‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 228 sur 428 · DES MEMOIRES DE MESSIRE MARTIN DU BELLAY · texte numérisé non relu

DES MEMOIRES DE MESSIRE MARTIN DU BELLAY

Le roy Loys douziesme, s'efforçaut recouvrer soo doehé de Milan, qahï tvoit n'a gnères perdu, y enroye monsieur de laTrimouille avec armée, qui est dêfTaicte à Novare par les Suisses^ lesquels poursuivans leur victoire, passent les monts et viennent assiéger Dijon, pendant que d'autre costé l'empereur Maiimilian et le roy Henry d'Angleterre gaignent la bataille surnommée des Espérons, prennent Thérouenne et Tournay. Puis le roy se paciGe avec les Suisses et Anglois, espouse la sœur du roy^'Angteterre, marie sa fille au duc François d'Angoulesnie, puis meurt, préparant une grosse aruiée pour le recouvrement de Milan. Le roy François, duc auparavant d'Angoulesme, luy succède, poursuit ceste entreprise et en vient à chef, ayant vaincu les Suisses à Marignan. Par après les guerres se commencent entre luy et l'empereur Charles-le^Quint, à l'occasion de Henry d' Al lebret et de Robert de la Marche, prétendansTunleroyautoe de Navarre, l'autre le duché de Bouillon. Le sieur d' Asparault, pour Henry ë'Allebret, gaigne et pert en peu de temps le royaume de Navarre; pareille fortune advient à Bo- . bert de la Marche au duché de Bouillon *, l'empereur envahit ce royaume par le pays de Champagne, prent Mouson, et assiège Mesières en vain. Le roy, pour revanche l'assault en Artoys et Haynault, luy présente la bataille près Vallanciennes et prent Hesdiu; l'Anglois moyenne la paix entre eux, qui ne se peult conclure pour ks nouvelles de la prinse d( Fontarabie, que feit pour le roy le sieur de Bonnivet; pen après les Flamans prennent Tournay par un Joug siège. L'estat de Miian, dont le roy estoit paisible, te trouble à la snscitation du pape Léon.

( 1512-1613) Ayant le roy Louis XII, après rheureuse journée de Ravenoe, esprouvé Tinconstanoe des choses du monde en la perte qu'il feit de son duché de Mihm, il se délibéra de chercher tous moyens pour le recouvrer et remettre en ses mains; et, comme prince non moins prudent que magnanime, y voulut user de la diligence requise -et nécessaire en toutes entreprises haukes et de grande conséquence, afin mesmement d'y pouvoir donner ordre avant que Tennemi se peust impatroniser des chasteaux de Milan et de Crémone, qui estoient encores demourés &k la puissance des François, estant capitaine dedans le cfaasteau de Milan le chevalier de Louvain, et dedans le chasteau de Crémone Janot de Herbouville, seigneur de Bunou. A ceste occasion, pour secourir lesdictes places et reconquérir son duché de Milan, il voulut pourveoir d'un bon chef à la conduite de son armée, et entre autres choisit messire Louis de la Trimouille, comme digne de tenir ce lieu en Tannée qu'il dressa Tan 1513 après Pasques, environ le temps que je vins jeune à la cour. Et pour l'accompagner de chefs de guerre bien expérimentés et vertueux, dépescha avecques luy le seigneur Jean-Jacques Trevoulse»

marescbal de France» et messire Robert de b Marche, seigneur de Sedan,. avecques sept ou huict cens hommes d'aVmes, huict miUe aventuriers françois et six mille lansquenets soobi la conduite du seigneur de Fleurange, filsaisoé dudit messire Robert. Et avoit le seigneur de Sedan inventé un camp de charpenterie qui » traisnoit par chariots pour clorre 'armée, si U nécessité d'avanture leur survenoit desoustenir une bataille en endroit peu avantageux. ToQtesfoys, son invention ( ainsi qu'eutendrei ej' après) fut de grande despense, et apporta pf^ de prouffit. Sur quoy, pour une parenthèse, je ne vueil oublier que, les fériés de Pentecouite l'année mesme, fut espousé à CbasteauduornûDseigneur Charles^ comte de Vendosmois et de Marie» avecques madame Françoise d'Alançon, vefve du duc François de Longuevilk, qui décéda au retour du voyage de Guienne; duquel voyage je |doys faire mention avant que passer plus outre, car la cognoissance des choses passées donne grande lumièreà Phistoireduprésent Or est-il que, peu q)rès la victoire de Ravennes, soubs couleur de Tinierdit jette par le pape Jules deuxiesme sur tous les roysqui avoient assisté par leurs ambassadeurs au coo-

eilede Pise, donnant en proye toutes leurs t^res et seigneuries, le roy Ferrand d'Arra^

goo, feignant d'assaillir la France, entra an royauie de Navarre. Et, avant que le roy Jean eust loisir de penser à se deffendre et fortifier, il se trouva dessaisy des principales villes qu'il eust en obéiss^ce, et mesmes de I^mpelune, et fat quasi du tout qpolié. A raison de quoy le Toy Louis, désirant d'entretenir Talliance et ecmiédération qu'il avoit avec luy, envoya promptement le duc François de Longueville, gooTemeur et sonlieutepant général en Guienne, avec une armée, pour le secourir et restablir en ce qui avoit esté perdu, et avec luy le duc Charles de Bourbon; mais estant adverty que lesdits de BourlxNi et de Longueville ne s'aceordoient goères bien ensemble, cognoissant queteVIesdivisions peuvent estre cause de grand désordre et confusion en un camp, et bien souvent de faire perdre les batailles, dépescha monseigneur François, duc de Valois et comte d'Ângoulesoie, qui estoit le plus proche héritier de la couronne, et lequel deimis a esté roy, afin de les accorder et assoupir la jalousie qu'ils pouvoicnt avoir fun de l'autre. £t lors estant arrivé avec eux, encores que tousjours la principale authorité demourast au duc de Longuevûle, à raison qu'il estoit, comme dit est, gouverneur du pays, il marcha néantmoins jusques au Mont Jaloux, où la bataille fut présentée aux Espagne s qui estoient à Sainct Jean de Pied dePort; laquelle ils refusèrent, disans leur estre ddfeodu du roy Ferrand de rien hasarder par une seule bataille. Puis, après avoir faict passer RoQcevaulx au duc d'AII)e, lieutenant géaèral dodit roy Ferrand, le duc d'Angoulesme ei Udiie armée furent contremandés ,du roy pour cfloQnier tout court, à l'occasion que le roy d'Angieierre Henry, huictiesme de ce nom, et fesipQ empereur Maximilian, à l'instigation et par h pratique du pape Jules susdit, faisoient grands préparatifs pour assaiUir la Picardie. Et de fittct ils y firent un mervelHeux eflbrt ; car îœioy roy iienry. desecDdit avecques une armée de yf'm^-dmq ou trente mille hommes de pîed et bon nonibre de cavalerie, et le phis grand nombre d'artillerie qui avoit passé cent ans au précédant d'Angleterre deçà la mer pour entrer en Ftance; avecques lequel roy d* Angleterrese vint joindre ledit esleu empereur MaxttnUian et son armée; de sorte que les deux

ensemble estoient nombres à sept ou huict mille chevaux, et quarante-cinq mille hommes de pied, tant Anglois, Allemans, que Hennuyers; car, de Flamans et autres subjets du prince d'Espagne, Charles d'Autriche n'y en avoit aucuns, parce que ledit prince et ses pays estoient en amitié avecques le roy, à cause que le roy dom Philippe, son père, en sa mort, voyant qu'il laissoit son fils Charles, dont nous ferons cy-après mention en ces Mémoires, âgé seulement de onze ans, et que le roy, devant qu'il fust en âge (veu la légèreté des Flamans ), se pourroit investir des Pays-Bas, pour obvier à ce, il ordonna par testament le roy Louis XII, son curateur; et le roy, par le consentement des pays, y ordonna le sieur de Chièvres, de la maison de Croî.

L'armée mise ensemble , passant près d' Ardrcs et de Sainct-Omer, vint assiéger Thérouenne, mais en chemin quelque nombre dès leurs, qui estoient demourés derrière pour conduire l'artillerie, furent rencontrés,- auprès de Tournehan, de trois ou quatre cens hommes d'armes des nostres, qui estoient partis de Montrent et Boulongne, où fut gaigné sur eux une double grande coulevrine nommée Saint-Jean ; et en avoit l'Anglois douze de ce calibre, portans le boulet de canon, et nommées du nom des douze apostres. Et y forent defEaits quelques gens de pied qui estoient en ladite conduite. A l'heure de ceste deffaicte estoit le roy d'Angleterre sur son passage à venir de Calais trouver son camp devant Thérouenne, lequel faillit d'estre rencontré; mais il se retira dedans Sainct-Omer, auquel lieu le vint trouver l'empereur Maximilian, et allèrent de compagnie au camp. Peu de temps après, les garnisons de Montreul et autres voisines, et entre autres la compagnie de monseigneur de Yendosme, conduite par le seigneur de Moui, celle du duc d'Alançon par François de Silly, seigneur d'Imbercourt celle du seigneur du Plessis Dassé et autres jusques à quaU'e cens hommes d'armes , advertis qu'il devoit partir un grand envitaillement de Guines pour mener au camp devant Thérouenne, l'allèrent attendre près d'Ardres ; et ayans rencontré les coureurs des Anglois, les chargèrent et defeirent. Mais la trouppe ne se sentant assez forte, se ferma du charroy, ayant farcy toutes les advenues d'archers ; de sorte que nostre gendarmerie les aVans chargés par pitisieurs

AfÉSfOIRES

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KQy ; iplkWP'U qu aprè? avpir |ong-temp§ poipb^tfi» ^ fe retirèrent tousjoûrs ferip^ dç Ifilàr^ charroy jusque» de<)ans j^rdre», qpi estoit p^jT nous abandonnée, f | non» refir^smefi i Boulogne, ayant perdu beaucoup de gêna d^ biep, ^t entre autres le siepr i\f PK'^ia, qui fut frappé d*une ilècfie par le jjousset, en levant le |)ras poqr combattre; e} y mi grande perte de cfievaux de coup» de flè^h^^.

I^edaQ^ Thérouenne (e roy ayoi^ ord<innjÇ pour 9fs |ieutfîpapf généraux, de mesrpe pMJ^pc^ ^ autborjté, deux genM^s cii,pj|ain^, sçavofir e^t le seigneur de Telligny, sepeschal de llouergues, avecques cent kommes d'arme^ de la compagnie de Charles, duc de Gueldr^s, dont il estoit lieutenant, et messire Ant|)oinQ djç Crér quy, seigneur du Pontdormy, frçre puisné du seigneur de Créquy, avec autres peut booippes d'armes ^e iqiionsieur de La Grutuse, pouvellement décédé, estant lors de son trespas gou- YcrpeurdePici^rdie; et ^voit ledit du Pontdormy ladite compagnie en garde ; apssi y e^oit le seigneur dp 3crcif, ^yantcbarg^ de cipq ceps bomjBim de pied ; |e seigpeur de Heiliy , ciuq cens ; le fpigpeur fleÇoumonvjlle, cinq cen^ ; le capitaine Braudecq^iei AlpmftQ^ cinq cen^ lansquenets.

En cp tpn()ps^ /environ 1^ Feste-Dieu, fut esppusé à P^iç, pf^^ |e roy )cgé ^ux Tourneltes, Claude de iiorri^jne, pomte de Puisfe et 4'4i^)i^lie» avoues Antboinelte de Bourbon, sœur de Charles, comte de Yendosm^; <»t se fei( 1^ ban(^et en la maisoq d'Estamp^^, devant lesTournelles. V&pr^sdinée desdites nopçes, furon^ apportée^ nouvelles ftu roy comm^ ifH seignçpjT d^ la Triipouille avoit esté rompu devant Novare, et ^n année mise à vay-de-

rjjupte-

Il ne serf, /(^ me s^rpl^, impertinent si je dy ^ mot en p^ssi^t des occasions et comment Tarmée du roy ^voit es(é mise bors d'Italie, pour le repouvrem^t de laquelle s'jestpit (aicte çeste entreprise. L'an 15Q$, le roy, le pape Jules et Teippereur Maximilian feirent trouver à Can^bray 161^*^ députés, ^uquei Hieu ae feit upe ligue entre eux ; ^ bil cqncl^ qu'à fa*ais communs ils dévoient chasser les Vénitiens bors de la terre ferme d'Italie, les disans usurpateurs de ce qu'ils y tenoient, tant sur l'Empire que sur le patrimoine de TÉglise et sur le duché de Milan. Et pour exécuter ladite entre-

pri3e« 6it conclu que le roy avecques soa ir* mée, et Tempereur avecques la sienne et Ttr* mée du pape,sejoindroîént ensemble à un jour dit, r^n 1509, pour bufite exécution, sv Ici limites des terres des Vénitien^. Le roy s'y trouva en personne au jour prefix avecques çon armée, accompagné des princes de m san^ ; mais le pftpe et reaipereiir faillirent de leur promesse, car nul ne s'y trouva pour e<p. iins, au contraire, se lrouv| Tannée de li seigneurie en tel équipage que, entre Casian d Pandin, le roy seul n'ayant nonvdiet de ccm de la Ugue , leur donna If bataille, laqodk ayant gaignée et prjs touf leurs chels cf viogl mille des leurs ayans esté tués en ladite lataiile, et le chasleau de fiesquaire pris fmuà, se rendirent entre ses maiûs toutes les pbcei des Vénitiens, sçavoir est yéronne-, Vlneenee, Crémone, Cresme, Padoue, Bresse, Bergaine, et toutes les villes de là Ghira-d'idde, et lofisj iei autres places que tenoient lesdits VénitieDia la terre ferme, bors mis deux ou tipis.

Or, pour ce que par ledit traité de Ciabny estoi^ dit qu'il seroit rendu à rempereur ecqâ estoit de PEmpire, et pareillement au pape ce qui estoit de TÉgliae, le roy remit entre les m*ins de Tiempcreur ¥éronnft« ¥ineence, P|doue et les autres places ; et entre les mains Ai pape Rimini , Faence, Ccanvie, ftavaines et les autres terres du patrimoine de l'Église. Maiit l'année mesme, l'empereor laissa perdre Pidoue, que ks Vénitiens reprindrent sor faiy par feute d'y avoir bien pourreii ; à k recooqâtste de laquelle le roy feit assister à l'empereur le seigneur de la Falioe aveoqoes quatre eeos hommes d'armes françois ; mais il n'y feit pas son proufit, ou pour sa négligence, on autrement. Le pape et ledit seigneur empereur se bandèrent contre le roy, et, dressant ieure armées à frais communs, jieirent assaittirle^MM de Milan, où ils ne prouffitèrent guèrai^rtoton de Foix, duc de Nemours, Ueutepant ^ néral en Italie en Tan 1^12, leur donna la tetaille à Ravepnes le jour de Pasques, eniatpiMe bataille ils furent rompus et deffidds, et Rs' venues prinse d'assault. Mais leduc deNeoiours, poursuivant sa victoire et n'estant solty, po^ n'estre apperceu des siens, fat tué. Par quoy demoura le seigneur de la Palice Jacques de Cbabannes, qui estoit grand*maistrpdcinrance depuis n'a guères par le treq>u de messtfe

Î)È MARTIN Dt I^ELLAY.

QïÊxkB (T AmboîâC, décedè Tan précédent, gdn- Yerneor et ftethenflot général poar ie roy audit docfaé de Milan et d'Italie.

Ledit an 1512, le pape et Pempereur, en^ com animés contre le roy, qui estoit leur UeD-ftcteur, voyans ledit seigneur roy avoir j^ré son année, suscitèrent les Suisses soubs le tiltre du seigneur Maxiniilian Sforce, fils du seigneur Ludovic Sforce, qui avoit esté usurpateur du duché de Milan, mas depuis pris prisonnier par iè roy Louis, à qui ledit duché appartenoit à cause de madame Valentioe SB grande mère; et Iceluy Ludovic Sforce estoît moH captif dedans le chasteaù de Lochei; lesquels à Pimproviste descendirent audit duché de Milan, où, devant que nos gens eussent lémorjren de pourveolrii leurs affaires, les spolièrent dndH duché, et en mètrent en possession Maatim'diati Sforce, fils dudit Ludo\ ic , lequel les SaMespHndrent en letn* protection qui étoit cause ipsè le roy avoit dépêché le seigneur de b THmoaMè |four reconquérir ledit duché.

Estast le seigneur de la Trimodille party^ et ks Siiiâsei^ «dveftis de Tsirmée, laquelle êit (dote ditigetice marchoit, envoyèrent à messMti détf lignes, quérir dix mitle hommes de seeoors, aitendam lequel, et scachant bien que nesire armée desjà estoit entrée en Dauphiné, partirent de Mibui environ de sept à huict mdle poof noui empescher de passer le pas dé Sue; viâià, adverti^que desjà avions foict telle ditigence que nostre armée estoit en la plaine , se fermèrent à Novat^ pour là attendre leur secours, leqtiel par le val d'Oste; venoit desceriàin ft Itfée. Le seigneur de la Trimouilte de ee trivetty; les vint assiéger dedans ladite ville de !!lcHravt, sMè attendre le reste de sori armée, qtâ osHAi estorês dedans les montaigiies; ayant sediement «It ta cdmj^agnîe ilt titille tahsquentiÉH^aÊttt Êdtlte bommeé de pied iVançois^de gtS^ââtmêiik; s» compagnie de cent hommes d^flrfMS, celte dé monsieur dé Èourbon de pareil tloflabre;confdQitte par le hast ard de Claiette, son fietlleiHttit; nies^t*e Robert dé ht Marche, cent bontme^ d^amtest 'e duc d'Albanie , cinquante; leie^tiedrdeSalfit-'André,cihquante; n^onsieur deBiâs^ de Mor^ohgnfe, cîtiquânte; Jacques le jeutle, dft Mâtiierfce, cinquante de là compagnie tfu âiârquts de Montferrat, doilt il avoit esté nouvellement lieutenant par le trespas du sei-

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Avêcques ladite at^ée le seigneur de la Tri* mouille vint loger prèà de la vîllfe, où, ayant feit furieuse batterie, feît brèche raisonnable pour assaillir; mais il ne fut conseillé d'y donner Passault pour deux occasions: Pune pour le grand nombre de Suisses qui estoient dedans, lesquels il ne pouvoit (brcer sans grande perte d'hommes; Pautre, qu'il avoit advertissement que le secours qui venoit de Suisse par le val d'Oste approchoit d'Ivré, lequel, arrivant après un sanglant combat, et estant frais, eussent peu deffaire nostre armée ruinée audit combat, ericores qu'elle feust victorieuse. A ces Causes leva son catnp, et marcha pour aHer combalre ledit secours avant qu'ils fussent joincts ehiemWe; ei pour cest effect alla loger à deux rtitle^ dé Ndvare, sur le èhemin de Trécas. Dé quoy Iè scfcouTs des Suisses adverty, laissans nostre afmeé à main gauche, la nuict subséquente sans rencontre entrèrentdeddns ledit Nôval^e; auquel lieu estantassemblés, délibérèrent desohif pouf aller combatré lé seigneur de là Tririioudie, lequel estoit logé mal à propos, d'4ûtant que la gendarmerie né pouvoit secourir lès gens dé pied, à cause des canàui et ^rané fossés qu'il y avoft entre deux : aussi le fieu ordonné où la gendarmerie devott combatrc estoit en un marais, où les chevaux estoient enfaAgés jusques au genoil. Et si ne fut faict diligence dé fermer le camp qui avoit tant cou^é à charler (chose qui eust bleri servy f^ôur àrrè^tèr là fureur des Suisses, Attendant le reste de Parmée qui estoit à venhr); et disbit on que ceste fauté advint potir sauver une cassine estant au seigneur Jean- Jhêques Trevoulse. Qui eust temporisé, le caj)îtaine Tavannes, qui estoit jà arrivé st Sàinct- Aifnbroise au val de Suze avec six mille lansquenets qu'il amendit, que le duc Charles dé GueWres avoft envoyé au rôy t)ouif sbn secours, y fust arrivé à temps.

Les Suisses doncqûes ayàns beu chacun un coup, sîlns autre séjour sortirent en campagne : une partie print le chemin à la teste de faotfe camp; Pàutre partie, prenant le chemin à fi main gauche, et laissans ilostfe armée à droite, ^ndrent àsâaiHir nos lansquenets par le costé qni tire vers Trécas; lesquels ne pou^iani ëàtre' secourus de nostre gendarmerie , et estans en lieu où cux-mesmes n'avoient moyen de combatré , furent rompus, et une parMe taillée eh

fpeoÊt de h Grotte, frère du seigneur du Lude. [ pièces; et mesme, entre, autres te seignéut dé

MÉJtfOIRES

Hearange leur général, etleseignearde Jamets son second frère, demourèrent parmy les morts. De quoy messire Robert de la Marche leur père adverty ,avec cent hommes d'armes dont il avoit la charge, tourna la teste droict à Tennemy, et feit une si furieuse charge qu'en bien combatant vint jusques aux lieux où estpient couchés ses enfans parmy les morts; et chargea Taisné sur son cheval, et Tautre sur celuy d'un sien lM>mme d'armes, et, en despit des ennemis les tira hors du danger, non sans qu'ils eussent des coups infinis, tant au v isage,à la gorge , qu'autres lieux; mais, à Tayde de Dieu et des bons chirurgiens, la vie leur fut sauvée. Le seigneur de la Trimouille voyant le désastre tourné sur luy , et estant hors d'espérance parce qu il avoit perdu la force de ses gens de pied , et estoit blessé en une jambe, se retira le chemin de Yercel, et de là à Suze (chose qu'il feit aisément , parce que les Suisses n^avoient aucune cavalerie) : autres des nostres se retirèrent par le val d'Oste.

Ce mesme temps , ayant le roy faict passer par le destroict de Gibraltar quatre galères soubs la charge du capitaine Prégent, pour résister aux incursions que faisoient les Ânglois sur la mer de Ponant, le long des costesde Normandie et de Bretaigne , l'amiral d' Angleterre , lequel avoit donné ta chasse aux galères dudit Prégent jusques près de Brest, fut combattu par lesdites galères, et fut blessé ledit amiral, qui mourut peu de jours après. De rechef, devant Sainct- Mahieu en Bretaigne, le jourdeSainct-Laurens, fut combatu par quatre-vingts navires angloises contre vingt bretonnes et normandes; et estant le vent pour nous et contraire aux Anglois, fut combattu en pareille force : et, entre autres, le capitaine Primauguet, breton, capitaine de la Cordelière , navire surpassant les autres en grandeur , que la royne Anne avoit fait construire et équipper, se voyant investy de dix ou douze navires d'Angleterre, et ne voyant moyen de se développer, voulut vendre sa mort; car ayant attaché la Régente d'Angleterre, qui estoit la principale nef des Anglois, jetta feu ; de sorte que la Cordelière et la Régente furent bruslées, et tous les hommes perdus, tant d'une part que d'autre.

Quelque temps après, le roy ayant entendu la nécessité des vivres en laquelle se commençoient à trouver ceux deThérouenne, pour desjà avoir été assiégés six ou sept sepmaines , déli-

béra de leur faire bailler quelque refreschissement, attendant que son armée fost assemblée, pour du tout les aller secourir. Et de^à avoit eu nouvelles que le duc de Suflbic de la Bbaehe Rose , lequel de long temps avoit esté fugitif d'Angleterre, lui amenoit six mille lansquenets. A ceste cause , le roy avoit mandé au seigneur de Piennes, gouverneur de Picardie, et soufieatennnt général en l'armée qu'il assemUoiti Blangy en Temols, près de Hedin, de trouverk moyen de faire ledit refreschissement. Le seigneur de Piennes, avecques l'opinion des capitaines estants avec iuy, tels que le ducLonisde Longueville, capitaine de cent gentilshenuDes de la maison du roy, le seigneur de la Palice, grand maistre de France, le seigneur d'Imbercourt, le capitaine Bayard, lebarondeBéird, messire Emarde Prye, le seigneur de Bonaivet^le seigneur de Bonneval, le seigneur de la Fayette, lieutenant de la compagnie de l'amiral deGnùville, la compagnie du seigneur JulesdeSaioct- Severin, le seigneur de Malebert, lieutjmantdu comte de Gl^se de Lorraine, le sei^ieur de Clermont d'Anjou, lieutenant du due d'Angoolesme, Nicolas, seigneur de Mouy, lieutenantde monseigneur de Yendosme, François de SiBji baillif de Caen «lieutenant du duc d'Alancon, et autres capitaines de gei.s d'armes, avecques le seigneur de Fontrailles , capitaroe généni des Albanois , conclud d'envoyer ledit Fontrailles avecques ses Albanois, portant chacun Albanois, sur le col de son cheval , un oosté de lard et de la poudre à canon ; lesquels dévoient donner jusques au bord des fossés de la ville, et jetter ledit lard et poudre en lieu où nos gens à la garde de leur arquebouzerie et artillerie le peuMcnt seurement retirer dedans la ville , et que ce tempfe pendant, ledit seigneur de Piennes et de la Palice, avecques quatorze cents bomaiei d'armes , les sui vroient jusques sur le hâvii de Guignegatte, pour les soustenir, chose qui ft^ exécutée par lesdits Albanoia Wen et dextrement. Et esioient allés plusieurs jeones bommei pour leur plaisir quand et eux , qui entrèrent dedans pour visiter leurs amis en espérance oe ressortir; mais ils n'eurent le moyen. Entre autres y estoient le seigneur d'Anton , seul fils de monseigneur Du Boschage , le seigneur de U Roche du maine, Jean de Mouî , seigneur de U Meillerayc, l'escuyer Boucar, la Roche, Hesmon La Roche Sendry , et plusieurs autres.

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