‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 113 sur 428 · UU · texte numérisé non relu

UU

PAR MARILLAC

et ladites fidrtifications a fiâtes entretenir et fût cocore de plus en plus ; tellement que si \aÈti Suisses viennent audit pays, ils ne Mneront rien ou peu aux champs, et sMls ABonient à prendre nulle desdites villes, ils ytmreroieDt grosse résistance; et si auront «X champs mondit sieur le duc, et la puisqu'il aura du roy, qui les visitera souet mettra peine que peu de vivres leur portés. Atout icelle ordonnance qu'il a filt tachant lesdites réparations et vivres en hAteèiefaé de Bourgongne, autant^en a-t-il Idtfiire en Lyonnois et Daupbiné, et aussi en Cham^gne; niémes avisé grandement dudit ilùe avec M. d'Orval, gouverneur dudit pays de Champagne, lequel mondit sieur le dÉK a prié de le venir voir pour ladite cause joaqptn a Dijon, comme il a bit^ et ont été eumik sur le lieu trois semaines faisans iMooe chère et devisans desdites affaires. Toutedm^ ksdîts Suisses ne sont point descendus de tout rhi ver, du printemps ne de Tété, tenant qo^qae trame d'appointement ; mais, tbaeon croit, ce n'etoit que pour attendre, ft leToy et le royaume seroient assaillis de qodqoe antre part ; et quand ils Feussent vu ooopé fls fussent descendus. £t étoient intention que le roy d'Angleterre dût en France , comme il a voit fait Tannée ); mais ledit sieur roy avoit fait appoinavec luy, tellement qu'il y eut paix ju- 4b ce côté entre ledit roy de France et cékf d'Angleterre. Et épousa ledit roy de Auiee la sœur dudit roy d'Angleterre, dont est venue ladite paix. Auquel mariage fut montfit sieur de Bourt>on mandé se trouver; lequel, avoir donné ordre audit pays et y avoir è le sieur de Saint- André pour son lieuteiPcavint après, et accompagna le roy mriage et au traité d'iceluy, et après, Ji rajBe Marie d'Angleterre, sa femme, à son eotretfa^eliefit àParis. Et ce fait, s'en resa maison, à Moulins, en Bourbon & ou étoit madame sa femme. Auquel 1. fit les fêtes de Noël dudit an mil cinq i^oatorze, pendant lesquelles madite dame ie France, sa belle-mère (laquelle à la 4a roy étoit demeurée avec ladite royne Tiastruire des façons de France) avertit Beur de la maladie qui lors print ledit roy; lnfnHe se rangrégea de jour en jour jus- XVI' siKCLv, CliroD. et Mém.

ques à la mort inclusivedneiït. Et trépassa le premier janvier dudit an mil cinq cens quatorze à l'hôtel des Toumelles à Paris. Avant son trépas ledit roy voulant faire son écu et bouclier de mondit sieur de Bourbon, pour ses prouesses et vertus, luy avoit dit qu'il vouloit qu'il fiit son connétable ; mais, à cause qu'il fut occupé de la maladie, n'y peut entendre. Après lequel trépas dudit roy Loys, le royaume vint à monseigneur François, duc d'Angouléme et de Valois, fils du cousin germain dudic roy Loys, lequel étoit pour lors audit Paris. Et dès lors et incontinent après ledit trépas, il fut tenu et nommé roy.* Et se rendirent à luy tous les officiers de la maison de France, dès le même jour et le lendemain dudit trépas, et tôt après tous les princes de France, sitôt qu'ils furent avertis dudit trépas. Entre lesquels, premier, mondit sieur de Bourbon, sitôt qu'il fut averty dudit trépas, s'en vint devers ledit nouvel roy à Paris. Et, en chemin, fut averty par moy, comme ledit roy luy avoit donné l'office de connétable de France, et confirmé le gouvernement de Languedoc aux gages anciens de ving-tquatre mille livres. Et mondit sieur, arrivé qu'il fut devers ledit roy François, luy fit la révérence. Duquel il fut très grandement receu et honoré, et fort grand chère, et de la royne nouvelle aussi ; laquelle suivant la trace de la feue royne, Anne de Bretagne, sa mère, vouloit grand bien à mondit sieur de Bourbon. Auquel le roy, tôt après sa vaiue, déclara comme il luy avoit donné l'office de connétable de France, et confirmé audit office de Latîguedoc, aux anciens gages desdits vingtquatre mille livres, et à tous autres états et pensions que les ducs de Bourbon, ses prédécesseurs, avoient accoutumé d'avoir des rois précédens, qui étoient la grand' Chamberrie de France, quatorze mille quatre cens livres tournois de pension, et les greniers de leurs terres et seigneuries. Et dudit office de connétable ledit sieur roy receul mondit sieur de Bourbon en hommage et serment de fidélité, et dudit office de Languedoc au serment tant seulement ; car ledit office de connétable est office à vie, et n'est point ôté sans mort. Pour ce que ledit office de connétable a principal regard sur la gendarmerie de France, mondit sieur étant à Paris, assembla les sieurs de Lautrec et de la

Palisse et sieur Jean Jacques de Trivulce, ma-

VIE nu CONNÉTABLE DE BOURBON,

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réchaiix de f nuicft et pluaiepri auiroe m^ gneurs, gouyernevurs (}e pity» et eapiitines des gens d'armes de pied, et leun lieutenans jui* ques ep grand loombre, pour dressar et mettre par ^rit les ordonaaaces sur le fait de la guerre et de b police que les gens d'armes auroicat à tenir, allaiis et veoans à la guerre en leurs garnisons et dehors. Pour lesquelles ordonnances faire, mondit sieur en sa personne, et lesdits maréchaux, gouverneurs et capitailies furent «Eisemble plusieurs journées, et jus* ques à ce que ksdites ordoopances furent faites et accompliefi, qui semUèrent boimes et légales à chaçim qui lésa vei)e$, combien que, depuis, ont été très mal gardées et entretenues* Et ce temps pendant que mondit sieur fut audit lieu de Paris, en la compagnie dudit nouvel roy, mondit sieur avec madite d^tme Anne de France, sa })eUe-mère, traitèrent le nuuriage de madamoiselle Renée, sa s<?eur, avec monseigneur Autoine de liorraine çt de Bar, de quoy ledit sieur roy se n^ela très voloutiers; et telk^ ment y eut^ndir^t q^e le mariage fut traité et accord^. £t donna mondit sieur le duc à madite damoiselle, sa sœur, la somme de six vingts mille Uvres ta<;unK>is, dont luy fut payé comp* tant, le jour des épousailles, trente mille livres et le surplus à dix miUe livres par an.

Et, ledit miLriage fait et accordé, le roy déli* béra de s'en aUer faire sacrer et couronner à Reims, à la &çon accoutumée des autres rois de France, ses prédécesseuirs. £t de lait y alla accompagné de la royne, sa femme, de madame Loyse de Savoye, dame d'Angoulemie, sa mère, et de tous les princes et grands seigneurs de ce royaume, et par exprès de mondit sieur de Bourboa et ommétabl^ de Fra&ce* Et de &it, il fut sacré et couronné audit lieu de Reims par l'archevêque dudit Ueu, à la manière accoutumée. Et y servit mondit sieur de Bourbon, en Ueu de duc de Guyenne, l'un des douze pairs de France qui doivent service audit sacre et couronnen^nt. Et ledit i^cre fait, mondit sieur servit de cosmétable au diner du roy, en pleine salle d'hôtel de Reims ; c'est à savoir demeura debout durant le diner du roy, tenant Tépée nue au poings toute droite, sans spy bouger de la place. Et ledit sacre &it, le taoy* accompagné comme dessus, s'en vint prendre encore la couronne à Saint-Denis, en Fr^Ace» là où mondit sieur de Bourlnm étoitj

et, après, vint foire son eatrée k Paris, qui fut la plus triomphante que Ton eut seu voir. A laquelle entrée tai mondit sieur de Bourbon tràs richement accoutré, et son cheval et ses écuyers, pages et laquais à ladite entrée, et mcore mieux au souper du roy, au palais, là où ledit sieur avoit une robe longue de drs|> d'or contenant douse aun^, qui avoit coûté quatorze vingts éeus d'or au soleil l'aune, payée comptant, fourrée de martres zubelines, et son Ixmnet chargé de bagues jusques à la valeur de cent mille écus. Et fut dit qu'il n'y en avoit aucun en la compagnie qui fut si bien ne si ri* chement accoutré qu'étoit ledit sieur de Bou^ bon et connétable de France. Et ladite entrée faite, le roi dressa une jouste, ^ après, un toumoy à cheval, et un autre à pied. Auxquelles joustes mondit sieur de Bourbon étoît l'im dea tenans, là où il se trouva accompagné de ses aides, le tout accoutré de drap d'or et de velours cramoisy, le plus richement du monde. Auxquelles joustes et tournois chacun fit son ao quit; mais mondit sieur de Bourbon y fot Ueseé au bras ^uche, tellement qu'il ne peut pas achever lesdites joustes ; et séjourna en son kv* gis jusques à tant qu'il fut guéry. Auquel lieu le roy le viiU voir et visiter, et, après hiy , tous les autres prinœs et grands seigneurs et capitaines; néanmoins, il demeura à guérir plus dstroît semaines. Et, ce pendant, Pâques approchèrent de Fan mil cinq cens quinze. Durant feqiid temps le roy entreprint de recouvrer ladite duché de Milan ; et, la chose longuement consultée avec mondit sieur de Bourbon, les marédiaax et autres capitaines de France, mondit sieur lut envoyé incontinent après Pâques à Moulins, et ordonné, qu'en chemin, il donnât ordre de faire approcher les compagnies de Fordonnanee de France parmy le chemind*entre Paris et Lyoa sans en faire bruit. Et néanmoins envoyèrem gens et messagers par tous les lieux, là où besoin étoit, pour k conduite de telle entreprinse.

Auquel lieu de Moulins , sitôt que mondit sieiir y fut, il fit son entrée comme connétable àa France, donnant à connoître qu'il n'étoit là que pour son affoire. Et tout ce nonobstant mondit sieur menoit entreprinse de recouvrer la Tilki de Gênes pour le roy. Et tant fit et pratiqua qi&e». par son moyen et conduite, le sieur Ocuviaix Fregouse qui avoit gagné ladite ville de Gènes sur Taverse nartie, qui sont les Adornes, et m

flS15]

PAR MARILLAC

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disoit ledit Fregousc duc de Gènes, mondit sieor

de Bourbon fit tant avec hiy qu'il délaissa le

iMBi de due (te Gênes et le bailla au roy; et luy

Et tmoeai de bien et layaument le servir, et

loy garder ladite seigneurie de Gènes de par

hj; et il n^avoit et n'eut nom que de gouver^-

iieiir. Mais à ladite menée môndit sieur ettf

grand'peiiie, et grand soin ; et y fit des pro^

et aeuretés beaucoup audit sieur Frc*

lequel n'avoit fiance, telle qu'à luy, à

prîBCi ne seigneur du royaume de France. La^

qadit réduction de ladite seigneurie de Gènes

ea 1& main dn roy étoit nécessaire à mondit

«ieuar ffeos ipie chose au monde. Et mofidit sieur

le ccMBUMBOft et entendoit fort bien; car, sans

cela f antre entreprinse de Milan ne se pouvoit

AmmenMDt conduire.

Et, pendant ladite menée, qui se fit pendant le Umsps qœ mondit sieur fit le voyage de Mou- Jras, Je temps s'approcha de &ire les noces de aïondit ^enr de Lorraine et de madite damoi- «■e Renée, soeur de mondit sieur le duc et connétaUe; lesquelles furent faites au commence- MMnt èa mois de juin mil cinq cens quinze. f^vDt se trouver auxqudies, mondft sieur le duc £nk viflC Aidrt Moufines à Amborse, ta oà le roy élorl, Ji fDyne, madame, mère du roy, madite ifame de France, mondit sieur de Lor- Mûis après avoir parlé au roy des affaifei de fear entreprinse tant de Milan que de mondit sieur s^en retourna pour aller au- Y i Lyon, faire assembler tous les capiet gens d'armes qui dévoient aller à ladÊtt CBtreprise de Milan. Et en retournant dudit à Lyon, étant au château de Banegon leorbonnois, mondit sieur eut nouvelles de dodit Gênes, comme ledit duc Ocf regouse avoit accepté et agréé les ar- ÛélBB ifi avolent été dressés pour la réduction dadl Mks en Pobéissance du roy. Lesquels envoya devers le roy qui les trouva eC lea autorisa ; et en commanda lettres e0 nécessaires. Et par ce moyen le roy fut seigneur de Gènes, et ledit messire Fregouse fht gouverneur dudit Gènes.

Ht fv^ie rey. Et hiy donna le roy la charge de hommes de Fitmlonnance de France,* les Phmcois, et les autres Lombards. Et st kis» ledit messire Octavian Fregouse que le T9J ait on capitaine au Châtelet de Gènes. Et yiOîBmh la nommatioa de mondit sieur de

Bourbon, le sieur ftesforgesdu pays de Bourbonnois, qui a depuis tetïu ledit Châtelet et s'y est très bien coïïduit.

Ce fait, mondtt sieur de BouAon partît de Moulins te jour de Sahit-^Jean mil cinq cens quinze, accompagné, outre sa maison et sa compagnie, de plusieurs (îompaguies, capitaines et autres ïiotabïês personnages, et 'prlnt lé chemin de Lyori. Auquel lieu le vîndrent trouver messieurs lesmaréchaui de Laxitrecetde la Palisse et sh'e Jfean Jacques de Trivulce avec phisfeur* autres, tant gouverneurs du pays et capilSaineà, tant de chevaf que de pied. Et ayant avisé ce quf étoit à faire, pârtireût de Lyon et vindrent à Crenoblfe , où ife firent quelque petit séjour; parlant toujours dfe raffeiife, et mettant peine par espions et ati( rement de savoir ce qui se flaisoit delà lesmonts, et audit Mîlàrt. Laquelle ville de Milkn étoit tors, tenue et occupée par ledit Matîknilien Slbrce, filfe de Ludovic, dit le Maure, mais il n'avoit que le uom; car les Suisses qui atoient chassé et f otrtpu le ^èxxt de lia Trimouille ef farmée du roy dôminoient, et en faisoient ce qu'ils vouloiertt. Loi*s, mondit sieur de Bourbon fiit aÉverty que lesdlls Suisses, sous la conduite et persuasion du caidinal de Sîon, étoienf descendus de leurs pays et cantons en troupes de plus de trentë-clnq ou quarante mille hommes, des nbellteurs combattans de toutes les ligues, qu'ils avoîent choisis comme pour défendre leui* terre et leur pays, qu'ils prétendôient être à eux et en fkire comme de leur héritage, et que pour mieux cuîder empêcher la descente eft venue des François eu Italie s'étoient départis et* séparés par grosses bandes, chacune de dix ou douze mille hommes pour garder le passage des monts, et entrée de Fiémont, se mettant les uns à Suze, les autres à Pîgnereuls, et les autres ailleurs épandus par le Piémont pour tirer la part où l'on verroit l'affaire. Aussi furent avertis mondît sieur de Bourbon, et les dessusdîts seigneurs et maréchaux et autres capitaines que, de la ligue et intelligence desdits Suisses y avoît deux grosses bandes de gens à cheval rovans par ledit pays de Piémont, c'est à savoir le sieur Pf oàper Colonne, avec quatre cens hommes d'armes Napolitains,* et le marquis de Pescaîre, avec cinq cens hommes d'armes Espagnols, et cinq ou six mille hommes de pied' aussi Espagnols, lesquels étoleiït venus à Taide dëstiflà Sbtsses, et

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Youloient empêcher la descente de notre armée. Mesdits sieurs de Bourbon, maréchaux, et capitaines partirent de Grenoble^ vindrent jusques Ambrun; et beaucoup après ces nouvelles firent avancer les gens de cheval et de pied jusques èsdits lieux ; et es environs firent dres- ;ser étapes et munitions sur les grans chemins, tant pour là gendarmerie, qui pouvoit être huit cens ou mille lances, que pour dix mille lansquenets, et autant de gens de pied François qu'ils avoient autour d'eux. Et firent publier audit lieu de Briançon et es environs que notre armée descendroit par le mont Genèvre, et tiendroit le chemin de Suze , et aussi passeroit par le col de Cabre, qui est au-dessus de Sa'uces, et es environs. Et fit-Pon semblant d'y faire étapes et munitions de vivres pour mieux abuser les ennemis. Aussi mirent gens sur les chemins pour garder que nul ne passât de France par delà , pour porter nouvelles de nos entreprinses etdescente.

D'autre part, mondit sieur le duc de Bourbon, et lesdits maréchaux et capitaines, à la sujestion, comme Ton dit, de M. le maréchal |de la Palisse, firent faire une entreprinse d'aller secrètement quatre ou cinq cens hommes d'armes descendre audit Piémont inopinément, environ le passage dudit col de Cabre, pour voir si on pourroit trouver au dépourveu ledit seigneur Prospère Colonne avec ses quatre cens hommes d'annes qui ne faisoient que rover et é1)audir par ledit pays de Piémont. Et, de &it, étant bien avertis, tirèrent outre à leur entreprinse, dont ledit maréchal de la Palisse étoit chef. Et étoientavec luy les seigneurs d'Aubigny, de Ymbercourt et le capitaine Bayard, et plusieurs autres qui passèrent les monts en Piémont au-dessus de Saluées, où, par nouvelles épies, furent avertis que ledit Prospère Colonne et ses quatre cens lances étoient venus diner et repaître en une petite villette appelée Ville-Franche, qui est sur la rivière du Pô, laquelle il biloit passer, pour y venir. Us passèrent outre, et vindrent jusques à ladite rivière, laquelle ils traversèrent; et nagèrent leurs chevaux plus de deux brasses au plus profond ; et ayant passé ladite rivière, coururent à bride abattue jusques à ladite ville, qui n'est loin que pour abreuver un cheval. Aussi, à l'heure, ledit Prospk^ et ses gens étoient à table se rafraîchissant. £t quand furent à la vue de la porte,

la virent ouverte ; par quoy piquèrent de plus grande force, et, moyennant ce que ledit de Ymbercourt mit sa lance entre les deux portes pour les garder d'être fermées; ce queles gardes , voyant venir nos gens de telle roideur, s'essayèrent de ce faire. Et eussent fermé lesdkes portes sans l'empêchementqu'y donna leditsienr de Ymbercourt Lequel, et ses compagnons, entrèrent en ladite ville de Ville-Franche et prindrent ledit Prospère Colonne et tous ses gens, chevaux, meubles et bardes, sans qu'il échappât aucune chose, que tout fut butiné. Et se trouva le butin gros et grand , Tentreprinse belle et honorable, et bien exécutée ; laquelle accreut le coeur aux François et donna grande crainte aux Suisses et autres ennemis, et mémement aux Espagnols , lesquels, incontinent après ladite entreprinse se retirèrent, preu&nt le chemin de Plaisance et Parme, sans jamais vouloir approcher. Et est à croire qu'ils fisiisoient bon guet, de peur qu'il ne leur advint comme audit Prospère Colonne et à ses Napolitains. '

Quant à mondit sieur de Bourbon, qui étoit demeuré audit lieu d' Ambrun, et avec luy le maréchal de Lautrec et plusieurs autres ciqiitaines, il n'attendit à partir que jusques avoir nouvelles dudit sieur de la Palisse; car, soudain après, il délogea et fit déloger toutes les bandes qui étoient logées es environs dudit Ambrun et Briançon, et passer à la file toutes les montagnes, qui duroient deux journées d'homme à cheval. Et ne voulut passer par aucun des lieux, où il eut fait brw.it de vouloir passer, à savoir par le mont Genèvre ou par le col de Cabre; mais alla passer par le pas Saint-Pal et la montagne de l'Argentière, venant descendre à Vivols et à Roques-parvière. Et fit le chemin en deux jours, la veille et jour Saint-Laurent mil cinq cens et quinze, menant avec luy plus de six cens hommes d'armes, et plus dedouze mille hommes de pied, Allemans et François, qui sont les deux plus grandes journées que Ton sauroit faire pour telles bandes de gens ; .mêmement qu'il avoit de suite, tant vivandiers, serviteurs qu'autre bagage, plus de six mi^Ue en nombre. Et trouveroit-on à grand' merveille d'avoir Ceiit faire sigrand'diligenceàsigrand nombre de gens en tel pays que celuy-là. Et si avoit une bande d'artillerie avec les boulets, poudres etmunitionsnécessaires,qui passèrent leditpays

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PAR MARI L LAC

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sealement ^ii^*^. voondit sieur et sa compagnie. Le- V\a 0^^^^it lieu de Vivols, qui est au bas J^ ^^e et à l'entrée du Piémont, il fut

^Ze^ ht et ^^^ ^^^^^ Prospère Colonne, •^ P ^j ^^ ^t grande occasion d'être fort ^!\ A^îo/ *^^ïty que l'une des bandes desi^'^^iDrfi^i<Joient empêcher les passages &^jA fr i^ Vivols; et s'en éloient allés -^ ^ ^ *Hrat qui avoit couru que les 5^' \^\^^^ passer par autre passage, '^jrfv^^rAignel ouïe mont Genèvre ; ci étoienlVsdiU Suisses à Saluées. Par quoy tMAdtt àeor fit seerète entreprinse de les illec troinrer e( «orprendre, dont il avertit le roy qui veooit après I17. Mais ledit sieur luy manda jMrpiosJton messages qu'il n'y touchât jusfus à ee fo'il y fftt en personne. Et combien foeiDoadftsJeorlayremandàtque c'étoit enb^rîK fu'il coDvenoit prendre chaudement, ^0 aotrement la chose viendroit à rien, néaniBoiittfle royoe voulut souffrir que mondlt ^nffdeBoorbon exécutât ladite entreprise; et tay nxmk etdéfendit de n'y toucher jusqu'à sa nDQe.£t cependant lesdits Suisses délogerai (faA liea de Saluées et se joignirent à Aaire iinde des leurs, cfui étoient vers le {Bwlier de Soze. Cependant arriva le roy en Kônont, et dès lors se mirent à tenir camp. Ceil à savoir mondit sieur de Bourbon côn- AhwtPa?ant-garde, le roy la bataille, et monaiw*Alençon l'arrière-garde. Et faisoit le roy élÊÊtvm trente-cinq mille hommes de pied, Iinsquenets, Lombars que François, et OQ dix-bait cens lances, sans le train et de messieurs les ducs de Lorraine et ^Goddres et autres grands seigneurs Fran- 9^ ^Atteot que l'armée étoit très grosse ettiiibeile.Sise mirent à marcher, à savoir : ''•'•■*Tpitleàpart,etla bataille et arrièregwdtcliaGiDeà part, dans ledit pays de Pié- BKMtf» ÎHsant chacun jour deux ou trois lieues, ft-febgeant lès soirs es plus commodes lieux ^■•'onpouvoit trouver pour fournir le camp •*|rtncipalement; car, de tous autres vivres, y ^grande abondance, pour le bon ordre ^f** que mondit sieur faisoit tenir, que *?**tiiamls fassent contentés de leurs marafin qu'ils continuassent toujours de fcrcc vivres; ce qu'ils firenl^ e^ x^'ep y ^Ojfcutejftn seul jour.

En cet état, allèrent jour après autre parmy ledit pays de Piémont. Et lesdits Suisses, voyant si grosse armée contre eux, se mirent tous en une troupe, se rassemblant tous ceux qui étoient épandus parmy le Piémont, et marchant au-devant de l'armée de France huit ou dix lieues, et toujours en bon ordre, mais souvent réveillés par les François. Et en fut tué quelquesuns tant de coups de trait que d'arquebuses. Si est-ce qu'ils passèrent le Piémont, entrèrent en la duché de Milan ; et prindrent la pluspart d'eux le chemin de Caleras qui est le lieu par où Ton va en leur pays. Et cependant firent dresser moyensd'appointement avec le roy, auquel ils offrirent laisser la duché de Milan qui, à la vérité, étoit en leur puissance, comme dit est, moyennant la somme de deux cent mille écus que le roy leur devroit bailler, à savoir la moitié comptant, et l'autre moitié à certain jour ;ce que le roy leur accorda. Et les ambassadeurs desdits Suisses prindrent quelque temps pour rapporter, faire agréer et ratifier ledit appointement à leurs majeurs et souverains desdites ligues et cantons. Et cependant l'armée du roy sursoya de faire aucun exploit de guerre, et ne faisoit que de séjourner à plaisir parmy ledit duché de Milan. Et néanmoins dedans la ville de Milan y avoit une grosse bande de Suisses, et avec eux étoit le cardinal de Sion, ennemy mortel des François, lequel de toute sa puissance empêchoitledit appointement. Et , de fait, gagna la plus grande partie de l'armée desdits Suisses, les fit venir audit Milan, et les pratiqua si bien que la plupart des cantons ne voulut consentir ne ratifier ledit appointement. Les autres ratifièrent; et mandèrent au roy qu'ils étoient prêts d'agréer ledit appointement, et qu'il envoyât audit lieu dç Caleras lesdits cent mille écus qui se dévoient payer comptant ; ce que le roy trouva bon. Et, pour ce que lors il n'avoit en sa puissance lesdits cent mille écus, il emprunta de tous les princes, maréchaux, capitaines et seigneurs de son armée ce qu'ils avoient comptant, et dont ils le pouvoient secourir; et monseigneur de Bourbon y fournit de sa part la somme de dix mille écus.

Le roy envoya iceluy payement de cent mille écus auxdits Suisses par monsieur le maréchal de Lautrec, accompagné de quatre cens lances, jusques audit lieu de Caleras ; auquel lieu les

scellés de trois cantons des Suisse? 7 qui avoient

coDsentyet agréé leditappointementarrivèrent, lesquds ledit sieur de Lautrec envoya au roy ensoQcamp; et ce fait, eotrepriiit de compter ledit payement au lendemain. Or, fout-il entendre que ledit cardinal de Sion, mortel ennemy de la nation françoise, comme dit a été, avoit ai bien prêché et persuadé ceux <]u'il avoit tirés à sa part» qu'il en avoit assemUé jusques à vingt mille, sans autres dix mille hommes Lombars qu'il avoit. Lesquels, tous par ensemble, luy étant monté en chaire, prêcha et sermonna moult bien, moult amplement et de moult grosse affection, en cdlaudîant et extollant la nation des Suisses josques a« ciel, leur disant : ifu'ils étoient les vrais donateurs des prinees^car il n'y avoit prince qui tint son état pour asseuré , s'il n'avoit la nation des Suisses, et que du côté dont ils étoient Ton tenoit la victoire pour oertaine » et au contraire du côté où il n'y avoit aucuns Suisses l'on n'e^roit que toute perte, ruine et perdition. Mêmes leur réduisoit à mémoire, comme à la re* ^juête et pourchas du pape Jules, dernier mort, Us avoient été incorporés en la sainte ligue, comme leur bras dextre ; et n'a guère, par leur vertu et hardiesse, avoient chassé les François hors de l'Italie, dès l'an mille cinq cens et douze, et l'avoient depuis tenue et possédée paisiblement. Et pour leur croître le cœur et augmenter leur gloire, ledit cardinal leur remontra et ramenteut comme, l'an mille cinq c^is treize» ils avoient vaillamment défait, rompu et chassé Tarmée du roy Loys, dernier décédé, à Novare, sons la charge du aiear de la Trimouille» qui ne peut tenir ny arrêter devant eux ; dont ils ont acquis teUe réputation et honneur, qu'ils sont crains et redoutés de tout le monde , et que le roy les recherche d'appointement pour la crainte seule qu'il a d'eux. Par quoy, ce leur seroit une trop grande lâcheté de laisser échapper une si grande et haute aventure, qui se présentoit, d'ar voir devant eux l'armée de France, ea laquelle étoit en personne le roy, les princes, et sagneurs de toute la France » avec leurs pompes et richesses, desquelles ledit cardinal leur promettoit la jouissance et victoire. Et la leur faisoit si facile que rien plus, par plusieurs raisons : Tune , parce que lesdits François n'étoient si grand nombre qu'on leur avoit donné à entendre^ Item,quec'étoitlerQy, les princes et grands seigneurs, qui avoient accoutumé lemrs aises ; et menoient plus de bagage pour leur service que '

de gens de guerre pour combattre ; d'autre part, qu'ils avoient déjà tenu camp et couché au dé* couvert sept ou huit semaines, dont ils étoient ai ennuyés qu'ils étoient à demy vaincus ; car le François veut être mis promptemait en be* ioùgne. fit, si avoit autre et plus forte raison , c'est que lesdits François se confient ai fort do* dit appointement qu'ils ne font guet ne ^ids, et ne se soucient que de faire bonne chère, et dormir ai leurs lits de camp» par quoy xroicnl trop aisés à vaincre. Mais que quand toutetees choses ne aeroient ainsi que dessus, deux raisons singulières les doivent inciter à combattre; Pung estfe grand trésor qui estau camp desdita François, dont à jamais eux et ks leurs serontriches plus que tous leurs voisins ; l'autre est la gmxie gloire qu'ils acquerront partout l'univenel monde, cbtit ils demeureroient la nation de ce monde ta plus cf ainte et redoutée.

Et après toutes ees persuasions, et antres plue amples que ledit cardinal de Slon fit aoxdita Suisses, il demanda àla compagnie quecaix qùx voudroient faire ce qu'il disoit levassent hk main ; ce qu'ils firent universellement^ disant et criant en leur langage : qu'ils vouloient aller combattre. Par quoy ledit cardinal fit dèfonœr sur l'heure quinze ou vingt vaisseaux de vin» et leur bailler de la chair ei du pain, dont chacun but et mangea. Et ce &it, se mirent en sfdr^ pour marcher droit vers le camp des François, et les aller combattre, le jetidi matin treizû>me jour de septembre mil cinq cens et quinte. Lequel camp des François étoit environ trois Beues loin de Milan tirantà Marignan, et l'avanl^garde la première, de laquelle mondit sieur de Beat* bon avoit la charge. Lequel, combien qu'il eot vu et entendu les traités dudit appeintemeat entre le roy et les Suisses, et que trois cantocis d'iceux Suissel y eussent consenty, et signé ledit traité, ce néanmoins, sacbantque ledit dinal étoit à Milan avec bonne et grosse desdiu Suisses, il fit faire grosse garde, goet et écoutes, jour et nuit, tellement qu'il étoit ao» sure de savoir ce qui pourroit survenir de Aq«* veau. Ne pour &veur et confiance dvdit appotn» tement, il ne se coucha oûcq désarmé de umi hamois, et que ledit guet et écoutes ne fut assis^ et le mot du guet baillé. Eneore sur la minvia, et au remuement du guet, voire à tous avertissemens, tant petits fussent-ils» vouloit4l être éveillé, et savoir comme tùnt alk)it* fil sî^ aveit

PÀà MARtLLACÎ.

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