‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 224 sur 428 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

je ne blasme, ains très fort loue. Dès lors estoient survenues les mutations universelles des royaumes, destructions des pais; et abolissement des lettres et arts, qui par long-temps ont esté comme ensevelies et endormies; ce que je pense avoir esté cause que nous n'ayons hystoriens de Forigine, progrès et accroissement de nostre royaume. Et néantmoins par cy par là s'en trouve quelque chose eserite au style et narration telle qu'alors, plus digne toutesfoys, à mon jugement, de commisération que de moquerie; car ils ont fait, en tant que possible leur a esté, que des choses de leur temps la mémoire n'est entièrement ensevelie, et qu'en eux trouveront matière ceux qui après les voudront célébrer en plus élégant et orné langage. Mais depuis le temps que les sciences ont commencé à se ressouidre, et que, par la bénignité de nostre souv^ain très chresUen, trèsmagnanime et très -libéral prince, elles ont presque recouvert leur ancien règne et dignité, je voy néantmoins que tant plus elles fleurissent de jour en jour, tant moins nous trouvons d'hystoriens qui, entre tant de hautes et louables entreprises, ayent apliqué leur estude à les escrire, et consacrer à éternité le nom et ios des vertueux ; dont au contraire, de ceux qui sur faute de matière acusent et blâment à tort le temps présent, je, non sans cause, me voudroye plaindre et lamenter de la fortune et condition du mesme temps, auquel je voy que nul autre art ou science est si abjecte et contemnée ' que ceste seule, qui par raison deust estre plus exaltée, ainsi qu elle est entre les autres très digne et prontable. Et certes, jamais aux humains n'avint si bien, comme du temps que toutes choses dignes ou de louange ou de répréhension, estoient transmises à la postérité par vraye escriture; car tout ainsi que par louange, nourrice de vertu, sont les cueurs nobles aiguillonés et resveillés, ainsi n'est chose qui plus destoume de vice les fresles et tendres esprits que la reprochée mémoire des vicieux, dont par hystoire nous sont les exemples proposés, pour ensuyvre les uns et fuyr les autres.

Doncques d'hystoire tous ces biens viennent. Premièrement , le prince ou privé qui devant sôy a ceste considération que tout le bien ou mal qu'il puisse faire sera un jour représenté par vraye hystoire, ainsi que sur un théâtre.

en jeu public et à la veue et jugement de tout le monde, mettra peine et travaillera de laisser de soy plus tost recommandable que repréhensible mémoire. Pour ceste cause l'emperev-r Caligula, combien qu'en autres plusieurs choses il soit grandement blasmé , est toutesfoys loué de ce qu'il prémist les hystoires escrites pir Labienus et Cassius, jà condamnées et mises an feu par auctorité du sénat, en complaisant i ceux qui se sentoient en icelles véritablement taxés, estre toutesfoys remises en lumière, disant qu'il touche à Fintérest de la chose jxHkr que les faits d'un chacun estre escrits et leos, quelsconques ils soyent, recommandaUes oa repréhensib'es Secondement, quand il adviendroit (comme souvent il est advenu) qu'à m loyal et bon serviteur son bon service n'anroit esté rémunéré, ou par prévention de mort, oa par oportunité non escheue , ou par encombre de trop d'affaires, le prince ou son successeor, auquel par hystoire est rementeu ledit bon service, en temps et lieu le recognoist, sinon envers le mesme serviteur, à tout le noo'ms envers les successeurs et descendans de lay.

Et à ceste cause, entre les plus dignes offices es maisons des empereurs de Grèce, estoient anciennement les interprètes de mémoire, desquels estoit la charge d' escrire et pois réciter devant l'empereur ceux qui es affaires de paii ou de guerre s'estoient noblement portés au profit, et honneur de la chose publicque, afin que l'empereur en eust la cognoissance, tant pour en temps et lieu le recognoistre, comme pour autrefoys les employer es affaires poblicques. Et toutesfoys et quand ainsi se fera, comme vrayement il a souvent esté fait de ce règne, nul ne craindra d'exposer et corps et biens au service de son seigneur, pourtant qu'alors n'aura plus lieu es cueurs bomains la crainte naturelle que plusieurs ont eoe qn'eo avançant leur mort, par trop souvait s'abandonner aux hazards, il advienne que leurs enfans en demeurent indigens de biens et d^unys, et despourveus de recognoissant seigneur. Au demourant, de ceux qui tant vertueuaançnt ' auront exposé leurs biens et vie pour le service de la républicque et de leur prince, quand leurs enfans et successeurs viendront à lire leurs Ios et recommendation, sans nul doute ce leur sera un esperon à gloire pour ensuyvre les roœurset la vertu de leurs anli^tres ; et au contraire, s'il

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