» ft«l»aods qu'on festoyast ^)ien le hérault, ^#>^lemi8t boxa de la viULe. Il rapporta au y^Hymee di^ bon chevalser, qui ne W fjm plaisante aux seigneurs Nansso *%fp8.jtt présence desquels estoit ung ^W*^ DOKOfté Gnmt Jebaa, Picart^ qui Y» aeiQît esté au service du roy de ts Ttalie, et naesmement ou le boa wik m Aarge, qui dit tout hauh deNaoiso et seigneur Siquinguo ^ «HBiB, ne TOUS attendez pas, tant qçe ^ymjgnear de Bayast, Centrer dedans **J*V je le congnois, et plusieurs fin» *^**ll* Suerve ; mais il est d'une condi- *^mât f^ii ||^ jtm cowra gm^ d»

monde en sa compaignie, il les fait hardis. Et sachez que tous ceux qui sont avec luy mourront à la brèche, et luy le premier, devant que nou^ mections 1^ pied dedans la ville ; et quant à moy je vouldrois qu'il y eust deux mille hommes de guerre davantage et sa personne n'y feust point.» Lç comte respondit: ^Cappitaine Grant Jehan, le cappitaine Bayart n'est de fer n'y d'acier neant-plus que ung. autre; s'il est gentil cqmpaignon, qu'il le monstre ; car avant qu'il soit quatre jours, je lui feray doimer tant de coups de canon qu'il ne saura de quel costé se tourner. — Or on verra que ce sera, dist le cappitaine Grant Jehan, mais ne l'aurez pas ainsi que l'entendez.» Ces paroUes cessé* rent, et furent ordonnées les batteries et de foire tous les efforts qu'on pourroit pour prendre la ville. En moins de quatre jours, il fut tiré plus de cinq mille coups d'artillerie. Le Ixm chevalier, combien qu'il feust tenu ung des plus bardys hommes du monde, avoit bien une autre chose en luy autant à louer ; car c'estoit ung des vigilans et subtils guerroyeurs qu'on sceut trouver. Si advisa en spy mesme comment il pourroit trouver ung moyea de faire rq)asser Teaue au seigneur Siquingue, car de sofx camp estoit-U fort dommage. Si fist escripre une lettre à messûre Robert de la Marche, qui estoit à Se-* dan, en ceste substance : « Monseigneur, je crois que vous estes assez adverti comme je suis assiégé en ceste viUe, d'ung costé par le comte de Kansso, et deçà la rivière par le seigneur Frandsque. Il me semble que depuis demy-an m'avez dit cpie voulez trouver moyen "de le faire vaiir au service du roy no^e maistre, et qu'il estoit vosttre alyé. Pour oe qu'il a bruyt d'estre très gentil galant, je le désirerois à mer* veilles ; mais si vous cognoissez que cela se puisse conduyre, ferez bien de le sçavoir de luy, mais plus tost soijourd'huy que demam. S'U en a le vouloir, j'en seray très ayse ; et s'il l'a aultre, je vous advertis que, devant qu'il soit vingt-quatre heures, luy et tout ce qui est en son' ci^mpseca; mis en pièces; car à trois petites Ueuesd'icy viennent eondier dousemiileSujsse* et huyt cens hommes d'armesy et demainà h, poîncte du jour doivent dcmner sur scm eamp^ et je feray une saillie de ceste ville par ung des costés, de foçon qu'il sera bien habite homme i^il se saulve. Je vous en ay bien von-* lu advertir, mais je vous prière la chope sek

CHRONIQUE DE B4YART,

tenue secrète. »» Quand ceste lettre fut escripte, print ung paysan, luy donna ung escu, et luy dit: «Va-t'en à Sedan remettre ceste lectre à messire Robert, et luy dis que c'est le cappitaine Bayart qui luy envoyé. «• Le bon homme s'en va incontinent. Or scavoit bien le bon chevalier que impossible estoit qu'il passast sans estre pris des gens du seigneur Francisque, comme il feust, avant qu'il feust à deux gects d'arc de la ville. Incontinent fut amené devant le dit seigneur Siquingue, qui luy demanda où il alloit. Le povre homme eut belle paour de mourir, aussi estoit-il en grand dangier, si dist: «Monseigneur, le grand cappitaine qui est dedans nostre ville m'envoye à Sedan porter une lettre à messire Robert, «• que le bon homme tira d'une boursette qu'il avoit. Quand le seigneur Siquingue tinct ceste lettre, l'ouvrit et commencea à lire; et fut bien esbahy quand il eust veu le contenu. Si se commencea à doubter que par envye le comte de Nansso luy avoit fait passer Teaue afin qu'il feust deffaict, car auparavant y avoit eu quelque picque entre eulx. Si dist tout hault : « Je congnois bien que monseigneur de Nansso ne cherche qu'à me perdre, mais, par le sang Dieu! il n'en sera pas ainsi. «• Si fist battre le tabourin et à Testendart et se mist au passage de l'eaue. Quand le comte de Nansso ouyt le bruyt, fut estpnné, et envoya sçavoir que c'estoit par ung gentilhomme, lequel, quand il arriva , trouva le camp du seigneur Siquingue en armes. Il s'enqm'st que c'estoit. On luy dist qu'il vouloit passer du costé du comte de Nansso. Le gentUhomme le luy alla dire ; dont il fut bien esbahy, car en ceste sorte se levoit le siège de devant la ville. Si envoya ung de ses plus privés dire au seigneur Siquingue qu'il ne remuast pas que premier n'eussent parlé ensemble, et que s'il le faisoit autrement, ne feroit pas bien le service de son maistre. , Le messagier lui alla dire sa charge, mais Francisque, tout esmeu et courroucé, reqpondit : « Retournez dire au comte de Nansso, que je n'en feray riens, et que à son appétit je ne demoureray point à la boucherie. Et s'il me veult garder dedoger auprès de luy, nous verrons par le combat à qui demourera le camp, à luy ou à moy. » Le gentilhomme s'en retourna, et dist au comte ce qu'il avoit ouy de la bouche du seigneur Francisque. Jamais homme ne fut

si esbahy qu'il fat ; toutesfois pour n'estre point surpris, fit mectre ses gens en bataille. Cependant passèrent les gens de Siquingue; et eulx passés, se mirent aussi en bataille ; et à les veoir sembloit qu'ils voulsissent combattre les ungs les autres, et sonnoient tabourins impétueusement. Le povre homme qui avoit porté la lectre à l'occasion de laquelle s'estoit élevé ce bruyt, ne sçay comme Dieu, voulut, eschappa, et s'en retourna bien esbahy, comme ung homme qui s'estoit eschappé de mort, dedans Maizières devers le bon chevalier, auquel il alla faire ses excuses, disant qu'il n'avoit peu aller à Sedan, qu'on l'avoit prins en chemin, et mené devant le seigneur Siquingue qui avoit veu ses lettres, et que incontinent s'estoit deslogé. Le bon chevalier se prist à rire à plaine gorge ; et veit bien que sa lettre l'avoit mis en pensement. U s'en aUa sur le rampart avecques quelques gentils-hommes, et veit ces deux camps ea bataille l'ung devant l'autre. « Par ma foy ! dist-il, puisqu'ils ne veulent commencer à combattre, je m'en vois moy-mesme commoicer.» Si fit tirer cinq ou six coups de canon au travers des ennemys, qui, par gens lesquds allèrent d'ung costé, puis d'autre, se rapaisèrentet se logèrent. Le lendemain troussèrent leursqoilles, et levèrent le siège sans jamais y oser donner assault, et tout pour la crainte du bon che^ valier. Si tost ne se fist pas la paix du costé du comte de Nansso et du seigneur Siquingue ; car plus de huyt jours furent sans lo^er ensemble ; et s'en alla Siquinque vers la Picardie, du costé de Guyse, mectant le feu partout; et plus hault marchoit le comte de Nansso; mais peu après se rapaisèrent et furent amys. Ainsi, par la manière que dessus avez ouy, fut levé le siège de devant Maizières, où le bon chevalier sans paour et sans reprouche acquit couronne de laurier; car bien qu'on ne Kvrast nul assault, il tint les ennemys, trois sepmaines durant aux abois. Pendant lequd tems, le roy de France leva grosse armée, et assez puissante pour combattre ses ennemys, et vintluy-mesme en personne dedans son camp, ou le bon chevalier luy alla faire la révérêice, et en passant reprist la ville de Mozon. Le roy son maistre luy fist recueil marveilleux, et ne se povoit saouler de le louer devant torii le monde. H k voulut honnestement récompencer du grand et reconunandable service qu'il luy venoit fres-

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P4R LE LÔYÀL SERVITEUR, CHÀP. LXIII.

diemfot de faire. H lefist chevalier de son ordre, et faiy donna cent hommes d'armes en chef; pois marcha après ses ennemys, quMl eipoba hors de ses pays, elles chassa jusqaes dedans Yalenciennes, où le bon chevalier se porta, comme il avoit toujours de constume. LesAlmans firent en Picardie beaucoup de mal par le feu, mais les François ne forent point ingrats, et le leur rendirent le double en Hénault. Au retour que le roy fist en la ville de Gompiègne, eut quelques nouvelles de Gennés, et (pi'U estoil besoing d'y envoyer quelque saige, hardy.et advisé chevalier : par quoy le £t seigneur sachant la bonne nature du bon chevalier sans paour et sansreprouche, et que jamais ne se lassoit de faire service, luy en bailla ht commission, le priant très fort que, pourramourde luy, voulsist faire ce voyage, car il AFOit grand espoir en sa personne. Il Taceepta d'aussi bon cueur qu'on luy bailla ^ pois passa les monts, et fat à Gennes très bien reeeu, tant du gouverneur, des gentils-hommes, que de tous lesbabitans; et tant qu'il y de- « meura, fut honoré et prisé d'un chascun. Il y eut plusieurs afiGaires en Ytalie, dont ne vous feray point mention ; mais je vous viendray à dédairer le trespas du bon chevalier sans paour et sans reprouche, qui fut ung grief irréparabk. Dolente et malheureuse la journée pour toQtela noblesse de France I

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