AU ROY CHARLES IX
Fcigneursde vostfecour, d'y rencontrer souvent le nom de leurs pères, d'autant que les exemples domestiques ont trop plus de force pour encourager la jeunesse à bien faire que ceux qui sont recueillis des estrangers.
Bien est vray qu'il se treuve plusieurs histoires escrites du mesme temps; mais, outre que ceste-cy contient plusieurs discours qui n'estoyent encore divulgués, elle a cest advantage de n'avoir aucune crainte que les gens de guerre en la lisant dient un mot qui leur est familier, c'est que l'autheuren parle comme un clerc parle d'armes . A la vérité , il siet bien à chacun de traiter de l'affaire auquel il est versé ; c'est pourquoy les histoires de Thucydide ont esté entre les Grecs en plus grand prix que celles de Théopompe et d'Ephore, parce que ceux-cy estoyent philosophes ou orateurs; mais luy aivoit eu plusieurs charges en la république d'Athènes , en paix et en guerre, dont le jugement qu'on apperçoit par ses discours porte suffisant témoignage. On dit, à ce propos, la propriété et naïveté des Commentaires que Jules César a faits avoir esté trouvée telle par Cicéron, qu'il estima impossible d'y adjouster ny diminuer, considéré que César avoit escrit des affairesde guerre en homme qui l'entendoit fort bien. Il y a eu en nostre nation peu de capitaines qui ayent daigné mettre la main à la plume pour escrire ce qu'ils avoyent fait ou veu faire; mais quand il s'en est trouvé, leurs escrits ont esté préférés à toutes autres chroniques du mesme temps, tesmoins en sont les livres du seigneur de Jonville, l'un des barons qui accompagna le roy Saint-Loys aux guerres d'oultremer ; celles de messire Olivier de la Marche, et sur toutes celles de messire Philippesde Commines, lesquelles depuis leur venue en lumière n'ont manqué sous le chevet ou, pour le moins, dans le cabinet des seigneurs et capitaines de ce royaume, qui ont eu le bien de leur patrie et leur advancement en quelque recommandation. Jeneferay comparaison de ceste histoire à celle de messire Philippes de Commines, parce qu'appartenant de si près à l'autheur, seroy estimé juge récusable; bien diray, ce que chacun m'accordera, que monsieur de Langey n'a eu moins de charges et honneurs en vostre royaume, et que son stile, son discours , ses termes, le monstrent bien versé aux affaires dont il escrit : outre ce qu'en luy on peult remarquer
autant de scavoir et d'éloquence *, aussi estoit il nay en un siècle bien fort lettré ; et ne se Irouverra au parsus moins diligent d'escrire la pure vérité de ce qu'il a veu et cogneu.
Il me souvient luy avoir ouy dire maintadois lors, qu'il détestoit les mensonges et adulations d'aucuns historiographes de son temps, et que ceux qui escrivoyent faux en histoire devoyent estre punis au double des bux témoins. Et avoit raison d'ainsi le dire, car biai que rhistoire ne soit autre chose qu'un témoignage de ce qui s'est passé en chacun siècle, la conséqueoee de la fauceté d'icelle est d'autant plus grande qu'elle ne circonvient un juge au dommage de quelques particuUers, comme le faux tesmoignage, mais abuse ceux du temps présaat et la postérité qui receveront par ce moyen lelaax pour le vray, estant, en ce faisant, rhooneor desrobé à qui il appartient, et donné à qui ne le mérite. Feu monsieur de Langey s'est bien gardé de tomber en ce péché ; car comme il ne cèle les actes louables d'aucuns, soyent des nostres ou des estrangers, aussi il ne s'espargne à remarquer leurs fautes» parlant néantmoins révéremment des princes et sagneurs qu'il a deu respecter; et descrivant leurs desseins et exécutions, ne le fait selon le bruit qui cooroit à l'heure, bien souvent faux et variable, mais conune il les avoit apris, ou pour s'y estre trouvé, ou par les plus certains advertissemens qu'en recevoit le roy, vostre ayeul, duquel il estoit aimé et favotisé comme il seroit encores de Vostre Majesté, Sire, s'il vivoit, sdoû la coustume d'icelle d'estre bien affectionnée en l'endroit des hommes vertueux qui se sont de bon cœur et heureusement employés à bire service aux prédécesseurs d'icelle. Mais puisque Dieu n'a permis qu'il ait vescu jusqaes ao temps qu'il peust estre cogneu à Yostre Majesté, elle le cognoistra par ses escrits. £t ceste 6veur que pour ce luy voudroit feire s'il woiU la continuera Vostre Majesté, s'il luy pfaist, en l'endroit de ceux qui portent le nom et les armes du deffunct, et qui luy sont héritiers, non tant de ce qu'il a laissé, que de la volonté qn'U avoit d'exposer ses biens et sa vie pour le service de Vostre Majesté, que Dieu vueille maintenir en prospérité et félicité.
Vostre très humble serviteur, René Du Bellay, baron de La Lande.
Auiiéc am.