CHAPITRE XLIX
GonuDeot le roy partit de Lyon pour acheter son eolrepriie; et coromeot Prospcr Colonne leusl prlos par le maresrlialdc Ctuihaones, seigneur de la Palice, et commeot monaiear de Lautrec et rAdTcotureux sui vireot Jet Susseï , qui « i^ tirèrent vers Saluces.
Quand le roy feust dedans les montaignes, et passé oultre Grenobjp, le mareschal de Cbabannes, qui avoit quelques espies et intelligences en Italie, feust adverti comment Prwper Colonne estoit en une petite ville en la fin du Piedmont, nommée Villefrancbe, avecques toute la gendarmerie, sans les Suisses. Ledict sieur de la Palice, qui estoit un grand homme de guerre, print son chemin vers le pays de Saluces ; et estoient avecques loi monsieur d'Aubigny , monsieur d'Humbercourt, monsieur de Bayart , et trois cens bonunes d*aol-
ti^s cq>itaine8 ; et poavoient éstre en tout cinq cens lances. La grosse artillerie du roy et quelques gens de pied prindrent leur chemin par le mont Genèvre, pour descendre à Suse ; car il n'y a mont par où elle peut passer que par là. Et le roy et l'artillerie légère print son chemin à GoUestre, qui sont trois montaignes diverses; et yintdescendre à un chasteau, sur montaigne, la petite ville en bas, nommée Rocques-Paryière, joignant au marquisat de Saluées. Or les Suisses avoient assiégé une ville, laquelle s'appelle Dragony ; et sont là trois villes assez près Fane de Taultre : et s'appelle la première Cony, la seconde Tracony, et la troisième Dragony ; dont la plus grande appartient au marquis de Sahices, et l'aultre à monsieur de Savoye. Lesdicts Suisses ne scavoient pas où les François vouloient passer, et, pour leur couper chemin, vindrent assiéger la plus proche ville du mont; c'estoit Dragony. Et n'y avoient dedans que des vilains; et avoient lesdicts Suisses avecques eulx grosse artillerie ; et y fisrent grosse batterie et la bresche pour y entrer trente hommes de front, et donnèrent l'assault. Ceulx de la vîUe /eurent advertis que le roy marchoit; et espéroient de bref avoir secours, comme ils eurent, et en cet espoir receurent l'assault deux ou trois fois, et se de£fendirent si vaillamment qu'ils repoussèrent les Suisses ; et y eust bien sept ou buict cens tués. Quand les Suisses eurent entendu que le roy à puissance marchoit et les ^[iprochoit de près, laissèrent ladicte ville pour retirer leur artillerie à leur camp ; car ils n'estoient là que dix ou douze miÛe hommes, et n'estoient pour attendre la puissance du roy, qin estoit telle que je vous al dit, mais elle n^estoÂt pas ensemble. Et sij'eusse été Suisse, j'eusse phistost combattu le roy à la descente des montaignes, que avoir attendu que toute son -armée feittt ensemble; et feust une grosse faulte à eux. Or,lai88ons les Suisses tirer vers Saluées, ec retournons à monsieur de la Palice, lequel, tandis que lesdicts Suisses, par faulte de che- ▼anh, tiroient leur artillerie à force de col, âvolt passé les monts avecques toute la gendarmerie, fist telle diligence, toujours bonnes esples sur eq>ies, qu'il passa le Tessin à un gué là où les guides le menoient. Quand il feust onitre l'eau, à dix milles de Yillefranche, où estoit Prosper Colonne, douze heures avant le jour envoyamonsieur de Humbercourt avecques
CtiAPltRÈ XLIX.
deux cens hommes d^armes pour aller gaigner la partie de la ville en laquelle estoit ledict Pros** per avecques douze cens hommes d'armes. Et pensoit qu'il ne feust encore nouvelle de Fran* cois qu'à l'endroit de Guillestre par où le roy descendoit, et aussi la grosse artillerie qui venoit par Suse ; mais il ne se doutoit de la grande diligence que monsieur de la Palice avoit faicte; lequel estoit descendu avant les deux, à savoir le roy et son artillerie.
Et furent tousesbahysceulx de la porte dudict Villefranche, quand monsieur de Humbercourt, qui menoit l'avant-garde, vint à la porte à belle course de cheval ; et ne seurent jamais mettre ordre ni venir à temps, qu'ils ne trouvèrent gens qui la vouloient fermer; ce qu'ils eussent faict , si un archer ne se feust approché, lequel boutta sa lance entre les deux battans de la porte, tellement qu'ils ne la sceurent jamais fermer. Et à force de cheval entrèrent dedans, et repoussèrent tous les gens de cheval et de pied qu'ils trouvèrent, et y eust là gros combat; mais la grosse flotte vint , qui les suivit : ils estoient reboutés , et y feust ledict sieur d'Humbercourt bien fort blessé au visage. Et sans point de faulte, il y avoit dedans ladicte ville deux fois autant de gendarmes qu'estoient ceulx de dehors qui les assailloient; mais ils feurent prins en si grand désordre qu'ils n'eurent loisir d'eulx mettre en défense que bien peu. Et feurent prins ledict Prosper Colonne et tous les aultres capitaines tout ainsi qu'ils alloient disner; et feurent aussi prins ceux dedans, et y en eust beaucoup de tués. Après cela &ict, le mareschal de Chabannes en advertit le roy, lequel en feust merveilleusement bien aise, car c'est Un grand advantaige pour sa conqueste d'Italie. Et se retira ledict mareschal vers le roy avecques tous ses prisonniers, auquel le roy fist bon recueil, et à tous les aultres capitaines, car ils l'a voient bien gaigné. Et de là ordonna monsieur de Lautrec et le Jeune Adventurêux avecques six cens hommes pour aller chevaucher les Suisses, qui menoient l'artillerie à leur col, comme vous ai dit, et l'amenèrent ainsi de Saluées à Montcallier. Et eulx estantlà, le Jeune Adventurêux sceut qu'il y avoit des Suisses en la ville de Thurin, et des principaux qui estoient venus vers monsieur de Savoye ; et le principal d'eulx estoit un nommé Jean Gaudion,des plus fins de toutes les liguei^i
MÉMOIRES DE FI.EUAANGE
ptvouloit pratiquer quelque traité avec monsievir d^ Savoye»
Or> les villes de monsieur de Savoye estoient peultreiy et y pouvoient entrer Suisses et François ; et le Jeune Adventureux, pour achever son entreprinse* advertit Je comté de Sancerre qui ^toit jeune homme et homme de bon vouloir, lequel avoit cinquante lances, et se mist en chemin pour aller à Tburin. Et avecques eolx vint monsieur de Lescun, frère de monsieur de Lautrec, qui depuis a esté marescbal de France ; et n*y avoit pas trois mois qu'il avoit quitté le rond boo^ Det et estoit évesque de Tarbes; et, pour veoir la jjuerre, Tavoit laissé, car il n'avoit point voullu estre d'église ; et estoit des premiers qui alloient aux champs; et vous asseure qu'il se fist gentil capitaine et homme de bien, et est mort tel. Ledict Jeune Adventureux et ses gens marchèrent et vindrent à Tburin, et laissèrent trente hommes à la porte ; le résidu de la gendarmerie entrèrent tout droict au logis où estoient lesdicts Suisses qui se vouilurent deffendre à coups de harquebutte ; mais on leur commença j^ crier que le premier homme qui tireroit seroit haché en pièces, et qu'on bouteroit le feu ^ \à maison ; et cessèrent de plus tirer, et se rendirent. Et cela entendu par monsieur de Savoye, envoya ung geutil homme devers ledict Adventureux lui prier qu'il ne voullust point toucher auxdicts Suisses, ni les prendre ou emmener* car ce qu'ils faisoient estoit pour afEaire du roi, et à bonne intention ; laquelle chose ledict Adventureux ne voullust croire, tant qu'un gentilhomme nommé Morette vint, lequel apporta lettres faisant mention que ce ^e lesdicts Suisses faisoient estoit pour le service du roy. Et cela faict, ledict Adventureux les laissa aller ; nonobstant il print leur fby, et après s'en retourna et tous ses gens à Moncallier avecques monsieur de l4utrec, et de là où il estoit parti, El lui arrivé, manda au roy ce qu'il avoit faict, dequoi ledict seigneur roy feust bien marry ; car si lesdicts Suisses eussent esté pfins, il n'y eust jamais eu journée ni bataille, car c'estoient tpus les prmcipaux de toute l'armée. Et, comme je vous ay cy-devant dit, les Suisaes tiroient leur artillerie au col, à &ulte de cb^vaulx, et les François les chevauchoient toujours, jusques à une petite ville qui est à monsieur de Savoye fm la fin du Piedihont, laquelle se nomme Chi- ?^ î et là feust ordonné le Jeuoe Adventureux^
pour aller tenir ladicte ville à cause qu'elle estoit bonne françoise. Et le vindrent accompaiguer jusques au bord de l'eaue cmq ceof hommes d'armes ; et estoient les Suisaesde YmItré costé de l'eaue, où estoit Udicte ville de Chivas et leur artillerie ; et commença à battre ladicte ville. Et le Jeune Adventureux avecquee la gendarmerie vouUnt entrer dedans, viat qu'elle estoit jà prise; car les vilains la laissi^ rent perdre ; et y feust tué plus de trpis mille personnes , jusques aux petits enfans et Les prestres dedans les églises, et partout. Quand les Suisses visrent TAdventureux avecques le gendarmerie, commencèrent à desloger pour gaigner pays; car ils avoient peur que l'année du roy ne les attrapast avant qu'ib eussent gaigné Milan et les aultres Suisses qui leur venaient au secours; et se partirent hors de la ville en une belle place, avecques leur artillerie* Et quand l'Adventureux vist ce, poussa dedans le ville et en tua quelques-uns qui estoient demeih rés derrière, et sauva aucuns povres gêna qui •s'estoient sauvés en une tour. Et de là tour alla donner Tescarmouche en ceste beUe plaioç de Chivas, où coups de harquebutte ne couftoient rien, car il y en avoit qui voloient. Cde fiûct, se retira ledict Jeune Adventureux. vers monsieur de Lautrec, et mandèrent au roy les nouvelles de Chivas, et la cruauté qui y avoit esté faicte, de quoi il feust fort marry. Et les Suisses tirèrent toi^ours leur chemin vers Novare avecques leur artillerie, qui leur âisoU une merveilleuse peine, car i Calloit qu'Us la tiresr ^nt la pluspart au col ; et la boqttèrent dedane le chasteau et la ville de Novare qui tenait encore pour eulx. Et ce Caict, s'en allèreat i Milan où estoit le More MaximilieUi duc 4^ Milan,