‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 225 sur 428 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

advcDoît en quelque race (comme Ton a autresfoys ?eu) que par mauvaise institution ou compagnie il se trouvast aucun séduit et forlignant de la vo'lu de ses progéniteurs, ses successeurs, qui parmy plusieurs nobles et honorables til- Ire^ rencontreront celle reproche, s'efforceront i leur pouvoir d'icelle tache effacer et réparer par entreprises hautes et en vertu recommandaUes : à quoy heureusement mener à chef ne peolt aucun recouvrer meilleur guide que Thystolre.

Par ceste nous avons cognoissance de toute dvile et militaire discipline : en elle nous avons les droicts, les loiz, les ordonnances, les arts, vertus et moyens par lesquelles nouvelles principaultés sont eslevées et entretenues, les vices et fautes par lesquelles sont aucunes tombées en ruine et décadence. Cesle mesmç est la maistressequi Luculle, impérateur romain, auparavant non usité aux armes, rendit en peu de temps un des meilleurs capitaines et chefs de guerre qui ayt de son temps esté à Rome. C'est ceste cy par laquelle Cyneas acquist , par remonstrances et perstiasifs exemples misenavant par luy, tant de pays et provinces au roy Pyrrhus son maistre , que , par confession d'amys et ennemys, il feit plusgrans choses par luy que par sa force et puissance. C'est celle, en sonune, sans laquelle nul est recevable à l'administratioQ de la chose publicque, mais à déchasser comme inutile.

El, pour exemple, si aux constiltations des affaires nous apellons les anciens capitaines qui en leurs temps ont veu l'expérience de plusieurs choses, par moult plus forte raison y pourront entrer ceux qui, outre les adventures de leurs temfs, peuvent raconter, de miliers d'ans en arrière, les entreprises et exécutions, et les ruses, simulations et dissimulations d'icelles. Et, à mj dire, je ne voy autre différence entre rbystoire bien descrite et l'homme ancien qui a moult veu, considéré et retenu , sinon que Fuû est hystoire parlante et vive, mais mortelle ; Tautre est hystoire morte et mute, mais à perpétuité ressuscitable, et apte à recouvrer la parole par le moyen d'un lecteur studieux et diligent. Eneores oseray-je dire davantage que, tout ainsi que le vieil homme qui a moult veu, mais peu considéré et moins retenu, n'est en rien à préférer à tm enfant, ainsi l'homme ignorant d'bystoire, et mesmement de celle de son

pays, se peult aussi estimer non seulement enîaïki^ mais estranger en sa propre maison. Dont bien souvent je m'esbahis, et de rechef accuse la condition des temps, que sur la chose qui, entre les humaines inventions, requiert à mon opinion plus grande célérité d'ayde et secours, nous commettons la plus notable nonchallance et tardiveté.

Je ne vueil en rien reculer l'avancement des autres arts qui se resveillent ; mais tout à temps on leur pourra donner secours, à cause que les bons aucteUrs nous ont laissé tels livres, préceptions et reigles, que pour en icelles proïiter ne restera qu'estude et diligence; mais en hystoire de tant plus est la tardiveté périlleuse, que la vie des mortels est courte. Et si par ceux qui ont cognoissance et mémoire des choses de leur temps il n'en est rien mis par escrit, ceux qui viendront après, tant puissent ils avoir bon stile, bon vouloir et diligence , si n'en pourront ils escrire certainement et à la vérité ; ce que desjà nous pouvons voir d'aucunes prochaines précédantes années , desquelles parler au long et véritablement est chose difficile , en partie par la négligence, en partie atissi par la témérité des mesmes historiens, qui cependant se plaignent de n'avoir assez digne matière pour bien employer leur estude et labeur; lesquels néantmoins eussent beaucoup mieux fait, et pour eux et pour nous, de se tenir en repos et à leur ayse, que de semersoubs nom d'hystoire un in* cogneu recueil de fabuleuses et mensongères narrations, dont aujourd'huy nous avons trop plus que d'hystoire.

J'ay leu en quelque cronique ( ce que je crains que l'on m'estime a voir songé) d'un roy de France qui, en une après disnée, vint de Compiegne, courant un cerf, jusques à Lodun : ce sont cent lieues ou environ. Chacun sçayt que le tant vertueux prince et de si louable mémoire Charles, duc d'Orléans, après avoir esté près de trente ans prisonnier en Angleterre pour le service de la couronne de France, à la fin en retourna, et mourut plein d'ans et d'honneur en ce royaume : et toutesfois on list ( mais c'est en plus de vingt divers aucteurs ) qu'il fut à Paris décapité pour crime de lèze-majesté. Le roy d'Escosse dernier mourut-il pas en la bataille qu'il donna contre les Angloys. en l'an mil cinq cens quatorze? si ay-je leu que de celle bataille il retourna en ses pays victorieux et trium^

ï>ROLtK}DË.

phant. jé me déporte, poût éviter prolitîté, de jlhis Avant nombrer telles mensonges, lesqnellps certes ne sont semées, sinon par la témérité, indigence et indiscrétion d*iceux hystoriens et croniqueurs, qui pins souvent escrivent pour chose scufc ce qne leur aura dit le premier vend, sans feire élection ou choix de la personne qui le leur raporte, ou bien en disant, selon le bfiiyt qui aura couru parmy le peuple, auquel à peine peult avoir mot de vérité : dont vient aucunes foyi ^oe le* liseurs, informés dti contraire, fîlu^ enviés, ne croyent aux autres bons et anciens aucteurs, lesestimans avoir escrlt de mesmes. Et en avient , ainsi que très bien dit en autre cas le cardinal ^essarion, voyant à Rortie tant eslever et canoniser de saincts nouveaux, desquels il avoitcogneue et peu aprodvéèla vie, encores moins la façon de procéder à leur canonisation : « Ces nouveaux saints, dit-il, rhe jettent grandement en doute et scrupule de ce qu'on lit des anciens. «> Et au moins voudrols que tels atitheurs et croniqueurs se reposassent, oh qu'à leurs Hvres ils imposassent nom coilVenaMe au contenu ; et que ceux qui bien poulToieiit et sçauroient à la vérité en parler aymassent tant Thonneur et gloire de leur nation, qtïe d'en escrire en tel langage qu'ils sçavént, selon les chdses veues par eut, ou entendues par fidelle et bien certain rapport d'autruy.

Alors seroientles gens de lettres, qui par après voiidroient les enrichir de stile et diction plus élégante, hors de la peine et ennuyeux travail de rechercher la vérité entre tant de tnensonges, contrariétés et répugnances qui sontdivul- ^ei^ ^r les dessusdits croniqueurs, say confiant témérairement à Touyr dire du premier trouvé. Non que je vueille maintenh* ou dire que nul doyve escrire des choses, sinon cehiy qui les aura veues; car, nonobstant qu'en un tesmoing de veueaplusdefoy qu'en dix d'ouye, et que saint Jean, pour estre creu, asseure qdMl parle des choses veues, si est-ce qu'un bbrhttie seul rie peut estre partout où les àfRiîrè* sdnt démenées, et y estant ne pt-ult ensemble fiiît*e son devoir, et i'amuserà voir ce qu'autruy (k\ï ; niais tin hystofien, s'il est possible, doit avdir veu ou cogneu une bonne partie de ce qu'il dit, et au demourant avoir une extrême et merveilleuse discrétion de s'en enquérir h ceux qui mieux au vray le ^pourront dire,

jusques à en entendre par le rapport des enne* mvs, et non seulement de son party.

Ainsi lisons nous de Thucydide, lequel, encores qu'il fust présent es guerresd* entre les Athc- Qiens etLacedémoniens,et au nombre des principaux capitaines, pour toutesfoîs avoir ptui grande certainetéde tout ce qui se faisoît en Ton et en Tautre exercite,y tenoit à sésdespencei (comme puissant et riche qu'il est oit, extrait des ducs Mllicia des etCymon d'Athènes, de la ligtie d'Aeaucus, fils de Jupiter) gensd'esprit etdescavoir, autant Lacédémoniensqif Athéniens, nese voulant fier en ce que les uns seulement hyen diroient , favorisans par a vanture chacun à sst patrie. Après sa mort, et à l'endroit oui! imm hystoire, Tymagènes de Milete, et après lof Xénophon, athénien, le reprindrent et continuèrent, y adjoustant chacun ce qu'il avoir vw ou entendu. D'iceux l'un fut des princes dti sénat de sa cité ; Pautre. après la mort deCyrM, en l'expédition duquel à l'encontre du h)y dé Perse son frère il eut charge et conduite de gens, demoura chef et capitaine général 8e toute l'armée des Grecs, pour iceux retirer éi reconduire en Grèce. Et qui voudra din^ertiment considérer fa condition et la qualité M anciens hystoriens, estimés et receuspourléb, et non pour fabuleux et mensongers, lesquels ayent escrît les avantin-es de leur tethps, dfl trouvera qu'ils ont esté presque tous ou cheft d'entreprise, ou capitaines particuliers, o<! l tout le moinà personnages de crédit et authôrité, qui, es choses dont ils ne pârloîentde veue, avoient moyen de i'en informer au vray.

Darès de Phrige et Drctis de Crète sont jShtt creus es guerres de Troye que ne sont Dion ^ quelques autres ; car ces? deux H y thii^t l> main et la phtnne et à Pespée. Corihnas,aassl de <>hrige, né d'Ilion, pour s' estre trouvé âtjtdKes guerres, en a esté receu à \+ay tesmoiû ; et de luy apris Homère toute la matière deso^ Iliade. Marsias de Pelle, frère dû royAntIgôtifc, et nourry d'erifance avecques AI* Xândte W Grand ; Oncsicritus d'Aegîne, CaliSthènesfCV^ linthe, disciple et parent d'Aristote; Afistolmlus de Judée, Dîognètus et IWentdemos dé Sicyone, tous compagnons en PéipéStîon et pérégrination dudit Alexandre, ont escrit, les uns depuis sa nativité, autres depuis qu'il cdtflmença porter les armes ; aucuns drpdjS B commeneement de son règne, et autr» deptnf

fROLeGlJp.

IpiÏCTyDt ^* jl eu3t dre^ soft armée pour et^ liiprçndfe ^ conqocçtps : ^ tpus ceuj-py ç|^ k|]^N|^té^ foy m pe qy ijs 4isept dqdif Afexfift-

j9;]| QoifM/s Curse, ^ri^^ poète domestique ^ ^^lier ^e rprppereur Tybère ; Arrian, liystoriien |{ui^ /Si^ teipps de l'eiripereur Adrian. parvint h, la dignité du consulat ; et Plutarche, guidai] temps de TfajaD, usa pareillement de pnlsHiiioe consulaire en Illyrie, commandant à tousk; magistrats ^e )a province. Ue tous Je^ âffSre^ q\\\ n'ont p^rlé de yeue, ne suivy TbjstQlre deceu:^ qui ^voient vu, on ne reçoit que fc langage. ,

Et à ceste cause Paléphatus, quand il a voulu parler de la statue de Niobé, a préallablement protesté de ravoir veue ; en autre lieu il escrit <pe, p9Y)f fi^ellepient déduyre les choses, il n visité placeurs régions, np s'en rapportant à ce que par ^u/res en estoit e$crit. Aussi Lucian,

Saad lia voulu comparer les sacrifices des r\e^l^ aux Égyptiens, il afferme premièrement avoir hanté avecques les uns et les autres. Agat))iarâdes fi,e Gi^idè, en déduisait les choses d^Asie, donne à jcognois^re en plusieurs endroits ffuTil a fa^nté ]ong-temps es guerres, cherchant f^ ce m9yea dVi^ estre creu. Pour mesme raison a esté creu Philistus de Syracuse en Thys t^ire qu'il a escrite dis son temps, parce qu'il avQjt l'un des pripcipau^ manimens d'iceluy roy^limei daque|il fut dcjetté par Denys le Ty- W f âispié, j^ai? depuis reslably par je jeune et M^pelljÇ a JU ^ociqté du royjj^me. pratosthènes, Èyrepîen. n'est desmenty ep spn bystpire de Pti9}èinéè, par il eut charge de leurs affaires; h^ ^^\T!Ç^ .c|u)sçs n'ia foy semblable. Hieronyme, libq^en,poura^oir eu soubs le roy Démétrius PoXiorcëles administration de son Estât et le gpqyerp^in^ dq rpya};me de Béotie, pst advooj^ ffHiT yerilabjè ^ apn^Ie? qu'il a laissés de Ja Yie,i^filis et geste;$ (|e son maistre.

Anif^ ^;5lJi^irjes dç ljI^rodpte,Halycarnaçsien, et dé Hf)[j9t^cys de ^e^lin, on a plus facilement i^jqosté ^y 4'^|ilant qu'ils avoient 1^ principal et preqiipr crédi^ autour du roy ^myntaf de Macédoqe, par fc moyei^ di^quel ils eurent eogpoiçeance dé plusieurs et grandes choses. Pareille Ibyi^ trouvé Symonides , Magn^ien , poor ce <|ue, conversant famiiicrement avecques intiorhe le Grand, il a peu véritablement entpodre les causes mouvantes, les déliljérations

et U9 aifplqiia 4pfef mmn^ ^i pilBçil«l?»<wt 4p cidie qq'ij eut centre les Pa)|iU]e$, ^n la^qejjb #P jropva Ifdit §y[Bpni(^sfps^çofiîp?gnic. |^ iij^ livres des forts et Plages d? Mer, ini; en lumière par pémosthènes, qnt fstp recuçiili^ sans contradiction, parce qu il les avoit veus et hantés estant admirai et capitaine gpnéra) 4f l'armée du rpy pto|émée Philacjelphe (f Égyptf». ^poblabiempnt esjti^venu à Da^nis en ses Uvref de la Pérégrination et n^rftpu|eux ^>its d'Apo(r ionjus Jyanseus, pour aqtant qu'il luy fivçjt partout f^it cQmpfignie ; et à JPhiloS)tratus pfLr reillement, pour ce qull suyt le tesmoignage dudit Damis. Aussi Ennius, poète, a peu véritablement escrire l'expédition de Marcus FUI7 vins en Aétholie et contre lef Amhraciens; çaf il feit le voyage i^vecquesluy. Au^i feit L. Lucullus aveçqvtes I^.Sylla, en 1^ vfctoire par luy esrrite, et par ledit Sylla obtenue contre lef Marsiens ; et peu aprè§ fut ledi^ LucuUus chef (l'entreprise, et adjousta le royaume de Pont^ à la seigneurie romaine.

Valérius Antias et Polybe soj[\t par tous a^7 tr^s hystoriens ensuyvis en la description d^ guerres puniques, pour cç que l'un fut précegr t^r de Scipion ^f^iç^n, let depuis raccQpnpa-* goa toute sa vie ; l'autre^ au voyage p§r Iqy célébré de Valérius Lévinqs, qqnsul, alor^ qu'|( vainquit Hanno de Cart^ge et prist Agrigent# par force , avoit soubs luy conduite de geps. Mesme foy a esté adjoustée aux annales de Q. Fabius Pictor, d'autant plu^ q^i'il ^toit hon^me de maison et d'^uctorité, et avecques Q. f abiu^ l4abeo avoit esté préteur de Bon^e. Çhaç4in a receu ce que Tbéophanes, Lesbien, a escrit de§ faicts de Pompée ; aussi Pomponius Atticus dq consulat de Cicero : d'autant qu'avecques ceu^ dont iU parlèrent ils avoient l'accès et faqiiliarit^ plus qqe nuls autres pour en^ndre ^'eux me^mes la vérité des choses. De l'up est la familiarité assez cQgpeqe par les espi^tre^ de C^c(tq à |uy ; de l'autre, paf Tassoci^tipu du nom f laquelle fut son fils appelle par pompée, leqi)^ voi^lut qu'il fust nommé Marcns Pompeius; ej^ fjat celuy que Auguste, empereur, institua depijis gouverneur au pays d'Asie.

Crispe Salluste a peu parler au yray de 1^ conjuration catUinaire, car il ne fut exempt de ^t mesiée ; et, pour bien descrire la guerre jugurtipe, il passa et (ist long tenips Sjéjour en Afrique. Nous recevons pour vérité ce que Jules

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