‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 226 sur 428 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

César et après lay Hircias et Oppias escri virent des guerres de Gaule et des civiles, car ils faisoient et escrîvoient. A Diodore, sicilien, nous donnons foy H choses d'Aegypte ; car il escrit de veue, et fut très familier de Jules et Auguste César, ainsi que furent Fénestella, Romain, Denys,Halycarnassien,etNicolasDaraascèneduclit Auguste; dont leurs hystoiresen sont trouvées plus auclorisées. Arlhémidore aussi est creu des conquestes faictes en Arabie par Aelius Gallus, car il luy feit compagnie en tout le voyage. Qui donne en pareil cas auctorité, réputation et foy à Joseph es guerres judaïques, à Tacite es germaniques, sinon que Tun iut participant des misères et calamités de la destruction et ruine de sa cité, l'autre fut gouverneur de la Gaule belgique s'estendant en la Germanie inférieure, es quelles provinces furent principalement icelles guerres?

Par quel moyen l'ont aussi trouvé Suetonius Tranquillius, Dion Cassius, Gargilius Martialis, Callistus Benarchius, Julius Frontinus, Favorinus Arelatensis, Dionysius Milesius, Ephorus Cumeus, Aelius Spartianus, Julius Capitolinus, Aelius Lampridius, Yolcatius Gallicanus, Trebellius Pollio, Flavius Yopiscus, Herodianus, Festus,Aurelius Victor, AmmianusMarcellinus, Apianus Aleiiandrius, Eustathius Epiphaneus, Eusebius Cesariensis et autres semblables, sinon pour avoir eu moyen et crédit autour des princes, pour entendre et sçavoir en grande partides secrets de leurs affaires? Dion Prussius a si avant esté familier de l'empereur Trajan, qu'ils alloient ensemble, par pays et par ville, en un mesme chariot, et avant qu'iccluy Trajan fust empereur, avoît esté avecquesluy es expéditions germanique et gétique, lesquelles il a escrites; l'autre Dion et Suétone furent des principaux secrétaires du conseil, et Favorinus, homme ayant charge des affaires de l'empereur Adrian; et soubs le mesme empereur a esté Dionysius Milesius l'un des satrapes d'Orient. Julius Frontinus, homme consulaire, fut précepteur d'Alexandre, empereur; Gargilius Martialis, qui à escrit la vie dudit Alexandre, fut l'un de ses plus intimes familiers; ainsi fut Julius Capitolinus de Dioclétian, Ephorus Cumeus de Galien, Benarchius et Eusebius de Constantjn, Eustathius de Anastase, Calistus de Julian ; lequel Julian est aussi receu en ce qu'il a escrit des Gaules, pour y avoir hanté devant et après qu'il

fut empereur. Lampridius et les autres desns nommés en cas pareil ont esté, chacun en son temps, de la maison des empereurs et princes dont ils ont escrit ; et après eux Procopius, Ag&thias et Theodotus ne sont contredits en l'hystoire des Gots, car ils se sont trouvés ou à la délibération ou à l'exécution des affaires.

Eusèbe, dont j'ay cy devant parlé, ara moyen d'escrire au vray les choses non veucs par luy et d'autruy temps , car Constantin If Grand luy feit aporter et mettre en main tout ce que par les autres avoit esté mis en mémoire par plusieurs ans. Telle estoit lors et auparavant la diligence et curiosité d'escrire ou 6ire les hystoires au vray ; et en bailloient les roys et princes eux-mesmes, ou de bouche ou par escrit, amples mémoires et instructions, tear escrivit ses Commentaires à ceste intention; uïais il les escrivit tels, qu'il netrouva homme qui entreprint de le passer; de manière qoe, comme dit Hircins, voulant se Caire prébiteur, il se feit précepteur de la matière d'escrire ses faits. Cicero, sachant que Jj. Luceius, patrice romain, homme de scavoir et auctorité, s'estoit adonné à escrire Fhystoire de son temps, luy envoya mémoires de tout ce qu'il avoit fait durant son consulat, et par une longue épistre le pria très affectueusement de l'insérer et déduyre en son hystoire. Agrippine, fille de Germanicus , laissa pareillement des mémoires de la vie et gestes de son père, avec les sucfès et infortunes de sa maison. Zenobia. rojnedes Palmiriens , laquelle, après la mort de son mary, mania l'empire romain eh Surie, escrivit aussi en abbrégé, pour aux autres bailler matière de la déduire et amplifier, Fhystoire de son temps, et auparavant des affaires d'.Wexandrie et d'Orient.

Le jour me faudroit en somme avant que j'eusse récité tous ceux qui en ont us^ de ceste sorte, et lesquels à ce faire ont esté meus par bonne et honneste raison, car princes et personnages de suprême excellence peuvent de toutes autres choses abunder jusques à satiété. De ceste seule (c'est de hisser de soy heureuse et recommandable mémoire) ils ne peuvent estre trop insatiables, car homme ne peultestre

amoureux de vertu, qui n'est songneox et curieux de sa renommée. Et est mon avis que le serviteur en nulle ou peu de chose se p^" monstrer plus studieux et affcctiarné envers

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Km pffîaee el seigneur qu'eu éscrivant ses fiiicts et acies vertiœiu, et, à son pouvoir, le garentir defûjore da temps et de Tobscurité de ténébreuse 0Ql)liance.

De mémoire de nos pères, iEneas Sylvius, qâ depuis a été pape, Pie second, Jovian Pon* lao, Léonard Aretin, Antoine Panormitan el autres, ont imité les dessusnommés; et, de frescbe mémoire, le sire d'Argenton en France kmaUement s'en est aquité. Auparavant de hy, Jean Froissart et Enguerrant de Monstrelet imreDt par escrit ce que par investigation diligente ils peurent entendre; investigation diligente, ay-je dit, car, après ceux qui parlent de ?eue, les plus croyables sont ceux qui avecfies jugement et discrétion, se sont enquis et informés, comme Juba, roy de Numidie, qui par esenl a baillé la science de cosmographie , laqueUe, par investigation, telle il avoit cogneue; H Claudius Ptolemeus d* Egypte, qui en partie a veu et escrit, en partie a eu par toutes provinees surs messagers dignes de foy pour lay en raporter certaines et véritables nouvdiei ; je ne dis sans cause dignes de foy, car en ee gist la discrétion. SCrabon reprend £ratoithènes, qui s'est fié au tesmoignage de viles penmnes; mesme reproche est mise sus à Patroeles par Hipparchus, son émulateur ; Quintiiian réprouve en sxm précepteur Sénèque, pooree que, désirant avoir cognoissance de phniears choses, y employa trop légèrement en son ayde gens négligens qui le déceurent. Et cette crainte, par avanture, aura destourné {RU n'a gtières aucuns scavans hommes qui irotontiers eussent entrepris d'escrire les hys- Urnes de France, s'ils eussent eu le moyen de fiddenient et à la vérité s'en informer.

£t entes ja par long-temps me faisoit mal

9>e je ne xéoye aucun les vouloir secourir en

cote part. £t nonobstant que plusieurs suy-

i^<MJejiigementde cduy qui, jadis interrogué,

^oéLf entre Phystorien et celuy qui tait chose

digne dliystolre , pareille différence qu'entre

le Imuh ou trompette, et le tournoyant en la

Bce, je toutesfois, meu, à l'exemple des per-

mnages dessus nommés qui en laisant n'ont

dttdatgné d'escrire, après mon adolescence et

tta première jeunesse, que je commençay à

<Byvre les armes, ainsi qu'est la coustume et

ordinaire vaccation de la noblesse de France,

ti par laquelle mes progéniteurs et aacestrcs

XYi* nicLSy Çhron. et Mém,

au temps passé sont parvenus en réputation et haull degré, n'ay point estimé de faire chose indigne et mal séante à Testât de noblesse (encores que je sache Fopiiiion d'aucuns estre contraire), quand je m'appliqaeroy à un estude auquel non seulement se soyent employés tant de grands et notables personnages dessus nommés, mais lequel ne se trouve avoir jamais esté traité, sinon par gens de noble maison, jusques à ce que L. O^tacilius, précepteur de Pompée, qui Ait > le premier homme non noble qui escrivit hystoire, fut par ledit Pompée authorisé de ce Cèdre. Et pour ce me suis^je délecté souvent, pour en aucune manière laisser mémoire des choses en inon temps advenues, à en escrire dyalogues, épigrammes, élégies, sylves, épistres et panégériques, selon que la matière subjecte estoit à l'une ou à Tautre forme d'escrire, à mon jugement, plus convenable et propice, sans cspargner peines, voyages ne despens pour retirer de divers- lieux ce qui faisoit à m'esclarcir la chose dont je vou- U>ye escrire.

La mesme affection et désir de voir aucune foys lesdits foicts et choses mémorables de Gaule et de France estre mis en lumière et à la cognoissance des autres nations (qui, pour la bonté des escrivains nous surpassent èsdites choses, et ne seroient à comparer a nous si escrivains ne nous eussent faiÛy) m'avoit meu piéça de travailler et d'essayer, en remuant tiltres, livres, Chartres, épitaphes, fondations et autres choses antiques, si on pourroit déduire l'ancienneté d'icelles deux nations en forme d'hystoire prosécutiye et continente ; chose que je sache jamais auparavant entreprise et par moy souvent désespérée, laquelle toutesfoys j'espère mettre en avant et au hazard du jugement divers et correction, aprobation ou rcqiMrobatiou de tous lecteurs : ensemble un mien recueil et vocabulaire en ordre alphabétique de toutes les provinces, cités, villes, cbasteaux, montagnes, vallées, forests, rivières et autres lieux de ce royaume, avecques exposiium. des dénominations d'iceux, et des ba- Uilles, rencontres, sièges et autres choses dignes de mémoire qui se trouvent y estre advenues. Aussi, à l'imitation de Valère le Grand, autre recueil d'exc«nples d'iceux faicts et dits mémorables ; et autre, à l'exemple de Plutarche* de la conférence des vies et gestes d'au-

PROLOGGÈL

cun« roy«, prîflces et ^npitaiofs de ce royawne» avocques cc'Uêsd'ancQDS autres Grecs^ Lëtins et Barbares. £n quoy ayant esté ineu à fintention que di'ffius, je me tiendray |Mnir bien sattsfiiK si, par ce mien labeur, f excite et semons à entreprendre de mosines ceux qtfi trop mieux le pourront foire que moy.

Or, m'ayant le désir de plus cognoistre atiré en ceste court, |Miia|u*il a pieu au roy mondil seigneur, non-seule«ient rù'y retenir à son service en si honorable estât qu'aïq^rès de sa persoMie, rnais Uen souvent m'employer en et dehors son royaume, en plusieurs et principaux de ses aflatresd'estat, si que non-seulepient je puis parler an vray de Texécution et yssuedt*s guerres depuis icekiy temps advenues^ et auxqaeies pn'sque tousjours me suis trom é« autant par mer que par terre, et eu moyen et occasion d'entendre et scavofr les causes, (fais et délibérations d'icellet, nonnsoulenient de nostre costé, mats du costé aussi des ennemis, il m'a selnMé que, ddrant le repos des armes, je ne pourroy mieux ne plus honorablement emptoyer et convertir mon festiide qu'à rapporter en ceste partie aucun se<*our8 aux érudits et doctes bystoriens qui après moy en plus élégant et poly langage en voudront escrire. Bien sçay-je combien il m'estoit sioiné sujet à calumnie de m'arrester à ce que j'avoye entrepris, San» m'àdonnief h si périlleuse chose que d'escrtre les vertus ou vices des vivans ; car de Tuii on acquiert hayne et malveillance, de Fautrë on est tenu pour blandisseur et flatteur. Mais en tout ce ma con8ciem*e me juge, et avecqueé elle je me réconforte, me sentant net de toute maligne simulation ou dissimulation. Et to(]t ainsi que (\nieille ou non) il m'est force de m*en niporter au jugement des liseurs, auquel je ne puist ne dois recuUer ; ainsi je souhaite les avoir tels et aussi purement jtigeans comme j'ay voulti purement escrire.

Car tant y a quVn ceste mieame entreprise, qui est d'escrire ou commentaires ou mémoires des choses, je ne me vueil attribuer la perfection de stite, ne présumer qu'en suyvaiit autre vacation ou quotidien exercice j(> puisse escrire ce qui au jugement des sça vans hommes |misse Sfltisfaire, veu qu^à grand* peine y arrivent ceux c^ii ont ceste seule ou propre xacation; mais je vueil bien toutcsfoys et ose affermer certainement que tout y sera Ikièlemant escrit et

sans altél^ la vérité; potir ghicê; anÉihloi^ bayne ou (aveur d'aucun. Ains est et srra ma principale intentioti fournir aux plus sçavan^, experts et doctes bystoriens, matière de véri* taMehiénl escrire, et leur rejirésenter, en tant que possible me sera, ce que pour leur estade domestique ils ne |ieuvent à la vérité cogneistre ; en quoy, si je puis obtenir d'estre rmi à fidèle et vray tesmoiiig, bu d'inciter autre) à mieux bhre que moy, J'auray (comine jedi* soye n'a giières) en ceste partie suffisante cavsé de m'esjoulr et paistre du Irait de mon laAeon ainsi comme entre les statctaireA et entailledn d images ceux qui se trouvent kisuflteu»! bien parfeb^e et potir m»e ymage; et sont looh tesfoys experts à bien choisir et esbaucbff il pierre ùq le boys, et à compasaer les tnits ei niembres, peïur relever de cèsie peine \tî phii sulHils et dlEgens entaiileurs; se contentent |9^ sez quand iceai excellent et shiguTien outiitres Ips employent et reeoîvent en wôdM de l'ouvri^ , ne les fraudant de leur boinear. El pourroit estre par avantore (ainsi que le stait^ clial en forgeant ûe fait) que« par continDCtioa d'escrire , j'amenderoye aussi et meoriroyémcat slile , pour après nfurmer de moy-mesm» tout l'œuvre en meilleur et plus suflisntt langage; car« à vray dire , ce mesercût bi^ èstude perda» si je ne penaoye en continuant tousjoors afi prendre.

. Si sera, quant à présent, le cemmencemedt de ces mémoires dès là première MoieseoKC du roy mondit souverain^ prince et seignenrj lesquels métfieires si on Tenlt mettre âuparao* gon des hyétoh^ qiû ont esté puis if a (foèrei escrites, si très au bref et eruement qœ tod les f its de vingt ou trente ans ne montent taot que d'une année d'iceux, et que toutesfoysoo trouve qoe plustost j'y aye obmis àucon(ftcboses roéniorabfes que deduyt choses non oéeessairesou inutiles, 6n cognoistra lorsqii^l ^ nécessairôment que les autres 4yeni obnis proa d'entreprises assez recommandables, el dign» d'estre par vraye hystoire reoiémoféeK 0^ avoys-je, avant qii'eotrer en matière, pfwnii un recueil sommaire et abrégé récit de la freraière origine et du preuïifr nom dt docenic tant des Gauloys que des Françoys, et dw alliances et union d'icéUes deux nations gàafc)y* et françoyse unies et réduites en un corps de républ^pie,pour soy viiidiquer et retniire.eB

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