CHAPITRE LXÎII
CHAPITftÇ WÏÏI-
CominPBl monsieur de Colon^neel le cardinal de la Marche allérrm à relfvtion de Kemitereur et passèrent âCobionU, où Gstoiml les ambassadeurs firançois ; et comment le duc de Wirtanbci^ fcust chassé de son pays par les grosses Bonnes.
Après le retour des ambassadeurs françois à Coblentz, les électeurs s'apprestoient tous pour eulx trouver a Francfort ; et comme ces appreslsse faisoient, avoit une grosse guerre entre les Bomies de Souabe (qui est à dire les riches villes) et le duc de Wirtemberg qui avoit secours des Suisses; et ne le servirent point jusques à la fin, car il leur feust fort de retourner'quand ils visrent que ledict du^. ne voulloit point combattre, et aussi qu'ils en avoient ce mandement de leurs supérieurs, et retournèrent en leurs pays ; et est une chose que les Suisses aiment, quand ils font 1» guerre, de faire vistement Je combat. Lesdicls Suisses de retour, ledict duc de Wirtemberg perdit tout son pays ; . et le gaignèrent lesdictes villes, doni estoient chefs le marquis de Brangdebourg et Francisque Sikengen. Or, pour vous dire ta faulte qui y feust faicte, vous debvez cependant sçavoir que FAdventureux, qui congnoissoit les Allei|ians mieux que nul autre qui feust avecques lui, conseil loi t au roy de retenir Farmée qui esioix au service de ladicte Bonne , lesquels se présentoient de jour en jour audtct Adventureux ; et venoient journellement les capitaines vers lui à Coblentz offrir leurs gens. Et voyoit Içdict Adventureux qu'on ne feroit rien, de quoy Ipy desplaisoit plus pour l'honneur de son maistre que pour le proffit qu'il en eust peu avoir, cl pour ce qu'il avoit mené le commencement de ces menées. Monsieur de Sedan, qui estoit an service de l'empereur, et qui entendit une partie âeadictes menées (car il estoit encore au service du roy du temps que le commencement dcsdicf es menées se faisoit), conseilla à l'empereur toiU ce que FAdventureux son fils conseillât au roy. lÛl^is Dieu voullust que le père feust créa de sqa costé, et que le fils ne le feust pas du âcn ; car Fempereur eust ladicte bande à «m service, qui feust cause de faire faire Felection en faveur dudict empereur, avecquos quelques autres bons serviteurs qu'il avoit du îç\x empereur Maxirailian. Comme ces choses se £uMient, la journée de l'élection s'approchoit, et conuneDcoient à entendre Fadmiral de France
et monsieur d'OrviiI qu'ils pcrdolent leur temps, et que s'ils eussent cru ledict Adventureux ils feussent bien venus à leur entente. Et luy prié- . rent qu'il regardast comment on pouvoit faire pour avoir ceste force, comme il avoit toujours conseillé : sur quoy il respondit quç si on Feust voullu croire, les affaires du maistre se feussent bien portées, mais que le temps estoit court» et qu'il n'y avoit plus d'ordre ; car, quinze jours devant, il avoit voullu aller en personne où estoient lesdictes Bonnes, et amener la plus grande partie de leur armée, comme il en avpit promesse d'eu*x. Monsieur de Trêves, qui avoU son esquipage tout prest, se partist dudict Coblentz, et se mist sur le Rhin pour aller à Francfort; car le Rhin les mena jqsques audict Francfort, parce que quand ils sont à Fendroit de Mayence , il y aune rivière nommée le Mein qui vient dudict Francfort tomber dedans le Rhin. Après ce vint passer audict Coblentz, où estoient les ambassadeurs françois, monsieur de Colongne et le cardinal de la lyiarche , qui pour lors estoit monsieur de Liège. Et avoient chascun leur train et basteau à part , tant pour cuisine que pour gentilshommes ; et estoient lesdicts irâsteaux couverts de noir, et eulx habillés de noir ; aUssi estoient tous les électeurs pour la mort du feu empereur, comme il est de coustume ; et vous asscure que ledict cardinal de la Marche servit ce voyage merveilleusement bien son maistre en ceste affaire. Et en passant par ledict Coblentz, le comte de Manderscheit, cousin dudict Adventureux, pour ce qu'il estoit son parent, lui fist dire qu'ils n]entreroient point dedans la ville et qu'ils passeroient oultre, et que monsieur de Colongne et luy se recommandoient fort à luy, Tadvertissant qu'ils s'en alloient à Francfort pour faire un empereiir, et en vérité que ce seroit un Françoi3 ou un Alletï^^d; à quoy luy feust respondu qu'ils estoient pour attendre la fortwe et veoir qui le seroit. Et si ledict comte de Manderscheit estoit bien yvre quand il vint, encore l'estoit-il plus au partir , car FAdventureux l'avoit festoyé. Et ainsi passèrent oultre lesdicts seigneurs sans arrester, et allèrent coucher à trois lieues de là.
MÉMOIRES DE FLEUftANGE,
CHABITRE LXIV.
Commeiu monsieur de Boissy, grand-mai^tre de France, et monsieur de CliièTres, ambassadeur pour le roy catholique, •e trouvèrent ensemble â Montpellier; de ce qu'ils y fisrcnt; et comment mondict sieur le grand-maisire mourutr
En faisant tontes ces menées d'Empire, monsieur le grand-maistre de Boissy ne dormoit point , aussi ne faisoit monsieur de Cbiè\Tes ; et bâtissoient les choses tant pour TEmpire que aultres matières , pour mettre en paix et union ces deux princes. Toutesfois Dieu , qui veull que les choses aillent à sa volonté , non pas à celle des hommes, voullust qu'au milieu de leurs affaires , et au plus grand besoing , qu'une maladie print monsieur le grand-maistre Boissy à Montpellier , où estoit assemblé tout le conseil des deux princes, et y avoit beaucoup de choses débattues; car ils feurent plus de deux mois à débattre les matières tant d'un costé que d'aultre. Et estoient venus accompagner monsieur de Chièvres beaucoup de gros personnages, comme monsieur de Poitiers, et force, gens de robes longues et aultres. Et du costé de monsieur de Boissy y estoient allé merveilleusement de gens; et avoit mené mondict sieur le grand-maistre deux cens archers de la garde du roy pour luy tenir compaignie. La maladie de mondict sieur le graml-maistre estoit la pierre et la gravelle, de quoy il avoit failly deux ou trois fois à mourir ; et , en la fleur des médecins qui est à Montpellier, il mourut, et n'y sceut-on jamais mettre remède. Dont feust grand dommaige de sa mort, car elle a cousté la mort de deux cent mille hommes depuis , et s'il eust vescu , je suis bien asseuré que ce n'eust point esté. Et lui mort, monsieur de Chièvres lui fist un Inerveillement gros deuil , et s'en retourna sans rien conclure ; et feust toute là chose rompue , car lesdicts seigneurs avoient toutes les affaires de leurs maistres entre leurs mains , et fort à cœur, et s'entre-aimoient comme deux frères. Monsieur de Chièvres partist et tout son train, pour retourner en Espagne. Le corps de monsieur le grand-maistre feust ramené en France Jequel , je vous asseuré, feust fort plaint tant du roy que de toute la noblesse; qui est une grande chose à un gouverneur de pays , car on n'en veoit guères aimé de tout le monde.