‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 213 sur 428 · CHAPITRE LXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXVII

GouMM BowUon feust surpris et œuK qui estoient dedans presque tous tués ; et comment monsieur de Nassau .\inl à Dooiy mettre son camp, là où vint monsieur Diestain et Milres gros seigneurs vers le sieur de Sedan pour avoir Irèvei, laquelle, après avoir l>ien déliattue, lèust accordée pour six sepmaioes, là où. FAdventureux ne;; vouHust estre

compris.

Deux mois après la prise de Fleurange, monsieur de Nassau estant au pays de Brabant, partis! avecques son armée qu'il avoit devant Fleurange, et, encore mieux fournie d'artillerie, s'en vint passer par les Ardennes et assez près de Booillon, qui estoit place bien forte, assise sur on roc quasi imprenable ; lequel sieur de Nassau despescha sept ou huict gens de pied namurois et quelques gens de cheval, et les envoya veoir qudieminetenoicntceulx de la place et faire une escarmouche devant ; car ils n'avoient point volonté de Fassiéger. Ceulx de ladlcte place, qui estoient assez bon nombre pour la garder, avoient tout plain de leurs femmes au bourg et en la ville audict Bouillon; et estoient partis du cbasteau dès le point du jour pour aller veoir leurs femmes et pour aller à leurs affaires qu'ils avoient en ladicte ville. De cas de fortune, tout ûnsi que ceulx dedans descendoient pour aller en la ville, les gens de l'empereur se jettèreiit pesie mesie avecques eulx ; et quand la garnison cuida rentrer au chasteau, ils entrèrent dedans le premier fort avecques eulx, et ne demeura qu'une petite roquette, là où estoit le capitaine. Quand monsieur de Nassau sceut ces nouvelles, marcha avec le deraourant de l'artillerie, et la vint assiéger, et flst tirer quelquescoups d'artillerie. Ce voyant ceulx de dedans , s'estoonèrent de telle sorte qu'ils fem'ent tous pris, elle capitaine qui se rendit à un gentilhomme qoi estoit de la maison de l'empereur, nommé le Beau Yaudray , qui luy promist sauver la vie, et par son asseurance s'en alla ;. et quand il feust ven monsieur de Nassau, il le fist pendre et es- IfMgler, oultre la promesse que ledict Beau Vaudray lui avoit Caicte, de quoy ledict gcntil- Iwinme feust fort marry . Et les penderies que fist ftîre alors monsieur de Nassau ont cousté la vie tdix mille hommes, sans les pendus qu'on a rependus depuis. Le chasteau de Bouillon pris et pillé, le feu y feust mis et dedans la ville, et le &t le comte Félix ; de quoy feust bien marry le comte de Nassau quand il le sceut, pour ce îu'U âvoit intention de mettre gens dedans, et

de la garder. Et de là vint mettre son camp à Douzy, qui est à trois lieues de Sedan, tirant devers Yvoy et Messencourt, dessus la rivière de Chier.qui passe audict Yvoy; et là un peu |»lus bas vient tomber ladicte rivière de Meuse. Et fist ledict sieur de Nassau faire im pont dessus ladicte rivière, à l'entrée dudict village. Et comme il estoit là, l'Adventureux estant à Rheims, lequel \enoit en poste, ouyt dire comment monsieur de Nassau alloit mettre le siège devant Sedan ; pour hquelle se hasta, et se vint mettre dedans ledict Sedan. Et luy arrivé, resjouit les gentilshommes et les compagnons ; et y feust faict tout plain de belles escarmou^ ches, et fist en tout l'appareil comme si l'on debvoit avoir le siégé. Ce temps pendant, monsieur de Maisières, nepveu de la Trimouille, et capitaine de cinquante hommes d'armes, vint de par le roy vers le sieur de Sedan et l'Adventureux et leur dire beaucoup de choses de par le roy ; et luy despesché, retourna vers le roy en grande diligence, et en poste. Ce temps pendant monsieur Sikengen vint à l'escarmouche devant Sedan, là où l'Adventureux fist tirer une douzaine de coups de canon après et porta dommaige à ses gens, mais pas grand. Le lendemain, ledict sieur de Sikengen envoya une trompette vers le sieur de Sedan et l'Adventureux, laquelle luy dict, de par monsieur de Sikengen, qu'il pensoit estre des amis de la maison et qu'on avoit tiré après lui. Sur quoy luy fit responce le sieur de Sedan, et luy dict qu'il ne pensoit pas que ce feust luy, et que s'il l'eust pensé il n'eust pas tiré ; et qu'il le tenoit tant de ses bons amis que, quand il voudroit venir, on le lairoit entrer fort et foible, et qu'on luy Cairoit bonne chère. Et ainsi s'en retourna ladicte trompette vers monsieur de Sikengen, qui estoit au camp vers monsieur de Nassau ; laquelle responce ouïe par mondict sieurdeSikengen, renvoyaladictetrompette vers monsieur de Sedan lui prier qu'il peut parier à luy en la prairie qui est devant Sedan à seureté , et amèneroit autant de gens l'un conune l'aultre. Ladicte trompette venue de Sedan, lui fist responce le sieur de Sedan que dans deux jours il y pouvoit parler, et qu'il amenast tant de gensqu'il voudroit, et qu'il se sentoit bien seur de luy ; et luy fist un cartel de seureté sur cela, et le bailla à ladicte trompette qui le porta au sieur de Sikengen. Lequel sieur, après ceste responce, renvoya ladicte trompette vers monsieur

MÉMOIRES DE FLEURANGE

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de Sedan, et lui 6st accorder Udicte responsepar ^omie^rde Na«9auet tous les aultres, et envoyai A cedict sieur son cartel de seureté à Sedan pour ceulx dudict Sedan. Et pendant que toutes ces choses se desmedoient ne bougeoit monsieur de Nassau de son c^tmp de Douzy , et dé là en tour. Au jour nommé» se trouva monsieur de Sikengeo W lieu brdonné pour faire le parlement et devi* ser. Aussi fist le sieur de Sedan et T Advcatureux, fort accompi^ignés d'honnestes gentilshommes, tous désarmés; et vint avecques lui le comte de Hom^y monsieur de Rœux, grand-maistre d'hostel de l'empereur» et cent hommes d'armes, la lance sur la cuisse, tous en bataille assez près d'illec, à un village qui s'appelle Ballain ; et estoient tous les susdicts seigneurs désarmés et tous les gentilshommes qui y vindrent. Et après avoir parlementé bien trois ou quatre heures, ne feust encore rien conclud des trêves que monsieur de Sikengen demandoit ; et feust remise la journée à trois jours de là, au même lieu et à la même place. Et ce faict, lediçt sieur de Sedan fist apporter force vins, et donna là à banqueter aui seigneurs et au gentilshommes ; et estoit alors l'Adventureux monté sur un cheval grand saulteur, qui fist pierveilles. Ce faict, chacun s'en retourna ; et au jour nommé vindrent lesdicts seigneurs tous en (el estât qu'ils avoient faict le jour devant ; et 1% feurent conclues les trêves pour six §eppiaines entre l'empereur et le sieur de Sedan, là où ne voullust point estre compris l'Adven^ tureuxp Et ce propre jour estoit arrivé au matin le sieur de Maisières, qui estoit venu le premier jour, lequel avoit apporté lettre de par le roy au sieur de Sedan et à l'Adventureux, lequel vist toute la menée et la conclusion des trêves, et estoit dedans le chasteau de Sedan comme on paflementoit. Ledjct parlement achevé, le sieur de Sedan mena tous les seigneurs et gentilshommes à la place, et leur fist merveilleusement bonne chère, car ils estoient tous ses païens et amis; et avoient amené avecques eux le maistre de l'artillerie de Tempereur, et deux ou trois canoniers qui entrèrent quant e( quant eulx. Et quand le sieur de Sedan le sceut, il leur dict, en riant et se mocquant d*eulx : » Je vous advise, messieurs, que je ne voifs crains guères, et veulx que vous voyez toute la place hault et bas, afin que si une aultre fois vous venez devant, que vous scachiez par où il faut

assaillir, f» Ce faict, les seigneprs $e despartirent et retournèrent en leur camp ; et FAdventureux et toute la gendarmerie s'en alla en France, et le sieur de Sedan demeura en sa maison. Et deux jours après feurent les trêves publiées pour six sepmaines.

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