LIVRE. î
quêtes dissimulations dont il usoit, eust eommandement da roy son maistre d'ainsi le faire, ayant quelque traitté secret avecques le roy : ansà dom Raimon avoit double dudit Laurens de Médicis,à cause que plusieurs ambassadeurs estoîcnt allés devers le roy de la part du pape*, et tous deux aussi en général ciaignoient d'entrer entre Farmée du roy tant gaillarde, et celle desYénitiensqu'amenoitle seigneur Barthélémy d'Alvîenne, qui nous donna grand avantage.
Les Suisses estans prests à dépescher leurs députés pour aller à Bufferolle , furent par le cardinal de Sion dissuadés de ce faire, et persuadés de rompre et faulser leur foy, leur remonstrant qu'estant le roy asseuré du traité de la paix, auroit laissé son armée en nonchalloir , et mesmes que le roy , sur ladite asseurance, avoit contremandé Barthélémy d'Alvienne, qui estoit à Laudes avec Tarmée vénitienne, de ne passer outre; parquoy, partansàTimproviste, feroient deux eflects : l'un passant audit Bufferolle, pourroîent ravir l'argent que monsieur de Lautrec y avoit porté, et quand et quand venir donner h bataille au roy , luy ne se doubtant d'aucun ennemy, ayant séparé d'avecques luy ses forces, comme l'armée vénitienne et lesquatre cens hommes d'armes qu'avait mené mondit seigneur deLaotrec. Mais ledit seigneur de Lautrec adverly par ses espies de la délibération faicte par . les Suisses , se meit hors du chemin avec les deniers , et se retira à Galléras ; par quoy les Suisses, ne trouvans ce qu'ils cherchoient, passèrent outre pour exécuter leur entreprise sur
feroy.
Le jeudy, treiziesme de septembre , jour de Sûnete-Croix ^1515, environ deux heures après nûdy , vindrent donner sur nostre avant-garde, de laquelle avoit la conduitte le duc de Bourbon, connestable de France; mais ils trouvèrent ledit coDoestable en armes , lequel à ceste première abordée les recueillit vigoureusement , mais non sans perte ; car il entra un efTroy en tiQ des bataillons de nos lansquenets tel qu'ils s^ébranlèrent pour se mettre à vau de roupte , ayant mis en leur opinion que le traitté que le Toy avoit feict avecques les Suisses estoit deiBouré en son entier, et que ce qui se faisoit estait une lainte pour les vouloir livrer entre les nains des Suisses, leurs anciens ennemys : mais voyant la gi^ndarmerie qui soustint l'effort des enûemls, reprindrent asseurance telle, qu'ils re- XYl' siicLK, ChroD. et Mém.
tournèrent au combat, voyàns aussi le roy qui marchoit avec les bandes noires, coste à coste de son artillerie. A ladite charge fut tué François monsieur de Bourbon, le seigneur d'Imbercourt, le comte de Sanxerre et plusieurs autres gens de bien. Et dura le combat jusques à la nuict, qui fut si obscure, mesmes à cause de la grande poulcière que faisoient les deux armées, que nul ne cognoissoit l'autre, et mesmes que les Suisses portoient pour leur signal la croix bjanche aussi bien que les François, ne portans pour différence sinon une clef de drap blanc chacun en l'espaule ou en l'estomac ; et , pour mieux surprendre nostre armée, n'avoient porté ^ aucuns tabourins , mais seulement des cornets pour se rallier; et fut la chose en tel désordre, pour l'obscurité de la nuict , qu'en plusieurs lieux se trouvèrent les François et les Suisses couchés auprès les uns des autres , des nostres dedans leur camp, et des leurs dedans le nostre; et coucha le roy toute la nuict, armé de toutes ses pièces (hors mis son habillement de teste) , sur l'affust d'un canon.
Le jour venu, qu'on se recognut, ch^acun se retira soubs son enseigne, et commença le combat plus furieux que le soir*, de sorte que je vey un des principaux bataillons de^nos lansquenets estre reculé plus de cent pas, et un Suisse, passant toutes les batailles, vint toucher de la main sur l'artillerie du roy , où il fut tué ; et sans la gendarmerie, qui soustint le faix, on estoit en hazard. A ladite bataille fut tué messire François de la Trimouille, prince de Tallemont;seul fils du seigneur de la Trimouille; le seigneur de Bussy d'Amboise, et le sieur de Roye, et plusieurs autres. Aussi fut blessé en deux ou trois endroits, de coup de picque, le cheval de monseigneur de Vendosme: le comte de Guise, qui estoit demeuré général de tous les Allemans, estant au premier rang, fut porté par terre; mais un sien escuyer de service , nommé Pescuyer Adam , natif d'Allemagne , voyant son maistre de tous costés battu à coups de picques et de hallebardes, se jetta sur sondit maistre, portant les coups que son maistre eust portés; pendant lequel temps les Suisses furent reboutés et ledit de Guise secouru, et par un gentilhomme de la maison du roy , nommé le capitaine Jamais , escossois, fut porté hors de la presse ; de quoy il avoit grand besolng , tant pour les coups qu'il
avoit receus que pour le nombre d'hommes qui
MÉMOIRES DÉ nu BELLAt,
avoieut passé par cle$$tis luy : tellement que à grande peine avoit-U la puissance de respirer. Environ les neuf heures du matin , les Suisses , pour divertir nostre armée , jettère^t une Urouppe d'hoço^çdes k leur main gauche , pour par une vallée veniif doI^ler par derrière sur nostre bagage, espérans np^ faire tourner la te^te, et par ce moyen nqus deffaire; n^ais ils furent rencontrés p^ moi]^ieur le duc d' Alançon avecquea nostre arrière-garde, lequel les detfit. desquels une partie, s'estant retirée dedans un bois , fut toute t^éQ par l^ Gascons , desquels avoit la charge l,e s^eigneur Petre de Navarre, et les ar- ^lesjtriers h, cheval, desquelsavoit le petit Cossé cent §oub;i sa charge» et le légat Maugeron cent.
l.e si^igneur Barthélémy df Alvienne , le jour précédiei^t, estant adverty de Tentreprinse des Suisses » qui avoient rompu leur foy , partit de Laudes avecques son année, venant toute nuict, en espéri^nce d'arriver d'heure à la bataille; lequel $t telle diligence, qu'environ les dix heures du matin arriva au combat avecques la cavalei^ie , estajçvt suivy.de loing de ses gens de pied : i^^i3, Le fils, du comte de Pétillane , jeûna homo^e désii;ant de loi^ temps se trouver au comba^t poui; le service du roy, fit une charge sur les Suisses,' qui estoient sur leur retraitte, où ilfut tué, et plusieurs avec luy. l.es Suisses, qui pou voient estre aucommencement ennombrede trente-cinq mille hommies, ne pouvansplus soustenir le faix du combat, ayant perdu la pluspart de leurs capitaines , et le combat ayant duré deux jours, perdirent le cueur et se mirent en roupt^. \}n bon. nombre d' iceux se retira dedans If Ipgis de monsieur deBourbon, ou, ne se voulaqs n^et^à la mercy du roy, le feu fut mis, et furent t^ous brusiés et de nos gens parmy, qui estoient» entrés pesle-mesie pour les deiïaire; et entre autres Jean de Mouy, seigneur de la Milleraye, qui portait la cornette du roy, y mourut ; autres, s^ retirèrent au chasteau de Milan, autres drpit en Suisse, parce que le roy, se voyant, avoir eu la yictoire , se contesta de les laisser ^Il^r. Et y mourut des Suisses de quatorj^e à, quinze mille, et des meilleurs capitaines et honunei^q^iMIs eussent, et plus aguerris. Yous avez entendu comme le cardinal de Sion avoit amené les Suisses au combat : or les ayojtril ac* compagnes avecques cinq ou six cents chevaux, jusques à la première charge; mais ayant
trouvé nostre armée en estât (chose qmD'avoii espéré), s'enfuit dès le soir avecques toute sa cav alerie, prenant le chemin de Milan, ou, ar* rivé qu'il fut t voyant la v'dle mutinée et les Suisses pareillement , tant pour la perte qQ'ils avoient tàïct^ que pour le payement de \m mois qui leur estoit deu, s'en&îit en ÂUeoogM devers l'empereur Maxi^iilian.
Ayant le roy obtenu une si glorieuse rietoire en soi\ âge de vingt et un ans, après im remercié Dieu, délibéra d'aller loger le koit main à deux milles de Milan, auquel lieu hyforent apportées les clefe de U ville*, maisilae fut d'advis de si tost y entrer, parce que Maùmilian Sfbrce, avecques quatre mille Soisso, estoit dedans le chasteau. Par quoy fut coacts que le roy n'entreroit dedans la viUe <pe le chasteau ne fust en son obéissance. £t fat eavoyé monsieur de Bourbon, avecques l'avantgarde, loger dedans Mj^an et assi^ ledit chasteau ; p^is, ayant mis ordre aiu siège, y fut laissé le sieur d'Aubigny , et se relin kdit Bourbon devers le roy; et le roy, avecques te reste de soQi an^ée, s'en alla à Pavie, où luy futbiete toute obéissance. Pendant qu'il fut audit liai de Pavie^ le comte Petre de Navarre, auipella roy et monsieur de Bourbon avoieiM* <1oium h principale charge de l'aasiégement, enpeadi jours tira l'eau hors des fossés, et les mistàftc entreprenant de le miper^ car il estoit fortes pert ; et en peu de temps fit voiler une CM^ mate qui estoit à maia droict^en eoiraDtàla porte dudit chasteau, d^ver^ la place de h ville, vers la porte Comoise. Ayant doDcqw» levé le flapc que &isoit ladite casei]aale, coinmença avecques taudis à rainer soubs la n»* raille. Faisant lesditea n^es et estant dedans le fossé, ledit Petre de Navarre sortit de dessoubs les t^dis qui estoient le long du v0^ pour recognoistre quelque chose : lorsceoKpu estoient à Qostre artillerie, voyans un pw de l'avantmur encores debout, tirèrentop^^ d'artillerie. Inédit avant-m»r, de ca3.fef^ tomba sur ledit Petre de Nayarre, et accahh ledit Petre spubs les ruines, dont il fut và^^ en son logis estant, en danger de mort.
Le duc Maximiljan et les Suisses, qui (W«* estoient assises, se voyans hors d'e^aû^ de secours, et mesmt^que le iwy estoit sur w traitté d'appointement avec messieurs des ligues, se désespérèrent de pouvoir tenir la<l*