‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 235 sur 428 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

bassadeors estrangien qui estoient suivans sa em, à ce qu'ils cognenssent Pestât auquel il estoit

L*in 1531 , au commencement du printemps', Henry, roy de Navarre, duquel le père avoît depuis peu de temps esté spolié de son royaume ptrlc roy d'Arragon, grand-père maternel de femperear, adverty qu'en Espagne 'y avoit grande division entre la noblesse et le peuple, et qu'ils estoient en armes les uns contre les autres, chercha moyen, par intelligences, de rentrer en sondit royaume. Et pour cest effect le «Hgneur de TEsparre, frère du seigneur de Lantrec (pour la jeunesse dudit Henry, qui ne poQvoit hirt ladite entreprise), ayant levé jus* qoes au nombre de cinq ou six mille Gascons, tant de ses pais qu'autres circonvoisins, et deux oa trois cens hommes d'armes des ordonnances daroy, entra dedans leditfoyaume de Navarre, lequel en moins de quinze jours fut remis en son obéissance. Mais ledit seigneur de l'Esparre, par fe conseil du seigneur de Saincte-Golombe, lieutenant de la compagnie du seigneur de Lautrec, ne se voohit contenter de ladite conqueste, ains voQht entrer en Espagne, soubs espérance de conquérir les Espagnes aussi aisément que le royaume de Navarre, où, pour espérance de buttu, donne josques à le Grongnè. Auquel lieu, arriyé qu'il fut, ne trouvant aucune résistance, ledit Saincte-Golombe, pour son avarice (à ce qu'on disoit), luy persuada de renvoyer une partie de ses gens de pied . ce qui fut faict, et eut icduy de Saincte-Golombe la charge de ce &ire.£t, parce que les gens de pied avoient teceu leur moi» depuis peu de jours, feit que tolis ccQi qui ^en voudroient aller, lui rendans de- "^M^i enrôlent congé de se retirer ; et mist ^^wpnt en ses bouges : je ne sçay au prouffit de qui H revint. Les Espagnols, lesquels (cooHoeditest) estoient en armes les uns contre fcs autres, voyant les François ne s'estre confites de ravoir ce qui estoit de leur appartenance, mais vouloient conquérir leur pays, s'accordèrent la noblesse et la commune, et, trouvant ledit seigneur de l'Esparre, son armée <lwii séparée, le deffirent et toute sa trouppe. fty fat pris prisonnier ledit seigneur de î'Espwre, et tant battu qu'il y perdit la veue ; aussi fe pris le seigneur de Toumon, et autres plu- *wrs gens de bien ; le reste se sauva par les montagnes. Les Espagnols suivirent leur vio-

XTI* siicLBy ChroD. et Mém.

toire ; lesquels, trou vans le royaume de Navarre entièrement despourvu de gens de guerre, reprindrent Pampeluneettout le reste du royaume aussi aisément qu'il avoit esté perdu.

Or, messieurs, pour vous faire entendre la source et origine de la guerre d'entre deux si grands princes que l'empereur et le roy, par laquelle sont advenues tant d'éversions de villes, oppressions de peuples, ruines de provinces et la mort de tant de gens de bien et vertu, je le vous diray sommairement , et jugerez, par adventure, que le commencement fut pour peu d'occasion : mais Dieu, qui est là hault, avoit (comme j'estime) ainsi délibéré, soit pour punir les péchés dés subjets , et les attirer à le recognoistre, ou se venger des grands de la terre, qui peu souvent le recognoissent comme ils doivent . Et l'on a maintesfois veu, tant de nostre temps que du passé , d'une petite estincelle s'allumer un grand feu, d'autant qu'il n'est riens plus facile que de provoquer les princes les uns contre les autres ; puis, quand ils sont une fois esbranlés, il est merveilleusement difficile de les arrester. Et, en cest endroict, veu que de messire Robert de la Marche est sorty !e commencement de leurs différends, il ne sera pas impertinent de laisser couler un mot en passant des causes qui aliénèrent son cœur de la part impériale, veu que, depuis peu de temps, il l'a voit suivie si affectionnement que rien plus. Par ainsi, il sera aisé à juger lequel desdits deux princes premier a rompu les conditions de la paix.

Mais, avant qu'entrer plus avant en ce propos, fault noter qu'iceluy messire Robert de la Marche, seigneur de Sedan, estoit duc de Bouillon, par la vendltion faicte de long-temps à messire Guillaume de la Marche par l'évesque du Liège, à condition toutesfoys de rachapt, ayant d'ancienneté iceluy duché esté vendu à un cvesque du Liège nommé Eusisprand, et à ses successeurs, par Geoffroy, fils d'Eustache, comte de Boulongne sur la mer, pour faire son voyage en la Terre Saincte ; et estoient des dépendances dudit duché la ville de Loignes et le chasteau de Mesancourt. Et fault entendre que ledit messire Robert de la Marche, quelques années au précédant , par un malcontentement qu'il avoit eu du roy, d'autant qu'on luy avoit ca&sé sa compagnie de cent hommes d'armes, pour les pilleries qu'ils faisoient sur le peuple tant en Italie qu'ailleurs, s'estoit retiré de son service, et

autti par la persuasion ( à ee qu'on disoit ) de aon frère Tévesque du Liège, lequel évesque #y<Mt reeeu du feu roj Louis, douzieswe de of nom, tous le$ biens qu il a voit, mesmes l'éve»* dié 4a Liège H Téveschéde Chartres.

Qp, n-aoïm rien plus certain que, de la eontrovef se et difCérend m^a entre le seigneur d'-É^ jnery et le prince da Simay , qui e^tnii de la maison de Crouy, pour b ^ iUede Uierge en Antennes^ «entonne avoit e^té long-teinp« a donnée contre ledit ieigneur 4'É<^ery par Im pairi du duché de bouillon, qui jugent m souveminciié, de acrie f u'il q'y a nul appel dQ leur^ jug^mena. Toutesfoya« pouf ranthorité et créait qu'i^voit veri Charte d'Autf icbe et le^ pl^s grands de sa çoor ioeluy seigneur d'É^nery, se permada que fa* cilemant il seroit relevé de n'avoir appêUé en teoips, si appeller pouvoit, fondant les causes de 4on relievement sur les emp^cbeoiena qu'jl avoit eus durant les gueifr», pour y avoir touajours esté en personne {cooinie i| disoit), com- (ûen que ce £ust une couleur pidUfc phi^tost que yive raison. Encores se voulut-il aider d'une fuiesse. pour parvenir à son intention ; car lors fu'icelay Charles d'Autriche pratiquait les Ailemaas pour monter à ceste dignité impériafe , cherchant de tous eusses deniers, il en emprunta frossesomo^ dudi^ d'Émery, à la caution du marquis d' Arscot ; auquel d' Arsoot s'adrassaiceluy d'Émery pour attain^re au b^i où il prétendait, h^y remopatrant qu*il estoit en grande nécessité d'argent, et que le terme de p^jet estoit expiré ; par quoy eatoit ^ntraint de s'a- 4res8er à luy, qui estoit plegf^ en luy fisisan^ toutesfoys sonner à Toreille., par personnes inte^ poséea, qu'il auroit patience tant qu'il luy plaîjpit de son p^ayemewt, pourveu q^e, suivant la 4roit qu'il y prétendait, il luy aida$t à ô^tre relavé c^ la sentence donnée owtre kiy pour la ville d'Bierge , chose qui fut fecile à iippétrw, pour la grau^ authoirité, et crédit qu^ Nit seigneur d'ArscQt avoit aytour de «on prJAçe, dur quel Tonclç , qui estoit le ^gn^ur die Cbièvcea, estait gouverneur 4e la jeunesse dutf t empeoeoi* TellenvsM qu'^ sa persuasion et instance umr Hiissioij^fi^t décernée par devant le grand cha«-. celier 4e Braban, ^ jour assigné au5^ héritiers dudit prince de Sinjay p^r venir ouïr lea rai- «ipns dudit d'Éwr/Vt Çt vçoJr casser (si hesn^iog estoit^ rarr$t4<?^>U? h \mt P*:oitfftlipoiV la villa d'Hlerg^, pour laquelli? lenrp«re et ^w mv^

en bngue et paisible poflses^, sans jamsita avoir esté aucunement inquiétés par forée d'armes ny par justice de loy ; joinct 9xm queeeux du duché de Booilkm de tout temps ne reoognoissent roy ne seigneur qqe leôr duc, auquel lors ils ei'adrefiaèrentcomine à Iror seigneur et protecteor, afin qu'il deffendit iif libertés et privilèges de 9on duché; à qooyl n'estoit pour deffailtir, estant de bon cceur^ hco enteademeot. Et y avoit d'avantage, om autre oceasion fort suffisante pèov l'indaireà) mettre la main : e^eat qu'il estoit tuteur des a- £uis de Simay, ayant espouaé leur tante, filic du prinoe de Simay. A eea causes, il n'obnûl un seul poii^ de diUgenee ny de aoliâtatuoif tant coven Oiarfea d^ Autriche et ceux qoi k gouvemoient, qu'tn\ ert ioduy d'Émery, posr obtenir d^eux , [lar priènea et requestei, oc qoe d'euxHoaesmea par. raison ils dévoient coRKotir et accorder, tant pour le dfoiet particDlief étà enËuismûiiecirs dudit deSimay,qaep(Mrlei»en comipun des franchises et fimdtésÂiéiichédd Boaillan, sans empescher (ofimmi ikfùMÎCDt) que lea.ebf^ décidées et jugées par juges irréfeagahles et souverains ne fussent peronanmici et stables, comme pnicédéea de la voienté de Dieu, qui a eatably et ordonna les Boagistnls, les stalçaoes desquels ne doives^ estre oh f raindaa ne violées par les faveuri des horaott- Fitialement, quelque poursuite que tM faire ledit meesire Rohnm de la Marche, il n'ce peut jamais avoit fin ; tellement que voyist que justice kiy estoit déniée, et qu^il esloit bieo loing d'esue récompensé et fcviorisé, i se retii» devers le loy, e^ant mesvnement à eela sottcité par sa femme, fille de Sway, et par eiH» \ de monseigneur de Flo^range, son fiis, lsqQ<^ egfOît Aile du comte de Brcooe, de la naiso» de S^Uebicuohe, IfsqueMas, pay une geatib invention, avoieal auparavant trouvé Moy0û it venir eu Franoe et peéparet kt choses eofer» UadaJifOii», mèra du roy; de soite fus M» yieiUee quarellea foimt aasepîes et aises soab^ Ifi pjed, «t icduijt seigneur de Sedaa lie& ^ «ueiiUy lorsqu'il yiot ironver le vay à RoidO' rantin, où il eatoit blessé, eomme j'ây dit, d'os coup de Itsamsur là lestei aoqvel M laelt^itre lea majna et sa persQnne ei ass places, ky sapfiiêf^X de luy douQfir ayde, faveur et secouF» po*r avoir justice du grand tort et iqart (fi^ bjnf faiaoit,. nonobstaïKt cpe Charies d'Aatriek

im

LlVftË î.

te toftttit Wl €1» icWiaftf rtst teft 9llMyè Se le fëgrigner et hfdaiiV pAr te Ittof et» et eotk)i-

ikwéesM ffèfe réié^e <ta iiégè, taf bk»

ittHeiMidiD 4ttK «e ^ âv€^ ëMé Met fit! prœédoit de luy, et loy promettant ^ é*il f tfiîl m rk» de gtakéi tt te l^mirt fftMHer, de Êêrm f(fn ett defanottrenm âiitisfiik^t m «««itent. Mate il Mcrtt ti-of tat4^ «Ar » «tcrft d^sjtk te MOI? frop ttteéré; et si! déttkér», ^Of ifStH ëû è9Madf«lr^ d'Avoir par lbr«e t» ifo^il lâfavott Mtt dbtijDif pflf f fltMtff .

Meisife R«èëf^ d« kl lHa#feli« &JMI nê^emt

ftt dbîlt» SLvetqoés le rdy, tt âçtetont ïem-

fem» à Wortnes^ vHté kffpétilile^ flciquel lleti

SfUtt aAnttblé nm dîêtte dés pHMes^ ef tlHc»

firMKlM 4e te Gérmmïé pour f èmM)«r Mrt t«h-

■ralMBiioàveileMMmt exeiié»p«i' Mârthi Ldtberi

f ciito^i Mlii mei»iire Robert ddfier en plains

âiettei eboff fcfi fbt it^mèè et pHse, lam paé

Fempereor qu'autres princes, en grand^édalng^

qifm ttûsfik lelgnetir eomtti« Mesaircf l^obert

èifoyÀsi éiffier on entpereer, seigneur de tant

é» ptys et tf homme» bettiqiietni. Après ladite

dÂiieej te d^tgtfeor de Fteurange, Sh aisoé

dodtt measire Rohert, leva* tafit ér^ Franee

^mm» \\mt èirecmtoiéins^, jn^qfiies fta noitt-t

tee de trois ffiilte bMciMMs de pied et ^atf e od

«b^ eo» eietâto, éëhtîf ^ ht totohié dti r ory et

•ndefenfetf cfxpresèev.* Toutestoysr ay^t as-

lé desdttes ferce9, s^eii aMa^ asiâégey Yire-^

U petN« T)(l€r â« LtixaiitNiuFg. aux cènfins

4t LÔmiais, et des terres commune» ecttre te

ém 4i ÎMomiÊOûtg et de Lorrànae*

Aq mesmes kmps^ estait te rciy à SMn^^rte,

ifteiérrers hi; tny |feffHlh(mifii€f dië te patt du

99f # Aagleterrir, pem* te pefMid€fr d«f ne pf/HH

Mfcr flB gaei^e^ areccpi^ Pempevew, dteimt

Jt(«'W^ ttv^t <fielqQe dtffcrend/ ledit roy ^gkMteew $eroit médiateor pèi^ te i/tdàet, <MM9 m^è. Le différend dtiquél tors e stoit i/Kaftkm esfoft tel : qoé le roy de Navarre afvûit Mépar ter<yf eatMf({tie ^potté* de son i^oyaufifie pMrteqnerette de France; et pourtant tedit f9y avoii «té teng-temps k te cfeur de France, fMTSQte ani et denmndaiMI seeotws atfin de f 6- Ci^rtf Ir amàtr r^fwme, 0¥, s^emolt-it teiét n pariement à Noyon par les députés de te |fct dp f esleu empereur et du roy , ainsi qu'avez MfyetdepuisunautreàMontpeltier, tequel n'eut point de résolution, nonobstant l'entrevcnue (teki^iwf<^iM88tet ArtbQsGoofSer^ ligueur

dl> Eollsy, ^nd-ltlëisl^^ dé F^èritceirtlftià fit «etay de K^ydfi) eitir^dirifi^ etM&es, him mê dit qde dedam six niote te h^y câfhdHepie refidMi te t&fàtoÈÈe de Navarre, otf bieit éontent^il te rery dCiceKiy à sdù gré et ëdmmodité, d'aurtailt tailant qtie ledit h^yâtlthe : «iusël, féih teu empéretif detoit satisfthre an rt)f d'tinei pensiofl tm^ les and, poui* te d^oit ps(r Itiy prfitendtf an r^yatme de ifaptesr; à foértè» tesquéltes thmè» ledH empef eut* ne sdltstelt eh ùtèGti du nK0tfde. Le re^y de Franeë eâtotl tétid, par èliapitres ded trdittés falti^ avec^M te^t ro^ Se Navarre, dé te sectmrir à recotÉvrei* ^ndH royaume, au cas qoe Fesleti empereur faiHîst de sa dessuddile proïnësse. Le irry, aptes àtôlr plasteurs foi#trvfkné ledit esleti empereur, $Bt\i en sortir effet, avdit donné secours (aifisi (f^ pourex atcjir entetidti cy-devatrt ) atdit rëy d* Navarre pdàr te rétt^tttre efl ses jïays. . Voilà Mmmaîrefflentt q«ant k ce p^inet, eè ^ï hHiënoit ledit g«t)€ttti<Hnme dû rô^ d'Angleterre de^ vers^ te voj pour y pôurveofr.

L'adtre occasteii estait pour te defltertleAt qu'avoit teict messire R(*ert de te lB*rcli€, après tequel il es<€lit entré eti pays, et éctoM à^ siégé Vireton; petite viHe dé LuxihAôtrrg, sise, comme dit esf, etiH^ le^ terres commtme^ dcidH Luxembourg et Le^a^, apparfèniiMt à l'éiilperetif . A tdtitea tedqtïeHcf^ chôîte^ ey-d^us d9le»te rdy ftfN respemse ^r le ^Ignétir de MompesÉt^ lequel il envoya dever^ iedif r^y d'Angteterre, ^ : quaiit à messine Robert dé Td Marche, H fey eommanderc*t,' tflt aVoit <(trerèlte atdâ? U mf^éxxt tfÉmery,' qrfl» étts( à hl tuider étfntrë Itfy, et ffiTA n'eusf à tmt€ M guerre à femp^retir ; et mesmfes envoîroit faite âettertçé^ k to^se» âuljiH^ qu'ils n'^tfsi^eift êti ce ca^ à porter feteirf riy aydé audft mf«*ire Robert, ce qu'f» fcH 5 q«* fut cause que te' Vf^gfr deuxiépmé dri nrtcfî» de mars Fan t52t , tedît tbts^ sff e Robert dé te Marche retira son ârméé éf te Hcentla, pensant estre à te fin A^ te ^rre. El ^am^ à ce qtïe ledit gehtiUionfm^ dèiiiiMldlt ^' te roy eu^ à fâWe totiveaut traittéé jtveé Fempèrettr, cela ne se pouvoît faire sans ett «tfvertîr te pape, parce que, par aHtences d'entre Sa Saîncteté et lay, ff ne pou voit riens ct)nctare de nouveau sans Fen advertir, et qu'il luy en escriroît; puis, sa rcsponse ouye, volontiers entendront à toutes bonnes raisons.

Il est certain que le roy avoit uc trai^tt

avecqnes la Saincteté du pape pour le recouvrement du royaume de Naples, au cas que Tempereur fauldroit à ce qui estoit promis par le traitté de INoyon, duquel peu devant est faicte mention, qui estoit de faire une pension au roy tous les ans pour ledit royaume. Mais Tempereur avoit failly, tant pour Naples que Navarre ; (le quoy le roy ne pouvoit avoir la raison sans entrer en guerre avec ledit empereur, et, maintenant s'accorder avecluy, c'estoit contrevenir à leur alliance; aussi que le pape et le roy estoient alliés pour la deffence d'Italie, et estoiènt les Vénitiens sur le poinct d'entrer en ladite ligue. Par quoy le roy envoya devers sa Saincteté pour sçavoir quand il luy plairoit mettre l'entreprise de Naples |à exécution. Au gentilhomme envoyé de la part du roy le pape feit grand recueil, et luy bailla la liste des gens de cheval et de pied et artillerie qu'il estoit besoin pour ladite exécution ; et luy devoit le roy faire response dedans vingt-deux jours.

Le terme se passa, et mesmes un mois davantage,^ chose qui meit le pape en soupeçon qu'onques, depuis, on ne luy sceut lever du cerveau, que desjà le roy n'eust faict quelques traittés sans son sceu et à son désavantage; et mesmes disoit que le roy ne s' estoit acquitté de faire conclure ladite ligue de la deffence d'Italie aux Vénitiens. Aussi se plaignoit le pape que, peu de temps devant, estoit entré dedans* les terres de l'Église un nombre d'Espagnols, contre lesquels il avoit esté contraint de faire levée de Suisses , de quoy le roy devoit payer les frais par moitié, ce qu^il avoit faict pour le premier mois, mais les autres non. Toutes ces occasions mirent le pape en telle perplexité qu'il retira dedans Rege les bannis du duché de Milan, tels que monseigneurin Visconte, Hiéronyme moron et autres, quoique, par le traitté qu'il avoit avec le roy il ne pouvoit retirer lesdits bannis dedans ses pays, ni le roy ceux des terres de l'Église dedans les siens. Et aussi avoit le pape promis au roy, par ledit traitté, de n'investir Charles d'Autriche, esleu empereur du royaume de Naples, à luy escheu par la mort de son grand-père maternel, contre le droict par le roy prétendu audit royaume; mais peu de temps après, il accepta la haquenée blanche qui luy est deue pour l'investiture dudit royaume de Naples,- et tost après capitula avec ledit çsleu empereur. De quoy le f oy ne

pouvoit s*en ressentir, et se plaignoit, attada mesmes que ledit pape luy avoit promis le favoriser à l'élection de l'empire. Ce nonobstant secrettement l'avoit empesché en ce ^'11 avoit peu.

L'empereur cependant, feit dresser \ue armée fort grosse, tant de gens de cheval qoe de pied, par le comte de Nansau, le coiàte Félix, Francisque de Seckingen et le seigneur d^Éavry ; et faisant ledit comte de Nansan cbel, leur commanda de marcher sur les terres de messire Robert de la Marche. Et mesmes fèvesque du Liège çon frère, lequel avoit obtenu ledit évesché et plusieurs autres biens par le moyen de sondit frère messire Robert de la Marche, se déclara son ennemi, se faiiantcompagnon dudit comte de Nansau, et feit oojer en la rivière de Meuse quelques habitans du Liège qu'il cognoissoit estre partiaux pour sondit frère.

Or l'occasion pour laquelle on disoit que ledit évesque du Liège avoit abandonné k service du roy estoit que ledit évesque .déslroit estre cardinal, et le roy luy avoit promis de le favoriser pour cest cÉBect, mesmes en avoit escrit à la Saincteté du pape, lequel luy avoit promis un chapeau pour un de ses serviteurs, Mais quand ce vint à Teffect, l'archevesque de Bourges, frère du général Bohier, fut préfee audit évesque ; et disoit on que ses serviteurs, estant à Rome, avoit veu entre les mains des ministres du pape lettres escrites de madame la régente à sa Saincteté, par lesquelles die sqn plioit que, quoy que le roy escrivist, il eost a préférer ledit Bohier, archevesque de Bourges; aussi disoit on que ledit Bohier avoit donné ao pape quarante mille escus pour avoir ledit chapeau. Je ne scay s'il est vray; mais ledit évesque du Liège print l'occasion de son malcontentement là-dessus, et s'en alla au service de l'empereur, lequel quand et quand fe «^ faire cardmal, dont Sa Majesté par après a Ure de grands services, et mesmes en son âecuon à l'empire. J'ay veu de mon temps que plus de gens estans partis du service du roy pw malcontentement ont plus fiûct de donunage au roy que nuls autres, comme ledit évesque, le prince d'Orenge, le marquis de Manloue, le duc de Bourbon, le seigneur André Dode, et plusieurs autres.

Pour revenir h aostre prq>o0y vy^sA k ^

OT

Page 1