‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 195 sur 428 · CHAPITRE LXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIL

Comment les ambassadeurs françols allèrent en Allemaigne, et passëreol par Trêves, et allèrenl àCobIcntz vers monsieur de Trêves, électeur de l'Empire; delà alla monsieur Fadmlral en un chasteau près de Francfort, pour une partie desdictes aflàircs, et monsieur d'Orval et TAdvenlureui àCobleniz, et ^allèrent en ambassade vers monsieur de Go* longue.

Et après que les ambassadeurs de France qui estoient députés pour aller en Allemaigne eurent demeuré trois ou quatre mois à Nancy avecques monsieur de Lorraine, et que le temps de l'élection de l'empereur s'approchoit , et estoit environ le mois de mai, se partirent de Nancy et prindrent congé de monsieur de Lorraine, et s'en allèrent passer le bailliage d' Allemaigne, et par le pays de Leisse, et de là à Trêves ; et avoient toujours lesdicts ambassadeurs avecques eulx quatre cens mille escus, que archers portoient en brigandines et en bouguettes ; et avoient lesdicts ambassadeurs avecques eulx quatre cens chevaulx allemans aux gages du roy, qui les conduisoient. Et l'Adventureux avoit avecques lui quarante chevaulx, là pluspart aussi allemans, tous habillés de vert, à une manche de ses couleurs ; et fisrent ces gens là beaucoup de service. De Trêves s'en allèrent lesdicts ambassadeurs à Coblentz, où trouvèrent monsieur de Trêves, qui leur fist merveilleusement bon recueil. Et pouvoient bien estre en tout huipt cens chevaulx; et feurent logés delà le Rhin en une abbaye de moynes blancs, tout vis-à-vis de Coblentz ; et fault passer par dedans la ville pour y aller, et y est ladicte abbaye auprès d'une place où se tient monsieur de Trêves, qui a nom Hermenstin, sur une mon* taigne ; et y a auprès une aultre petite place toute ruinée que Charlemaigne fist £Etire, laquelle s'appelle Helvestin. Eulx estant là, mon* sieur l'admirai partist et quatre chevaulx avecques , et s'en alla auprès de Francfort en un chasteau là où il menoit pratique avecques le

duc de Saien et le marquis de Brangdcbourg. Et feustlà longtemps caché en ce chasteau, qu*0D n'en sçavoit nouvelles, car s'il eust esté découvert, il eust esté en danger de sa personne ; et ne s'en (eussent [las si bien portées les alTaires du roy, nonobstant qu'elles se portèrent si mal qu'il n'est pas possible plus; et falloît que quand mondit seigneur Tadmiral vouloit aller à Francfort, qu'il y allast en valet, portant la maie d'un gentilhomme allemand. Cependant que monsieur Tadmiral estoit en son voyage, monsieur d'Orval et l'Adventureux allèrent veoir monsieur de Trêves, lequel les receut comme ambassadeurs en une grosse salle, en la vue de tout le monde; et luy feust faicte la harangue en latin par un maistre des requestes du roy, qui s'appcloit monsieur de La Vemade. Tous les jours lesdicts ambassadeurs françois alloient veoir monsieur de Trêves \ et leur fist faire bonne chère durant le temps qu'ils y feurent, et spécialement l'Adventureux : et lui fist-on ceste bonne chère par toutes les Allemaignes , car ils disoient qu'il estoit Allemand, non pas François. Peu de temps après i ledict seigneur d'Orval et l'Adventureux se partirent dudict seigneur d% Trêves et se misrent sur le Rhin, dedans les plus beaux basteaux qu'on ne sçauroit veoir, qui estoient à monsieur de Trêves; et a volent lesdicts basteaux dedans salles , chambres , galleries , et tous offices. Et ainsi se misrent lesdicts ambassadeurs dessus l'eau du Rhin et tous leurs gens , et allèrent à Andernach . ville sur le Rhin assez jolie ; et de là allèrent à Bonne, qui est une grosse ville à monsieur de Colongne. Et là estoit ledict sieur de Colongne au chasteau de la ville, bien accompaigné de comtes d'Allemaigne et gentilshommeS) tant ses gens que autres ; et fist merveilleusement bon recueil aux ambassadeurs de France, et les receut en la mcsme façon que monsieur de Trêves les avoit reeeus. Et lui feust fiaicte la harangue à luy et à tous les électeurs telle : que le roy de France envoyoit lesdicts ambassadeurs devers eulx pour ce qu'il avoit entendu que l'empereur Maximilian estoit mort, et qu'il fallott qu'en bref ils en élussent un autre ; et leur prioit qu'ils regardassent, pour le bien de la chrestienté, d'en élire un qui leur feust suffisant : et de lui, s'ils voyoient qu'il feust homme pour l'estre, pour le bon désir qu'il avoit que les affaires de l'Empire allassent bien, il lacoep^

MÉMOIRES DE FLEUR4NGE

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teroit de i)on cœur, nonoi)stant qu'il n'y eust homme en son royaume qui feust de ceste opinion pour plusieurs causes. Ladicte harangue faicte, monsieur de Colongne rendist aux am^ bassadeurs merveilleusement bonne response; et feust remis le tout à Taprês-disnée poof deviser des alTaires. Et après cela, mondict seigneur de Colongne mena les ambassadeuri dedans une grande salle disner, où il j avoit plus de soixante ou quatre-vingts tables carrées; et celle de monsieur de Sainte-Mesme y estoit, et n'y avoit à sa table assis que luy et monsieur d'Orval, l'Adventureux et monsieur de La Yemade qui avoit fait la harangue, et monsieur Du Plessis, gentiUiommie de Lorraine, et qui servoit de truchement. -Et dura le disné quatre grosses heures , et tellement que le bon sieur d'Orval s'endormist à table. La table levée, retourna monsieur de Colongne et les ambassadeurs au conseil, et feust la responce telle : qu'il rcmettoit le tout à Francfort, où ilsscroient tous ensemble , et que s'il pouvoit faiw quelque service au roy, il le frroit de bon cœur. Cela faict, les ambassadeurs prindrent congé de lui ; et pour ce qu'on se mouroit fort de peste audict Bonne et par toutes les Allemaignes eu ce temps-là, ne vouHurent lesdicts ambassadeurs faire plus long séjour audict Bonne, ni monsieur de Colongne aussi ; et conclurent de partir le lendemain pour retourner à Coblenlî. Mais à l'Adventureux, qui estoit parent de monsieur de Colongne et de tous ces comtes, ils lui fisrenl un banquet le soir en ville de Bonne, qui fost merveilleusement beau ; et ne feust jamais tant beu que là, car il y avoit bien vingt-cinq ott trente comtes, tous parents dudict Adventureut et alliés, et tout plain d'aultres gentishomracs françois avecques luy; et n'y eust François ni Allemand qui ne s'en retourna bien pansé. U soupe faict, tout le monde print congé; et retournèrent lesdicHs ambassade«urs à Coblentz, et monsieur de Colongne à Colongne pour accoustref son cas , pour se trouver à Francfort poBt faict de TEmpire.

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