‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 106 sur 428 · CHAPITRE LXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIV

le bOD cfaeralier, eo une retraicte qull fist ^ Italie, fttt taé (fiiDg coup d'artillerie.

Au commencement de l'an 152i, le roy de Franee avoit une armée en Ytalie, soubs la eharge de son admirai, le seigneur de Bonnyvet. Q^ avoit en sa compaignie force bons cappitaioes; mesmement j estoit nouvellement arrivé tmg jeiDie prince de la maison de Lorraine, aonuné le comte de Vaudemont, lequel désiroit à nerveiUes sçavoir des armes, et à suyvre par œttnes vertueuses ses ancestres. Or le camp da loy de France se tenoit pour lors dans une petite ville nommée Biagras, où eubc estans là, le chef de Tannée qui estoit l'admirai, dist au boa dieralier : « Monseigneur de Bayart, il f^oit que vous allez loger à Rebec, avecques deux cens hommes d'armes et les gens de pied

deLorges; car parce moyen, travailleront merveilleusement ceulx de Milan, tant pour les vivres, que pour mieulx entendre de leurs affaires, n Û fault sçavoir que, combien que le bon chevalier ne murmurast jamais de commission qu'on luy baillast, ne se povoit bonnement contenter de ceste là pour la congnoistre dangereuse et doubteuse, et respondit comme à son lieutenant de roy : « Monseigneur, je ne scay comment vous l'entendez, mais pour ganler Rebec, au lieu où il est assis, la moitié de nos gens y feroient bon besoing. Je congnois nos ennemys ; ils sont vigilans ; et je suis bien asseuré qu'il est quasi difficile que je n'y reçoive de la honte. Car il m'est bien advis que, si quelque membre de vos ennemys y estoient , par une nuyt les irois resveiUer à leur désavantage. Et pour ce. Monseigneur, je vous supplie, advisez-vous bien où vous me voulez envoyer. » L'admirai luy dist qu'il ne se souciast point, car il ne sortiroit pas une soris de Milan qu'il n'en feust adverty, et tant luy en en dist d'une et d'aukre, que le bon chevalier, avecques grosse fascherie, s'en alla avecques les gens qu'on luy avoit baillés, dedans Rebec ; mais il n'y mena que deux grans chevaulx, car ses mulets et tout le reste de son train, envoya dedans Novarre, quasi prévoyant perdu ce qu'il détaioit avecques luy. Venus qu'ils feussait dans ce village de Rebec, advisèrent comment ils le fortifieroient, mais nul moyen n'y trouvèrent, sinon faire barrières aux venues; mais par tous les costés on y povoit entrer. Le bon chevalier escripvit souvent à l'admirai qu'il estoit en lieu très dangereux, et que s'il vouloit qu'il s'y tiensit longuement, il luy envoyast du secours; mais il n'en eut point de responce. Les ennemys qui estoient dedans Milan, en nombre de quatorze ou quinze mille, furent advertispar des espies que le bon chevalier estpit dans Rebec, à petite compaignie, dont ils farent trèsjoyeulx. Si délibérèrent par une nuyt l'aller surprendre et deffaire. Et suyvant ce vouloir se mirent aux champs environ my-nuit, au nombre de six à sept mille hommes de pied, et quatre à cinq cens hommes d'armes. Le bon chevalier, qui toujours sedoubtoit, mettoit quasi toutes les nuyts la moitié de ses gens au guet et aux escoutes, et luy-mesme y passa deux ou trois nuyts, tellement qu'il tum- 1 ba malade tant de mélancolie que de froidure,

CHRONIQUE DE BAYART,

beaucoup plus fort qu'il n'en faisoit le semblant^ toutesfoia contraint fut de garder la chambre oe jour. Quand ce vint sur le soir, il «rdonna à quelques cappitaines qui estoient aveeques luy aller au guet, et adviser bien de loqs costés à ce qu'ils ne feussent surpris. Ils 7 allèrent ou firent semblant d'y aller; mais par ce qu'il plouvinoit ung peu, se retirèrent tous ceulx qui estoient au guet, réservé trois ou quatre povres archiers. Les Espaignols mard)oiânt toi^ours, et avaient, pour mieulx se <MA0Ooistre la nuytt cbascun une chemise vestue pair dessus leur hamoys. Quand ils approchèrent d'ung gect d'arc du village, furent bien esbahys qu'ils ne trouvèrent personne; et eurent pensement que le bon chevalier avoit esté adverty de leur entreprinse, et qu'il s'estoit retiré à Byagras ; tûutetfois ils marcboient toujoiua. Et ne furent pas àcent pas loing,qu'ils ne trouvèrent oe peu d'archiers qui estoient demeurés au guet, lesquels aussi tost furent chargés. Les povres gens ne firent point de résistance, ains se mirent à la Aiytevoncryant : « Alarme! alarme U Mais ils furent si vivement suyvis, que leadits ennonys fiu»nt aux barrières aussi tûst qn'eulx. Le boa cbevaUer, qui en tel dangîevna dormoit jamais que vestu gamy de ses a9*ant bras et cuysaots, et sa cuyrasse auprès de luy, fiât brider ung cheval, qui jà estoit sellé, sur lequd il monta ; ets'en vint aveeques cinq ou six hommes d'armes des siens, droit à la barrière, où incontment survint le cappitaine Lorges et qaxiqae nombre de ses gens de pied qui se postèrent très bien. Lesennemys estoient à Tentour du village, cherchant le logis du bon dievaUer, car s'ils l'eussent prins, peu leur estoit le demourant ; mais encore ne le tenoientik pas. La huée fut grosse et Talarme chault. Durant ce combat, à la barrière, le ban chevalier va ouyr les tabourins des gens de pied des ennemys, qui sonnoioit l'alarme tant drq que Ofterveilles. Alors il dist au cappitaine Lorges : « Lorges« numamy, vecy ung jeu mal party . S'ils passent ceste barrière nous sonunes trioaflBés ; je vous prie, retirez vos gens ; et serres le mi»3dx que vous pourrez, marchez droit à Byagras, car, aveeques le&gens de cheval que j^ay, demoureray sur le derrière; il Cault laisser nostre bagage aux ennemys ; il n'y a remède, saulvons les personnes s'U est possible.» iBCODliQent que le bon cheYalicsr eut parlé, k

cappitaine Lorges flst son con^maiHlement. La pluspart de tous les François montèrent à cheval, et se retirèrent sdon la fortune très gaillardement, et ne perdirent point dix hommes. Les ennemys estoient des(mlus la pluqmrt panny les maisons, et de tous les castes cliarchoient le bon chevalier^ mais il estoit desjà à Byagras, où, luy arrivé, eut quelques paroUes fascheuses àTadmiral. Toutesfois je n'en feray aucune mention; maissitousdeux eussentvescu plus longuement qu'ils ne firent, feussodt peultestre allés plus avant.. Le bon chevalier cuyda mourir de dueil du malheur qui luy estoit advenu, bien que ce ne feust pas par sa faulte ; mais en guerre il y a de Theur et du malheur plus qu'en toutes aultres choses. Quelque peu de tems après ceste retraicte de Rebec, le seigneur admirai congnoissant son camp admoindrir de jour en jour, tant par faulte de vivres, que par maladie qui couroit parmy ses gens, tint conseil aveeques les cappitaines, €|ù pour le mieulx fut délibéré qu'on se retireroit*, et ordonna ses batailles, où en l'arrière garde, comme to^jours estoit sa coutume, deuioura le bon chevalier. Les Espaignols les suyvii^it de jour en jour, et marcboient en belle bataille après les François, et souvent s'esearmoucboient ; mais quand venoient à charger, toujours en barbe le bon chevalier aveeques ^pielq^ nombre de gens d'armes, qui leur monstroit ung visage si asseuré qu'il les faisoit demourer tout coy, et menu et souvent leç rembarroit dedans leur grosse troppe. Us gectèrent aux deux esles d'ung grand chemin, force hacqpiebutiers et hacqu^Kmsier», qui portent pierres aussi grosses que une hacqnd)\ite à croc, dont ils tirèrent plusieurs coupa, et de hing fat frappé le genûl seigneur de Y^ddcMese, dont il mourut quelque tems après> qui Ait ung gros dommage pour la France. Il estoit de petite corpulence , mais de haultesse de cueur et de hardiesse personne ne le passoit. Ce jeune seigneur de Vaudemont, qui de nouvel esloît au mestier des armes, s'y porta taatgaillanlemeniqaenep* veille, et fist tout plein de beHes eharges, taat qu'il sembloit que jamais n'eust fiât autre diase. £n oes entrefaieles, le bon chevalier, asseuré comme s'il eust esté en sa maison, frisait nar^ cher les gens d'armes, et se retiroit le bea« pas, toujours le visage droit aux ennemys; et restée an pçia^r leur donnoit phia da^ craislt

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