SON SECRÉTAIRE
Lessages disent qnela vertîi croît quand elle est loaée, et cela s'entend en celui qui aime la yerta.lequelenreconnoissantlebienetgrâceqae Diea (dont tout bien procède) lui a &it mettre peine de multiplier le talent de vertu que ledit seigneur Dieu luy a baillée, pour en rendre le double. Et au contraire le vice, quand il est blâmé, décroît et appétisse entre gens de bonne volonté; car celui qui est obstiné en mal, il &it pis, de tant qu'il rengreige le mal qu'il entend être blâmé sur luy. Par quoy , à cette fin d'auge menter en vertu les vertueux, et de réduire à bien faire ceux qui auroient Mli, est introduit de mettre et rédiger par écrit les faits et gestes des roys, ducs et princes qui ont r^é et seigneurie entre les hommes, lesquels sont loués du bien qu'ils ont &it et blâmés du mal : et it advient que en cette mortelle
rriniiiiMi;'!!!
vie ils sont rémunérés du bien fait et punis du mal, selon la volonté du juge, qui ne &ut en ses jugemens de juger justement. Et quoy qu'il remette beaucoup de rémunérations et de punitions à son étemel jugement, comme il luy plait^ ainsi que nous pouvons conjecturer, quand nous voyons beaucoup de gens qui nous semblent bien vivans lesquels ont de la soufireté^ peine, travail et autres inconvéniens en ce monde, et d'autres que nous voyons mal &ire évidemment, qui ont beaucoup de prospérités mondaines ; plaise luy que de nos bien&its nous ne soyons pas icy rémunérés, et que nos fautes et péchés soient icy punis, sans les remettre à la punition étemelle. A quoy qu'il en soit, si voiton qu'à grande peine peut échapper un péché public etnotoire, qu'en bref temps n'en aviennc punition publique. Et aussi les gm^ bien vi-
vans de &it et de pensée, là où il n'y a point de dissimulation, nidefousseté, ils sont préservés de beaucoup d'inconvéniens, et finalement parviennent à noble et louable fin.
Et pour ce que très haut et très puissant prince monseigneur Charles, à présent duc de Bourbonnois et d'Auvergne, comte de Clermont en Beauvoisis, de Montpensier, de Fo* rets, de la Marche et de Germont en Auvergne, dauphin d'Auvergne, vicomte de Cariât et de Murât, seigneur deBeaujolois, de Combraille, de Mercceur, d'Annonay, de Roche en Régnier et de Bourbon-Lanceys, pair et chambriarde France, heutenant général du roy en ses pays de Bourgcmgne et de Languedoc, a été bien nourri et en si bonne compagnie, le temps de son jeune âge, qu'il a entendu souvent parler des hauts et mémorables fûts de MM. les ducs de Bourbon, ses prédécesseurs, et des roys, et de la couronne de France ( dont ils sont descendus), U a montré avoir le cœur et volonté d'ensuivre mesdits sieurs ses progéniteurs, et amis la main à l'œuvre, tellement qu'en son jeune âge il a eu sens d'homme parfait; et s'est tellement dressé à suivre le chemin de vertu, qu'on espère de luy l'exploit et issue d'un des plus sages et vertueux princes dont il soit mémoire. Et à celle fin que la bonne opération de luy, puisse porter profit à ceux qui après luy viendront en ladite maison et ailleurs , moy son très humble serviteur et indigne secrétaire , ay voulu mettre par écrit ( selon mon rade entendement) les faits et gestes de mondit sieur le duc Charles, depuis sa naissance, au temps de laquelle et long-temps avant , et aussi depuis continuellement^ j'ay
lenryen sa maison, tant feu monsieur son gnsd-père, que feu monsieur son père» et feu maomrftm frère aine, chacun d'eux sucœssvment, jusques à leur trépassement.
Si prie tous liseurs de cette histoire qu'ils venlôt avoir regard à l'obligation naturelle ^'me meut de mettre par écrit lesdits faits, dooD pas la simplicité et rudesse du langage mal orné dont le pays de ma nativité me doit eaodaexcuser. Pour venir à notre matière, faut cntoMke : que ce très noble duc Charles est [fils de fea monseigneur Gilbert, en son vivant conte de Hontpensier et dauphin d'Auvergne, et de^oiadanie Claire de Gonzague, qui fut fiBe aFrédéric de Gonzague, marquis de Mantooe, et sœur de François de Gonzague, à présent marquis dudit Mantoue. Si fut nay le &-se|;tième jour de février, .l'an mil quatre cens quatre-vingt-neuf à la computation ^ de FnDee;etétoiten ce temps le deuxième fils desdits comte et comtesse, lesquels ont eu ensemble plusieurs beaux enfans, comme sera dit ci-après, et lequel comte Gilbert étoit fils unique de fro Monseigneur Loys, en son vivant comte dodit Montpensier et dauphin d'Auvergne, lequel par ses vertueux faits fut appelé, et encore est remémoré le bon Comte Loys, qui fiitfibdefeu monsieur le duc Jean, le prenierdece nom, duc de Bourbonnois et d'Ao- ^wgne, oomte de Clermont et de Forêts ; et laqnde maison deBourbonestdescenduedirecte- 0^ psrligne masculine de la très noble et très cbretienne maison de France, ainsi que s'ensuit.
Cestàsavoir que : de feu très sainte mémoire, H. Saint-Loys, en son vivant roy de France, qui ^tassa luyétant pour l'accroissement denotre >ttnie foy chrétienne, à Tencontredes Turcs au royaomede Thunes, en l'an mil deux cent râanteet dix, descendit, entr'autres enfans, B<èert,quifut apanédela comté de Clermont en l^ttovoisis, et épousa dame Béatrix de Bourbon, flket héritière de la seigneurie du pays deBour- Imidoîs : et desditsmonseîgneur Robert et dame ^i^rixdeBourbon, descendit enmariage, feu de i^ttie mémoire, monseigneur Loys, premier de tt Ml, qui foi le premier duc de Bourbonnois : carentre ses mains ladite seigneurie de Bour- ^<ttMNs ht érigée en duché ; . Doquel duc de Loys et de madame Marie de
(^ ^ IM^ ooovcaq siyte.'
Hainault, sa femme, descendit en mariage feu de bonne mémoire, Pierre, premier de ce nom, duc de Bourbonnois et comte de Clermont, lequel, pour la tuition et défense du royaume de France, mourut devant Poitiers, bataillant en la compagnie du roi Jean, contre les Anglois, anciens ennemis de France, où ledit roy Jean fut pris prisonnier ;
Dudit monseigneur le duc Pierre, et de madame Ysabeau, sœurduroy Philippes, safemme, descendit en mariage monseigneur Loys, le second duc de ladite duché de Bourbonnois, et comte de ladite comté de Clermont, lequel fut par long-temps en otage en Angleterre pour ledit roy Jean, et après fit tant de hauts, vertu^ix et louables faits en son temps, qu'il acquit le nom qui encore luy dure en la mémoire des vivans ;
De bon duc Loys, lequel épousa dame Anne, dauphine, fille du comte d'Auvergne et de la comtesse de Forêts ; et par ce moyen ladite comté de Forêts est venue à ladite maison de Bourbon ; et en outre acquit à icelle maison la seigneurie de Beaujolois, et celle du pays de Combraille, fitb^tir l'hôtel et chapelle de Bourbon à Paris, l'ancienne maison du Châtel de Moulins, fonda le collège de Saint-Nicolas de Montluçon , l'Hôtel-Dieu Saint-Nicolas de Moulins, et fit si grand nombre d'autres belles choses, qu'il avoit, et bien mérité, le nom de bon duc Loys ;
Duquel et de ladite madame Anne, dauphine, descendit en mariage Monseigneur leduc Jean, premier de ce nom, duc desdits duchés de Bourbonnois et d'Auvergne, comte de Qemiont, de Montpensier, de Forests, seigneur de Beaujolois et dudit pays de Combraille, lequel, du vivant dudit bon duc Loys son père, fbt marié à dame Marie de Berry, fiÛe de feu de bonne mémoire Monseigneur Jean duc de Berry et d'Auvergne, fils dudit roy Jean, frère du roy Charles V et oncle du roy Charles YI; au moyen duquel mariaçe, ladite duché d'Auvergne, et ladite comté de Montpensier advinrent audit duc Jean, et par conséquent à ladite maison de Bourbon ;
Duquel duc Jean et de ladite dame Marie de Berry, descendirent en mariage deux fils ; c'est à savoir Charles, son aîné, premier de ce nom, et Loys le mainé, qui luy succédèrent en tous biens. Toutefois ledit Chartes comme
iS0
aMé print lesdites dvdiés . de Bdorboiinoûr et 4'AiiTergiie,' comté de FotestSi et ledit paya de Beanjolols; et apana ledit Loys son frère de ladite comté de Montpensier et dadtt pays de Gombraille, d'un tien de la soccesston da comte dauphin d'Auvergne qui avoit été adjugé audits frères Charles et Loys;tont leqoel apanage ne pouvoit monter dix mille Hyres de rente, qui senftloit bien petit, yen qu'en ladite maison n'aVolt qoe deox frères : toutefois ledit fen comte Loys^ tant de ses deniers que d'auctms antres qui Iny étoieiit dehs par lôlit féd dnc (Parles son frèi%, aetpnt dd seigneur de Saint-Georges partie de l'un des autres tiers dudit comté et dauphiné d'Âurergne; et après lé trépas dudit Charles son frère, il se fit relerer dudit partage, et eut ponr récompense de sa déception dix-huit cents livres de rente davantage; ou il n'aroit pas suffisante récompense, eu regard à la grandeur de ladite maisoil qui étolt dequatre-Tingt miHe livres de rente, ou environ; Totitefois ledit feu bon comte Loys pour lors s'en contenta ; et si passa plusieurs autres convenances et renonciationâ« fort préjudiciables à ses successeurs : car par icelles, luy ne $ei successeurs ne pouvoient revenir à la succession de la maison de Bourbon tant qu'il y auroit filil ne fiHes descèndans Se ladite maison:
Dudit duc Charles et de madame Agnès de Bourgongne descendirent plusieurs ecffans tant fila que filles; c'est h savoir feu de bonne mémoire monseigtieur Jean II, de ce nom , qui, comme Paîné, fut due desdites duchés de Bourbonnoi* et d'Auvergne, comte desdites comtés de Ciermont et Forests, etautres terres de ladite maison, lieutenant général du roy, gouverneur de Languedoc et connétabfede France, feu monsieur le duc Rerre, un autre Pierre qui mourut seigneur de Beaujolois; CSiarles qui fut cardinal de Bourbon, archevêque de Lyon^ évéque de Ciermont en Auvergne ; un autre qui fut évéque de Liège, et Jacques de Bourbon qui mourut jeune, ét^t avec M. le duc de Bourgongne son coKisin germain. Et y eut aussi phisieurs filles, toutes hautement mariées , Pune au dtic de Guddfès, l'autre au duc dé Calabre, l'autre au seigneur de Bresàe, qui depuis fut duc de Savoie ; l'autre au prince d'Orange. Et est à croire que ledit feu duc Charles, se voyant chargé de si grand nombre d'enf^ns; fut meu de petitement
apaner sondit frère le comte Loys, qui était débonnaire et n'osoit courroucer momlit siear le doc Charles son frère; et cette même raison put mouvoir ledit duc Jean son fils, chargé de beaucoup de frères et sœurs, d'en faire petite récomr pense aïKlit comte Loys son oncle , et de hd faire faire lesdites renonciations : desquelles ledit comte Gilbert se fit relever à l' encontre dudit duc Pierre, succesiteur dudit duc Jean, dedans le ti^ntième an après icelles renonciations, comme faites contre raison et équité ; et est à croire que tels étoient tpie Dteu^ qui a dit qu'oo ne doit fhire tort à autruy^ et tel est son commandement, a permis et est av«QU, que les successeurs descendus dudit comte Loys ont recueilli toute la sttccessi^d de ladite maison de Bouri)on9 moyennant le mariage dudit duo Charles qui est à présoit, et de madame Sà^ ' zanne, fille de mondit sieur leducPîOTre^ comme sera dit ci-après.
Lequel duc Jean II« fut premièrement marié à madame Jeanne de FrancCi fiUe du roy Charles YU, et frère du roy Loys XI dont n'eut aucuns en&ns , et après fut marié ea secondes noces à madame Catherine d' Armaignac dont descendit un fils qui mourut t^t après qu'il fut né ; et aussi fit certain temps après ladite dame Catherine sans avoir autres enfims. Et depuis fut ledit duc Jean marié en tierces noces avec Madame Jeanne de Bourbon^ qui étoitde la maison de Vendôme; mais d'elle ledit duc Jean n'eut aucuns en&ns ; et trépassa sans hohrs descèndans de sa chair ; par quoy lesdits duchés et comtés de ladite mais(m de Bom*bon advinrent audit duc Pierre» son frère» qui apporta à ladite maison la comté de la Marche; Et depuis eut par permutation avec la comté de l'Ile-en-Jordan, les vicomtes de Cariât et de Murât. Et de luy et de Madame AnnedeFraneet sa fenmie, fiUe du roy Loys XI, descendit eà mariage ladite dame Suzanne de Bourlxm.
Lequel feu Monseigneur le duc Pierre fut tUi boa prince. Et pour sa Ixmté et vertu ledit feuroy Loys XI luy bailla en gouvernement k personne du feu roy Charles Vin, sonfils^ lequel il laissa jeune en l'Age de treize ans. Et par k moyen et conduite dudit duc Pierre^ ledit roy Charles Vin fut roy paisiUe ; ét'obvia a phisieurs entreprises kites contre fcry et son royaume. Et dès lors qu'il se jetahors des mains et du conseil dudit duc Pierre, il se mit à kire
beaucoup d -excès, comme il avient souvent àj^ipi^pripc^, avales jeunes gens qui le soifoi^U et aiicims autres qui, en lui complaisait, &is(Hent leur prouffit partfculier. Et teliemeotie menèrent qu'ils luy firent entreprendre la eoBquét^ du royaume de Naples, contre la delSiératicm dudit duc Pjerre et des autres gens de bien, sages et prudens. Auquel royaume de Napl(îs iceloy roy Charles fut en personne. Et Teut tantôt conquis et plutôt perdu ; et en s'en retoQinant fut attendu à Foumoue de la puissance des Italiens oùétoient les Vénitiens, le dn^ de Milan» le marquis de Mantoue, à tout grosse armée, pour en &ire proie, tant de luy que des siens. Mai^ Dieu luy aida tellement qu'il échappa desdits Italiens, et s'en revint en France Mre bonne chère comme il avoit accoutome; et n'y demeura pas longuement qu'il mounit eo F^ge de v'mgt-huit ans, autant ou plis ipé et exténué à cause desdits excès que seront m persoaoage de soixante ans.
Or ledit dqc fiçrre vivoit toujours en bon et gco^ çtat comme un des meilleurs, plus sages ^ghvpcqd^ns prince3 de toute la terre, aimantetsçnniJQt J)ieu, et entretenant les gens de toi di| royaume de France, duquel et de lad^ d^m^ Api^e de Fraivce étoit descendue b$tedapie Smânne ^e Bourbon, sa fille. Et dep« maditfi <iame Anne de France, sa femme, n'^ntaocons enfians; età cette cause, vivant en- ORgl^foy Charles, i^ son retour de Naplea, leiiia devecs |ay l/>ys deuxième du nom, eonlede llQpQ>en8iert fils dudit comte Gilbert, et le gpurrissoit ep sa cl^ambre^ disant qu'il T<wkii( fftire te mariage de luy et de ladite duoe Siuannç de Bourbon. Toutefois il trépssia «AS eii mettre aucune chose à efiet. Et aipcéda ^u royaiime Lpys, duc d'Orléans ; et Uitdae Pierre dievint vieil, et çaourut plein de jan e( 4e bQPQ§ renommée en son chatel de MpoGns^ )g dixième d'octobre l'an mil cinq cent trais, défaiîiifiant madite dame Amu; de France, «I iwfre, et omdite damç Çuzan^e, leur fiUq, tmieolemeiEit, sans antres enfans.
Oç Swt ^nt^adre que ledit feu comte Gilbert, cntan ni9 qmIrQ oent (piatre-vingt-huit, çon- Q^^M^t fQ(î 1^ qiyittancei et renonciations que l|$t emtQ Lqyf? 9oa pèr^u ^voit faites avec le- #t dMijeno, bu povToient, et à ses hoirs, por- 4v g^d flommage et Fempécher de venir h
HH MARILtAC
ment es duchés de Bourbonnois et d'Auvergne, comtés de Clermont et de Forests, lesquels ne pouvoient aller à fille tant qu'il y auroit mâle descendant de ladite maison, mêmement du mariage dudit duc Jean le premier et de ladite Madame Marie de Berry, dont il étoit descendu, comme dit^est ; car, par le traité du mariage de ladite dame Marie étoit ainsi convenu pour plusieurs grandes causes et raisons contenues audit contrat de mariage, et mêmement pour toiyours tenir grande et grosse ladite maison* que viendroit en la ligne masculine ; et si étoit en outre convenu audit contrat que ledit duché d'Auvergne, qui étoit venu d'apanagede France , etladitepQmtédeMontpensier)laquelle)editduc de Berry avoit donnée au roy et à ses hoirs mâles, et icelle mise ; qu'en apanage ne pouvoient par ce moyen venir ny être dpnnée^ ^ ladite dame Marie de Berry ; mais moyei^umi ce que le roy, qui étoit alors, consentit que les-i dites duché d'Auvergne et con^té d^ Montpen^ sier pussent être données à ladite dame Marie et aux hoirs mâles qui descendroient dudit mariage, ledit duc Loys de Bourbon, qui traitoit ledit mariage, voulut et consentit que ladite duché de Bourbonnois fût sujette à retourner à la couronne de France, à faute d'hoir mâle descendant dudit mariage, comme si icelle duché fût venue d'apanage; es quelles terres, duchés de Bourbonnois et d'Auvergne, comtés de Cleripont et de Forests, ainsi que dit es(, réservées aux mâles descendus dudit ifiariage, dont ledit comte Gilbert étoit y^nu, et n'y i^voit entre deux que ledit bon comte Loyç, luy Ae ses suC'* cesseurs n'eussent jamais pu venir si lesdite^ renonciations eussent eu lieu. Et à cette cause iceluy comte Gilbert se fit relever d'icelles^ comme dessus a été touché, et s'en ensuivit procès en la cour de parlement, entre ledit comte Gilbert d'une part, et ledit duc f^ierra d'autre \ lequel duc Pierre avoit brs appréhendé la succession de ladite maison de Bourbon, après la npiort et trépas dudit Jean, son fi:ère, qui mourut le premier jour d'avril l'an mil quatre cent quatre-vingt et sept, avant Pâ^ ques. Et étoit à ce meu ledit comte Gill^rt , ear il voyoit apparence pour luy et leç aieps inâle^ attendu que jà ledit duc Jei^ étoit trépa^ sans hoir mâle descendu de sa chair ; et an^ tous les autres mâles de ladite maison de Bour-r b ffPtWîQa 4q 1» iQiison de Bourbon , même-. J bon étoient tré|)assés sani^ hoir mâle de hyg^
chair, réservé ledit duc Pierre, que combien qu'il eût demeuré long-temps en mariage avec ladite dame Anne de France, n'avoit eu aucuns enfans ; et d'autre part y avoit plusieurs en- &ns descendus des filles du duc Charles qui l'eussent débouté desdites successions.
Par quoy ledit comte Gilbert, comme sage et prudent, ne se tint pas seulement à la voye dudit procès encommencé pour avoir le sien, car la voje est rigoureuse, mais se retira devers mondit sieur le duc Pierre, et devers Madame la duchesse, à leur remontrer lesdites renonciations luy être trop préjudiciables et à ses hoirs mâles dont il en avoit déjà un, et en disposition d'en avoir d'autres, comme il eut depuis, leur suppliant de vouloir faire en façon que, si le cas avenoit que d'eux ne descendît aucune ligne masculine, que lesdites terres vinssent entièrement, comme il étoit convenu, plutôt à luy et à ses hoirs mâles qui étoient venus et issus de ladite maison et en portoient le nom et les armes, que si icelles seigneuries étoient démembrées et divisées entre les étrangers enfans desdites filles, afin que ladite maison, qui a si longuement duré, se pût entretenir entière en grandeur et hautesse sous le même nom de France, dont ils sont venus et descendus. Lesquels mesdits sieur duc Pierre et dame Anne de France inclinans libéralement à la requête dudit comte Gilbert comme raisonnable, luy accordèrent, par transaction faite et passée à Chlnon, que, nonobstant lesdites quittances et renonciations , au cas qu'ils décéderoient sans hoir mâle descendant de leur chair, ils vouloient que ledit comte Gilbert, ou les mâles qui seroient descendus de luy en mariage, pussent venir à la succession d'eux , tout ainsi que si lesdites quittances ou renonciations n'eussent point été faites par ledit comte Loys et les siens. Et de ce forent faites et passées bonnes lettres ; et par ce moyen cessa ledit procès commencé à cause de ce en la cour de parlement ; et depuis ladite transaction, et en l'an mil quatre cent quatre-vingt-onze madite dame Suzanne fot née.
Et en Tan mil quatre cent quatre-vingt-quatorze le roy Charles entreprint le voyage de Naples, auquel voyage ledit comte Gilbert alla avec luy, comme son Ueutenant général, conduisant son avant-garde comme celuy qui le savoit bien faire, et qui étoit un des meilleurs
chevaliers, plus hardis et meilleurs conducteurs de ce royaume ; car en son temps et en l'âge de dix-huit ans il fot lieutenant général du roy Loys XI, es premières armées que ledit sieur a tenues en Bourgongne, et y fit de grands exploits d'armes; et mêmement gagna une bataille à journée assignée contre le duc Charles de Bourgongne, qui vint à toute sa puissance à rencontre dudit comte Gilbert, lors nommé le comte dauphin ; car son père vivoit; mais iceluy comte dauphin qui n'a voit avec luy un seul homme d'armes des ordonnances des François, mais seulement les gens du ban et arrière-ban, et des francs-archers des pays voisins, U (à Tayde de Dieu ) chassa et défit ledit duc Charles ; et furent morts à ladite bataille plus de huit ou dix mille personnes , et fot ladite bataiDe au mois de mars mil quatre cent soixante et dix. Et depuis iceluy comte Gilbert fot es autres guerres que ledit roy Loys eut contre ledit duc Charles , tant es duché et comté de Bourgogne, qu'es pays de Picardie et d'Arthois; lesquels pays furent tous conquis par ledit roy Loys; et avec ce iceluy comte Gilbert, du temps dudit roy Charles, fût son lieutenant général en Poitou et en la duché de Bretagne, en Tan mil quatre cent quatre-vingt et sept, prit la ville de Partenay, et après entretenu l'armiée dudit seigneurenBretagnedepuislamy-aoâtjusquesà la Toussaints; et cependant prit les châtels de Saint-Aubin du Cormynet la ville deDol, tout le temps que ledit seigneur comte Gilbert étoit auprès dwlit roy Charies , il étoit toujours en son étroit conseil pour aviser et pourvoir es affaires de son royaume, jusques en ladite année mil quatre cent quatre-vingt-quatorze , qu'il alla à Naples, comme dit est, auqud royaume ledit roy Charies VUI laissa ledit comte Gilbert, scm lieutenant général et vice-roi, qui ne tint pas longuement ledit royaume, car tôt après le département d'icduy roy diKiit royaume, et au temps qu'il fut attendu des Lombards à Fournoue, comme dit est, ledit comte Gilb^ fut assailly à Naples du roy Ferrand et des siens, avec ses alliés, ainsi qu'il étoit entrepris et convenu entre les seigneurs d'Italie et le pape Alexandre qui lors vivoit ; et tellement que ledit comte Gilbert, combien qu'il n'eût que bien peu de gens que ledit roy luy avoit laissés, et n'étoient pas cent hommes d'armes, et deux cens archers, et environ quatreou cinq mille Suis-
PAR MARILLAC
i, ootre antres gens de pied ; voyant qu'il ne pooYoit résister contre la grosse puissance dudit roy Ferrand, qui vint à plus de trente mille combattans , et la plupart de ladite ville de Naples, pour lors se retira, et tous ses gens, malgré tous les ennemis, dedans le châtel neuf dudit Tfaples ; lequel il tint contre ladite puissance Feqpace de cinq mois ; et si n'y avoit que bien peu de vivres, car ledit roy Charles n'y avoit lien laissé à son partement , tellement que ledit comte Gilbert et les gens d'armes de sa compagnie la plupart du temps mangeoient le ris et le millet pour tout pain, et les chevaux et mulets, chiens et chats qui étoient audit châtel, eibeuvoient de l'eau et du vinaigre ; mais néanmoins il tint ledit château ledit temps. Et avec ce voyant par trop diminuer les provisions, il s'en sortit dehors avec sa compagnie, et ne laissa au diâtel sinon certain nombre, selon la pro\isioo quy demeuroit pour vivre le temps qu'il entendoit qu'ils gardassent ledit châtel; et lui et sa bande se jetoient aux champs. Et se vint assembler avec le sieur de Cbamperroux, qui étoit maréchal dudit royaume ; et se mirent à chercher ledit roy Ferrand par tout ledit royaume, lequel ne s'osa oncques trouver devant eux.
Todtesfois à la fin, il eut certain nombre de gens des Yénétiens, que le marquis de Mantooe, lors capitaine général desdits Yénétiens loi amoia ; et quand ils furent tous ensemble, ils se mirent aux champs, comme pour vouloir combattre ; et lors ledit feu sieur comte Gilbert qtd ne demandoit autre chose, se délibéra de les aller trouver; mais le sieur de Parey , qui avoit charge des Suisses, qui étoient la force des gens de pied, dit tout haut audit comte Gilbert qu'il n'iroit point en batailie contre ledit roy Ferrand, ny mettroit ses gens en danger ; par quoy ledit comte Gilbert De foi conseillé de combattre seul ; dont s'en ensoiTit une grande perte ; car comme s'est trouvé depuis, et vray étoit» les gens dudit Toy Ferrand, qui seurent que les François faisoient semblant de marcher contre eux, trous- «oieot bagage et s'en alloient; et dit-on commuoément, que si les François eussent marché, q^ les Lombards n'eussent jamais attendu. Et au moyen du refus dudit sieur de Parcy, l'armée des François qui étoit en la Poilhe fut contrainte de se rompre; car ils n'avoientde XYI' siicLE; Chron. et Mém.
quoy vivre, et de là furent contraints de venir en traité et apointement avec ledit roy Ferrand, par lequel ledit comte Gilbert s'en pouvoit venir en France et ses gens aussi. Mais ledit sieur de Parcy ne fut pas sans soupçon de trahison , et qu'il s'entendit avec les ennemis, pour ce qu'il n'avoit voulu combattre comme les autres capitaines, et que le lieutenant du roy luy commandoit : et par ce moyen ledit comte Gilbert se délibéra retourner en France, mais ainsi qu'il fut monté sur mer au port de Baye, une maladie de flux de sang pestilentiel le prit, dont il trépassa au lieu de Pussol, et illec enterré solennellement. Par quoy ses gens s'en retournèrent en France devers ledit comte Loys son fils, qui pour lors étoit en compagnie du roy Charles à Lyon.
Ledit duc d'Orléans après qu'il fot couronné roy de France à Reims, et qu'il eut fait entrée à Paris, ainsi qu'il est accoutumé, et ledit duc Pierre en sa compagnie, luy et madite dame sa femme, voyant qu'ils n'avoient aucuns enfans mâles, et qu'ils étoient hors d'espoir d'en avoir obtindrent facilement dudit roy Loys des lettres en forme de chartre : par lesquelles iceluy roy permettoit que ladite dame Suzanne de Bourbon, leur fille, pût succéder à ladite duché de Bourbonnois, nonobstant ce que ladite duché deut revenir à la couronne de France à faute d'hoir mâle, comme dit est ci-dessus : et avoient le roy et lesdits duc et duchesse leur considération sur ce que ladite duché n'étoit venue de la maison de France, mais étoit venue par femme à ladite maison de Bourbon; c'est à savoir, par dame Béatrix de Bourbon femme de Robert, fils de Saint-Loys, roy de France, comme ci-dessus est déclaré :" desquelles lettres lesdits duc et duchesse firent demander l'entérinement en la cour de parlement et en la chambre des comptes à Paris : mais la chose venue à la connoissance dudit comte Loys de Montpensier, il entendit par ses serviteurs que cette impétration étoit grandement à son préjudice, pour ce que comme dit est, ladite duché de Bourbonnois, comme les autres seigneuries sus déclarées : c'est à savoir la duché d'Auvergne, comté de Clermont, et de Forets, étoient réservées aux mâles qui seroient descendus du mariage desdits duc Jean , le premier, et dame Marie de Berry : tellement que tant qu'il y auroit mâle qui seroit descen-,
[IMMJ
du (hidit mariage, fesdHes seigneuries ne de- Toient partir de leur maki ^ mais philôt y de* Toit liérîter qtie le roy ny qoc les fille». Parquoy si lesdites lettre» avoient ne», il seroit fmstré de ladite doebé de BourbonnoiSf toot ainsi comme s'il n'étoit point deseendu dndft mariage, ce qu'il étoît par le moyen de son père, et de son grand-père. Et fbt conseitté de s'opposer à l'entérinement desdites lettres, ee qu'il fit *, et fut son opposition enregistrée, et la matière plaidée en plein pariement, oà il fit déduire les causes de son opposition, luy présent. Et combien qne plusieurs gens de bien disoient que lesdites lettres ne luy pouvoient nuire, comme cbose faite en son abaence, et sans qu'il y fût mentionné ny appelé, toutesfois la plupart des sages disoient qu'il devoit former ladite opposition, comme ne pouvant ignorer une chose de si grande Importance expédiée du roy, où il étoit tous les jours, et publiée en h cour du pariement, où il a'ses procureurs, avocats et conseil. Mais ledit sieur ne tint pas en cela la ferme de fiiiîe qu'avolt tenu ledit feu comte Gilbert son père quand il se fit relever des quittances et renonciations faites par le comte Loys son père, comme dit est, se retirant en humilité devers lesdits duc etdu^ chesse pour obtenir d'eux par douceur ce que luy eût peu coûter beaucoup en procès : car ledit comte Loys, encore qu'il fût prince de bonne nature, se laissa persuader et conseiller à quelques serviteurs siens, qui le conseillèrent très mal et le firent partir comme tout dépit de la compagnie desdits duc et ducbesse sans leur en rien dire, ny prendre rongé, combien gu'ilsle traitassent en bon et prochain parent,lefaisant ordinairement mangeràleurtaUe, et étant soigneux de luy et de ses affaires, lesquelles ils Gommençoient de prendre en main; qui Ait cause que lesdits serviteurs craigtiant que Ton en mit d'autres qu'eux au service dudit comte Loys, Ten firent par mauvais conseil partir sans congé, et en telle haine contre leadtta duc et duchesse, qu'il ne se vouloit trouver nulle part où ils fussent ; et catisoient ieadlts serviteurs que lesdits duc et duchesse ne voch loient attraire ledit comte Loys que pour hiy fiilre consentir l'entérinement desdites lettres, et par ce moyen le frustrer dudit duché de Bouri)onnois, ce qu'il creut trop obstinément. Sijy eut plusieurs grands personnages prudent
et sages, qui luy remontrèrent que lesdits duc et duchesse n'étoieat en cette volonté, mais» croyoit-on, qu'ils avaient bonne envie de tenfr leur maison grome, et que, quand ledit comte Loys s'bumilieroit à eux, comme étoit rmaen^ comme au chef de h maison et des armes, ils seroient bien conseillés de faire le mariage de luy et de Madame Suzanne leur fille : et par ee moyen toute la maison viendrait i kry, et lesdites lettres, ainsi que dit est, fmpétrées, luy pourroîent servir pour les filles qui descendroient dudît mariage,. s'il n'y avott aucun BUb. Et plusieurs autres bonnes choses luy étoient remontrées : tellement que, comme enfant de bonne volonté, il se retira quelquefois devers lesdits duc et duchesse, mais, par l'enbortemenl et conseil de sesdits serviteurs, il ne s'y pouvolt tenir ; et ne visitoit souvent lescBts duc et duchesse en leur maison ; lesquels voyant ses foçons de faire, et doutans de sa bonne volonté envers eux, traitèrent de donner leur dite fiie en mariage à M. le duc d'Alençon ; et de firîtfureni fiancés ensemble au châtei de Moulins, au mois de lévrier Pan mil -cinq cent, en \% présence dudit roy Loys XII, lequel, par lettres de chartre réhabilita ledit Charles due d*Alençon * de pouvoir tenir ladite duché d'Alençon, nonobstant la confiscation de corps et de biens déclarée par arrêt do roy €haries Yllf en la présence des pairs de Fnmee, contre le grand père dudit due CSiaries d'Alençon pour crime de lèse-majesté: et davantage iroutol que ladite duché de Bourt)onnois peut deneorer à ladite dame Suzanne et à ses hoirs sftftles et femelles qui descendraient dudît mariage. Lesquelles lettres furent semblaMement présentées en pariement, es quelles leéRt comte Loys s'opposa et fut receu a oppositien, qm a demeuré indécise; toutesfois, die a conservé et conserve ledit comte Loys et ses successeurs en leur bpn droit.
Les Pâques ensuivans mil cinq cent un, ledit roy Loys envoya le sieur d'Atd^y, sen lieutenant général au royaume de Naples pour iceluy rec<H)quérir , et cond^ien que ledit comte Loys n*eût charge aucune, néanmoins, pour s'exerciter àut armes et chercher le diemln de la vertu, il ttst consefBé d'aBer k la^te con*
(t) Ce duc d'Aleoçoo étoit Chariei, IV, doc, Sis de René ; il épousa depuis Marguerite , sœur unique du roy FnuDçoii ■ premier.
PAR MAKILLAG.
9iite;etducmgééu loy y alla à £^s dépens, et s'y moQUA très bardi^ preux et vaiUani, se HoaKUit des premiers à fassaut de h ville de Capooe, naonta sur les srarsi et fiit abatta par d^ux fois; néamooins reoQonta et fit reflMMtter les ^fess qui étoteotaotoar luy, telle- SMBtqveladite viUe âuprjse d'assaut, et par conséyient la villede Naples etles autres villes danoyanme se readirenL N'oocq après ledit asHOtetprisede ville oe se troavarésistaiKei etdisoitsgiuFeDt ledit roy Loys « qu'il teuoit le mjauiDedeliaplesdudit €amle Loy«^i»etdès Ion proposa de loy donoer eumariage laadaïae de Foîjc, ja xûèce, ^i depuis fitt royne d'£s* pagae, et Je {aire vice-roy de Maples. JUais ledit coi^ Lof]« étam à Pttssol, bisaat faire un service pour rbxuaeur du £eu <:ûiDte Gilbert» soa père» ^ y aloit enterré, prit uae fièvre qiû luy 61a la wisL Avaat qae de Bèouôr, il se fit porter à Jbfia 4W il trépassa le quatorze d'aràt mil cîBf cent m. &)n ^XMips fmhatimé et oâs daas icplamhw^étoit'Celaide son père, fat rapporté ea Fraiftoe^ «t sont le père et le fib enterrés ea Ia4*hapelle &iQt-Loys» m la ville d'Aiguesperce, mwee le eGi]is4ttboDcomteLoys, leur père, ^pua fcndé etdoiiié ladite chapelle de vii^ habitués fpûy Act jowmeUeifteBt le service de a^esse et hmre&^aapoBiales ;etdepui6aétéetttecrée ea kdîte<<iiyftlleaiadaiBeClairedeGoBzague,feB«aïe daditeoiBte Gilbert, et mère dudit cmate Loys, U^fassa k 2 jour de pùn^ l'aa sftil cinq tvoift; Dieu, par sagcaee» veuiUe avoir eafioalWadiig^ auq^elks Oiâtres les voir après aatre trépasi 1 coiiite XiOys, quaûd ilaUa à Jia^es, gavde du sieur de Cbaavigay^ son beao-fi:^, monseigneur Cbarks, à présem 4ae de AMirbon, qui pour krs m ^oainioit Charies MaiHieur,; et jilétqu'ieeluy >caiii|e I<of s fat ti^passé, 4aoBdit aienr k due I^ieriie et laar die dame AiinftdeFggnee écn virent auditsieur deChawjgaf qu'il kw amenâtiedit Gbaries MOTriear, kûr aevea 9 qui, par k tr^^ de soft< ti fcè«, éUïit deBWHBé <Huate de Mcœlpentter^ scfB'fl fil4«te^qski^iers. Et les vint trouver à hjkmmmpt ou ils épient poar krs^ qui furent Wk^iêm deia veane de kur dit oevea, «qui fÊmmAlor» avmrdouae ans sealeneau MeaiHsieoriksie et duebesse k retindrent avec eux ^ qviqae ^etk aainbne de servilears qu'H
£aviroa k Noël ensuivant, Tarcheduc d'Autriebe, pour plus seurament passer par France, allant j^endre possession des royaumes d'Espagne, demanda au roy Loys dtages qui allassent demeurer à Yalenciennes jusques à ce que kdit arcbeduc fut passé; l'on y envoya ledit comte Charles en la compagnie de mondit sieur d'Alençon, des comtes de Vendôme et de Foix, tous jeunes princes, qui y demeurèrent jusques à ce que ledit arcbeduc iut de retour en ses pays, q\Â fut environ Pâques mil cinq cent quatre ; et lors ledit comte Charles s'en ratourna à Moulins, devers mesdits sieur et dame« duc et dJitcbesse de Bourbon, comme il étoit auparavant, lesquels luy laisoient bonne chère, et à François Monsieur^ son frère, qui étoit aveclpy. Or, c<Hnmedit est» n'étoit aucunes nouvelles da côté dudit comte Charles, ny de ses serviteurs depoorsuivre lesdites opposition et querelk coauni^cées par ledit comte Loys contre mesdits sieur et dame duc et duchesse, et ne fiaisoit antre <iiose que vivre en la bonne obéissance de mesdits sieur ^ dame en leur complaisant, de sa yrissance ; et gaigna tous les serviteurs de ladite maison de Bourbon, lesquels à k vérité étoient tous pour luy, et semblalriement les barons, seigneurs et gentilshoBunes, bom^epis, marchands dndit pays, et généralem^dt tous les sujets, kquels désiroient afiGeotueusefuentquek mariage commencéavec kditdttc d'Alençon fut rompu et défait, et que kdit €onUe Charles épousât madite dame Su* sanne de BourlMm, afin que lesc^its sujets demeurassent en plus grande paix sous k nom de ladite maison de Bouchon, où ik avoient si kaguenent été ^ si Uen traités, aimés et chéris, que bien esivis eussent aimué un étranger qui£te veau prendre domination de ladite terre; qwûs néanmoins oa n'en osa bonnement parler à moadit aieur k duc Pierre, père de madite dame Suzanne, lequel étoit jà sur k vidlksse et «tout makisé de l'esprit etde k atnté, provenant d'une fièwe quarte qui k tounaentoit si £ar4 qu'il en mourut au châtel de Jlaulka, k deuxième d'octobre audit 4in mit aiiaq<cent attFois; «et pendant sadite maladie avoH etkv&yé ^aérir ledit duc d'Âknçon, .pour \«air ^[Kwser sadite fiHe avant qu'il mourût; BMûs, oemaie si Dieu k vaulsit, par l'intercesmon et continuelles prières de tous les sqjets qui luy en faisoient humbles et instantes ?e-
in
quêtes ctt faveur dudit comte Charles , m^mes de tous les serviteurs domestiques de ladite maison, ledit duc d'Alençon qui vint en la compagnie de sa mère le plus hâtivement qu'il lui fût possible, trouva mondit sieur le duc Pierre trépassé, le jour avant qu'il arrivât à Moulins, et, quand il fut arrivé, ne lut pas question de faire noces , mais plutôt de porter le deuil et faire les obsèques qui furent grandes et somptueuses; et fut enterré ledit duc Pierre à Souvigny, où est Tancienne sépulture des ducs de Bourbon, Laquelle sépulture parachevée, ledit duc d'Alençon parla et fit parler par sa mère à madite dame Anne de France, pour l'accomplissement dudit mariage, laquelle s'excusa sur le deuil de sondit mary, et aussi qu'après ledit trépas étoit bien requis qu'elle eût aucun parlement à ses sujets touchant cette matière; tellement que les choses cheurent en délay , et s'en retourna ledit duc d' Alençon en sa maison sans autrement épouser. Et pendant que luy et sa mère furent audit Moulins, leurs serviteurs connurent assez que les sujets du pays de Bourbonnois n'aimoient guère les gens dudit duc d' Alencon , comme iceux serviteurs dudit duc d' Alençon dirent depuis en plusieurs lieux ; mais toujours demeura ledit comte Charles avec madite dame de Bourbon, son état et train tel que devant, mieux aimé et entretenu de tous les serviteurs et sujets de ladite maison et pays de BourbonnoiSf espérant que puisque ledit duc d' Alençon s'en étoit allé, encore se pourroit faire le mariage de hiy et de ladite madame Suzanne de Bourbon.
En cet état passa l'hyver avec madite dame la duchesse de Bourbon \ et environ Noél, mondit sieur le comte Charles trouva moyen que madame Loyse de Bourbon, sa sœur aînée, qui étoit naguère vefvc du sieur de Chauvigny, son mary, fut mandée venir à Moulins devers madite dame ; et y demeura jusques environ Pâques ensuivant qu'elle fut mariée en secondes noces avec M. Loys de Bourbon, maîné de Vendôme, prince de la Roche-sur- Yon. Et pendant le temps que madite dame Loyse de Bourbon fut avec madite dame, elle eut avec elle plusieurs bons propos, luy recommandant mon* dit sieur son frère, ses affaires et sa maison, sans luy oser parler plus avant de la matière ; toutesfois ladite dame^ qui aimoit ladite dame Loyse, sa nièce, l'ayant nourrie dès son enfance
et mariée audit sieur de Chauvigny, luy tint beaucoup de bons propos ; tellement qa'elle espéroit toujours bonne issue de l'afEaire de mondit sieur son frère, auquel néanmoins madite dame de Bourbon n'en faisoit autre semblant ni démonstration, attendant qu'avec le temps elle pût conduire son affaire ainsi q[n^elle l'cntendoit, dont ne se découvroit à persomie, ou bien peu en y avoit ; toutesfois, c'éloit sa seule intention et volonté, comme depuis elle a montré par effet, de marier sadite fille à mondit sieur le comte Charles de Montpensier, qui lui étoit trop plus agréable que ledit duc d^ Alençon, duquel elle vouloit totalement rompre les promesses déjà commencées. Et à cela mouvoient grandement les remontrances qui luy avoient été et étoicnt souvent faites par plusieurs bons et gros personnages, tant des comtes, barons, seigneurs gentils-hommes et sujets de ladite maison, mêmes des domotiques es quels elle avoit plus de fiance, qui luy disoient et remontroient qu'elle devoit faire le mariage dudit comte Chariesavec madite dame sa fille, et point audit duc d' Alençon; car, par ce moyen, elle amortissoit les querelles que ledit comte Charies avoit à ladite maison, et acquéroit madite dame paix entre ses sujets et en sa maison, lesquels sujets, tant grands que petits indifféremment, demandoient ledit comte Charles et n'aimoient point ledit duc d' Alençon ny ses serviteurs, qui étoient contraires à leurs mœurs et façon de vivre. Mais à tout ce, ladite dame de Bourbon ne répondoit rien, sinon par des termes généraux, qu'elle feroit ce qu'elle trouverait par conseil de ses bons parens, sujets et serviteurs, sans soy déclarer en particulier de sadite volonté.
Bien faisoit-elle nourrir et entretenir ledit comte Charles, luy faisant apprendre le latin à certaines heures du jour et quelquesfois à courir la lance, piquer les chevaux, tirer de l'arc où il étoit enclin ; autresfois aller à la chasse ou à la volerie, et aussi en tous autres déduits et passe-temps où l'on a accoutumé d'induire les grands seigneurs. Et à tout ledit comte Charles s'adonnoit très bien ; et luy séoit bien de faire tout ce où il se vouloit employer, comme à jeune seigneur de bonne nature et de bonne inclination, et qui dès sa naissance a apporté cette grâce, qui est don spécial de notre seigneur qu'il a étp; et est attable à toutes gens,
ei tfcsi aucun qm le regaroe qui ne Taime volontiers. Aussi est à croire que Dieu avoit détenDÎnéque ledit comte Charles viendroit à être duc et seigneur desdites seigneuries où il est à prâoit, et ainsi le présumoit-on, pour les spéôsks grâces qn^il avoit par-dessus ses autres ttres, voire que vivant encore ledit feu comte Loys, son frère, qui avoit environ six ans devant luy, il y eut question entre les femmes qui Qournssoient et avoient en garde lesdits cn&ns, sur ce qu'une vieille damoiselle qu'on tokoît pucdle en Page de soixante ans, qui ftoit commise à la garde dudit comte Charles que Ton appeloit alors Charles Monsieur, luy disoix souvent ;« vous, Charles Monsieur, serez duc de Bourt)on. » Et réitéra les paroles susdites plusieurs fois et en divers jours. A quoy la femme qoi avoit la garde dudit comte Loys, répondit en se courroussant, qu'elle ne disoit pas liien; car si ladite seigneurie de Bourbon veoott à la maison de Montpensier, il faloit que ledit comte Loys qui étoit l'aîné en fût le seigneur, ou autrement Ton luy feroit tort ; mais ■dite damoiselle luy répondit tout hardiment qu'eHe ctoit et vouloit toujours demeurer en son opinfcm; tellement que les propos en vindrenl devant madite dame Claire de Gonzagoe, ieur mère, laquelle blâma ladite damoisék de ce qu'elle en avoit dit ; et après, à part et en secret, luy demanda qui la mouvoit de dire ces propos ; laquelle luy fit réponce qu'elle rroyoft qu'ainsi seroit, sans en dire autre raison; et qaand ladite dame leur mère luy répliqua, que deviendroit doncq ledit comte Loys, son enfant aine, elle dit qu'il seroit un autre plus grand seigneur s'il vivoit ; et véritablement ledit comte Loys fut si mal conseillé qu'il mit les choees en tel inconvénient qu'il cuida détourner à toute sa maison ledit mariage de madame Suzanne ; mais aussi il se montra tel et si bon et hardy prince que si il ne fût sitôt mort, il eût été roy de Naples, en épousant la nièce du roy Loys, ainsi qu'il a été ci-dessus déclaré ; etàprésent est à croire, veu la bonne fin qu'il fit, qifil est citoyen de Paradis, qui est plus grande dignité que d'être roy de Naples.
Oreooroit le temps de l'an du trépas dudit due dedans lequel étoit expédient audit comte Charies de foire toutes ses diligences, tant envers le roy pour l'hommage, qu'envers madite dame de Bourbon et madite dame Suzanne, sa
l>Aft MARILLAC.
fille, touchant les duchés die Bourbon et d'Auvergne, comtés de Clermontet de Forets, qu'il prétendoit luy être avenues par le trépas dudit duc Pierre, afin de conserver la possession qui se pert ou acquiert dedans l'an et jour ; et de ce y avoit peu de gens qui en osassent parler à madite dame ; toutesfois, la conclusion prise en la présence dudit comte Charles par M. le prince de la Roche-sur^Yon, son beau-frère, en la présence du sieur de Condé, gouverneur dudit comte Charles, et Antoine de Ryom, gouverneur de François Monsieur, et de moy, fut advisé que ledit prince en présence dudit comte Charles et desdits gouverneurs en parleroit à madite dame ; ce qu'il fit au commencement du mois de juillet 1504, qui étoit le neuvième mois du trépas du duc Pierre ; et luy dit ledit sieur prince telles paroles ou semblatdes en substance :
S « Madame, Monsieur votre neveu est icy, qui a trouvé par son conseil qu'il vous devoit faire remontrer aucunes choses de son affaire, comme à la personne du monde à laquelle luy et tous ses parens, amis et serviteurs ont plus de foy , fiance et espérance ; et si luy a pieu m'ordonner que je portasse la parole, laquelle chose je n'ay osé refiiser, pour deux raisons : la première c'est l'alliance que j'ai à luy, d'avoir épousé sa soeur aînée, qui me meut d'avoir son affaire à cœur, mémement à cette heure qu'il est si jeune qu'il ne le pourroit n'y sauroit faire ; joint qu'il ne veut ni prétend autre chose de vous que votre bon avis et conseil en son afbire ; duquel, combien qu'il peut toucher vous et madame votre fille , il vous tient si bonne, si droite et si entière, qu'en rien ne voudriez, pour votre profit faire, ne de madite danie Votre fille, luy porter aucun dommage; là où il se délibère de demeurer votre très humble et très obéissant sujet, et pauvre parent de votre maison. L'autre raison, si est, que je vous ay trouvée toujours encline à secourir tous jeunes princes qui ont recours à vous, et mémement ceux qui sont issus de cette maison, dont vous êtes dame. Et pour ce. Madame, je vous supplie n'en être mal contente de moy si je porte cette parole et aussi si je faus à bien parler; car mondit sieur le comte Charles est en présence, qui s'il luy plaît, suppléra à mes fautes. Et tant y a que la bonne volonté de luy qu'il montrera toute sa vie par effet à vous vouloic
iu
fimî
faire tout humble service, n'empirera point pour mon mal parler. »
A quoy Madame répondit avec bon et ouvert visage « qu'elle avoit to^jour6 aimé le bien et profit de mondit sieur le comte Charles, son neveu, et qu'elle orroit très volontiers tout ce que Ton diroit pour lui« » Et alors commença mondit sieur le prince à luy dire ce qu eUemême entendoit très bien ; c'est à savoir « que par les traités laits entre ledit duc Jean, le premier, et madame Marie de Berry, entre autres choses étoit convenu et accordé du consentement du roy lors régnant et de feu M. le bon duc Loys lors vivant, père dudit duc Jean, que les mâles qui descendroient de ce mariage auroient et leur demeureraient les duchés de Bourbonnois et d'Amvergne, comtés de Oermont et de Forets.
« Or étoit-il avenu que par cette même raison feu M. le duc Pierre son époux, après le décès dodit feu duc Jean le second^ qui étoit trépassé sans hoir mâle descendant de luy, avoit re^ cueilly lesdites terres et seigneuries. Par quoy , après le trépas d'iceluy duc Pierre duquel n'é* toit demeuré aucun enfant mâle, ledit comte Charles prétendoit lesdites terres luy apparte*nir ; et avec ce étoit conseillé d'en faire appré* hension de iait, ou quoy que soit exploit équi» poUeat dedans l'an du trépas dudit duc fiem pour la conservation desapossession ; autrement y perdroit l'action d'y pouvoir venir possessoirement, suppliant à nadite dame^ que son plaisir f lU de voidoir entendre à ladite requête et à îcelle faire telle réponse, que mondit sieitf le comte Charles et tous jsés parens et servi* tenrs eussent cause d'être contens, et qu'a« temps avenir l'on a^ peut imputer audit prince ny «SX Bervîtears qui étoient autour de luy qu'ils Iny eassent laissé perdre son droit; mêmement quant au possessoire qui se pert dedans aa et jour. A quoy maditedaine fit ré^ ponse; <iu'eUe n'avoit pas retiré et n'eBtretenoii pas auprès d'elle monditsieur le oemte Charles^, ma neveu, pour lui fiiire perdre aucune cboae de son biofi^ mais peur plutôt le <iroitre et ^tmgiMttter, et ^^elle n'aiaioit pasnieux à garda* le droit 4e sa fille j; qu'elle voudrott faire cehiy de soadit neveu, mais que., toochMtt te bài 4esdi(es duchés ci comtés, qui sont les principales pièces de sa maison, qu'elle n'entendott yoittt qu'autre ^'elle et sadite fiHe y puissent
quereller aucune chose, néanmoins qu'elle feroit chercher les titres de la maison, et par exprès ledit contrat de mariage dudit duc Jean !«' avec Marie de Berry, pour savoir si par iceluy mondit sieur le comte Charles pouvoit prétendre le retour desdites terres et aussi de ses autres titres et pièces au contraire, et cela fait, leur fleroit réponse briève. De la^eUe chose mondit sieur le comte Charles, mondit sieur le prince et autres serviteurs susdits remercièrent en grande humilité madite dame» la suppliant ne vouloir mettre la chose en délay, veu que l'an du trépas de mondit sieor le duc Pierre n'y avoit que trois mois à échoir, et les neuf étoient passés ; et ne demaira madite dame la duchesse huit jours, qu'elle rappela mondit sieur le comte Charles, mon dit sievr le prince, et lesdits de Condé et de Riom, et leur dit qu'elle avoit Jait voir et visiter ledit contrat de mariage dudit duc Jean I«r , et autres titres de sa maison servans à et propos, mêmement les contrats de mariage dudit <kic Jean II, avec madame Jeanne de France, sa tante, et celuy d'elle et de xwmdit sîeur le duc Pierre, son époux, et ne trouvoit point que mondit sieur le comte Charles eût les droits qu'il prétendoit esdites terres ; et là oi il y aiB*oit aucune chose, ce seroit aux cbai^ges du contenu, «ux contrats de mariage de madite dame Jeanne de France et de madite dame de BoiH'bon, et aussi des donations et •autres contrats laits à son profit par feu mondit aîeur le duc Pierre, son époux, et néanmoins voulant user de bonne foy envere m«»dit siev le comte Charles, son neveu, luy dit lors ^ue elle commettait «ucuns de son conseil pour aUer à Paris, et iUec assembler les gens de leur conseil d'une part et^'Aotre les mtàliêon cfefcs qu'on y pouiroit trouver, et qae pardevant eux les matières kmK»l oonsuliies, et ee qui aen^t conclu H avisé, qne Mnondit sieor te comte Charles devofel laire dans iedlt an, pour la ^MMiservation de mm droit, ieeiie dame l'aocoidereit iM^ikmeot, de laqocMe réponse mondit sienr le oomie Charles et ledit sieur Pnooe se contentèiVBt, et de lait msdtlf dame ordonna tiaitre Philîffes BiUMk,nen4en' seiUer et trésorier général po«r nllsr à Pari» pour eUe, et illec prendre maître Jeande Conlon* ges, seigneur de la Mo^, son Ueutenant d'A» vergM^ ponrètne^afipeké à iadile assemUéc «
(iSM)
PAR MARILLAC
ns
Ledit comte Charies 7 enroya de sa part le- ^ M de Rioin et moy Marillae son secrétaire, ksqoÊk entrés i Paris firent (f nne part et Autre les emisritationa chacnne partie à part, a après eoaHXHntiqQèi'eiit fnsemble. Et Ait conck et ïï^Asè qae mondit sieur le comte Charles deroitde&tns Tanfiiire lesfoy et hommage an ray toncbant lefMiites dnchés et comtés, et afee ee, prendre lettres de la chancellerie ponr fûre ajourner maditedame de Boarbon et ma- (fitedûne Souorne lenr fille, en matière de nonircOeté, en fai cour de parlement à Paris ; les^ qMiha résolutions de conseil, et lettres forent appertéesà moBcfit sieorle prince, qnî ponr lors étoil eosa maisoti k CJiampigny , et de là retournèrent à Monlins devers mondit stenr le comte Charles, qid y étoît en la compagnie de madîte damedeBeurlxm, à bqndle tontes les choses dfssQs dHes forent commxmiqaées. Et fot d'avis qae leditajonmement fotexécnté, ce quifot&it, et h jooraée assignée en parlement ; et aussi fot entrepris par ledit sienr comte Charles d'aller devers k roy , hiy présenter F hommage desdites terres, amiael madite dame prêta de la vaisselle d'argent poiv y aller pins honnêtement.
Leqad selgneor comte Charies vint trouver le foy en son difttean de Blois, qni depuis en pmmt ponr venir à Orléans, auquel lieu , le troisième joor dn mois d'octobre mil cinq cent qi^UfS) nMModit sieor le comte Charles, tout jevwqa'îl étoit, remontra en la compagnie de rasadit sleer le prinee et antres ses serviteurs, audit sirs roy le droit qui hiy éteit avenu es dites dilués d'Auvergne et de Bourbonnois, aontés de QeriBont et de Forets, après le trépas didit due Pierre, luy requérant que d'icelles le vBoMreeeve^ enfoy et hommage. Lequel sieur roy poor tors différa de le recevoir ; toutesfois, il l«y kaila une souffrance de faire ledit homaage jnsqties à on certain temps. Et à tant fût oooteiiléqa'il Iny snfBsoit pour la conservation di son droit et possession es <Mtes duchés et cniuéf. Et ee lait, print congé du roy et de la Toyas et c'en tetooma devers madite dame à k;«taTee elte demeura comme paravant, bien aMretetmde madite dame, et de nadhe dame Susanne sa fille, et luy toujours s'ticreitant en actes 4e jeune prince : tellement ^ tontes gma des serviteurs de ladite maison, etlessigeto le soi votent conune s'il eût été leur
Et cependant hiy ne ses serviteurs ne faisoient point autre grande poursuite touchant le fait dudit procès, et n'étoient conseillés d'en ftiire plus grand effroy ; mêmement par M. d' Orval, prochain parent dudit comte Charles, lequel expressément deffendtt susdits serviteurs de n'en faire aucune poursuite, car ledit droit étoit conservé. Et d'autre part il entcndoît que madite dame avolt si bonne volonté envers mondit sienr le comte Charles, qu'elle feroît plus par douceur et d'elle-même et de son mouvement qu'elle ne feroit à la requête d'autre^ ny par poursuite rigoureuse de procès, et que Ton eût souvenance que la rigoureuse poursuite que s'efforça faire ledit comte Loys, firère aîné dudit comte Charles, fut cause d'Irriter ledit feu sieur duc Pierre et aussi ladite dame, tellement qu'ils éloignèrent ledit comte Loys, et ne Feussent voulu voir, n'ouïr, dont il (comme désespéré) s'en alla au royaume de Naples où il mou-* rot ; et cela mouvoit lesdits serviteurs à dissimuler lesdltes poursuites, joint que chacun jour les serviteurs de ladite dame mettoient mondit sieur le comte Charles et sesdits servi-* teurs au bon espoir, que tout viendrait à son souhait et plaisir, et que par ce chemin de don* ceur mondit sieur le comte Charles viondroit non-seulement es dites duchés et comtés, nais aussi es autres seigneuries, meubles et trésors de tonte la maison ; mais tant seulement con* tinuât de servir et obéir à ladite dame comme il avoit fait, ce que ledit comte Giarks faisoit toujours de bien an mieuii.
Or, est à savoir que madite dame de Bonr-* bon n'avoit pas son entendement à-deUvre sur ledit affaire, qui étoit le pins gros qu'elle eût pu avoir; car combien qu'die et mondit sieur le duc Pierre son époux eussent contracté pour le mariage de madite dame sa fille avec le duo d'Alençon, néanmoms elle voyoit clairement que sa maison entreroit en grosse quereBe, là où ledit comte Charles prétendoit à luy lesdites quatre principales pièces de la(fito maison; et si voyoit bien par plusieurs évi^ dens argumens, que tons ses sqeta, tant gros que menus, et aussi tons ses serviteurs enoHnoient phttût audit comte Charles, qui étoit do la maison de Bouri}on, portant même nom et armes, qu'ils ne faisoient audit duc d'Almiçon qni leur étoit étranger; comme étoit aussi la nourriture de tay et des siww, anpaysdeWor-
mandie, dont les moeurs et coutumes sont contraires à la douceur et façon de vivre du pays de Bourbonnois ; et si se pensoit madite dame, que quand elle retireroit ledit comte Charles qu'elle avoit nourry long-temps près d'elle et duquel elle connoissoit les conditions habituées à toute vertu douce et bénignité, elle en pourroit être mieux chérie et entretenue, faisant sa demeurance toujours en sesdits pays, qu'elle ne seroit audit duc d'Alençon, duquel elle ne connoissoit les mœurs être ainsi paisibles, mêmement avec la nourriture des Normands qui l'a voient eu en gouvernement; d'autre part qu'il est un gros seigneur et eût voulu demeurer en ses pays, augmenter et accroître le nom de sa maison d'Alençon, et diminuer ou de tous points abolir et anihiler le nom de la maison de Bourbon, qui a de si long-temps flory en France en biens et honneurs, tellement qu'elle est réputée la première et principale maison de France. Et toutesfois ne pouvoit bonnement madite dame entendre à retirer ledit comte Charles par mariage de sa fille, que préalablement elle ne trouvât honnête moyen de soy départir du mariage traité avec ledit duc d'Alençon, duquel, comme dit a été ci-dessus, le roy s'étoit mêlé à la requête de feu mondit sieur le duc Pierre et de madite dame mêmes ; et partant étoit bien nécessaire de moyenner avec luy qu'il trouvât bonne la rupture dudit mariage d'Alençon pour accomplir iceluy mariage avec ledit comte Charles.
Laquelle dame qui est sage et prudente et avoit conduit et démêlé par son bon sens avec sondit époux les grandes affaires du royaume, ledit roy Charles son frère étant mineur, et sous leur gouvernement, et depuis avoit eu le maniement de ladite maison de Bourbon, désiroit iceluy entretenir et observer en sa main pour plus être prisée et révérée en ladite maison, comme raison est, veu les grands biens qu'elle avoit portés en ladite maison et qu'elle y avoit faits; laquelle chose elle entendoit mieux faire s'alliant dudit comte Charles, bien obéissant et morigéré, qui étoit seul, ei n'avoit père ny parent qui eût peu participer à son gouvernement, sujet sous la main de ladite dame, ce qu'elle n'eût peu si librement faire avec ledit duc d'Alençon, qui avoit sa mère et plusieurs leurs serviteurs normands, cauts et subtils. Madite dame égaisa son esprit et fit tant envers le roy qu'il
fut content et consentit au département dudit mariage d'Alençon et que ledit comte Charles épousât ladite dame Suzanne de Bourbon; et à cela luy aida bien madame Anne de Bretaigne, royne de France, laquelle a toujours aimé ladite maison de Montpensier, à cause d'une fille de ladite maison, nommée madame Anne, qu'elle avoit nourrie, et pour lors étoit en sa compagnie, tenue et réputée une des plus belles, plus vertueuses et mieux conditionnées damoifiêUes de ce royaume, et que toutes gens grands et petits aimoient. Et eut bien à Caire madite dame à conduire ledit aCTaire, car on fut assez averty qu'il y eut aucuns qui guière n'aimoient le bien et paix desdiis pays. Et dit-on que ce fîit le sieur de Graville, amiral de France, qui dit au roy qu'il de voit bien penser d'accorder le mariage de madite dame Suzanne audit comte Charles ; car si ainsi étoit , ce seroit la plus grosse maison de France, la plus forte et qui plus a d'hommes et de sujets de fait à son commandement, pour grever et endommager la couronne et le royaume js'ils en avoient volonté ; et que mieux serait laisser parachever ledit mariage d'Alençon ; car combien que ladite maison d'Alençon en fût beaucoup plus grande ' qu'elle n'est, néanmoins ne seroit en si grosse force, pour être les seigneuries séparées de cent ou six vingt lieues entre deux, et d'autre part que ledit comte Charles y prétendoit querelle, qui seroit cause de départir si grosse maison. Mais néanmoins ladite dame de Bourbon conduisit si sagement les choses, et à l'aide de Dieu qu'elle sollicitoit et faisoit solliciter souvent par prières es bonnes et dévotes religions et par toutes bonnes personnes, qu'elle gaigna ledit consentement du roy à Paris, au mois de janvier mil cinq cent quatre. Et tout incontinent, sans séjourner, envoya devers ledit duc d'Alençon et sa mère le sieur de Dyors et ledit sieur de la Mothe leur dénoncer que les gens d'église, comtes, barons, gentils-hommes, bourgeois et gens de commun état de ses pays l'avoient requise à grand' instance, que voyant les grands troubles, guerres et divisions qui pourroient venir en ses pays, terres et seigneuries, à cause de la querelle que sur icdles prétendoit ledit comte Charles, qu'elle voulsit trouver moyen de soy départir du mariage traité audit duc d'Alençon ; et iceluy accomplir avec ledit comte Charles, laquelle chose madite dame
\\ws\
PAR MàRILLAC.
de Boorbon de prime face avoit trouvé étrange, vea mémement qu'elle-même avoit contracté ; mais elle avoit été si fort pressée de ses sujets, qu'elle en étoit venue parler au roy pour en avoir son conseil, plaisir et vouloir.
Lequel considérant la grosse affection des sujets de ladite maison de Bourbon, qui désiroient le mariage dudit comte Charles de Montpensier, et pour le bien et paix desdits pays, et par eoiDaéqaent du royaume, lui avoit conseillé qu'dki y devoit entencire , priant mondit sieur d'Âknçôn qu'il ne fàt de ce mal content, et que ce qu'elle en faisoit n'étoit pour aucun mal talent qa' dk eut sur lui ne sa maison, de laquelle elle étoit et vouloit être bonne amie ; le priant vouloir ainsi faire de son côté, et qu'il vodUt avoir regard à la grosse presse et importum'té qnesesditssujets luy avoient faites et £aisoient de cet affaire ; lequel quand il seroit conr duil aatrement et qu'elle voudroit parachever ledit iDâriage, et icduy duc d'Alençon, elle n'en pourroit bonnement venir à bout ; et se- Toieut hy et âk en perpétuelle peine et ennuy ; domaat que ledit comte Charles, à l'occasion dece (p'ùest du nom et des armes de la maison, et y praiant grosse querelle, f&t porté et favorisé desdits sujets.
Laquelle parole ledit duc d'Alençon print en gré ; et consentit de sa part audit département ] etee&it, maditedamede Bourbon fit dresser le coDtrat de mariage dudit comte Charles et de madite dame Suzanne de Bourbon, et avec ce les fit fiancer par paroles de présent par la main de monseigneur George d'Amboise, cardinal de Rouen et légat de France ; lequel dispensa sur le lignage d'entre mondit sieur le comte Charles et madite dame Suzanne de BourboD,qai étoient cousins seconds, enfans de deux cmnms germains ; et dispensa aussi sur ce que ledit comte Charles étoit filleul de madite dame deBomboQ.
Or, lofit contrat de mariage est fait de sorte qi^il abolit tontes querelles prétendues par le- <& eomte Charles sur ladite maison ; et si conte! me dispoâtion entre vifs en faveur du- & mariage, par laquelle madite dame de tefamet aussi madame Suzanne veulent que Uicomte Qiarles et les enfans descendans de MO eorps et,> à défaut d'eux, François Monâenr, sou frère ou les enfans descendant de luy, vieimeal à leur succession de toutes leurs terres XVI" SIÈCLE y ChroD. et Mém.
et seigneuries et tods atitrès biens, tant meubles que immeubles. Et depuis furent les épousailles et noces faites au parc près de Moulins au mois de may ensuivant mil cinq cent cinq ; lequel comte Charles depuis qu'il eut fiancé à Paris madite dame Suzanne, fut appelé duc desdites duchés de Bourbonnois et d'Auvergne, comte de Clermont enBeauvoisis, deMontpensier, de Forets, de la Marche et de Clermont en Auvergne, dauphin d'Auvergne, vicomte de Cariât et de Murât, seigneur de Beaujolois, de Combraille,de Mercœur, d'Annonay, de Roche en Renier et de Bourbon-Lanceys, pair et chambrier de France.
£t demeura pour tout l'été dudit an mil cinq cent cinq en Bourbonnois et en Auvergne, en la compagnie de madite dame et madite dame Suzanne, avec elles visitant leurs maisons, terres et seigneuries et aucunes maisons de leurs sujets, faisant bonne chère avec eux, tous iceux sujets louant Dieu et le remerciant, et aussi madite dame, de ce qu'elle avoit fait et accomply ledit mariage, par le moyen duquel elle avoit acquis paix en son esprit et en toutes ses terres, et avoit gaigné l'amour et le cœur de tous ses sujets quil avoient entièrement leur affection auditcomteCharles;dontelleétoit tenue louer Dieu et le mercier, comme elle faisoit, car elle étoit hors de grands ennuys, guerres et divisions qui eussent été esdits pays, si le premier mariage dudit duc d'Alençon se fiit accomply.
La rupture duquel l'on croit être procédée de Dieu, veu mémement que ledit duc Pierre Favoit traité, fait et consenty, et si avoit contracté, soumis et obligé tous ses biens à iceluy tenir et accomplir , et pour plus grande seureté, le roy y avoit été présent et l'avoit autorisé, et les pactes, convenances et accords contenus en iceluy , tellement que ce fut quasi miracle qu'il se soit ainsi défait, sans quelconque noise ny débat ; considéré que ledit comte Charles n'avoit père, mère ny autre parent pour luy de telle étoffe qu'étoit ledit duc d'Alençon, qui portât l'affaire de luy qui étoit si jeune, comme à l'âge de quinze ans, où il n'eût seu conduire son affaire; et si n'avoit que bien peu de serviteurs qui en eussent osé porter parole, qui luy eût peu servir envers ceux à qui la chose touchoit. Par quoy est évident argument, que Dieu a voulu qu'ainsi fût, et qu'il connut que ce prince fût plus digne que tous les autres pour
VIE DU CONNETABLE t)Ê BOURBON,
tl60&l
avoir lesdites seigneuries. Et en cela à vint la prophétie de ta vieille damoiaenef qui étoit aa ganle, quand elle prédit que ledit Charles étant à la mamelki et vivant iod frère aîné, aeroit duc de Bourbon, el comme dessus est toudié. Dieu qui est juste etdontlesjugemeMSontun abyme, quant à la connoiMance des hommes, voyott le petit partage &it par le duc Charlea audh comte Loys, son seul frère ; cardes biens de la<ttte maison de Bourbon, qui alors tenoît quatre-vingt ou cent mille livres de revenu, 0 n'en bailla pas à sondit frère huit mille de rente, nydepuisaon trépas, sonfib leduc Jean II, pour supplément de partage, ne hày bailla que dix-huit cens livret de rente, el si hsy fit fsire les rcnoociaitions el quittances dessuidéclarées ; et fMt ainsi préfuppoaer que Dieu n'avoit point de regard à ce que ledH duc Charles, lors du partage de SMidil frère avoir beaucoup de fiUes^ car, comme dessus a été touché, il avoH six Ml et quatre fiBes, car pourtant ne devoil4l point fiiire de lert à sondil frère, mêmes pour kry donner sa portion contiBgenle, a&i d'accroître eelk de sescKts tiAiûB. Et awsi nous pouvono Are que si aucun tort lui fui knrs hU^ que ta récompense en est ave* xnie no» pas à lûy, ne pouvant notre nature (hirer, mais est venue aux enftns de son fils qui sont réputés les siens; et le ftkitpkitôl ainsi croire quand on considère que les six eidans mâles dudil éêc Charles sont allés de vie à tr^ pas sMMhoifs miles descendiMl de leurs corps ; lesqueto el chacun d^enx successivement ftwsent phnâl venus à ladMe duché et seigneuries que ne ibssest leAl comte Loys el ses successeurs, el encore y a-t-il autre occasion de plus rémunérer ledK comte Loys, car par le moyen de ce que ledit doc Kerre, père de Madame Suzanne, leelle dame a apporté el accumulé à la seigneurie prétendue sur lea principales quatre pièces dudil comte Charles, loules les aulr»^ comtés et seigneuries de ladite maison de Bourbon, quin^éteîent jettes à mâles, et avec ce par la raison doit succéder i madite dame Anne de France, sa mère, laqucBe, en feveur du(fit mariage, a disposé h feur profit de ses bien» comme de ht comté de Gyen, vicomte de (M^ tcHeraod, et plvsieurs autres terres et conquéts qu^eite a faits en ladite maison, tant d^ vivant dudit duc Pierre, que d^uis, et aux grands hypothèques el ayantagêi cp'ette a m ladite 1
maison, tellement que ce qui est ajouté par ce moyen à la seigneurie dudlt duc Chartes par le moyen desdites dames vaut deux fois plus que ce qu'il prétendoit à hiy du retour de ladite maison; par quoy il peut dire être entré en si bonne et grosBC maison, comme est la maison de Bourbon, non pas coonne titulaire desditei quatre pièces principales, mais comme s'il eAt été propre fils dudit duc Pierre et de ladite dame Anne cto France, paisiblement et douce* ment, du gré et du consentement de tous, tant gnmds que petits, sujetset non sujets ; et de tant plus est tenu de louer cl mercier Dieu notre créateur. Aussi ieeluy duc Charles, comme U est à croire, It connoit ainsi ) car tt a vécu honnêtement et chastement en mariage , encore que Madame sa femme ne fitt de celles oà r<m peut prendra beaucoupde plaisir^ lai^ au demeurant, bonne, sage et vertueuse; el B s'est, ledit ducChtfles, toujours exereité en choses de vertu et antres actes appartenant t grand prince. Ensa maison eu très volontieri el km^ guement au conseil avec Madamt sa mère, pour avisera leurs allaires; et hors le cons(tf n'est point oyseux, soit à eoortr la lance, tirer de Parc, ruer la barrCf courir à coors de course, jouer à la paume on faire autres apcplises oà jeunes gens s'appliquent. Et quand besoin a été, s'est trouvé aux toumbis et jouîtes puUiqnes, et en a rapporté autant d'honnear que pièce de la compagnie. Et néanmoifi» a teu* jour» pris grand* peine d'entretenir toMes manières de asigneurs el gentils-hmamea, tant riches que panvres-, leHemenl qu'à est WÊ^vm^ d'buy esitmé el tenu Fan des plua aîmcn princes qui soit au royaume de France^ non-seulement par tome la noMccse, mais par toutes les bonnes et grosse» viBeadnAlroyanme; etnen sans bormeefjnsto cause, a acquis ce nsUetvésor de n^^estfon, d^aniour et de renonmée; car en tous lieux où il a été, soit en guràre on en paix, il s-^eslsi honnêfeasent et modestement comporté entre tentes genn qif il a acqpiis iei^ bonne grâce et amour.
Et pourpa^ren paffti«uBer dsaBeux oèit s*est trouvé :
liC roy Loys Xlf , i présent régnant, éMic a Rouen Pan mîl^ cinq cent el hniil, Bt dre»' ser une» jQfentes puMîque» auatqueUes hedSl da^ se trouva en bon équijpage, et Bt bon et grand devoir.
ht royage de Gènes, Tân dnq cent hait.
Le voyage de Yeniset Taa cinq cent neuf.
Le retour par delà en l'an cinq cent onse.
Le voyage de Bonrdtau^ et de Guyenne en I'mi cinq cent douze.
Le voyage de Bourgogne aodlt en cinq cent douze, pour lequel il ftit mandé k la cour pour aller contre les Soissee,
Le voyage de Picardie contre les Anglois en fan dnq cent treize.
Le voyage où 11 fut lieutenant du roy en Bourgongne, fan cinq cent treizeet quatorze, et Forcfae et exploit qu'il y fit, par son bon aens Cl eondoite.
En Van mil dnq cent et sixle roy Loys, à présent régnant, douzième de ce nom, voulant traiter k mariage de Madame Claude, safille, kynuniqae, avec monseigneur Franèois duc de Valois, et comte d'Angouléme; qui est le plus apparent pour venir à la couronne, au cas que ledit rieur roy décédât sans hoir mâle, appela en la ville de Toors et aux Moûtiers-lez-Tours, M fl éloit, tous les princes et barons de son royaume, tous ses pensionnaires, et les deux cent gcntUs-homnies de son hAtel, tous lesquels y vindrent le mieux équipés et le plus Irmiphamment montés et haÛllés que Pon ait vea en France de Tâge des vivans. Entre les autres, y fut madite dame de Bourbon et mon- Ax tknr le duc Charles, son fils, accompagnés de cent ou six vingts gentils-hommes de sa et vingt archers ordinaires de sa garde, aussi bien en point, montés et accoAtrés qu'il étoit possible. Auquel lieu ledit mariage fat traité; et forent les fiançailles faites et celéi»réea solennellement ; et après icelles furent joQstes et tournois, plus beaux et que Pou eût encore point veu en Fraînee; car tous les princes et noblesse de France étolcAtoi cette assemblée. Et, entr^autres prâaces, y étoit ledit duc Charles, monté, équipé et aceofttré en prince magnanime, avec un visage ]^dn de hardiesse, douceur et majesté, et en r^iporta le prix de tous les princes; car fl ifavoitiors que ^-sept ans: et après que fcsdim fiançaifles farent fûtes, madite dame et Bondit sieur retournèrent en leur pays. Et CD ran nlt cinq cent et sept, environ Pâques, k roy entreprit de passer les monts pour aller gonmyei et oén^érir la seigneurie de Gènes, ^ s'éMt rebeBée, et chassé le 9ieur de Ra-
PAR MARILLAC
vastate que le roy y ifvoit mis pour gouvernem-; et, pour ce faire, assembla le roy ses forces, tant de gendarmerie, gens de pied, quVtillerie, passa les monts par le Dauptûné, et appela pour luy accompagner ledit sieur Charles duc de Bourbon, qui encore n'avoit que dix-huit ans, lequel y aUa très volontiers, et y mena bon et grand équipage de chevaux et hamois avec cent hommes d^armes et autant d'archiers de sa makon, le tout à ses dépens, sans que ledit roy luy aidât d'un seul dfôiier: et si,n'avoit encore lors aucun état du roy, comme duc de Bourbon, fors seulement deux mille livres de pension qu'il avoit, luy étantseulement comte de Montpensier; lequel duc Qiaries alla néanmoins audit voyage et y accompagna le roy; et si, tint grosse maison durant tout ledit voyage fftt aux villes ou au camp, tellement qu'à sa table ordinairement se trouvoient les plus apparens et grands personnages et mieux entendus au fait de la guerre, qui tous honnoroient et respectoient ledit sieur duc Charles et avoient grande opinion et espérance de luy, car il les mettoit continuellement en propos des &its et métier de la guerre, et notoit et retenoit ce qu'ils en disoient, et comprenoit leurs avertissemens et réponses, autant et plus que Ton n'eût osé espérer d'un si jeune prince comme il étoit. Et quand ce vint sur Taffiiîre et conquête de ladite seigneurie de Gènes, ledit sieur due se trouva en la compagnie dudit sieur roy en la vallée de Rapailhe, près de Cènes, où l'armée des Cennois étoit sur la montagne, par où il falloit que le roy et son armée passassent pour aller audit Gènes, et si Moît combattre lesdits Gennois qui étoient bon nombre : là où furent faites maintes apertises d'armes par les François en mcmtant ladite montagne, par tant et si divers Keux, qu'ils mirent lesdits Gennois en route, prindrent sur eux un bastiflon qu'Us avoient feît, et les mirait en fuite. Et tôt après prindrent la ville de Gènes, par composition de deux éent miDe écus, pour éviter le sac. En laquelle ville le roy séjourna quelques jours, et après s'en revînt en sa duché de Milan, et de là en France : auquel mondlt sieur le duc Charles fiit malade d'une fièvre tierce, qui le fit Séjourner quelques jours à Siène;mais, après sa guérison, il iTen revint en France, par le pays de Savoye, là, où ij trouva monseigneur Charles, duc de
Savoye, son coDsin: qui lefétoya grandement à ))onne chère en sa ville de Chambéry, et en sa propre maison où il fit loger; et lay fit montrer ce beau reliquaire qui y est : c'est à savoir le saint Suaire, où le corps de Notre Seigneur Jesus-Christ fiit enveloppé après qu'il fut ensevely , qui est une des belles reliques de notre rédemption qui soit demeurée en terre ; et au partir dudit lieu, vint trouver le roy à Lyon, duquel print congé et s'en vint en sa maison devers madite dame Bourbon et madite damesa femme qui, pour lors, étoient dans leur château de Chantelle.
En Fan mil cinq cent et huit icduy duc Charles, en la compagnie de madame sa mère, visita et fit visiter ses pays, terres et seigneuries pour savoir s'il y avoit aucuns torts faits, afm de les réparer, et pour donner meilleur ordre à sesdits pays. U fit rassembler les États, pour entendre les plaintes des petits affligés qui avoient été foulés par les grands ou par ses officiers, pour en faire la punition requise et les faire venir à raison : car U entendoit préserver sesdits sujets de tous troubles et exactions, mémement de ses juges et officiers, dont les méfaits tombent sur la conscience du seigneur qui les y souffre. Lesquels gens des États de tous sesdits pays, luy firent présent de la valeur de cent mille livres pour luy aider à supporter les grands firais, mises et dépenses qu'il avoit faits au service du roy, tant deçà que delà les monts, dont le roy ne luy avoit encore rien donné, ne pour ce accreu éd rien son état, comme dit est.
En l'an mil cinq cent et neuf, ledit roy entreprit de repasser les monts pour aller recouvrer le comté de Crémone que les Vénétiens avoient usurpé et luy détenoient de sa duché de Milan, ensemble les villes de Crème, Bergame, Bresse et autres. Il appela audit voyage ledit duc Charles, sans qu'il luy donnât un seul écu de croyssance d'état ne charge aucune de gens d'armes ; mais avec son train et état de sa maison, ledit sieur duc y alla: qui n'étoit moins accompagné que de cent ou six vingts hommes d'armes des gentils-hommes de sadite maison et autant d'archers, tous bien montés et armés. Et combien qu'il n'eût encore que dix-neuf ans, et pour le regard de l'âge l'on ne luy eût encore baillé charge ; néanmoins le roy voyant ledit duc Chartes 3i adroit et en
si grande volonté de luy &ire service et qui mettoit si grande peine d'entendre les afltiaires de la guerre, luy bailla la charge des pensionnaires, tant du royaume de France que duché de Milan, qui étoient bien en nombre deux cens gros seigneurs et grands personnages, accompagnés communément chacun d'eux de dix, quinze, ou vingt personnes d'exploit ; laquelle charge ledit sieur duc accepta, à la requête et grande réjouissance desdits si^irs pensionnaires, qui étoient une des principales forces de Tannée, qui étoit au demeurant belle et grande et digne de l'assistance du roy. Lequel, par ligue faite avec le pape Jules, lorsrégnant, et l'empetreur et le roy d'Espagne, qui tous s' étoient ligués pour courir sus auxdits Vénétiens, s'étoit le premier mis aux champs. Et les alloit trouver afin de les contraindre à rendre ce qu'ils usurpoient sur la duché de Milan, comme dit est, comme aussi ils usurpoient sur le pape certaines terres de la Marque d'Ancone, sur le roy d^Espagne le port de Brundis, Tarente, et autres places, auroyaume de Naples, et de l'empereur, Trévise, Vérone et Padoue. Et par ledit traité le roy 4^ France avoit promis tenir camp quarante jours contre lesdits Vénétiens avant que les autres commençassent de leur côté. Et]à cette cause avoit, le roy, dressé une grosse armée où il avoit plusde trois mille lances et vingt-cinq ou trente miDe hommes de pied et la plus belle bande d'artillerie que l'on eût encore veu : avec laquelle armée, le roy en personne partit de Milan avec sadite armée au commencement du mois de mai pour aller trouver l'armée des Vénétiens qui étoit à Trévise. Laquelle armée lesdits Vénétiens avoient faite grande et grosse, ' sachant avoir à Caire à forte partie: et étoit leur chef de guerre un seigneur Colonnois, et Barthélémy d'Alviane son coadjuteur, bien estimés et bons ccmducteurs. Le roy avoit baillé la conduite de son avant-garde au seigneur de Chaumontt lors gouvemeurde Milan, avec huit cens hommes d'armes et dix mille hommes de pied et la bande d'artillerie. Si retint iceluy roy pour luy la bataille avec mille hommes d'armes et mille hommes de pied et bailla au sieur de Dunois l'arrière-garde avec le surplus de la gendarmerie des gens de pied : et quant audit sieur de Bourbon, il luy ordonna être sur l'aile avec lesdits pensionnaires,
[io09]
PAR MARILLAC
remettant à sa discréiion de rompre et domier dedans àTheure qu'il verroit être besoin. Leqod dac de Bourbon, qui avoit, comme dit est, beaucoup de grands seigneurs en sa compagnie, prit conseil avec eux comme il avoit à se conduire pour avoir honneur ce bon jour là; lesqaeb prenoient merveilleusement grand plaisir et assurance de bcmne issue à la contenance et bonne volonté de ce jeune prince qui promettoit beaucoup de luy, et luy dirent leur avis. Et par exprès, y avoit deux chevaliers, Fun son chambellan ordinaire, sieur de Diors, Tautre le sieur de la Queulhe, chambellan duroy, lequel mondit sieur le duc aimoit singulièrement, pour ce qu'il avoit été Boorry bien jeune avec messieurs ses prédécesseurs en sa maison de Montpensier ; lesquds chevaliers, comme gens de grande expérience, luy disoient selon l'heure et le temps, ce qu'il avoit à &ire : et il les savoit fort bien croire.
Et quand lesdites deux armées furent approchées pour combattre, ledit sieur de Chaumont qui menoit Tavant-gatde, marchoit à rencontre desdits Vénétiens que menoit ledit Barthélémy d'Aiviane; et se rencontrèrent tellement que notre avaut-garde branla et recula en arrière. Par quoy, mondit sieur le duc de Bourbon et autres qui étoient en sa compagnie voyant que cette retraite pourroit être cause de la perte de la bataille, de la personne du roi, de sa compagnie et de la duché de Milan, marcha à rencontre dudit Alviane, et, rompant par le côté, enfonça de si grand'furie et roideur qu'il rompit et fit écarter ladite avant-garde vénétienne, ce qui donna cœur audit sieur de Chaumont et à sa troupe, qui retournèrent bride et donnèrent dedans ladite avant-garde vénétienne, ainsi ébranlée et écartée, de sorte qu'ils les mirent en fuite, et semblablement ledit seigneur Caloonois, qui menoit la bataille desdits Yénétiens. Et fut iceluy Barthélémy d' Alviane et aucuns provldadours desdits Yénétiens et plusieurs autres de leur.party pris et arrêtés prisomûars. Les morts furent au nombre de douze a quinze mille;, et par ce moyen fut l'armée desdits YénétiaQs défiaite, leurs munitions et artillerie perdue. Sur quoy la {dupart des gens de bien de France dirent que, sans l'entreprise et exécution dudit ducdeBourbon, faite comme dil est, Tiurmée de France étoit en grand dan-
ger ; et dirent plus que ledit duc de Bourbon seul étoit cause de la victoire. Le roy recouvra sadite comté de Crémone, Crème, Bergame, Bresse et autres villes qui étoient de la duché de Milan, et puis s'en retourna en France.
Toutesfois, ledit duc Charles demeura malade plus d'un mois d'une fièvre chaude, et après qu'il en fut guéry s'en retourna en ses pays de Bourbonnois plein de gloire et bonne renommée, fort réputé de tous ceux qui s'étoient trouvés en ce voyage ; dont luy est accreue parmy le royaume de France la réputation d'être l'un des plus gentils, sages, hardis, vertueux et honnêtes princes qui soit audit royaume de France. Et combien qu'audit voyage et durant iceluy ledit sieur duc de Bourbon ait fait de grands frais et dépenses, voire pour plus de soixante ou quatre-vingt mille livres, néanmoins ledit roy oncq ne luy en donna un écu davantage, ny en croissance de pension, ny en bien fait, ny autrement; et si, ne luy en dit un grand mercy du service qu'il luy avoit fait pour ce jour dé bataiUe, qui étoit le plus grand que prince sauroit faire à son roy. Il peut bien être qu'il le faisoit à bonne cause, et c'est de peur de mettre en gloire ce jeune prince. Et aussi à la vérité mondit sieur le duc ne demanda oncq, ne fit demander audit roy une seule récompense, pour luy donner à connoître qu'il ne le servoit pas pour son argent ou bien fait, mais seulement pour l'amour qu'il avoit à luy et à la couronne de France. Bien se disoit et tenoit communément, queledit roy avoit grande envie d'avancer le sieur de Foix, son neveu, fils de sa sœur, qui étoit de l'âge dudit duc Charles, et aussi d'avancer le sieur de Dunois, qui étoit descendu de l'un des bâtards de la maison d'Orléans ; et pour ce reculoit ledit duc de Bourbon, pour donner les principaux états et charges à sesdits prochains parens. Et si un tel cas fôt advenu à l'un d'iceux, ils en eussent été grandement rémunérés et exaucés, là où dudit duc de Bourbon n'en fiit aucunes nouvelles à la cour. Toutesfois est-il demeuré en la mémoire des plus apparens hommes de France que ce fut ledit sieur duc de Bourbon et sa bande desdits pensionnaires qui firenjt ce grand service au roy et à la couronne de France ; dont luy est venu tel proùfit et avantage qu'il en est grandement révéré ei respecté de tous, craint et redouté des ennemis, tellement que
quand U a été question que- lesdits ennemis ont ony dire qne le roy envoyait ledit siear duc de Bourbon contre eux, ils Font plus craint à dix mille hommes moins, que nul des autres princes, capitaines ou seigneurs de France; et les gens d*armes de France l'ont tous aimé et aiment encore, qu'ils mettroient leurs corps et vies entons dangers là ob ik seront en sa compagnie, contre quelqu*oncques ennemis là où il voudra foire exploit, pour la confiance qu'ils ont de sa bonté, honnêteté, yaleur, secours et amitié envers tous, tant grands que petits. En Fan mil cinq cent dix, mondit sieur le duc fat la grande part du temps avec le roy, tant à BlolS) Paris, qu'autres lieux du royaume.
Et en Tan mil cinq cent onze, ledit roy voulut envoyer delà les monts ledit duc de Bourbon et ledit sieur de Dunois pour conduire l'armée que ledit sieur y avoit contre le pape Jules, lequel, contre le traité des Ténétiens, voulut avoir la cité de Ferrare. Et quand lesdits duc de Bourbon et comte de Dunois ftnrent pardelà, ils trouvèrent ta guerre livrée, et s'en revlnrait sans foire aucun exploit chacun en sa maison. Ledit due de Bourbon, après qu'il fot de retour à Moulins, print une fièvre quarte qui luy dura le surjrfus de Tarrière-saison, et tout l'hyver jusques au printemps et commencement de Fan mil cinq cent douze, auquel temps il s'en alla trouver le roy en aon château de Blois, là ou, hiy étant, survindrent nouvelles que les Anglois, anciens ennemis de France, étoient descendus en Bretagne, delà en Guyenne du côté de Bayomie, là où les gens du roy d'Espagne se dévoient trouver pour venir ensemble devant Bayonne et Bo^rdeaux. Par quoy le roy, qui avoit ses gens d'armes épandus parmy ce royaume et partie de là les monts, là où les Suisses et Italiens les avotent chassés hors de Milan et s'en revendent à la foule, ordonna que le duc de Bourbon fit choisir en ses pays le nombrede quatre cens hommes d'armes. Lequel duc de Bourbon à cette fin «dvoyaen ses pays le sieur de Saint- André, auquel il avoft laissé sous luy la conduite de cent deadites lances ; et tantôt vint après luy mondit sieur le duc pour se mettre en équipage et partir, et mener lesdits quatre cents hommes d'armes en Guyenne; ce qu'il fit le quinze JuiDet, partant de Moulins, tirant droit le chemin dé Bourdeaux, et de là à Bayonne. Et se rendit la part
oà étoit le sieur de Dunois, gouverneur dndit pays de Guyenne, se joignant avec letdites quatre cens lances avec lesurplus de l'armée du roy qui étoit par delà, laqueUe année se renforçoit de Jour en jour sous lesdits sîeun de Bouii)on et comte de Dunois; lesquels, par ensemble, le roy avoit conmùs pour eœiduire le foitde ladite armée, de UqucUe ledit Danois, pour ce qu'il étoit gouverneur dudtt pays, étoit lientenant.
Et quand toute ladite armée fat assemblée, il y avoit environ trois mille hommes d'armes et trente mille hommes de pkd, et plus de mille cinq cens lanoes d'arrière-ban, [qai éloit; une grosse compagnie. Par quoy fat avisé que Fon prendroit te chemin du châtel de Montiakms pour approcher Fennemy qui étoit à Saiatnlean de Pié-de-Port. Auquel châtel de Montialoos y avoit quelques Espagnols qui le tenoient. L'une des baiides de mondit sieur de Bourbon s'avança pour aller audit Montialous ; mais les Espagnols qui étoient dedans se retlrèfent avec grosse armée qui mardioit en bonne conduite; et vinrent Jusques à my-chemhi dudit SaintJean et dudit Montialous, où ils trouvèrent environ cent ou six- vingts hommes d'armes de ceux qui «voient pris le devant pour aller audit Montialous, que conduiaoit le capitaine la (SayeCtt , lieutenant de cent hommes d'armes de nîoM&t sieur de Bourbon. Et commença rescannoucbe, laquelle il soutint, et oivoya avertir mondit sieur le duc, son mahre, et ledit sieur Dunois afin quMls marchassent ; car lesdits Espagnols venoient en ordre pow combattre. Et fit ledit la Clayette lesdits avertissemens par plusieurs fois, leur envoyant gentils-hommes dignes de foy qui alloient et venoient en diligenee; car notre armée n'étoit qu'à une petite beue de là. Mais oncq ledit sieur Dunois ne bougea de là où il étoit *, et se voulut Yiiraisohir et boire, disant qu'il ne folloit point mettre Fétat du roy en hazard. Et comblai que Fon luy montrât qu'il avoit la plus belle armée <pii fat vingt ans ensemble en France, et que lesdits EqMLgnob ne fassent en tout ^ plus de dix miUe conbattans, et qu'ils étoi^t etk belle place marchante, et qu'à Faide de Dieu Ss sereieni aMs à emporter, veu mémement la grande volonté que chacun avoit de combattre et foire bien son devoir, néanmoins ledit sieur Dunois ne voulut oncques bouger de trois ou quatre heures J
[mi]
da lîea où il étoit, tellement Que ledit là Chyetle et sa compagnie, qui entretenoient resGirmoficbe, forait en très grand danger^ Et n'cuâsent échappé d'avoir pis, ai mondit sieur de Bourbon n'y eût envqyé François MoMieiir de Bourbon, ton firère , avec cinquante lanees, qui se montra ce jour gentil et bardy prince, et alla voir les Espagnols de bien près; lequd fut depuis suivy par plusieurs autres ca^ ^tauMaqui alloient d'eux-mêmes pour jeter les n6tr^ bon de danger.
Et yoyaDt lesdits Espagnols que les nôtres se renforçmentt et a veitis au y ray de la grande force de notre année^ ils commencèrent à eux retireri Et cependant le jour se passa, et étoit quasi sur basses vêpres, quand notre armée marcha et vint jusqu'au lieu de l'escarmouche. Mais les Espagnols s'étoient déjà retirés et ëtoiott dedans ledit lieu de Saint^ Jean de Pié-^ de-Port. Par quoy ladite armée pour l'heure DeJe0soivitpliis,etse retira chacun en son logis; néanoioinaAirant ladite escarmouche y eut enfiron deux oo troûi cents E^agnds tués, et au» aAcons ^ bien peu des nôtres. Si y a^-t-il . phNleurs gens de bien et d'étoffe qui ont deu dire, ayam veu les dioses comme elles allèrent, «pie^si Jaifitearmée eût marché au premier averttanment, esC à eroire vràysemblaUe qu'ils eussent déconfit lâsdits Espagnols; car les Fraivfois étoient six Cintre mi et tous eo grande volonté, et ausn ioeux Espagnols firent grande diligaiet d'eux se retirer quand ils connurent la ibm des nôtres. Et pour ce que lorsqu'il éUtti question de Caire marcher l'armée, mondit iKur de Bourbon monté, armé et prêt à corn- Wttre étoit venu au logis dudit sieur de Dunois, hy leoiontrai^ qu'il étoit temps de partir, et fK kdft Dmoieia luy répondit qu'U ne Moit pùnttaatte hftier, ibais mettre les dioses en ceaseSais qu'il n'y eftt point de hasard, mondit stear de Bourbon luy répondit : qu'il n'étoit fdai d'avis de taeltre rien au buard, mais à ne pouvMt^on que d'aUet voir leur cou" et prendre iivis comme l'on se devroit te Mriuire, H que cependant l'on secourut CMfd sMtamevt l'eseannoucher Mais pour Mida oatq ledit Dimois ne se vôuhit avan- W;i0Bt d^Mt quelque gourgoftt entre eux. Et ^ i pMt de doute qu'il ne soit facile de jug» >v ce, qui d'entre eux avort tort ou droit; car foi» 06t4 Imxm se hitar en tels af^
PkK MâRILLAC
fairest autrefois e«t-il bon èéjoumer, selon que les matières sont disposées de celuy qui amduitune armée, et aussi du côté de ses ennemis. Néanmoiitô il est clair et commun que tous les plus gens de bien de ladite armée, qui entendoient plus le métier de la guerre et voyoient la disposition des choses dont ils avoient bonne ou longue expérience, étoient tous d'une voix ,et opinion que l'on devoitmardier i et cda étoit la cause qui en fit si avant parler mondit sieur le duc de Bourbon, poursuivre l'opinion des sages et qui éntondoient bien les matières*
Et le lendemain quand l'on seut que l'armée desdits Espagnols s'étoit retirée audit lieu de Saint-Jean« là où le duc d'Âlbe étoit chef pour le roi d'Espagne, fut avisé de le faire sommer de venir à la bataille, là ou il fit r^[KHise qu'il n'avoit de ce charge du roy son maître, naai» qu'il l'en avertiroit. Et pour ee, forent d'aviA mondit sietir de Bouri)on et la plupart des bons capitaines, que l'on devoit assiéger ledit duo d'Albe audit lieu de Saint-Jean ; ear il ne le pou» voit longuement tenir, et ti ne pouvdt avdr secours de son maître, pour être les montagne» de Navarre entre eux deux^ doMpidles noa gens tenoient les passages ; et si n'étoient le chÂ* teau ne la viBe dudit Saii^ Jean guère forts, si* non de certains raoaparts de teifre, tandis que nous avions en notre armée plusde soixaateniiUé combattans, force artillerie et munitions, et les vivres au dos que Ton ne nous pouvoit ôtinri par quoy facilemoit l'on emporteroit la plaça et tous eeux qui étoient dedanA; et de fiût l'on pourroit légèrement passer outre et emporter le royaume de Navarre, ou il n'y ayoît çpm gensdetommuneet bienpeudegensdeguerre^ voir entrer &à Arragon, et porter grand àom*^ mage audit roy d'Espagne. Cet txmobstant, il n'y eut conseil ny opinion qui sent Incliner le* dit neur de Dunois à mettre ledit siège Et avott avec luy aucims de son opinion qui l'oni voulu porter, contre la plus grande et saine partie des capitaines de ladite aftdée, qui n'9tk moiant ledit Ueu plus fort, ny jrius mal-uisé à prendre qu'un colombier, disant ledit i>im<ris^ et sa secte qu'il étoit imjprenable) dont te roy fut averty pur plusieurs, et mêaieiBent par kM dit duc de Bourbon; qui vintà la ^omoissBaci dudit de Dunois, dont demeura différend enttu lesdits sieurs. Toutesirâ le roy par après Ait bien averty de la vérité, et ^ ledit tt9« d«
SaintJean ne pouvoit tenir, et étoit la compagnie et troape des Espagnols perdus ; dont fit encore plus de foy le peu de séjour qu'y fit ledit duc d'Albe, qui dès le lendemain qu'il y fut arrivé l'abandonna et se retira au royaume de Navarre avec la fleur de ses gens pour garder ledit royaume, s'assurant que les François emporteroient facilement ledit lieu de Saint-Jean de Pié-de-Port, et puis entrerojent en Navarre : car il ne pouvoit penser que les François, avec une si grande force et grosse armée, encore qu'ils eussent failly à le combattre à leur grand avantage, laissassent perdre une si belle et &cile occasion de pouvoir recouvrer le royaume de Navarre occupé par les Espagnols, et s'asseurant bien que ledit lieu de Pié-de-Poil, ne les pouvoit de rien empêcher ny détenir qu'ils ne passassent à leur aise, et vinssent audit royaume de Navarre. Mais ledit lieu de Saint-Jean ne fut oncq assiégé ; et tint Topinion dudit Dunois, et de ses adhérans. Et se retira toute J'armée à Eustarys qui est à dix grandes lieues loin dudit Saint-Jean de Pié-de-Port. Et cependant qu'ils étoient audit lieu d'Eustarys, fut mandé par le roy audit sieur Dunois qu'il envoyâtun nombre de gens d'armes et de pied audit royaume de Navarre. Et y alla le seigneur de la Palisse grand-maître de France, le seigneur de Saint- André, lieutenant de cent hommes [d'armes de mondit sieur de Bourbon, et aucuns autres, jusques à six ou sept cens lances, et une bande d'artillerie, une autre de gens de pied ; lesquels se retirèrent audit royaume de Navarre, et mirent le siège devant lacité de Pampelune. Mais pour ce que la puissance des Espagnols étoit ensemble, et jà tenoient à eux tout le pays, impossible fut auxdits François avoir vivres. Par quoy forent contraints par faute de vivres de lever le siège et eux en venir. Et pour ce qu'ils ne pouvoient rapporter ladite artillerie, ils la rompirent et laissèrent là les pièces. Et jà étions sur Tarrière-saison, et chacun se retira en sa maison ; tellement qu'il fot Nœl quand mondit sieur de Bourbon arriva à Moulins où il fit bonne chère le surplus de l'hyver avec madite dame de Bourbon sa beUenoaère, et madite dame sa femme, là où le vint voir madame la princesse de la Roche-sur- Yon, sa sœur; et fot avec luy tout l'hyver faisant bonne chère. Et environ le commencement du mois de mars ensuivant 1512, le roy écrivit à mon dit
sieur de Bourbon qu'il s'en voulsit venir devers luy à Blois ; car il luy vouloit parler du voyage qu'il entendoit luy faire faire delà les monts pour la reconquête de sa duché de MHaa. Par quoy mon dit^ieur le duc s'en partit incontinent; et arriva devers ledit sieur audit Blois environ le 15 mars. Et sitôt qu'il fût] arrivé audit Blois, se présenta audit sieur roy, qui luy fit bonne chère, et luy parla d'aller delà les monts pour la reconquête de sa duché de Milan, et qu il luy bailleroit telle et si belle compagnie de gens d'armes et d'artillerie qu'il ne craindroit aucun qui luy voulsit venir à rencontre. Or, pour mieux entendre le fait de ladite duché de Milan comme elle étoit à reconquérir, faut entendre que le roy prétend, et à titre héréditaire, ladite duché luy appartenir a cause de dame Yalentine, fille de messire Jean Galeas Yisconte, premier duc de Milan, laquelle fat mariée .à feu M. Loys duc d'Orléans, frère du roy Charles YI, dontdescendit Charles duc d'Orléans; et dudit Charles est descendu ledit sieur roy Loys. Et combien que dudit messire Jean Galeas Yisconte, feussent descendus avec la dame Yalentine deux fils, l'un nommé Jean-Marie, et l'autre PhiKppes , néanmoins pour ce qu'ils décédèrent l'un après l'autre sans hoirs descendans de leurs corps au mariage, ladite duché par eux tenue avint premièrement audit duc Charles lors vivant, que ledit Philippes Yisconte, trépassa, qui fat le dernier de la lignée ; mais lors ledit duc Charles n'eut la puissance de se mettre dedans ladite duché de Milan, pour ce qu'il étoit tenu prisonnier en Angleterre pour la querelle de France; et aussi dès lors du trépas dudit duc Philippes, messire François Sforce, qui avoit épousé la fille Mtarde dudit duc Philippes, se bouta dans ladite duché de Milan ; et la tenoit lors et tint tant qu'ils véquit, se faisant nommer partout duc de Milan.
De luy et de ladite bâtarde descendirent plusieurs enfans, dont l'aîné fot nommé messire Galeas, l'autre le sieur Ludovic, et le cardinal Ascaigne. Lequel Galeas tint ladite duché après le trépas de sondit père. Toutesfois, pour ce qu'il étoit lubrique et quéroit avoir les belles femmes de la ville à son plaisir, il en ent une entre autres dont le mary et le frère d'elle n'étoient contens ; et, pour leur venger de luy et de .l'outrage qu'il leur faisoit, se délibérèrent
[ttisy
PARMàRILLàC.
de letoer; et de fait le toèrent en Tégliae, au
sortir de son oratoire, en faisant semblant de
\oaloir parler à iuy ; duquel Galeas demeura
deuieobnts mâles, Ton nommé Jean-Marie, qui
fittdQC et demeura en la garde de dame Bonne
de Sivoye, sa mère, et depuis, dudit seigneur
Lodovie, scm oncle. Lequel seigneur Ludovic,
ambitieax d^avoir à Iuy ladite docliéde Milan,
trouva moyen d'avoir mie investiture de l'em-
focor, par laquelle sondit neveu et Iuy, et
ksQrrwaot d'eux deux étoient ducs de Milan.
Et coffibm que sondit neveu fut jà grand et
de fâgede vingt-trois ou vingt-quatre ans et pût
ap^ndre le mamement de son affaire, ledit
seigneur Ludovic k tenoit en telle sujétion
qu'ilDes'osoitfflâerde rien; et ledit Ludovic
/a/soit tout, tant du fait du conseil en la maison,
en requête ei distribution de deniers, qu'aux
gros aSures des guerres, entreprises et menées
fn'aot lès grosses maisons, ne ledit duc n'en
avoit autre chose que le nom; laquelle chose
voyant le roy Ferrand de Naples, duquel ledit
ètt avoit épousé la nièce, fille du duc de Ca*
Um, son fils, se délibéra de mettre sondit
fiboQ neveu bcHTS de ladite sujétion.
Par qu9y ledit seigneur Ludovic voyant qu'il
jerosft 01 dao^ d$ perdre Tautorité qu'il avoit
a/aditedocfaé de Milan, se délibéra de donner
td empêchement audit roy de Naples qu'il
ifanroitpas loisir de Iuy courir sus. £t moyen-
na îeduy Ludovic avec le roy Charles YIU,
lors régnant, qu'il dût aller conquérir son
npaae de Naples, qui Iuy appartenoit à cause
de h maison d'An^, Iuy offrant passage, gens
et argent pour aller faire ladite conquête ; le-
fKl roy Charles, contre l'avis et opinion des
piaecs et seigneurs de son royaume, entreprint
VA voyage et passa les monts avec grosse
mtt,de laqueUe mondit seigneur le comte
Cikrt,)ire de m(mdit sieur de Bourt)on, étoit
''OiteAaot général, comme dit a été cy-dessus.
Et fÊÊsd il fut en la duché de Milan, ledit
wr Lodovie le récent en toutes ses villes et
i^ttk, le fêtoya et traita grandement et hiy
pittia gens et argent pour aider à sadite
'*^t et avec ce, le convoya jusques près
deltattce; toutesfois, il s'en retourna quand
1 M fie le roy qui est à présent, lors duc
'Wéans, étoit demeuré malade à Novare, dou-
^^ilvoulsit entreprendre aucune chose sur
/adïtehAé de Milan, où il avoit le droit et
XVl« sitcLE, Chron. el Mém.
querelle que dessus. Et faut entendre que le roy Charles étant au pays de Milan, ledit Jean- Marie, neveu du sieur Ludovic, qui avoit le nom et titre de duc de Milan, trépassa assez soudainement, et dit*on qu'il fut empoisonné au pourchas dudit sieur Ludovic, afin que ladite duché Iuy demeurât comme survivant au moyen de ladite convenance, comme dessus est couché, apposée en l'investiture dudit empereur. £t disoit-on que ladite mort étoit venue bien à point ou pourchassée à telle heure quand ledit roy Charles étoit aVec son armée et puissance sur ladite duché de Milan pour donner faveur audit sieur Ludovic de prendre paisiblement la possession en son nom de ladite duché de Milan, attendu qu'il avoit favorisé ledit roy Charles en fait de son voyage, et Iuy donnoit toute aide pour ce faire ; par quoy ledit sieur Ludovic fut incontinent nommé duc de Milan, et, comme tel, conduisit ledit roy Charles et s'en retourna pour garder sadite duché.
Lequel roy Charles passa outre et vint jusques à Rome et de là au royaume de Naples» qui fut tôt conquis et sans grande résistance.
Ledit roy Ferrand mort, et semblablement le duc de Calabre, son fils, qui fut roy après le roy Ferrand, son père, (toutesfois ne furent pas tués au bataille, mais moururent en leurs lits) demeura ledit royaume en titre au prince de Capoue, nommé Ferrand, fils dudit duc de Calabre. Et' quand le roy Charles eut demeuré à Naples un mois ou deux, il s'en voulut retourner en France par le chemin qu'il étoit venu -, mais ledit seigneur Ludovic ne cuidoit point que ledit roy Charles si légèrement eût parachevé son entreprise; et, craignant qu'à son retour il Iuy donnât quelque empêchemex^t en sadite duché, en se joignant avec ledit duc d'Orléans qui étoit demeuré à Novare, et à qui appartient le droit et querelle de ladite duché de Milan, comme caut et malicieux qu'il étoit, se mit en devoir et pnnt grand'peine de donner tant d'affaires audit roy Charles qu'il se peut asseurer de Iuy. Et de fait pourchassa une entreprise pour envoyer prendre Gênes au nom dudit roy Charles, même y envoya le comte de Bresse avec une grosse troupe, et par ce moyen demeura plus foible.
Autre menée fit ledit Ludovic ; car il s'allia avec les Yénétien? çt le marquis de Mantouc
poar conrir sus audit roy Charles et k sa côm* pagnie à son retour dudit Naples, pensant qu'A ne pourroit résister pour être son armée aflbiblie de ce que ledit comte de Bresse en avoit amené à Gènes, où il ne fit rien et perdit tant par Tempéchement que luy fit tedît Ludovîé même. Et ayant tedit sieur Ludovic avec les dessusdits Vénétîens et marquis de Mantouë assemblé une grand* force de gens de cheval et de pied, et peut Ton dire toute la force dé toute l'Italie, vînt attendre de pîed coy ledit roy Charles au passage, au partir des Alpes de Boulogne, en un lieu appelé Foumoue, où ils s'essayèrent totis par ensemble de le rompre; et de fait luy coururent sus plus de quarante mille hommes combattans. Et combien que ledit roy Charles n'eût avec luy guères plus de dit miDe combattans, pour avoir laissé le surplus à' la garde du rbyaume de Naples et les autres envoyés k Gènes, comme dit est, et qu'encore ceux qu'il avoit avec hiy fusserit las et travaillés du long voyage et assez mal équipés , néanmoins le gentil roy et ses gens se mirent en tel devoir et combattirent si vaidatutncm quHls défirent la plupart de ladite armée , m s'en vindrent sains et sauves hors de tout danger. Dont lesdïts duc de Milan et Vénétîens furetït bien déplaisans, comme ceux qui cuidoient déjà tenir ledit roy Charles, auquel fis avoicnt apprêté son logis pour le retirer. Mais Dieu montra que la \ictoire n'est pas toujours où il y a le plus de force, mais Où !1 luy plaft icelle donner.
Par quoy ledit duc de Mflaû forclos de son intention en cet endroit, et qui a voit feit assiéger ledit duc d'Orléans à Novare afin qu'il ne put venir au secours dudit roy, se mit à renforcer ledît siège, et tellement que ledit duc et cetfx qui étoient en sa cwftpagnte endurèrent tme extr^e feWi. Toutesfols ledit roy Charles venu fit lever ledit siège ; et néanmoins fit descendre plus de trente mille Suisses. Et fut une fors avisé de courir sus «adtt duc de Milan, mats ledit dt?c trtniva nioyen de rompre cette entreprise. Et s*en vint ledit roy en France et aussi ledit duc d'Orléans sans y liire pour Fheure autre chose; car, pour lors ils n'avoient aucun moyen, si n'est par l'aide et secours dudit roy. Bien avoit-M ferme affection de s'essayer quelquefois à recouvrer ladite duché de Milan, qui étoit son héritage ma-
temel. Et, afin que Ton entende tcmtéi les ihê* chantes entreprises dudit duc de Milan, il avoH secrètement accordé avec le roy Ferrtui(He« jeune qu'au même temps que la bataille dé Foumoue se donneroit, 11 devoît entrer eu Ik ville de Naples et en chasser ledit sieur àè Montpensier, qui étoit demeuré 4ieutenant ffé^ néral audit royaume de WapleS pour ledit »y Charles, ce qu'il fit, ct^n^tiie dessus a étéAtf cuidant toujours par là perpétuer sa seigfietfM en ladite duché de Milart; Mais lei donâieils dei hommes ne peuvent Valoir t^tte cetm de DM qui, comme est à eroirt^, n^eAt voulu aoufifrir «t duc Ludovic n^ner longuement en k terrt où il avoit fait tant de tyrannies ^ mesroe m la mort de sdn neveu, qui étoit à la ^-érflé vray duc de MHàn. Par quôy ledft roy Cimrlei retourna en France environ k iboia de Ja»^ vier mil quatre cent quatre vingts et quî^n^ se mit à faire bonne eb^re et oubKa ha aflWroi delà les montft) de quoy ledit duc Lùàefvm étoit bien aise. Et dit-on qu'il emretenoil par bienfaits aucuns d'entour la fitfrsoMe dtadit roy Charles pour Tentretenir en celle volomè, sachant que ledit duc d'Orléans f<rtrt volo»tiers induit à t^io«mer audit MMasi. El avoit si bien conduit son affaire, ^ Mit duc d'Orléans en cheut en maie grâce dudit roy i3iarles^ lequel avoH délibél^ de le confiner hats dudit royaume { mais H tré^aasa soudaineaieaii fflme àpot)lexie en «on châtd d'Ambotse fc septième d'avril tnil qoat^ cent quatre-vingt et dix-huit*
Par son trépas, h royawtng Vint modit émc d'Orlélms, à présent tenant, lequd, sîldtqvHl eut mis otdf* en son royaume et ^'il ae Tît possesseur paisiMe, entreprit d'aRér conqtiérir ladite duché de Mtlan^ et de M y alla du personne avec grosse' armée, avec biquette il se mit dans ladite dvché «t à proidre vtttsft et places, letlement que ledit liudovic s'enfuit «n Âllemagtie ^rvec ce qu'il peut parler de mn trésor. Et ledH Loys entra dedans MLilan et y ftit reçu paisiblement et à grand' Jojfe et «(ttsi par toute ladite duché de MHaa; et quand il eut icelle mise en sa main et étaldy M iceBe cfflciers et gouvertieurs de ^par kiy< s'en retourna en France.
Lequel Ludovic, Tannée ensuivant mil quatre cent quatre-vingt-dix-neuf, assaoabla grocsse puissance d'Allemans et Suisees et s^en
|>AR MARÎI.L^C
reioonn» ladite ij^cha , li^ où i} y avoit en- |
CQ» ptiwew gen» qui étoient à sa &veqr, et
mojWBaol ksqoeU la ville de Milan le receut
d^ OMve|u à duc, et recouvra la plupart des
MÉm villes et placer d'icelle (Jucbé. Toutes-^
fÉi kt geos d'armes dn roy de France qui y
iiiimt dafteur^ pp^i* 1^ S^i^de du pays, non
fpi » fom çma^ poqr résister ^ la grofts^
pÔMfjvse foe ledit Lu^vic avoit amenée, se
Tft^^eiipiiUKaiQ^ places, et firent sayoir
aimi| biilK«Qtieprise, leijue) y renvoya de ses
gew QfttlMiifKegnM^ armée. Lesquels vindrent
tDQuv^kditLudAvid: avec sa puissance audit
lL«ii 4s Kowe ^làTassiégèrent. Mais iceluy
I^AiQvi^fitcolaJaefiOinposition, par laquelle les
SPid'mesdudit Ludovic s'en d/evoient aller
li^ps bigm «Mive», et luy se devoit rendre au
r-i^f >fijktewtpourvoird'étaten France.Tou-
*'^Éiffi«hyliî(lovig voulant autrement user
^■liïlpit Mf essaya de soy échapper sans
■jy jojil royaume dé France ; et de lait se fit
i^flUereDSoifise, et prmt une pique en son eol
^MK^^avec kssdits Suisses, posant n'y
«H ttBW', Aais ainsi 4|u'il sortoit en son
<3K4^mi«6tio Suij^, il {ut connu desdits
^KMfPkfÉit^ mené prisonnier audit roy de
^9ft9i 4!Um le royaume, où il demeura le
^nlpkmjpim m uj9Me bonnéte prison bien
flrt-A^qMiAt a m loisir de reconi^Htre
#%MMied6Si9miis et de Tor, en puis-
Mlifilajrûit £t dodOii ^ tenoit si fort qu'il
^É^klRU'eito qu'il tenoit en sa main toute
flpWyiftetlrQitquand il voudroit guerre
jÊmfftii^GodxtHi paix, et sa vengeroit de
jV^fj'ii v^Mvlroit» ne luy étoit pas seu-
Éff àat, ^oais raine évidente quand le
.^SMl^ait sous la crainte et le vouloir
VMkfH a Qfts par la l)ouetie de saint Paul
VWIpse de ce monde, n'est ycnv^s lui
^Unf comme on a peu voir audit
I, de toutes ses entreprises mon-
'meunesfiMs luy ont flory , ne luy est
^|pa lOQte ruine ; et là où il disoit avoir
tlittorilé et pmssance que de mettre
i^aps une si grande province que
devenu papvre prisonnier et serf
^^^Diy, ^ iUec est trépassé faisant fin
^•wde ce monde.
^^f^ ledit sieor roy ladite duché de ^^■■Iws ledit an quatre cent quatre-vingts ^••^^Wil la^ reconquit sur ledit Ludovic,
jusques en l'an mil cinq pent douze, epviron le mois de mdy o^ de juin, que tous ses gens et officiers et toute spn armée en fut chassée par une seule descente de Suisses. Et, peut-on dire que c'est oeuvre de la main de Dieu, de voir uQc si grosse puissance que celle du roy de France, et qni venoit d'avoir victoire d'une bataille, la plus forte et la plus cruelle qui ait été, passé a cent ans^ en Italie, eu lut si légèrement chassée de ladite duché conupe par une seule descente de Suissf^ et sans bataille. Mais, pour entendre mieu^ ladite chasse si légère, faut supposer qu'après la ligue faite entre le^ii roy, l'e^npereur, le pape Jules II et Ip'rpy d'Espagi^ pour courir sus a|ix Véuétiens, ledit roy n'eut plus affaire de Suisses, et les laissa, sans soy aider on ses affaires d'aucun d'eux. Et davantage leur ôta leurs pensions accoutumées, qui étoient de dix pu douze mille Ijvres par an; et avec ce eut la victoire en la bataille de Adde contre lesdjts Vénétiens, dont recouvra lesdites villes de Crémone, Crème, Bergame, Bresse, et depuis eut Yé;ronne, Vicenze, et Par doue, lesquelles il rendit audit empereur, comme à luy appartenant. Mais, depuis, lesdiis Vénétiens recouvrèrent ladite ville de Padoue; aussi recouvra ledit roy, le pays, et comté de Crémone, qu'il rendit ;^udit empereur.
Si ledSt roy eut marché outre pour vouloir entrer en VenisCp ils étoient si épouvantés de ladite bataille perdue qu'il est à croire qu'il y pût été receu à duc \ et déjà y avoit aucuns qui en ladite ville avoient crié France! mais iceux Vénétiens se voyant en telle pei^lexité qu'ils ne tenoient un seul pied de terre en toute l'Italie parce que ce qu'ils avoient en la Ix)mbardie le roy et Tempeireur l'avoient recouvert, ce qu'ils tenoient en la Marque d'Ancone, le pape l'ayoit recouvert, et semblablement le roy d'Espagne ce qu'ils tenoientauroyaume, et le ducde Ferrare ce qu'ils tenoient en son pays, se retirèrent devers le pape Jules; et firent tant envers luy qu'ils le tirèrent à (leur alliance, combien que par la ligue dessusdite, lediJt pape, ne antres desdits ligués ne dévoient faire put appoÂntement anxdits Vénétiens l'un sans Tautre ; mais lesdits Vénétiens luy donnèrent à en* tendre que ledit roy se vouloit faire roy de l'Italie, et au pourchas du cardinal d'Amboise, légat en France, vouloit pourchasser de le faire pape pour être à sa poste, et luy se faire em-
VIE DU CONNÉTABLE DE ÈOURBÔN
[iSlS]
pereur, qui fut le point dont eux et ledit pape tirèrent à eux ledit empereur : lesquels pape et empereur se déclarèrent contre ledit roy -, mais ledit pape, le premier, en voulant avoir la du- > ché de Ferrare qu'il disoit être terre de l'Eglise, là où le duc qui y est, ou ses prédécesseurs, en ont été investis de TÉglise. De fiiit se mit le pape avec grosse armée sus pour aller contre ledit duc de Ferrare, auquel le roy aida à soy défendre, tant de gens et d'argent. Et tellement poursuit l'armée du roy celle dudit pape Jules qu'elle fut déconfite sans coup frapper auprès de Boulogne. Et combien que de toute la terre de l'Église on apportât les clefs au seigneur Jean Jacques de Trivulce qui avoit la charge de ladite armée, néanmoins le roy défendit qu'on n'y touchât, et qu'il lui sufiisoit d'avoir défendu son allié. Et depuis, ledit pape aidé des Yénétiens et d'une grosse bande du roy d'Espagne, qui semblablement s'allia audit pape, dressa une autre grosse armée contre lesdits François, lesquels se mirent aux champs, et tellement qu'à Ravenne, le jour de Pâques mil cinq cent douze, il y eut une grosse bataille, et la plus cruelle qui fut, passé a cent ans, tellement que l'armée dudit pape, Yénétiens et Espagnols furent défaits, et la bataille gaignée par les François, combien que le duc de Nemours, comte de Foix, y fut tué en la chasse pour trop s'abandonner après la grosse déconfiture. Et, si ladite armée eût voulu marcher outre, ils eussent prins Rome et le pape, et tout le royaume de Naples ; mais le roy leur manda leur retirer en ladite duché de Milan : et étant illec ledit pape se voyant hors de danger de ladite armée, manda auxdits Suisses, qu'il avoit mis en sa ligue qu'ils voulsissent descendre et courir sus auxdits François. Lesquels Suisses mal contens du traitement passé, voulant recouvrer leurs pertes, se délibérèrent de descendre en ladite duché de Milan ; et allèrent passer par le côté de Trente et de Vérone, qui tenoient pour ledit empereur, lequel jusques à cette heure ne s'étoit déclaré apertement. Et leur fit passage et bailla de ses gais. Et aussi Tesdits Yénétiens mirent avec eux une grosse bande de gens d'armes et s'en allèrent contre les François, qui là étoient départis. C'est à savoir les deux cens gentilshommes et deux cens archers de la maison du roy, qui avoient été à ladite journée [de Ravenne s'en étoient retour- |
nés en France, et aussi plusieurs gentilshommes des compagnies; et avoient été cassés grand nombre de gens de pied, et n'étoit grand' armée demeurée audit Milan sous U charge dudit seigneur de la Palisse grand -maitre de France. Lequel, quand il vit si grosse puissance venir contre luy et qu'il n'étoit pas puissant pour y résister et n'eftt sceu avoir si idc secours, se retira à Pavie, et de là outre de ville en ville en s'en venant en France; et tous les officiers, tant de U justice que des finances, et autres qui étoient audit Milan s'en allèrent chacun au mieux qu'il peut, et laissèrent ladite duché de Milan entre les mains desdits Suisses, Allemans, et Yénétiens entre lesquels était Maximilien, fils dudit Ludovic, qui, sous la main desdits Suisses, desquels étoit le prineipait et de ladite armée, entra audit Milan etse dit duc et déclara. Aucuns jours après y fit son entrée comme duc, ayant lesdits Suisses de côté liiy, eux glorifiant de Tavoir remis en sa duché de Milan, pour ce qu'on leur reproehoit que ledit Ludovic, son père, avoit été prins en laur compagnie et avoit perdu ladite duché.
Et par ce moyen fut aussi perdue ladite dnché sans coup frapper; toutesfois, demeurèrent les garnisons que le roy avoit mises es châteaux dudit Milan et de Crémone, qui sont ks plus forts que l'on sauroK voir, et aussi en la ville de Bresse : mais, pour ce que leurs vivres leur faillirent et n'ont point eu de secours ne de aide pour recouvrer, ils ont rendu audit Maximilien lesdits châteaux, et s'en sont venus en France. Et pour celle cause ledit sieur roy avoit grosse envie de recouvrer ladite duché, qui tant avoit coûté de recouvrer et étoit si légèrement perdue, priant à mondit sieur de Bourbon que de la conduite de l'armée à la .reconquérir II voulsit prendre peine. Lequel duc de Bourbon à ce se consentit, et que ledit sieur le fit accompagner, de sorte qu'il y eut profit pour luy et honneur pour ledit duc, ce que ledit sieor roy luy accorda. Et fit assembler les capitaines de ses guerres qui, pour lors, étoient audit Blois, pour aviser avec son conseil en la présence de mondit sieur d'Angoulème ce qui étoit nécessaire à l'armée qu'il convenoit mener audit Milan. Lesquels capitaine^ étant ensemble avisèrent qu'il étoit expédient envoyer pour la réduction du pays le nombre de quinze cens hommes d'armes, dix-hiût mille bommer de
[lin]
P^» et une bande d'artinerie garnie de mani-
^^ et de tout autre équipage ; lequel avis fut
^'*^** w roy par mondit sieur d'Angoulême.
^ V^ ce, pendant le temps que ledit sire
^^voh muAé mondit sieur de Bourbon, et
?^ ^ avoii déclaré qu'il le vouloit envoyer
^«^«piètede Milan, le sieur de la TrimouiUe
rTP^ lors en ambassade pour le roy en
^^> V^ pratiquer avec eux qu'ils voulsis-
^**^feroy au tait de ladite conquête, ou
Y'JI^tfeKHt^qu'ils voulsissent être neutres.
^ ««friJ^Mûhôade il ne conquêta guères
^^ lerths&Mw; car ils déclarèrent qu'ils ne
^^^\ point pour le roy, et si aideroioat audit
**Miiap'i|||voientmi«dan8 Milan. Pour
^^Uimrét la TrimouiUe s'en retourna.
^^™^aDçlI'Ilfil pratiquer avec ledit sieur roy
^^ flmyg /leotenant pour le roy au recou-
^'^^^^(bdit Milan ; et à cela y avoit aucuns
^"^^k mj gui loi tenoient la main, et telle-
»^^ 'ail ^exBt roy print en fantasie d'en-
^'^'^^«lïemde la TrimouiUe, son lieu-
<f^^ . "ïionts, et non point monsieur de
^^^'^^J!^* P<w trouver honnête moyen
*^ toÏ!^ ledit sieur de Bourbon, il lui
tt**f ^^^«oiier Robertet, après qu'il eut
^^ ^^IMtaines des8usdits> qu'U luy
|fffl><M^ '^er delà les monts huit cmis lan-
ttilE^^^ hommes de pied, avec une
^^tftillerie, dont mondit sieur de Bourbon
j^^KfCillé; et répondit sagement qu'U ne
•f00 ^^ service au roy avec si petites
^■kdegeDs, et qu'il ne voudroit point jeter
lire (h roy en tel inconvénient comme il
*«1ly étoit si foible, et de sa part n'en
ttïipporter honneur ; par quoy n'accepte
vMMiite qualité ladite cliarge. £t de ce pas
'iÇ^pirfer au roy, qui luy tint tous propos
-ïjjholatian : par quoy mondit sieur de
W» entendit assez que ledit sieur avoit
'•^fctosie, aussi qu'il y eut aucuns qui di-
••♦H tvoit jà tourné sa fantasie sur ledit
y^ I» TrimouiUe, et qu'il étoit bien aise
■JJj^'Kt rieur de Bourbon n'y allât point.
*yy icelai sieur duc tantôt après dit à
•JJ^ur le roy qu'U avoit à feire un péleri-
nWfctTe-Dame du Puy, en Auvergne, luy
P**hy donûer congé de ce faire, ce qu'il
**« partit ledit sieur et s'en vint faire Pâ-
J**JWins, et delà fairt son pèlerinage au-
•*^*i,Puy et après s'en retourna audit
PAR MAfelLLAC.
Moulins. Et cependant ledit sieur de la TrimouUle fut expédié dudit sieur pour aUer delà les monts ; et luy baUla ledit sieur dix-huit cens hommes d'armes, et vingt mille hommes de pied, là où U y avoit dix mille lansquenets avec grosse bande d'artillerie, qui étoit trop plus quasi de deux tiers qu'il n'en avoit présenté à mondit sieur de Bourbon, qui fut évident argument pourquoy il fut détourné de n'y envoyer mondit sieur de Bourbon. Mais sitôt que ledit sieur de la TrimouiUe fut arrivé en ladite duché de Milan avec ladite armée, il trouva les Suisses qui étoient partie dedans Novare avec ledit duc Maximilian, et partie d'eux qui arriva ce pendant que luy et ladite armée étoit devant Novare ; lesquels le recueUlirent de telle sorte qu'ils le déconfirent et firent retourner deçà les monts, sans guères perdre de gens ; mais, dit-on qu'il y eut plus de Suisses tués qu'il n'y eut de François, mais le bagage et l'arttiUerie furent perdus, et le surplus de l'armée s'en revint ainsi qu'eUe put deçà les monts, eux et leurs chevaux bien las et bien fpulés et gâtés.
Par quoy, les nouvelles ouyes par ledit sieur roy de ladite défaite, ne fut pas sans se repentir de ce qu'U n'y avoit envoyé mondit sieur de Bourbon : joint que tous les Lombars de ladite dhiché de Milan et d'aiUeurs demandoient ledit sieur de Bourbon ; et jà en avoiodt parlé au roy disant qu'il étoit aimé par delà de tous les amis du roy et craint de tous ses ennemis, que sa personne y vaudroit dix miUe hommes davantage. Mais néanmoins U n'en voulsit rien faire, et luy en print la déconfiture cy-dessus. Pendant le quel temps que ladite armée alla et vint en ladite duché de Milan, le roy d'Angleterre fit descendre grosse armée à Calais et delà en Artois et en Picardie. Par quoy ledit sire roy manda ses gens d'armes et les princes de son sang et entre autres mondit sieur de Bourbon, lequel s'en partit à la fin de mai dudit Moulins et s'en vint devers ledit sieur roy qui étoit à Paris, et delà s'en alla avec luy à Beauvais et à Amiens, et après en l'armée que ledit sire avoit fait assembler* en Picardie pour résister auxdits Anglois , dont mondit sieur d'Angoulême étoit le chef. Et y fut mondit sieur de Bourbon avec ses compagnies où U y avoit trois cens lances ; mais n'y fut fait aucun exploit, sinon seulement tenir camp, pour ce que les Anglois tindrent longuement le siège devant Thérouenne, et le roy des
[mt]
Romaios Avee tnx ; et de ùAi priodrent par (amine ladite ville da Thérouemie, et aprè» par trabiaon et par menaces la ville de Tournay, et fiit environ la Tonaaainta» Par quoy les garnisons furent assises pour Tbyver et ladite armée rompue.
Or, cependant que ladite armée du roy étoit en Picardie et durant le siège des Anglois de^ vaut Tbérouenne , les Suisses se mirent sus et 8*eD vindrent bien trente mille, avec aucuns des gens du roy des Romains dont le seigneur de Yangy étoit conducteur, tous jeter en Bourgongne et mettre le siège devant Dijon, là où étoit ledit sieur de la Trimouille qui est gouverneur du pays pour le roy ; auquel siège ils firent beaucoup de maux aux habitans de ladite ville, car leurs vignes furent gâtées pour ce que c'étoi t environ vendanges, et leurs faubourgs brûlés. Or, ledit sieur de la Trimouille pour faire lever ledit siège, voyant qu'il ne pouvoit longuement tenir et qu'il ne pouvoit avoir secours du roy, qui a voit son armée occupée en Picardie , comme dit est, fit appo'mtement avec lesdits Suisses, par lequel il print en charge pour le roy qu'il se départiroit du droit qu'il prétend à la duché de Milan et à la comté d'Ast, et si leur bailleroitdeux cens mille écus d'or. Et par ce moyen ils s'en partirent, et de ce eurent otages. Lequel appointement ainsi &it et notifié au roy, ledit sieur ne voulut avoir agréable, et si ne fut oncq content dudit sieur de la Trimouille, accumulant cet article avec celuy de ladite défaite de MiUn ; mais envoya ledit sire roy le Grazet de Bourgongpe devant lesdits Suisses, pour leur remontrer beaucoup de bonnes raisons par lesquelles il ne pouvoit entretenir ce que dit est, afin de les pratiquer à meilleur party et les faire ses amis. Mais ils n'y voulurent jamais autre chosfs faire, sinon ce qui étoit contenu en l'appointement dudit de la Trimouille. Et pour ce qu'on ne leur vouloit payer lesdits deux mille écus, se délibérèrent derechef de venir en Bourgongne , ainsi que le roy fut deuement averty ; lequel sire roy voulant pourvoir à la garde dudit pays de Bourgongne , délibéra d'y envoyer son lieutenant général, mondit sieur de Bourbon ; et de fait l'expédia en l'Abbaye de Corbye, près d'Amiens et le fit son lieutenant général lûidit pays et es pays voisins et pendant la descente des Suisses. Etluy bailla pour ce faire seize cens hommes d'armes, et là où
l'afiEaire le requerroit luy bailleroit tant de geiiv de pied qu'il en auroit assez; et dès lors luy bailla quatre mille lansquenets qui étoieat venus du pays de Gueldres, et trois mille gens de pied de France qui étoientdèjà sur la d^chA de Bourgongne, luy donnant charge de visiter les villes, chlteaox, places fortes, passages et avenues dudit pays, iceux fortifier et rempaier, et donner partout si bon ordre audit pays qo» lesdits Suisses ne luy peuvent mal faire de ce quartier là. Et écrivit audit sieur de la Trimouille qui étoit audit pays de Bourgongne e| au seigneur d'Orval, gouverneur de Champagne, et au seigneur de S. YaUier, gouvernewr du Daupbiné,,et aussi à tous autres capitaine» et gens de bonnes villes; que tous obéissent au dit sieur de Bourbon comme à sa propre personne en tout ce qui seroit nécessaire pour l'affaire dudit pays, iicquel mondit sieur le due arriva audit pays en la ville de Dyon, qui est la capitale dudit pays, le quinzième de novembre, et y fut receu en si grand honneur comme si la personne du roy y fût arrivée : car la cour de parlement, les gens des comptes, et autjnea ofliciers du roy, capitaines, baillib et autres, avec les maire et echevins de la ville vindreM au-devant de luy, et aussi les églises avec la croix et reliques, bien avant hors la porte de ladite ville ; et lesdits capitaines qui avoient leurs compagnies audit Dijon, tant de cheval que de pied, vindrent bien avant an-devanl de mondit sieur le duc pour le recueiUir. Et deux jours devant étoit party mondit sieur de la Jrimouille, gouverneur dudit pays, pour venir êUr devant de mondit sieur le duc; et étoit avec luy à l'entrée audit jour, auquel lieu mondit sieur le duc fut logé à l'hôtel du roy illec, qui est bel et grand ; et en iceluy mondit sieur manda et fit venir tous les capitaines de gens d'armea et grans seigneurs qui étoient audit pays de Bourgongne pour deviser avec eux des aCTaires dttr dit pays. Et quand ils furent ens^nble , c'est i savoir mondit sieur le duc, inonsieor de Ja Trimouille, gouverneur dudit pays, le seigneur de la Queulhe, et le sieur d'Escheniéres, chambellans du roy, lesquels mondit sieur le duc avoit. demandé au roy pour raccompagner et cod^ seiUer audit voyage, le sieur de Prye, le gouverneur d'Orléans, le seigneur de Bussi,/le Savoye, les sieurs de Floret et Jamets et autrea capitaines qui ^voient leurs compagnie» apd^
\nisi
PAR MARILLAC
làys, et aussi le président et aucuns antres cooffillers dn parlement et des comptes doêâ JKion, et le maire de ladite yiile, lors «ondit siear le dno leur dit et déclara la cause de sa Tenue et le pouvoir que le roy luy avoit Wlé audit pays, comme il le montra par écrit, ci f t lire devant tous : aussi ledit sire roy areît éerît en particulier auxdits capitaines, gêna de pairiement, et de villes. Laquelle charge Mondlt siear le duc avoit acceptée par espéranie d'y fiure quelque hoa service au roy, à Taide de tous les geos de bien qui y étoient, confiât pios d'eux et de leurs sens, conduite ci prudence que de la sienne propre ; les priant tfue Aêcan d'eux y voulait entendre, tant pour le fnub du roy et de la chose publique dudit pMjMj et par conséquent du royaume, que pour l'kMawur ehacun de soy , et aussi pour l'amour de mondît sieur qui avoit mîsen cette aliaire sa Êaoee entièrcflaent en eux.
Or, la principale charge de mondit sieur étoU de pourvoir à l'aHaire du pays en sorte qjie Va Suisses, qpk &isoient gros bruit de descendra aadit pays, n'y fissent domokage. Par qaoj priait chacun de dire ce qu'il leur sem- Ueroît deccfa'ondevroit faire, afin de le faire oécster, et selon la volonté dudit sire roy. Et leardit outre : que ledit sire roy l'a voit exprèsaémeat enchargé de donner ordre à ce que les gnmdea pUleries qu'on luy avoit rapporté qui se au pays, cessassent, et chacun d'eux à cela pour à to^ mettre ordre. Et ce Ait, Blondit sieur de la Trimouilletout le preaaîer print la parole et dit à mondit sieur le due qu'il fi^t le très^bien v«au, et qu'il avoit antaBt de plaisir de le voir en ladite charge comae ilauroit la personne du roy, auquel il ne muudiyitplus volontiers obeyr qu'il feroit àmon- Aiîair leduc son lieutenant; et que de sa part ilse vosioit employer à £ure service au roy en Faffiu» dodit paysy conane il est tenu, et encore cous la charge de mondit sieur le duc fias volontiers- que sous nul autre prince de ce zoyaome. Et si en avoit eu aucun autre qui s'en Si venu avec telle charge qpe mondit sieur le due a eue audit pays, icelmy mondit sieur delà Triauaillè ne se fàt trouvé sur le lieu, mais s'en flCaflé en sa maison, et luj eût laissé et conai|iié Tafibire dudit pays, ainsi qu'il eût entaâa; jnai0 qu*en la compagnie de mondit skark dpc il 1^ servira et consallera de tout
ce qu'il pourra. Toutesfois voulut pour lors parler du fait despilleries et mangeries dudit pays dont le roy avoit été averty, et expresse^ ment et singulièrement avoir chargé mondit sieur le duc y donner ordre, et dit qu'il étolt vray qu'il y avoit de la pillerie et mangerie, et y en avoit eu ; et combien qu'à luy qui étoit gouverneur du pays pour le roy, fut d'y donner ordre, néanmoins il n'avoit été en sa puiasance, pour ce que quand les Suisses vindrent devant Dijon en si grand nombre comme dessus, et si soudainement que l'on n'eût peu assenb- Mer gens, aussi que tous les gens d'armes d'otw donnance étoient avec le roy, et l'armée ea Picardie, contre les Anglois, m<Hxlit sieur de la TrimouiUe fit venir le plus diligemment qu'il peut les gens de l'arrière-ban de Boorgongne, Dauphiné, Champagne, Berry, Niveraois, Bourbonnois, Limosin, Auvergne* Forets, Lyon^ nois, et, en outre, les gens de piedd'ordon» nanee de tous lesdits pays, qui tous et de tous côtés vindrentleplusdiligemm^tqu'ils peurent Toutesfois, combien qu'ils fussent en grand nombre, néanmoins sin'éloient-ilspas telnom^ bre et telle puissance que Ton Cikt consettté de combattre contre les Suisses, ne de les ôter du siège qu'ils avoie&t déjà mis à Dijon ; par quoy il fut contraint de faire ^^ointement à eux. En faisant lequel, le tout par avis des gens de biea qui étoient autour hiy, il dit avoir lait am royaume de France un grand service, pour deux raisons; l'une car la ville de Dijon n'é* toit en rien forte, car les murailles ne sont bâ* ties que de terre, et par conséquent n'eAt peu longuement tenir : l'antre que l'armée desditi arrière-ban et gens de piedqu'ilavoit ftdt assem* Mer n'étoit suffisante pour battre lesdits Suisses; et ne les eussent peu empêeher qu'ils n'eussent à leur aise pillé le royaume du côté de Bour* gongne, Nivernois, Bourbonnois, Auvergnct Forets^ et Beaujolols, considéré que les autres gens d'armes du royaume étoient en Picardie* Et quand, ledit appointement fut» lesdits Suisses s'en forent allés, icduy sieur de la TrimouiUe en fit retourner les gens dudit arrière-ban, et retint partie desdits gens de pied d'ordonnance pour mettre en garnison, et les autres en envoya voir la pluspart, toutesfois, il avertit sou* vent ledit sieur roy pour leur batl(er leur paye» ment, maisoncq n'en peut rien avoir: par quoy ib faisoient les pilleries et mangerifie dont te roy
a ouy les plaintes; lesquelles venoient beaucoup plutôt à la notice dudit gouverneur : mais il ne savoit et ne pouvoit bonnement punir et reprendre lesditsgens d'armes 'de laditemangerie, là où ils n'avoient eu payement du roy. Par quoy de ladite plainte, ledit roy et ceux qui étoient autour luy en étoient causes. Et après, chacun des autres capitaines et gens de bien, après qu'ils eurent fait le bien venant à mondit sieur, et qu'ib se furent présentés à luy fiiire service, se mirent à deviser de rafhire dudit pays, lequel consistoit préalablement k donner ordre auxdits pillages et mangeries, et après à pourvoir au ûxt de la fortification et garde dudit pays. Et quant au fait desdites pilleries, fut rapporté à mondit sieur que par plusieurs contrées dudit pays de Bourgongne et de Tenviron y avoit plusieurs grosses bandes de gens de pied assemblés pour leur plaisir, qui couroient et mangeoient le pays sans aveu.
Pour lesquels départir, fit monter à cheval le sieur de Prye, d'une part, avec sa compagnie de cinquante laQces pour suivre une contrée du pays ; le gouverneur d'Orléans avec autres cinquante lances en une autre; et lesdits de Bussi et de Savoye avec autres cinquante lances en une autre contrée, pour chasser et bire départir lesdits compagnies d'aventuriers et gens de pied. Lesquels allèrent, l'un sur le côté de la Champagne et de l'Auzay, l'autre sur le quartier d'Auxerre et Vezelay, et l'autre sur la haute Boui^ongue, Màconnois et Forets. Et toutes les compagnies desdits aventuriers qu'ils trouvèrent firent départir et passer outre hors desdits pays, chacun en sa maison, sur peine d'être pendus et étranglés. Et pour ce qu'on dit après que encore se trouvoient desdits aventuriers par tous lesdits quartiers à petites bandes de quatre, six, dix, douze» mondit sieur le duc, par l'avis desdits capitaines, desquels leurs compagnies avoient leurs garnisons par les bonnes villes dudit pays et de l'environ, ordonna qu'à chacune desdits compagnies auroit un lieutenant de prévôt des maréchaux, qui feroit pendre tous lesdits aventuriers qui seroient trouvés ainsi vaguans et pillans par ledit pays. Par quoy la pillerie desdits aventuriers cessa ; mais on rapporta en outre audit sieur le duc que lesdites compagnies qui étoient en garnison auxdites bonnes villes faisoient plusieur» grandes piUeries, tant sur les , villes de
leur garnison que sur le pays d'environ ; car èsdites villes, les uns prenoient tant de vivres qu'ils vouloient, outre ce, faisoient porter èsdits villages et n'en payoient rien ou peu, tellement que le pays ne le pouvoit supporter ; les autres se mettoient aux champs avec leurs cbe* vaux, prenant occasion d'aller voir les uns les autres d'une garnison en autre, et par ce moyeo demeurant la pluspart du temps sur les champs sans rien payer. Par quoy mondit sieur le due connoissant que les prévôt et lieutenant qu'il avoit ordonnés sur chacune compagnie à peine reprendroient-ils leurs compagnons d'abus, créa deux autres lieutenans du prévôt des nuréchaux et leur commanda aller par tous les quartiers desdites garnisons pour faire cesser lesdits abus ; et' pour les conseiller, leur bailla à chacun un clerc, avocat en parlement tel que ladite cour de parlement luy déclara. Et non content de ce mondit sieur le Iduc bailla èsdits lieutenans un gentilhomme de sa maison, auquel il enchargea expressément de tatiir la main avec ledit prévôt, et que justice fût fttUe desdits abus, et que nen ne passât par dissimulation, pour prière, pour menaces, pour argent ou autrement ; car il vouloit à toutes fins que lesdites pilleries cessassent. Et de fait la commission dudit prévôt exécutée avec les dessusdits a fait èsdites compagnies qu'elles ne vont plus vaguant d'une garnison en autre, el que sur le lieu, ils vivent à la taxe que mondit sieur le duc leur a fiiite, qui n'est pas si grande que celle du marché, ne si petite que le marchand ne se puisse sauver sur toutes marchandises et vivres dont les gens d'armes ont affaire ; et quand vient à la montre, s'il y a nulle plainte du côté de ceux qui ont foumy lesdits vivres, ils sont les premiers payés. Telles ment y a pourveu monsieur le duc que les su-^ jets en sont tous contens et consolés, et en est mondit sieur le duc loué de toutes personnes^ Et quant au fait dudit pays, pour ce qu^il étoit doute que lesdits Suisses dévoient deffiendre sur ledit hyver, mondit sieur le duc parédit et ordonnance fit retirer dedans toutes, les bonnes viUes, places fortes, les provisions, de blés,vinset de foins et pailles, qui étoient aux champs ; fit très bien remparer Dijon, Beaune, Châlons et Tournus, qui sont sur les entrées, dudit pays ; et pour le regard d'Aussonne, îL est très bien fortifié et y a très bonne garde j.