CHAPITRE XXXIIL
Gomment les Espaignols descendfrenî en Guyenne, où fei|3t envoyé monsieur d^Angoblcsme, lieutenant généîral pour le roy, et conubeât le roy de Nairarre perdit aoft reytiuaie.
Le roy Louis feust adverti de la^ descente dei Espaignols en Guyenne ep un lieu q^i s'ap^ pçlle Saint-Jean-de-pied -de-Port; et le pripdrent lesdicts Espaignols à l'emblée.; et e;st ledict Saint-Jean lieu bien fi^rt, lequel ^rde l'entrée des montaignes de Navarre. Ledict roy fist n>arçhçr son armée et les' lans(pienets tfai estoient bien sept mille, avecques. quelque autre bande que que menoit le duc de SufloJkv qu'on appelloit la blanche rose. Bran^ecque^ gentilhomme allemand» et monsieur de Mont^ mort, général desdict$ lansquenets^ e^ le JeiHie Adventureux avec le demeurant des autres lansquenets pour aller en Italie, vindrent en \i$i lieu de Bourgogne qui s'appelle |Coulange-la-Yi^ nei^sé ; et son frère, le siçur'de Jaçae^i.fi Vezelay , où est une partie du corps de la Magdeleine, aveccjaes deu^ mille lansquenets. Et ont une coustume en France de mettre ces lansquenets en garnison es lieux où il y a quelqi^ vins, car ils l'aiment mieux que l'eaue bouillie. Le roy despescha monsieur d'AngouIesme k monsieur deLongueville et l'envoya en Guyenne
MÉMOIRES DE FLEURANGÊ,
chef général , et a voit assez belle armée. Et y eust belle escarmouche au pied des montaignes, où fisrent semblant les Espaignols de vouloir donner bataille tellement que les advant-coureurs feurent entremesiés avecques Tun t'aultre, et y en eust beaucoup de tués d'un costé et d'aultre. Toutesfois, quand les Espaignols visrent la grosse puissance des François, qui estoit beaucoup plus grande que la leur, se retirèrent, et abandonnèrent tout ; et feust repris ledict Saint- Jean-pied-de-Port par les François. Cela faict, monsieur d' Angoulesme eust advis et monsieur de Longueville avecques; et assemblèrent les capitaines pour veoir ce qu'il estoit de faire, et feurent d'advis de rompre ceste grosse armée ; et renvoya une partie en France, et Taultre la moitié, avecques monsieur de la Palice, en Navarre; laquelle chose conclue feust iaijcte.
Mais avant ce partement, y eust gros débat entre les lansquenets et les Gascons, tellement quMI y en eust bien cinq cens de tués ; et si la gendarmerie qui les départit ne s'en feust meslé, il y en eust eu davantage. Ce faict, monsieur d'Angoulesme revint en France. Monsieur de Longueville etk plas grande partie de ceste armée, et monsieur de la Palice avecques sept cens hommes d'armes et trois mille lansquenets que menoit le duc de SuSblk , et six ou sept mille Gascons et une bande d'artillerie, print son chemin vers Navarre, et vint trouver le roy dudict Navarre en un chasteau près de Pampelune. Et avoit ledict roy assez mal mis ordre à son affaire, jà-soit qu'il feust bon prince et fort dévotieux, car il oyoit tousjours deux ou trois messes chacun jour; mais iln'estoit pointhomme de guerre. Et feust fort marry monsieur de la Palice de trouver le petit ordre qu'il y avoit mis, car il n'avoit pas fourny une seule place, et si avoit eu loisir et argent assez-, et n'avoit point un homme avecques luyqui le sceut faire, ny qui luy conseillast de ce foire. Monsieur de la Palice, qui estoit homme de guerre, advisa avecques ledict roy de Navarre et les capitaines qui estoient avecques luy que l'hyvtT estoit venu, et que d'assiéger ville il n'estoit point possible, principalement en ce pays-là; car il n'y avoit point de bois pour chauffer en tout Pampelune, et que pour un jour et deux les gens d'armes Tendureroient bien , ce qui feust faict. Et fist-on amener des vivres et allèrent assiéger Pampelune; et en peu firent une batterie
qui feust bien grande; mais dedans la viOe y avoit gros nombre de gens de guerre.
Quand ladicte batterie feust faicte, il feust question de donner l'assault bien ferme, là où monsieur de SufTolk fist bien honnestement et les lansquenets ; mais ceux de la ville, qui estoient plus forts, les repoussèrent tellement qu'il y demeura beaucoup de François, Gascons et lansquenets dans les fossés. L'assauh fiiilly et reboutté^ feust d'opinion monsieur de la Palice que le roy de Navarre devoit fortifier ses places et attendre Tadventure que Dieu hiy voulloit envoyer ; car monsieur de la Palice ne voulloit point là demeurer tout le long de l'hyver sans rien faire, car c'eust esté trop grande constance au roy de France. Et ce qui feust conseillé feust faict ; et s'en retourna monsieur de la Palier en France, et eust beaucoup de prâie à ramener son artillerie à c^use que les chevaulx esroient tous morts ; et fallut que les lansquenets la tirassent à bras dedans les montaignes, avecques quelque argent qu'on leurdonna. Et demeura le roy de Navarre en son royaulme lequel il laissa perdre petit à petit et s'en vint en France en son pays de Béam, qui est très beau pays et riche ; et aymoit beaucoup mieux ce qu'il avoit en France que son royaume de Navarre.