‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 161 sur 428 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

pour ce qu'ils estoient mieux firmes pour soutenir un gros faict qu'un piéton qui est tout nud. liaquelle chose feust présentée par ledict Adventureux ; mais il feust regardé que c'estoit une chose mal aisée à faire, veu la descente de la bresche, qui estoit fort dangereuse» et le gros nombre de gens qui estoient dedans.

Tout ce considéré , les Françoisallèrent mettre deux canons devant l'une des portes de Iadicte ville, assez près de Iadicte bresche, et rompirent la porte ; et quand Iadicte porte feust rompue, les Suisses feirent une sortie et feurent rebouttés. Et adonc feust d'opinion le sieur de Sedan, le Jeune Adventureux et aultres capitaines lansquenets de couper chacun une manche de chemise et la remplir de poudre pour boutter le feu dans la ville, qui eust esté une chose merveilleusement bien faicte et de quoi on se repentit beaucoup depuis. Toutesfois ne se fist point, et demeuraron là toute la nuict, là où on eust nouvelle par les Albanois et adventuriens françois que secours estoit venu à ceux de la ville et en estoit dedans entré à dix heures de nuict. Et, comme vous ay cy-devant dit, il falloit faire bon guet, car par la por^ et par la bresche qu'on y avoit faicte il pouvoit saillir et entrer beaucoup de gens. Sans point de faulte les Suisses eussent dès le soir présenté la bataille aux François; mais ils estoi^t si très las de la grande diligence qu'ils avoient faicte que plus ne pouvoient; car ils estoient venus en trois jours de leur pays, et aussi tous leurs gens n' estoient point encore arrivés et venoient file à file toute la nuict. Et, comme je vous ay dit, les lansquenets et François fèirent bon guet; et quand ce vint au matin y eust une merveilleux sèment grosse escarmouche; et feurent d'advia les capitaines françois de lever le siège et dissimuler la bataille. Et se retirèrent auprès de Trécâs, petite ville à trois milles d'illec sur une montaigne où avoit une abbaye, et se logèrent là en «attendant le résidu de leur armée. Laquelle chose feust faicte; et mardbèrent la gendarmerie devant, les adventuriers après ; le Jeune Adventureux et les lansquenets avec l'artillerie demeurèrent derrière. Et estoit toute l'artillerie du chasteau affûtée sur eulx, car ceux de la ville s'aperceurent bien qu'ils ne vouUoient point donner d'assault, ni combattre là. Et ne fault pas douter que l'artillerie de Iadicte ville de Novare et du chasteau pleuvoit et battoit si trèi

MÉMOIRES DE FLEURÀNGE,

[i5iâ]

fort dedans lesdicts lansquenets que merveille, et en tua beaucoup, mais point de gens de nom. Or, les adventuriers françois quand ils feurent hors de la batterie vouUeurent tenir ordre, pour ce qu^il falloit passer un passage pour monter la montaigne où estoit ceste abbaye , et l'artillerie de la ville battoit tousjours dedans lesdicts lansquenets, laquelle chose leur ennuya merveilleusement. Mais quand le Jeune Âdventureux vist ce, il commanda aux lansquenets qui estoient devant, pour ce qu'il estoit derrière et que les Suisses estoient tousjours sur leurs bras escarmoucbans , et dit auxdicts lansquenets qu'ils donnassentdes coups de picques aux fesses des adventuriers, ce qu'ils firent. £t adonc lesdicts adventuriers se hastèrent de monter la montaigne, et se logea tout le monde ainsi qu'il estoit conclud.

Et se logèrent le sieur de la Trijnouille, le seigneur de Sedan, le duc d'Albanie, le sieur Jean-Jacques et aultres dedans ladicte abbaye ; et le Jeune Adventureux demeura hors, avec lesdicts lansquenets, au camp, là où il fiiillit deux fois d'estre tué de l'artillerie du chasteau, qui battoit merveilleusement fort et emporta le cheval d'un capitaine nommé Sourechet, qui dévisoit avecques luy. Quand ledict Adventureux vist ce, s'en alla dans l'abbaye vers monsieur de la Trimouille veoir qu'il avoit de faire; car l'artillerie du chasteau battoit fort et lui faisoit un grand meurtre de ses gens. Et droict ainsy qu'il débaltoit, un coup de canon vint'du chasteau, passa au travers des fenestres de la chambre où ils estoient en conseil , sans faire mal à personne. Et incontinent feust conclud de desloger et aller à Trécas, qui est une petite ville de Novare. Et incontinent ce conclud. tout le camp deslogea et s'en alla loger audict Trécas, et estoit dici de loger en la ville, non pas aux champs. Mais le sieur Jean-Jacques et un secrétaire qu'il avoit, lequel s'appelloit Parmesan et gouvemoit ledict sieur, eurent quelques présens de ceulx de la ville. Et se logea toute l'armée autour de ladicte vile dudlict Trécas,' sans entrer dedans : et si les François y eussent logé, comme ils avoient premièrement conclud, le mauvais ne feust pas tourné sur eulx comme il fist, pour ce qu'il y avoit un petit bois qui alloit de là jusques à ladicte ville de Novare, lequel leur fist un très grand dommage, comme cy-après vous sera plus àplan desclaré.

Page 1