LIVRE I
As mesme temps, le roy, poiir départir les* ehiTges, meist son estât en quatre gouvernemens : au duc d'Alançon donna la charge de la Cbiopagne; au duc de Vendosme, de la Picardie; à BMsaire Odet de Fotx, seigneur de (au* lire, du duché de Mil^, d'où il est oit gouver* leur; à messire Guillaume Gouffier, seigneur de Boonitet, la Guyenne; et ordonna le nombre fiMNomes que dévoient avoir ksdits seigneurs de Boonivet et de Lautree, et le reste il retint pour fûTQ teste à Tempereur. Ayant iaict toutes cesdépesches, le seigneur de Lautree partit pour Je docîié de MHan, et Tamiral print son cbenul m Gasoongne. En Picardie et Champagne seiiisoient tous préparatifs de munitions, d'ar* tiMerie H d'argent, pour subvenir aux frais. Ce pendant le duc d'Alançon, avecques les bandes do comte de Sainct-Fol et la gendarmerie, marcha prêt de Mouzon, pensant bien que là les Inpciiaui, ayans parachevé leur guerre contre ceux de h Marche, se voudrolent premièrement attaquer; auquel lieu il feit sgour dix-neuf joors , pvs se relira vers Reims.
ledoode Yeodosme estoit aussi en Picardie, et ai«eques hiy le mareschal de Chabannes, seigneor de la Palice, et le seigneur de Telligny, NMscbal de Rouergue. Durant ce temps, on eut nonveties que le seigneur de Liques, gentil- JMMUBe hennuyer, estoit campé avec quelque aonoÉre 4t gens ramassés sur la rivière de TEse«it,ii|dess<M]ksde Yalanclenjues, duquel vintk praùèredédnrittioAde la guerre. Or, est-il que dft Ing tenpps il y avoit de grosses querelles et nûticft entre Lopis, cardinal de Bourbon, et Uit seigneur de iiques, à cause de Tabbaye dt SaîBct-AKand, diont estoit pourveu ledit ciriiDal. Lé seigneur de Liques prtnt eesie occasioB d'âssaiUir ceste abbaye, où estoient peur f hevt le seigneur de Champeroulx , lieu^ teaai de luy en Toumaisis, et le seigneur des I^fttv gouverneur âe[ Toumay ; mais n'estant f^léàj^ defevsabie, el estant surpris dedans, i^ptoiaaaeslre à la guerre, k rendirent à cou- <bktt q«'iki sortikmekvi avec leur bagage. Il y avoit pioft d'apparence que le chasteau et vil- Itttc Âb Morlaîgne ne dovoient e^tre assaiUis, l<^ectre du domaine du roy, et de laquelle le ^d^Angbierre kiy ^ avoit &ict telle cesskxn fvedi la ville de Teomay et de Toumaisis; '^■tt ledîiL seigneur de Liques metteit en avant aiaviir ampsifois estépossesaeoi ç par quo:j^
l'alla assiéger. Mais enfin le seigneur de Panzi, baillif de Toumaisis, et capitaine de ladite place, ne voyant apparence de secours, la rendit par composition au seigneur de Portien, et non au sagnenr de Liques, à la charge qu'il sortiroit avecques les siens, les armes et bagues sauves; mais, sur leur retraitte, contre toute l'honnesteté de la guerre, furent suivis et desva- Usés, et à peine eurent-ils moyen de sauver leur vie. Cependant le seigneur de Fiennes, de la maison de L^xembou^g, gouverneur des villes de Flandres, ayant assemblé jusques à mille chevaux et huiet mille hommâ de pied, et six pièces d'artillerie, s'estoit campé à une lieue de Toumay, faisant cognoistre qu'il vouloit assiéger la ville ; ce qu'il feit, et y tint le siège cinq mois.
Pendant ce temps le comte de Nangau aVoit faict trefve avecques ceux de la Marche, et n'estoit «Qcores la guerre dénoncée entre le roy et l'empereur; mats , après la prise de Sainct-Amand et de Mortaigne. combien que Tempereur niast que ce fust par son commandement et adveu, mais que c'estotent querelles particulières entre nondit seigneur le cardinal de ^Bourbon et lie seigneur (\e Liques, Ije roy, ne se voulant laisser abuser, ne voulut faillir à dibgent^ de se préparer à la deffence, tenant la guerre pour dé- (^rée. Le temps s^approdioit que les amhassa* deurs se dévoient assembler à Calais, où furent ordonnés, pour la part du roy, Antoine du Pral, chancelier de France, et Jean de Selva, pour gens de robe longue, et Jacques de Chabannes, maresehal de France, pour robe courte. Durant ce temps les Bourguignons vindrenjt assiéger Ardres, laquelle, pour n^estredeffensable^ leur fut rendue; puis, estant, par eux ruinée à fieur de terre, délibérèrent en faire le semblable à Thérourane, ayans espérance sur une intelli<» genee qu'ils y avoieut : mais la trahison fut descouverte par des lettres que l'on trouva, qu'une vieiUe femme portoit aux ènnemys, et furent les traistres punia selon leur mérite. On ne laissa à latre des rencontres tant d'une part que d'autre ; et entre autres en int faicte une par le seigneur de Telligny contre tàx cens Bout* gulgfKms qui estoient entrés en ce royaume poof faire but'm, dont la phispart furent tués, et les aatrcs pris prisonniers. Pendant le roy manda venir devers luy les princes de son sang avecooes les autres capitaines en sa ville de ReimSi
pour , sur les afTaires de la guerre, avoir advis.
Le mareschal de Cbabannes et ses compagnons se rendirent à Calais pour traitter des différends des deux maistres ; mais les députés de la part de Tempereur demeurèrent tousjours sur leur haulteur, demandans des choses desraisonnables, comme la restitution du duché de Bourgongne, et d'abolir Thommage que devoit Fempereur, pour ses Pays-Bas, à la couronne de France, disans n'estre raisonnable qu'un empereur portast la foy a un roy de France. A ceste occasion,' le parlement fut délaissé sans nulle conclusion, et chacun se retira en son lieu.
Durant ceste assemblée , Tarmée impériale s'approchoit de Mouzon. Par quoy le roy conclut de la pourveoir ; et pour cest effect y envoya le seigneur Anne de Montmorency, lequel y mena de renfort, outre la compagnie du seigneur de Montmort, de. cinquante hommes d'armes, y estant gouverneur pour le roy : le seigneur de Lassigny pour compagnon dudit seigneur de Montmort, ayant charge de mille hommes de pied ; le capitaine Piefou avecques pareille charge; et au capitaine la Grange commission de lever, au plus tost qu'il pourroit, cinq cens hommes; et pour renforcer la gendarmerie , dix hommes d'armes de la compagnie du duc d'Alançon, dix de celle du mareschal de Chastillon, dix de la compagnie dudit seigneur de Montmorency. Le capitaine Monclou, ayant charge d'une des enseignes du seigneur de Piefou, fut mis à la garde de la porte de Reims avecques trente hommes d'armes ; et le capitaine Razemont, avecques l'autre enseigne dudit Piefou, au costé d'Ivoy,'tirant vers Luxembourg; et avec luy la compagnie du seigneur de Montmort. La Grange eut la charge du boullevert du costé de la Meuse.
Estant Testât de Mouzon tel que dit est, le comte de Nansau s'estoit campé à Douzy, gros bourg au dessous duquel la rivière du Cher, venant d'Ivoy, se descharge dedans la Meuse ; et est la moitié de la seigneurie au roy, à cause de la seigneurie de Mouzon, et l'autre moitié, du duché de Bouillon, duquel lieu les Impériaux passans la rivière, venoient piller et desrober sur les terres de l'obéissance du roy, près de Mouzon ; par quoy le seigneur de Montmort envoya devers le comte de Nansau pour en faire plaincte. Ledit comte feist response que c'estoit
'sans son sceu ny ordonnance, et que si ses gens y csloient rencontrés, en feitluy mesraes la punition, et qu'il n'entendoit faire la gncm contre le roy, seulement vouloit séjourner son camp, attendant que la trefve faicte avec ceox de la Marche fiit expirée. Le seigneur de Montmort, et la compagnie estant avecques hy trouva la response raisonnable. Mais, incontinent il eut autres nouvelles, car il fat advertr comme les Impériaux avoient passé la rivière de Meuse, enseignes desployées, pour entrer et faire la guerre es pays du roy. Pour auxqoeb faire teste au passage de la rivière, dépâdia le capitaine Philippe, lieutenant de sa oompignie, avecques trente hommes d'armes et trois cens hommes de pied. Mais l'ennemy estoit desjà passé la rivière , estimant surprendre h ville ; de quoy il fut empesché par le seigneur de Lassigny, lequel arrivant à la porte, la deffendit si longuement et vaillamment, que la porte luy fut fermée au dos , et le pont levé ; puis repassa le fossé par dessus un chevron qui luy fut jette, et se retira sans avoir dommage, nonobstant qu'il luy fut tiré plusieurs coups, tant d'artillerie que d'arquebouze. Le capitaine Philippe; qui estoit sorty comme j'ay dit, oyant l'alarme vers Mouzon, se retira par autre chemin, sans dommage de luy ne de ses gens.
Le lendemain, le comte de Nansau avecqa» son armée se vint présenter en la bataille, m une plaine à demie lieue de là ville ; auquel liea séjournant, le seigneur -Francisque envoya lettres au seigneur de Montmort, luy persuadant de rendre là ville devant que l'artillerie ent joué son jeu ; auquel fut respondu par ledit de Montmort qu'il estoit ordonné par le roy, son souverain seigneur, de luy garder ladite place, ce qu'il avoit délibéré de faire. La response ouye, le comte de Nansau commanda tfappr^ cher son camp de la ville ; . puis ayant plante son artillerie aux lieuxi^ qu'il veit les plus commodes pour offencer les assiégés, tout à un coup feit deux batteries : l'une, de la prairie qm^^ vers la porte de Reims ; l'autre, de la montagne qui regarde vers Ivoy. Des pièces qui wtoient à la prairie on battoit, par dmière et par la plante des pieds , ceux qui estoient à la deffence de la batterie qui se faisoit vers la nK)ntagne, par dessus toute la ville, estant la rivière entre deux* Nos gens de pied, qui «• I toient nouvellement levés et sans estre agotf-