‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 19 sur 428 · PAR LÉ LOYAL SERVITEUR, CHAP. VL · texte numérisé non relu

PAR LÉ LOYAL SERVITEUR, CHAP. VL

droDs crosse et mittre; mais je croy que» quant H eognoisira vostre bon vouloir, il le fera vouk&tiers. » Et sur ces paroles il va toucher aux escus. Mcm^ye, roy d'armes, qui estoit là pour eserypre les noms, lui conunenéea à dire : « Coounent, Plcquet, mon amy, vous n'aurez bftrbe de trois ans, et entrepr^ez-vous à combattre contre messire Claude, qui est ung des plus rudes chevaliers qu'on sache? » Lequel luy Tesp<mdit : « Montjoye, mon amy, ce que j'en fiais n'est pas orgueil ne outrecuydance , mais seideiBent dé»r d'apprendre les armes peu à pe« avecques ceulx qui me le peuvent monstrer. Et Dieu, s'il luy plaist» me fera la grâce que je poorray &ire quelque chose qui plaira aux dames. » De quoy Montjoye se prisl à rire et s'en eontenta très fort.

Si courut incontinent par tout Lyon le bruit que Picquet avoit touché aux escus de messire Claude; et vint jusques aux oreilles dudit seigneur de Ligny, qui n'en eust pas voulu tenir dix mille escus. Si s'en alla le dire au roy incontinent, qui en fiit très joyeulx, et lui dist : « Par la foy de mon corps ! cou^ de Ligny, votre nourriture vous fera une fois de l'bonnenr, car le cueur me le juge. — Nous verriHis que ce sera, respondit le seigneur de Ligny ^ il est encore bien jeune pour endurer les coups de messire Claude. *> Ce ne fut pas le plus fort pour le bon chevalier d'avoir touché aux escus, mais, de trouver argent pour avoir chevaux et accoustrament. Si vint à son compaignon Bellabre auquel il dit : « Mon compaignon, mon amy» je vous prie estre mon moyen envers monseigneur d'Esnay, mon onde, qu'il me donne de l'argent ; je sais bien que si mon oncle monseigneur de Grenoble estoit icy, il ne me laisseroit pour riens ; mais il est en son abbaye de Sainct-Sumyn à Thoukrase. Cest bien loing \ jamais ung homme n'y serojt allé et venu à temps. — Soyez tranquille, faiy dist Bdiabre, nous ircms vous et moi à Esnay, et j'espère, que nous ferons nostre cas. » Cda resjouit quelque peu le bon chevalier ; toutesfois il ne reposa guères la nuyt. Bellabre ,et hy coochoient «dsemble. Si se levèrent matin, et pois se mirait dans ung de ces petits bateaux de Lyon, et se firent mener à Esnay . Eux descendus, le premier homme qu'ils trouvèrent dedans le pré, ce fut l'abbé, qui disoit ses heures avec ung de ses religieux. Si l'allèrent sa- XVI' sx#XLEy CbroD. et Mém.

luer les deux gentilshommes; tnàis luy, qui desjà avoit ouy parier comment son nepveu avoLt touché aux escus de messire Claude, et se doubtoit bien qu'il faudroit foncer, ne leur fist pas grant recueil ; mais s'adressa à son nepveu et luy dist : « Qui vous a donné ceste hardiesse de toucher aux escus de messire Claude de Yauldray ? U n'y a que trois jours que vous estiez paige, et n'avez pas dix-sept ou dix-huit ans. On vous deust encore donner des verges, qui montez en si grant orgueil. » A quoy respondit le bon chevalier : « Monseigneur, je vous assurema foi qu'oncques orgueil ne me le fist faire ; mais désir et vouloir de parvenir par faicts vertueux à l'honneur que vos prédécesseurs et les miens ont fait, m'en ont donné la hardiesse. Je vous supplie, monseigneur, tant que je puis, veu que je n'ay parent ny amy à qui je pusse présentement avoir recours, sinon à vous, que vostre bon plaisir soit m'ayder de quelques deniers pour recouvrer ce qu'il m'est nécessaire. — Sur ma foy, respondit l'abbé, cherchez ailleurs qui vous prestera argent ; les biens donnés par les fondateurs de ceste abbaye ont esté pour y servir Dieu et non pas pour dépenser en joustes et tournois. » Laquelle paroUe dicte par l'abbé, le seigneur de Bellabre reprint et luy dist : « Monseigneur, n'eust esté les vertus et les prouesses de vos prédécesseurs, vous ne fussiez pas abbé d'Esnay, car par leur moyen et non par autre y estes parvenu, n faut avoir recongnoissance des biens qu'on a receus par le passé, et espérance d'avoir quelque rémunération de ceulx qu'on fait. Vostre nepveu, mon compaignon, est de bonne rasse, bien aymé du roy et de monseigneur nostre maistre : il a vouloir de parvenir, dont dussiez estre bien joyeulx, 11 est besoing que vous l'aydiez, car il ne vous sauroit couster deux cents escus pour le mettre en bon ordre, et il vous pourra faire de l'honneur pour plus de dix mille. » L'abbé plusieurs autres propos tinct, mais enfin condescendit qu'il ayderpitaudit bon chevalier.

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