‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 193 sur 428 · CHAPITRE LX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LX

comment le duc dUrbIn, nepvett du pape, Tint ea ftwHsé ré ' coitforlor In paix entre le pape el le roy; et cofDmenl H etpousa une des Ûlles de Boulongne, el après tint le daulpbiiL

(1517) Le roy estant à Ambolse aveCqueU la royne et madame sa mère , la royne accoucha d'un1)eaullls,de quoy feust merveilleusement joyeux, car il n'en avoit point encore. Et incontinent despescha monsieur de Salnciè-k Mesme, gentilhomme de sa chambre, ptiurallel* devers le pape le prier d'estre son compère, cl aussi pour luy donner à congnotstre et côti-^ firmef la paix et l'amitié qu'ils avoient ensemble. Et ledict Saincte-Mesme arrivé à îlorhe, jamais on ne fist plus grande chère à homme qu'on lui flst. Et fru^t très aise le pape des nouvelles que le roy luy envoya el du boû tour qu'il luy faisoit de le convoyel" poui* son compère ; et envoya en iôn lieu, tènit lê--^ dict Daulphlïi, le duc d'tJri)in son nèpvelj, atj^ compagne des ambassadeurs de Florence. El avôît ledict duc d'Urbin bien fbrt la grosse ^-érolle, et de fresche mémoire; et ialloit qu'il

j vint en poste, ce qu'il faisoit à grande peine. Et vint à Amboise, où tous les princes dé

1 France allèrent au devant; et luy fist le rof

MÉMOIRES DE FLEURANGE

merveilleusement bon recueil et bonne chère. Et avoit le roy envoyé quérir monsieur de Lorra^ine pour son aultre compère, et madame de Bourbon pour sa commère. Le baptesme feust faict au plus grand triomphe qui feust possible, et comme en tel cas appartient; car, sans les princes de France, il y avoit beaucoup de princes estrangers et ambassadeurs. Et estoit toute la cour d'Am))oise tendue, tout le dessus, qu'il n'y pouvoit pleuvoir ; et estoient les deux costés et le dessus tout tendus; et feust là-dessous faict le banquet, qui feust merveilleusement triomphant ; et feust dancé et balle le possible. Et trois jours après feurent faictes les nopces dudict duc d'Urbin à la plus jeune fille de Boulongne, qui estoit très belle dame et jeune; car monsieur d'Albanie avoit espousé l'aisnée. Et quand ladictedameespousa ledict duc d'Urbin, elle ne l'espousa pas seul, car elle espousa la grosse vérolle quant et quant; et à ce propre jour le roy le fist chevalier de son ordre. Et, entre aultres dames, il y avoit soixante et douze damoiselles déguisées, toutes par douzaine, accoustrées de toutes sortes: l'une à l'italienne, l'aultre àl'allemande, et toutes en suivant d'autres sortes, pour mieux dancer; et avoient les tambourins et les musiciens de inesme. Et estoient au banquet la mariée et tous les princes assis à la table du roy , tant de France que les estrangers et tous les ambassadeurs , chacun selon leur ordre ; et la royne et madame sa mère estoient de l'autre bout assis; et faisoit merveilleusement beau veoir tout cela, car on portoit tous les mets avec les trompettes. Et quand le souper feust faict, feurent les dances et carolles jusquesà une heure après minuit ; et y faisoit aussi clair qu'en pleinjourparles flambeaux et torches qui y estoient; et dura leiestin jusqu'à deux heures après minuit ; et alors on mena coucher la mariée, qui estoit trop plus belle que le marié. Et le lendemain se fisrent les joustes les plus belles qui feurent oncques faites en France ni en la chrestienté ; et feust huict jours de long le combat dedans les lices et hors les lices, et à pied, à la barrière, là où à tous ces combats estoit le duc d'Urbin, nouveau marié, qui faisoit le mieux qu'il pouvoit devant sa mie.

Et y feust faict entre aultres choses une façon de tournois, après ceuh-là, que je ne vis en ma vie qu'en ce lieu; car le roy fist faire une ville

contreCaicte de bois, environnée de fossés, tout en plein champ, assez grande; et y avoit faict mener quatre grosses pièces d'artillerie, canons et doubles canons , et tiroient à volée par dessus ladicte ville, comme si on eust voulu bire batterie. Et estoit monsieur d'Alençon avecques cent hommes d'armes à cheval, sa lance sur la cuisse, dedans ladicte ville, et l'AdveDtureux avecques quatre cens hommes d'armes à pied bien armés, dont estoient les cent SQi^ ses de la garde. Or, alloit ledict Adventurau au secours, feignant de secourir la ville où estoit monsieur d'Alençon ; et la tenoit assiégée monsieur de Bourbon avecques cesnt hommes d'armes à cheval, et monsieur de Vendosme avecques cent hommes d'armes à pied, comme si l'Adventureux Talloit secourir. Et comme cela se faisoit, le roy, armé de toutes pièces, se vint jetter avecques TAdventureux dans la ville. A la poincte de l'artillerie qu'ils avoient dedans la ville estoient de gros canons faicts dekiset cerclés de fer, qui tiroient avecques de iapoudre, et les boullets, qui estoient grosses balles pleines de vent et aussi grosses que le cul d'an tonneau , qui frappoient au travers de ceulx qui tenoient le siège, et les ruoient par terre sans leur faire aucun mal ; et estoit chose fort plaisante à veoir des bonds qu'elles faisoient. Or, tous ces passe-temps là faicts, monsieur d'Alençon avecques tous ses gens d'armes à cbeval saillit hors de la ville ; et le roy et rAdveotureux, avecques tous ses gens de pied arecques lui, et trois grosses pièces d'artillerie, commencèrent à tirer conune en champ de httaille. D'aultre costé, contre monsieur d'Alençon vint monsieur de Bourbon, avecques cent hommes d'annes fort bien en ordre; et monsieur de Vendosme, avecques les gens de pied, contre le roi et l'Adventureux; et donnèrent dedans tant de gens de cheval que de pied, tout à un coup. Et feust le plus beau combat qu'on ait oncques veu, et le plus approchant du naturel de la guerre. Mais le passe4empsne plut pas à tous , car il y en eust beaucoup de tués et affolés. Cela faict, on se départist, qui feust chose mal aisée à faire ; et eust esté bien pire si chevaulx et gens n'eussent esté hors d'haleine ; car, tant que haleine leur dura, ils combattirent. Après les tournois faicts, qui durèrent un mois ou six sepmaines, le roi deq)cscha le duc d'Urbin pour retouroer en Ital*^^

et sa femme avecqaes lui ; et les conduisit le duc d'Albanie, que le roy envoya ambassadeur devers le pape; lequel y servit merveilleusement Jneo pour les affaires du roy, et y print amitié si grande que depuis elle a duré entre le roy et la maison de Médicis. Et après c«, monsieur de Lorraine se retira en Lorraine, et la pluspart des princes de France en leurs maisons.

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