‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 234 sur 428 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Le seigneur de Lantrec ayant pris Tannée CD main, délibéra de parachever les choses promiscs aux Vénitiens , et , se joignant avec leur armée, alla assiéger Bresce, où il fut faict deux batteries. Tune par les François, l'autre par les Téoîtiens; lesquelles furent si bien continuées que C60X de la ville parlementèrent, à la charge que, s'ils n'estoient secourus dedans six jours, ils dévoient bailler la place , s'en ailans leurs bagues sauves, avecques leurs armes et enseigines; et furent baillés pour hostages, de la part des assiégés, MaMonade et dom Jphan de Ser- ▼ilion. Le jour venu , fut quelque peu temporisé par ceux de la ville, tellement que mondit seigneur de Lautrec menaça lesdits hostages de les faire pendre; mais enfin la ville fut rendue au roy. suivant la capitulation, laquelle ledit seigneur de Lautrec mist entre les mains des Vénitiens, sekm le traitté. Ce Saict, nostre armée s'en alla hyvemer au Mantouan, et l'esté subséqoant alla devant Yéronne ; mais après que nous eusmes £aict batteries, l'une par nous, du oosté du Mantouan, l'autre par les Vénitiens, du costé de Vincence, celle du costé du seigneur de Lautrec fut fort combattue, mesme par deux assaulx, l'un du costé de la porte , l'autre à un pan de mur que mondit seigneur de Lautrec avoit faict sapper , où fut blessé d' une arquebousade le seigneur Marc-Antoine Colonne, qui estoit chef dedans la ville pour l'empereur : ce nonobstant, et qu'il y eust faulte de toutes choses, jamais ne voulut parler. Aussi, sur le mois d'octobre, y entra secours, amené par le comte de Roquendolfe, de huict mille hommes qui vindrent du costé de Trente. A ceste cause, retirasmes nostre armée à Villefranche, qui est sur le bord de la muraille qui sépare le Mantouan du Véronois, pour les affamer; et là nous faisoient les Vénitiens fournir des vivres par commissaires dorant tout l'hyver ; de sorte qu'environ Noéf , les Espagnols, par nécessité de vivres, nous rendirent la ville, laquelle fut pareillement mise entre les mains des Vénitiens. Ce faict, et ledit seigneur de Lautrec de retour à Milan, fut solicité par l'ambassadeur du pape Léon d'envoyer (suivant le traitté faict à Bolongne) secours pour jetter hors du duché d'Urbin Francisque Marie , usurpateur dudit duché; à quoy ledit seigneur de Lautrec ne voulut faillir, et y envoya le seigneur de Chissey avec quelque nombre de gens. Puis après y envoya pour lieu-

tenant général du roy messire Thomas de Foix, seigneur de l'Escun, son frère, et bon nombre de gendarmerie et de gens de pied françois, et ceux qui avoient la conduitte desdits gens de pied, entre autres, le chevalier d'Ambres, le seigneur d'Aussun, le seigneur de Saint-Blimond, Picard, et plusieurs autres capitaines. Arrivé que fut ledit seigneur de l'Escun au duché d'Urbin feit telle diligence , qu'en peu de jours il meit ledit duché en son obéissance; puis en mist en possession le seigneur Laurens de Médicis» nepveu du pape.

En ce temps, estant le roy à Tours, vint devers luy Philippe de Clèves, seigneur de Ravestain, ambassadeur de la part de Charles d'Autriche, prince d'Espagne et comtede Flandres, pour adviser un lieu commode où les députés de leurs deux Majestés pourroient convenir ensemble pour faire une On à tous leurs différens et ceux de leurs alliés. Le lieu fut ordonné à Noyon, où, de la part du roy, se trouva le seigneur de Boissy, Arthus Gouftîer, grand-maistre de France, et, de la part du prince d'Espagne, Antoine de Crouy, seigneur de Chièvres, lesquels avoient gouverné leurs maistres en leurs jeunes âges ; et tous deux accompagnés du conseil de leursdits maistres, et de plusieurs notables personnages. Audit lieu de Noyon furent faictes plusieurs conclusions entre eux, tant pour différend du royaume de Navarre, nouvellement usurpé par le roy d'Arragon , que du différend du royaume de Naples. Enfin, il fut traitté que dedans six mois le roy catholique devoit rendre le royaume de Navarre à monseigneur Henry d'Alebret, lequel avoit esté usurpé sur son père par le roy d'Arragon, grand-père maternel dudit roy catholique, ou bien récompenser ledit roy de Navarre dedans ledit temps, à son contentement. Quant au royaume de Naples , ledit Charles d'Autriche en devoit faire une pension (ce me semble) de cent cinquante mille ducats; mais il ne s'est rien faict ny de l'un ny de l'autre. Et là lut conclu le mariage entre ledit Charles d'Autriche et Louise, fille aisnée du roy, encores que par cy-devant eust esté traitté le mariage de luy et de madame Renée de France, sœur de la royne. Et pour jurer lesdits traittés faicts à Noyon , fut envoyé de la part dudit Charles d'Autriche le comte Du Reu, grand-maistre d'Espagne, lequel trouva le roy à Paris, qui envoya son ordre audit prince Charles d'Aulri-

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che, et ledit pttocë le riett>ti wy , pouts^grtë d'àmiMé. Et ftit conôhi tmc vcue tàttt Ici detil pHnce^ à Cambray.

(1517) Au mesities temps m(rartil Ferdinand, roy d'Arragon, qtfon appeHolt Jean Gippon, ayeul maternel de Charles d'Autriche; par quoy ledit Charles , pour recueillir la succession , s'ehibanpia pour aller eti Espagne; qui fut cause de rompre l'entrevue des deux pHnces. A ceste oecasîon, le roy, qui se pr éparoit pour aller à Cambray, changea son dessehi, et repHht son cheminàBlois, etdeBloisà AmbOi^; auqtiellieu, peu de temps après accoucha la royne Claude de son fils aisné, au mois de février 161T; lequel le seigneur Laurens de Médicis, nepvetl du pape Léon, aunorodudlt pape, tint surlesfont^,et fut nommé François. Audit baptesrae, fbrent feictes les plus grandes magnificences, tant en Joustes, escarmouches , batailles faintes , qu'assiègemens de places , qu'on eust veu du virant des hommes. Le roy,* pour confirmer l'amitié entre ledit pape et luy, donna à Laurens de Médicis, duc (TUrbin , en mariage tme sienne cousine , fllle et héritière du feu comte de Bolongne et de la sœur de feu François de Bourbon, comte de Tendosme, qrll estoit mort à Tercel, au retour du roy Charles delfaples. Audit baptesme, vint présenter »6n service au roy le prince d'Orenge, en grand éqtrippage; lequel S'en alla mal content et se reth^a au sertice de Charles d'Autriche, roy d'Espagnt. Peu de temps devant, le Wy fit réédifier la tifle de Thérouenne, et en fit gouverneur le bastard de Moreul, seigneur de Fresnoy.

En ce mesmes temps, o« peu après, le roy dé* pesdia messire Gaston de Brezé, prince de Fouquarmont, fi^e du grand séneschal dé Normandie, avecques deux miUe hommes de pied franoois, desqiieh avoient la charge soubs luy le capitaine Plefcu et le baron de Gondrin, Gascon, et te capitaine Sainct-BHmont, Picard, et le capitaine la Lalande, au secours du roy de Dannemarc contre le roy de SujMe. Lesquels, Après avoir gaigné une batailte au prouffit d a- At roy, estans enfin abandoiWiés des Dannemarquois en un combat faict sur la glace, fiirent déficits ; et y en demeura la phis grande part, pour des arbres abatus en une fbrest qui empeschoient nos gens de s'aider de leurs picqués, après s'estre retirés de dessus les glaces auxforests. Et, entre autres, y moturut le capi-

taine Sainct-BIimont, qui estoit vaillant homme; et n'en revînt en France la moitié, qui esloîent tous nuds, ayans perdu leurs armes et rnfné leurs habillemens; encores, estans abandomiês du roy de Dannemarc, pour lequel ils atoient combattu, trouvèrent moyen de trouver quelques navires passagères, par te moyen desquelles ils prindrent terre en Escosse, et de li a France.

L'an 1518, fut này à Sahict-Germain-eb-Li)! Henry, Second fils du roy, duquel fat pfcrftin, et le nomma par procuredf , Henry huictittftê, roy d'Angleterre, de son nom Heury.

(1519) Peu de temps après mourut Femperwr Mat Imilian, à Foccasion de quoy y eut de grandes menées et pratiques pour faire éleetlond'im empereur. Aucuns (iésiroient te roy de Fhntt, ititres, Chartes d'Autriche, fils du roy *« PWlIppe, qui avoiteôté filsdeFempereorMiitmiKan décédé. Pour ceste occasion alla TmltA de Bonnivet, en habit dissimulé, en Allema^, ayant promesse de plusieurs des électeurs qrfils seroient à la dévot ion du roy son maistre ; mais, par la conduitte de Frédéric, comte palatin, et ôa cardinal de Liège, frère de messirc Robert de la Marche, fut ledit Charles d'Autriche, fty d'Espagne, esleu empereur à Fratocfbrt, et couronné à Aix-laChappelle. Ceste mesme aimée, messire Arthus Gouffier, seigneur ée Boissy, grand-maistre de France, et monsieur de Chèvres, s'assemblèrent à Montpellier; Ton pour h part de F esleu empereur, Fautre pour la part do roy, pour par cnsembte adviser une paix ftnale entre leurs detnt Majestés, et vulder tous teurs différends d'entr'eux et leurs allife. Mais après avoir convenu ensemble quelques Joraï, et avoir si bien acheminé les affaires qoe Ton espéroit en avon» bonne issue, ledit grand-maistre de Boissy tomba en une fièvre continue de hquelle il mourut, qui fut caùSe que les choses encommencées ne prindrent point de Sn; et à^en retourna te seigneur de Chièvre* «Espagne. Ladite mort fht cau^ de grandes guerres,ain«Tqtfentendrezcy-après; car^ikeussenl achevé leur parlement, il est tout certain que la chresttemé fusl dcmotn*ée étt repos pour l'heure ; mais ceux qui par après ihanièrcnt les affaires rt'aîmèrent pas le repos de la clireslienté comme feisoient lesdtts de Chièvres et le grandmaistre.

Ladite année, mourut le seigneur de Piennes,

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surfMnamé ûa HaUevin, qax e^toit gouverneur et lieoleiMuai géaérat du roy en Pie^ie; et, en 9âa )my kl roy b&ilte te gouven^eoieiii à Charles, duc de Yendosiw>ia, et te gouverueiBent ^ f'ïsk de France (fn'aYoit tedit due à François de fioQfbon, coime de Sainct-Pol, acm firère.

Iiedil an» an moi3 de sepftembre ensuivant, te roy, estant à Angîera» délÛ^ra de faire plus estreittes alliajM^s avee te roy d'Angteterre, voyant avoir £aiUy de eoaelnure avec Festeu eii^»eur; et pour eest elfeet dépesjcha me»sve GaïUaume Gooifier» seigneur de Bonnivet, aoiiral à^ France» accompa^oé de grand nombre de seigneurs et gens de conseil, pour alter deveis tedU roy d'Angleterre, tequd il trouva àGceQYicKmaispn déplaisir qu'ilasurlaTamiseik troi& lailks aintessoubs <te Londres. Auquel Uieu {iityoarparlédQ mariage de François, dau^ pMndemiK^ et de madame Marte, fille imique Aidit roy d*Angteterre^ encores que la fiUe eut qmtte ana fh^ que ledit dauphin. Et après avoir séjoamé aodit Ueu sii, sepmaines, et avoir ^ grandement festoyé dudit seigneur roy> taate^cbasseSbfestinsi, tournoya, qu'autres dédoits» s'en retourna en France, ayant arresté wt astfojitte alliance aatre teurs deux Majestés» poQrlaeoinfiraïadtiondie Uqudle, etdudit mariage. btm^ peu. de temps après le miUor cbamberlan. et k prieur de Saînct- Jean de Hiérusalem. d^ taffudres vijadrent trouver te roy à Paris, où ib fiireoi liQonpi:abtemetiA recueillis et festoyés^ taitf da roy %ue des princes de son sang. Et lÀ fiu co^eia la restitution de la ville de Toumay eatt3^ les i^aius du roy, laquelte avoit esté coa-^ qpisê pi^ TAnglois sur te kn LouisXU^de qmj) de^ les. grQpos «^voient esté mis en avant pai; Itaj)^î^(te'Qonnivet, luy estant en Angteterre. I^Quoc \ft fachapt(de tedtte viUe» te roy juy d^voLt feur^ (fiatrç eensmiUeescus, sçavoii! est deuJi CQOft piUe, tant poi» la despence &icte à la QQSk" ^InyrMnft de la citadelle que pour FartiUeri^ pourilmii et auà'ea mumtioos que ledit roy*d'Aj>r ^tetot^re devoft laisser en place ; Ics^autresdeux cena.iiwlte: pour tes frais par ledit roy faicts à la copi^goeste de ladite ville, et pour te reste des peur mm V^ ^ estoientdeues* Et, parce que Tar-* 9B4n! estait baîUé comptait, fut baillé aqdit roy <f Angleterre buiqt: ge^lshommea pour tenii; bornages jusques-a» paiement de ladite aomme» àsçavoir quatre gentilshommes de la cbambre du roy,etqi|EÛre «dfaosd'bonneur. Lcss quatre geit?

^Us hommes estoient François de Montmorency, seigneur de la Rocbepot; Charles de Mouy« seigneur de la Meilleraye; Antoûie des Prez, seigneur de Montpesat ; et Chartes de Sotiers^ seigneur de Morette en Piémont Les quatre enfans' d'honneur estoient te flb aisné du sei-* gnewr de Buguevilte„ te puisné de Mortemar , et Melun et Grimault. Aussi fut accordé que, jusques à ce que tesdits hostagiers swoient rendu» à Calais eot la puissance du roy d'Angletenre» ne seroit faite délivrance de ladite viMe de Tournay ;^ mais qu'estana audit lieu de Cateis, seroil dépesché messure Clasi^ard de ColUgny, seî* g^eur de CbastiUoft, mareschal de France^ acc<wapagiàé de deux eenshofiSAnes d'armes^pour idter prendre possession de ladite vUte. dme qui fot exécutée^ car, arrivant ledit mar^ncWii de Chastilion à Toumay > luy furent livrées ptt les députés du roy d'Angleterre b% viUe et eiAa-* deUe, avec toutes les choses eontenues autdîA traitté ;^ et fol receu tedit majreadud, par te§ fa»** bitans en la plua grande joie quePon enftsceoi reeevoir k propre personne du. roy ; el mesmes les^ citadins, pour monslxer Fa&ctioo qulte portcyient w roy, firent les feux de joye,. par tes cantons de la viUe, dca bancs, et scabeUsa sur lesquels if estoient assiftles An^s, donnana par là à enli^dre qu'ils ne désiretenlb jamais retomber souba leur aiiitlK)nté..

Van subséquent 1520> pac te mnyeo de IV mirai de Bonnivet » lequel avoit le mamemealï des. affaires du roydeiMoiste trespas.<hi gVMiâ^ maistjrede Boissy sonfrère, et ducardinaldilorc^ qui avoit la superintendance des a&ires diia i«oy d'Angleterre, ftit accordée une entnevue entre teurs deux M^estés, àcelle fin qu'eapeQ' sonne ils peussent confirmer Famitié feicte enr tre eux par leurs députés. Et fot piris Jour aur quel- te roy se trouyeroit à Ardres et te roy d'Angleterre à Guines; puis par teurs députée fiit ordonné un lieu,, my chemin d' Ardres, eli Guines , où tes deux princea se dévoient venr contrer. Inédit jour de la Feste-I^ieu , au licA ordonné,,te roy etle roy d'Angleterre^ montes chacun sur un cheval d'Espagne, s'entre-abov^ dferent, acQompa^és, QhacuadQsa;par4, de*l% phis grande noblesse qne l'on enst veu cent ans auparavant ensemble,.estans.en la fleur de leurs âges, et estimés les deuit plus beaux j^lnces du monde , et autant adroits en toutes armeSiL

tant à. pied ^'à cbevaL Je n'ay fsie fém^ d«

MÉMOIRES DE DtJ BELLAY,

dire la magnificence de leurs acconstremens, puisque leurs serviteurs enavoient en si grande superfluité, qu'on nomma ladite assemblée le camp du drap d'or. Ayant faict leurs accollades à cheval, descendirent en un pavillon ordonné pour cest effect, ayant le roy seulement avecques luy Tamiral de Bonnivet et le chancelier du Prat, et quelque autre de son conseil ; et le roy d'Angleterre, le cardinal d'Iorc, le duc de Norfolc et le duc de Suffolc ; où , après avoir devisé de leurs affaires particulières, conclurent que audit lieu se feroient lices et eschaffaulx où se feroit un toumoy, estans délibérés de passer leur temps en déduit et choses de plaisfr, laissans négocier leurs affaires à ceux de leur conseil , lesquels de jour en autre leur faisolent rapport de ce qui avoit esté accordé. Par douze ou quinze jours coururent les deux princes l'un contre l'autre ; et se trouva audit tournoy grand nombre de bons hommes d'armes, ainsi que vous pouvez estimer ; car il est à présumer qu'ils n'amenèrent pas des pires.

Ce faict, le roy d'Angleterre festoya le roy près de Guines, en un logis de bois où y avoit quatre corps de maison qu'il avoit faict charpenter en Angleterre, et amener par mer toute faiete; et estoit couverte de toile peinte en forme de pierre de taille, puis tendue par dedans des plus riches tapisseries qui se peureni trouver, en sorte qu'on ne l'eust peu juger autre sinon un des beaux bastimens du monde ; et estoit le dessin pris sur la maison des marchands à Calais. La maison, estant après désassemblée, fut renvoyée en Angleterre, sans y perdre que la voiture. Le lendemain, le roy devoit festoyer le roy d'Angleterre près Ardres, où il avoit fait dresser un pavillon ayant soixante pieds en quarré, le dessus de drap d'or frizé, et le dedans doublé de veloux bleu , tout semé de fleurs de lis de broderie d'or de Chypre, et quatre autres pavillons aux quatre coings, de pareille despence ; et estoit le cordage de fil d'or de Chypre et de soie Meue turquine, chose fort riche. Mais le vent et la tourmente vint telle, que tous les cables et cordages rompirent, et furent lesdites tentes et pavillons portés par terre; de sorte que le roy fut contraint de changer d'opinion, et feit faire en grande diligence un lieu pour faire le festin, où de présent y a un boullevert nommé le bouUevert du Festin. Je ne m'arresteray à dire les grands triomphes et festins

qui se firent là, ny la grande despence saper&oe, car il ne se peult estime ; tellement que plusieurs y portèrent leurs moulins, leurs forests et leurs prés sur leurs épaules.

Après lesquels festins et toumoys, le roy k retira à Boulongne, et le roy d'Angleterre à Calais. Toutes gens de bon jugement ne pouvoieDt penser de veoir jamais inimitié entre ces deux princes ; mais estant le roy d'Angleterre de ntour à Calais, adverty comme Fesleu empa^or estoit arrivé en Angleterre, venant d'EspagDe, s'embarqua, et le fut trouver à Cantorbéry, puis s'en vint à Calais et à Gravelines, en teBe fraternité comme il avoit faict avec le roy, où fut accordé entre eux que là où le roy et l'empereur tomberoient en quelque différend, iiseroit arbitre ; et celuy qui ne voudroittenir son arbitrage, il se pourroit déclarer contre luy ; chose contraire aux accords qu'il avoit fait avec nostre roy. Puis s'en retourna l'emperearcn Flandres, et le roy d'Angleterre en Angleterre.

(1521) Durant ce temps, le roy prinlson chemin à Amboise ; puis d'Amboise, sur la fin de décembre, s'en alla à Romorantin, auquel lieu estant, vint la feste des Rois. Le roy sçachant que monsieur de Sainct-Pol avoit faict un roy de la febve en son logis, délibéra avecfies ses supposts d'envoyer defiier ledit roy de mondit seigneur de Sainct-Pol; ce qui fut fait Et parce qu'il faisoit grandes neiges, mondit sieur de Sainct-Pol feit grande munition depelottes de neige, de pommes etd'œuCs, pourson»* tenir l'effort. Estans enfin toutes armes faillies pour la deffence de ceux de dedans, ceux de dehors forçans la porte, quelque mal-advisé jetta un tison de bois par la fenestre, et tomba ledit tison sur la teste du roy ; dequoy il fat fcrt blessé, de manière qu'il fut quelques jours que les chirurgiens ne pouvoient asseurer de sa santé. Mais le gentil prince ne voulut jani«i« qu'on informast qui estoit celui qui avoit jette ledit fison , disant que s'il avoit fàict b {(^^ "^ falloit qu'il en beust ^ part. Soudain les choses ainsi advenues, fut publié, par tout lefaysde Flandres, Arthois et Espagne, que le roy estoit mort dudit coup ; autres , qui vouloient moins mentir, disoient qu'il n'estoit pas mort, mais aveuglé. Par quoy le roy, comme bien advise, advertit tous ses ambassadeurs qui estoient aux pays estranges qu'ils eussent à publier la vérité du feict ; et mesmes manda quérir tous les am-

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