CHAPITRE XXIX
Ce voyant les gens de pied, tant françois que lansquenets, voulurent aller assiéger leCort où estoit Pedro Navarre et sas gens de pied qui ne se bougeoiait; et partirent tant françois qtie lansquenets , et leur vindrent donner un merveilleux assault; et trouvèrent lediet fort aussy merveilleux et tant fort de hac^pid)utte8 à crochet que de d^arettes. Et y fost M. de Maogiron tué sur une cbarette et tout plain de gens de bien, et tous les piétons, tant fraur çoi3 que lansqnenets, tous tués ou mis en fuite ; et sortirent les Ë^aignols à la queue de ses gens de pied foyans, et ils fisrent on grand meurtre ; et y feust tué bien douze cens hommes. Cela veUt le gros nombre que les Espaignols estoient, et gfm frais» si du commencement Us pensoient bien avoir gaigpé la bataille^ epeoM pensoient'ils mieux avoir gaigné à ee^ heuf^ là ; mai$, comme Dieu ordcmne les choses, il y avoit quelques lansquafiets franeois et piçaivb qui n'y estQient point allés, qui vindrent at re^ chassèrent tous lesdiets Espaignols dediUM leup fort ; et les gens de pied françois ne les suivi-i rent plus, mais se retirèrent au Imi accous* tumé ; et enduroient connue auparavant devant la batterie de l'artillerie* Et aussy foisoit tant de mal aux Espaignols la batterie des Fra&T çois qu'il leur feust fort qu'ils se déparquassent, et vinssent combattre avecques les aidtres; enlx venus, l'armée des Fr^nfois s'afifoiblissoil fort. Adono vint M. d'Alègre priar à M. de la Paliçe, en disant : <« Monsieur» la bataille est «. perdue, si vous ne nous envoyez la bande de <4 M. Sedan ; p et incontinent le vicomte d'Es» toges qui la mmcit partit et toute la band^ avecques luy, criant : La marehe / Et si les suivirent les deux cens archers de la gaF4e» qui portoient tous des haches, que meaoit M. Crussol ; et vindrent donner dedans de teUe sorte ^e te vice-roy de Naples s'enfuit et tpute la gendarmerie; et foust là pris le maïquia de Peaquière et aultres capitaines espagnols et de eeulx du pape. Or, après ce &ict, leurs gens de pied n'estoient pas encore d^Eûcts et sa tenoient toujours dedans leur fort et Imr artillerie qui battoit d'un costé eà d'açUre» là où M. de PontrémyqniestoitaulieqdeM.d'fiqyy fist merveilleusement hop devoir, et aussy fist Pierrot d'Ongnots.
Et quand les François feurent passé l'eaue, i^^percevant que le fort.oà estoit Pedro de Na»
MÉMOIRES DE FLEURANGE
varre n'estoit point fortifié du costé de Teaae, incontinent cent hommes d'armes bien en ordre vindrent donner dedans, et leur rompirent leurs gens. Et quand tes autres François visrent ce, vindrent sur ledict fort et remportèrent d'assault ; et feurent tous tués et mis en pièces ceuk dedans et Pedro Navarre prins, et aultres capitaines et gens de pied. £t paravaht ce, se partirent dudict fort deux mille Espaignols bien en ordre qui se sauvoient. Or le baron de Chimay, qui estoit honneste gentilhomme, et cognoissant les choses à venir, et en avoit desjà dit beaucoup de véritables avant la bataille, vint à luy M. de Nemours et luy demanda en ceste manière : « Or, eà, bastard, comment irat-il de ceste bataille, et qui la gaignera? — Je vous promets ma foy, monsieur, dit le bastard. que vous la gagnerez ; mais vous estes en danger d'y demeurer, si Dieu ne vous fait grâce, n Sur quoy respondit le sieur de Nemours que pour telh ne lairoit-il point y aller. Et quand la bataille feust gaignée, et que les Espaignols à pied et à cheval feurent mis en fuite, ledict sieur de Nemours vint au bastard, et luy dit : « Et puis, maistre coquart , y suis-je demeuré comme vous disiez ? me voicy cncores. — A donc, luy dit le bastard, monsieur, ce n*est point encore faict. *> E^ comme il achevoit ce propos, un archer lui vint dire : •• Monsieur, voilà deux mille Espaignols qui s'en vont tous en ordre du long de la chaussée. » Et incontinent ledict sieur demanda son habillement de teste pour les suivre; et M. de Lautrec luy disoit : a Si, monsieur, attendez vos gens,» à quoy il n'entendit point, et avecques vingt ou trente hommes d'armes vint ruer sur lesdits Espaignols, là où feust enlevé des picques hors de la selle et feust tué, et tout plain d'autres gentilshommes avecques luy, et M. de Lautrec si fort blessé qu'il feust laissé là pour mort, et y feiist tué M. de Viverols, son fils. Cela faict, feurent amenés les gros personnages m(#ts et blessés au camp. Et pourtant que les vivres des Espaignols estoient là demeurés et que les François en avoient grande nécessité, leur vindrent à grand reconfort du deuil qui feust mené au camp à cause de la mort de M. de Nemours. Il n'en faut point parler; car jamais de prince mort n'en feust mené tel. Je vous ay nommé tous les gros maistres qui y ont esté lues : des blessés peu en sont eschappés ; et ne iaul(
point que nul s'excuse du combat» car tous combattirent, jusques aux valets.