‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 250 sur 428 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

treochées deffensables contre les saillies que pouvoieot faire ceux du chastéau, et du costé dûotpoavoit nostre armée les venir assaillir, dedsfls lesquelles il mist une partie de ses forées; pots, après avoir pourveu aux choses susdit», alla loger avec le reste de son armée en- Ire la rivière d'Adde et le Tésin, et envoya le comte Philippe Toumiel dedans Novare. Ea- Yoya pareillement le seigneur Hector Visconte dedans Alexandrie, avecques mille cinq cens koaunesde pied, sans argent; mais ordonna que ccox d'Alexandrie les nourriroiant à discrétioiL Pois envoya le seigneur Antoine de Lève, Espagnol, capitaine du premier esquadrowles gens d'armes impériaux, homme bien expérimenté, avecques mille Italiens et deux mille lansquenets, pour donner empeschement au seigneur de Lautrec à repasser la rivière d'Âdde, se roulant joindre au secours qui venoit deffMce. Ce feiict, s'en retourna ledit seigneur Prospère à Milan avec le reste de son armée, qui estoit de douze mille hommes de pW et de six à sept cens hommes d'armes, et <fe six ou sept cens chevaux-légers, en délibération de là attendre la furie de la descente des Prifflçols. Puis estant ledit seigneur Prospère >iverty comme Francisque Sforce, se disant fe de Milan, et Hiéronyme Adome estoient passés les destroits des Vénitiens avec les six iDiHe lansquenets dont cy-dessus a esté parlé, leur manda qu'en toute diligence ils prinssent ^diemin par le Verpnnois et le Mantouan ; ^ qu'ik pouvoient faire aisément, parce fluerarmée Vénitienne estoit desjà joincte avecques monsieur de LAutrec au duché de Milan.

Eûvironquaresme prenant, monsieur de Lau-

^riverty que monsieur le mareschal de

^^^^^'^nnesct monsieur le bastard de Savoye,

*^le$S(DMes, estoient arrivés à Vimerqua,

P^^f et s'en vint joindre à eux à Monche, et

* fi avecques toutes lesdites forces marcha

^^ à Milan ; auquel lieu estant arrivé, se lo-

^ dedans le parc, pensant par le chasteau

tttrer dedans la ville; mais, comme vous avez

«itendu cy-dessus, le seigneur Prospère y a voit

P^ta par les trenchées qu'il y a voit faict. Le

«igneur de Lautrec, estant arrivé dedans le

P^fCt entra dedans une maison, auquel lieu il

**Dttl)lales capitaines pour tenir conseil, et ad-

^ ce qui estoit à fiaire pour secourir le chas-

; mais les ennemys mirent le feu en une

longue coule vrine estant plantée sur un cavalier, au bout des trenchées, vers la porte Vcrcelloise, laquelle donna dedans ladite maison; et du boulet le seigneur Marc-Antoine Colonne, nepveu du seigneur Prospère, eut une cuisse emportée, dont il mourut peu après; et le seigneur Camille Trévoulse, iils du feu seigneur Jean- Jacques Trévoulse, y mourut pareillement dudit coup, qui fut une perte insigne, pour la grande expérience qu'avoit ledit Marc -Antoine au faict des armes et la jeunesse dudit Camille, à laquelle on avoit espérance. Le seigneur de Lautrec, le grand-maistre et le mareschal de Chabannes, considérans n'y avoir moyen de secourir le chasteau, conclurent de se retirer à Cassin, à cinq milles de Milan , entre Pavie et Milan, en intention de rencontrer Francisque Sforce, parce qu'ils feurent advertys qu'il venoit par ce costé là pour se joindre avec ceux de Milan. Auquel .lieu estant nostre camp logé, vint au service du roy le seigneur Jean de Médicis, parent du feu pape Léon, qui amena trois mille hommes de pied et deux cens chevaux, desquels les enseignes estoient noires, parce qu'ils portoient le deuil dudit feu pape Léon, du vivant duquel il avoit tousjours esté au service de la ligue, contre le roy.

Au lieu de Cassin séjourna nostre armée environ six sepmaines durant, auquel temps le seigneur de Lautrec, adverty que de l'autre costé de la ville de Milan venoit grand refreschissement de vivres aux Impériaux, dépescha le seigneur de Montmorency et l'escuyer Boucar, qui avoit esté lieutenant du marquis de Mantoue, et depuis que ledit marquis eut abandonné le service du roy avoit sa compagnie en garde, avecques cent hommes d'armes et deux cens arquebousiers, pour rebrousser le chemin et rencontrer les fourrageurs, et rompre les moulins s'ils en avoient le moyen. L'escuyer Boucar, auquel le seigneur de Montmorency avoit baillé les coureurs à mener, estant à sept ou huict mille de nostre camp, trouvant les ennemys , sans advertir ledit seigneur de Montmorency qui menoit la trouppe, les chargea; mais ce fut à son désavantage ; car l^s ennemys l'ayant rompu, le renversèrent sur les bras dudit seigneur de Montmorency; lequel de loing, le voyant venir à vau-de-roupte le long du grand chemin de Milan, jetta ses arquebousiers sur les deux aisles, puis s'ouvrit, craignant que

Éêê

les foyans ne le rompissent ; estans passés, se referma, de sorte que les emiemys ehassans à b file, A Tayde des arqneboQsiers furent defblets. Etfàrent amenés le lieutenant, l'enseigne et le guidon, aTec bon nombre d'hommes d'armes, prisonniers en nostre camp, qui estolt de cent hommes d'armes de dom Kahaon de Cardene, demotiré t Haplei rice-roy.

Pendant ee terùps le seigneur de Lautree, aytot noutelle» que le mareschat de Fofx, soq frère, ▼ftioH par le ebemlndeGennesatecque» qiM4qile gendarmerie et qefelques gens de pied qti'tt atnendtt de Franee, et (fat\t fl'^to(t asset Ibrt pour passer pcrur se Johidt^ aivece^es ne^ tre ar<née, d'atttant que lei^ «dnemys teiiotent le Lomelhie, dépescba le seigneur de Montmoraieyaveeqd^trdi9f«iilleS«tftsè^ mffle hoiMne^ de pkïd Ràttetis, dhit eens bemmés d'armes , 6t quatte pièces d'artfllerifedecaftiipagne^ pour aNer eutrit te passage, et aveeques luy l'eseiiyer Iducar; fesqoels, partane du eanp, prbidrent te obemift dui port de Falcon, pour là passer le Tésin. EuK arrivés amdit He», ne trouvèrent le Moyende passer la rWlère qtBé p«r le bac pAs- Ager aeeoostmné, dedàna lequel le seigneur de MoMmoreAcy se asist devant avecques les Suisses, les Aaliens H l'artNlerise ; et passa h rivière, laissant Bouear derrière avecques la gendarmerie) nais voulan^leshemiKs (f armes passer à k iéniei s'eA noya ^arrivée cfaiq ou six. Qtoy voyant le passager qui estoit impérial, ei que MStre aAnée estoit séparée, à sça* ro\T la gendarsierie ëtmk eoAé de l'eau, et les gêna de pied de Pautre, de sorte qo'ili ne se pouvaient seeoorir, s'en aHa avecques le bae, «val Feaoe, droit à Favie, advertir le duc Fnu^ eiaque Steree im désastre advenu aux François; lequel Ineontiaent dépescba quatre mâUe lansfoeoet», lieux mWe itaiens et quekp» nombre de cavalerie, po«v surprendre nos gens ainsi séparés. Le seigneur de Montmorency voyMd eet inconvénient , et que le batelier estoit allé avaU'eMie, manda à Pescuyer Boucan qu'iteust h tenir le chemin de fombolat, oè il estott con* traint dTaHer pour avoUr vmet. Le leademaii» mytes fcdit seigneur de Bioiitmoreney descoifrvrfl les ennemys qui estoient sortis de Pavie marehans droit à luy ; n^ais craifnaaat d'estre mvikofpé dedans Gambolal, qui estott lieu ftyrt désévuntageu pour hy « sejetta es la ean^pagne,

Les ennemys eslant approchés fk h portée d'une moyenne, nos gens se fermèrent, se coqvrans de la douve d'un fossé. Cq|>endiiit leeipitaine Bouear avoit faict tdle diligence qui avott passé la rivière, et venoit au seeonrsile nos gens, ayant faict trois esquadrons de h gendarmerie^ lequel noa ennemis ayanèi. couvert, jugèrent sa trouppé beaucoappi grosse qu'elle n'estoit, pour la sqwratiaBfA en avoit faicte ; car fat poidNère ésloit li gné^ qœ les trois trouppes de loing ne menilnnt qu'une : qui fut cause que les Impéritin, fi dé tous temps ont redouté la gendmierîeé» France, se mirent à fiàre leur retndtte droit i Pavje. Far qu0y nos gens, voyansn^atslr ordre de condiattre, povv le fort pays qw teaoient ksdits inpériaux k leur reCraItte, le mtfKot de MontiBomiey délibéra de pahidiew f entreprise qui luy estoit cottaaancÙë; et à «Aèifi I KHircba droiot à Novatrc, dedans lafrirtifc estoit le comte Pfailq>pe Toumîel^ fif Moft grand empeschemeot au passage dé teu fû venoient de France ea nostre camp,a«eeîM8- UaaaMes croautés aux François qm tMbnent entre ses mains ; qur fet cause de Feolrcfrise dudtt sdgneur de Montmorency pour mm ce chenùii, joinct qu'il avoit espéfanee dfestrc iftvoriso du chasteau, qui tenait pour It r^- Arrivé qu'il fut devant Novare, tir* bon éA chasteau deux canons, par k perte furtgiik aux champs, pour^ avecques les anties f»tR meniaes pièces qu'il avoit menées, fnre ktiterie à la ville ; et print l'eseuyer Boocar i kehr;e de ladite airtiHerie, en quoy tt fat graade di^ gence. Mais UBie moyeofie cotikrrriae estant |ff ' avaifture trop chargée , ou bien ayaat fielp fistule, creva, dont l'un des esckts lonpitb jambe audit Bouear, qui en moarsl peo ^ jours qprès ; de ^pioy fut grand doaanigtf P^ qu'il estoit homme de aervice. Tout«sfoj«flJ|f laissa à poursuivre la batterie de sip^'f^ lerie qu'il y avoit^ de sorte qu'il fai â***y che assez raisonnaUe. Les Suisses, il>'*f'^ par le seigneur de Montmorency tf A> ^^^^ sauk , luy firent respouse qu'yacstsiefitl^^ de combattre en campagne, et qM ceB^o^^ leur estât d'assaillir ks places.

Le seigneur de Montmorency vsy^t I* ^ lonié diesdits Suisses, les pria de se mettra® buMaîHe sur un hank prochain, de la vifc P<^ faire escorte aux àssaillsns, es ^ibacconft'

Tttt;!»^ fifit mfittse pied à tenrt à U gendar^ merief kjuelle, o^t^t let graiultts pièces et gmo, se mist en éqaippago (k donner assauk Ceox da chasteau ne pouvoîent sortir sur la ¥ifc, j^OBT les grandes trenehées qoe les ennemi av^noit iaictes entre la yiUe et ledit chasmu; mais qoand nostre gendarmerie vint au conbit sur k hault de la brèche, ceux du dMStesQ, à coups d'artillerie, empescboient les lofériiiix de venir à leurs deffences ; tellement qoe kfldits hommes d*armes leur ayai^ faic^ abiadoDaerla brèche, pensèrent viUe gaignée ; miii ilg trouyèrent une trenchée par le dedans bien flanqpiée, où s'estoient retirés ceux de la vitte,qm d'arrivée tuèrent et blessèrent beau* eoopdtsdits gensd'armes k coups d'arquebouse* FinâbkoMQt, ayans coui)é le long de ladite tren* chée, trouvkiffit des maispns par lesquelles ils passènat qjrpi les avoir rompues , et gaignèrent ledenièKtfei eonemys, lesquels se trou vaqs saisis par derrière, se fuirent en fuitte. Les Suisses, voyansk ville forcée, entrèrent dedans, et mi*- Testtoat sa fil de Tespée. Le comte Philippe Tonniel et peu d'autres av^ luy turent la vjeaaave, et prescpie tous (faonpis ledit comte) iurentpenduset estrangiés, aprèsavoir confessé Itt cmtttés qu'ils avoient commises aux Francaif,floiDine de leur iivoir mangé le cueur, leur ^QTrirk ventre tpus vib, et dedans fiiire man* pcftvsiaeàleurs phevaux, aveeques plusieurs &ntip inhumanités.

A|Kès icalle exécution, arrivèrent le mares^ ^de Foii, k capitaine Bayart et le comte ^ de Navarre, lesquels, eomme j'ay dit, Tavte dsFrance. £ux assemblés, délibérèrent de Inor tout ie pays de Lomeline delà main ^tBwaqfs. Parquoyprindrent le diemin de ^V«lDi;«Qqnel lieu estans arrivés, ceux de la viBs lantet autre leurs mams : le chasteau^ ^Atkttis^aàis ce fat peu, car le lendemain UsesmÈt^ kgues sauves. Le seigneur de Lach ^t ^dfsrtjr qtue nos eimemys se vouloient as^ ^^^^UiTi sçàvoir est l'armée qui estoit à Milim ■<^ te Meneur Prospère, avec celle qui e*- ^1 i Bivis soubs le duc Francisque Sforce* dé^ (^ ^Qssi d'assembler ses forces pour empesd»r, s*|| esioit possible, les deux armées impé- ^ de se Joindre *, et pour ceste cause manda l^ttreschal de Folx et le seigneur Montmo- *^ se venir joindre aveeques .kiy à Cassan. ÎMifoys, on ne sceut iaire ai bonne^diligence

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que le duc Sforœ ne se joignist au seigneur Pros* père près Landriague ; de quoy nostre logis de Gassan demoura inutile. Gr, n'esta&t demouré dedans Pavie <pie le marqi^s de Mantoue avec* ques petit nombre d'hpmmes, fut délibéré de tourner la teste de nostre armée audit lieu, o4« arrivés que -ftismes, fut fidcte batterie si fu-^ rieuse, tant de nostre part que de la part des Vénitiens^ qu'on trouva raisonnable d'assaillir* Et cependant que les Impériaux estoient amusés à la brèche, fut ordonné le capitaine Saincte- Colombe, lieutenant de la compagnie de mop* sieur de Lautrec, aveeques deux mille hoipmes de pied et les archers de la compagnie dudit sel* gneur de Lautve<î eooduits p^r le seigneur de Ribrac, guidon de ladite eompagnie^et ceux de la compagnie du bastardde Savoye, grand^nai*tre de France, conduits pat* le seigneur de là Rocheposay, guidon de ladite oompagnie^ qi^ estoient quatre cens dievaux, pour domierpar un autre endroit* U y avoit une poterne en la ville qui respondoit sur le Tés^n^ par laquelle on abreuvoit les chevaux, etàcause de la rivière on n'y ûiisoK grande garde : ledit de Si^inete-Golombe avoit des guides, lesquels le dévoient faire passer à gué la rivière \ puis le kmg de la muraille, ou n'y avoit aucun flanc, les gens de cheval dévoient à toutes brides gaigner la(Ute poterne, attendans les gens de pied pour lessoustenir. Saincte-Colombe les m^a jusques sur le bord de la rivière aveeques ses gens de pied : le seigneur de la Rocheposay et Rihrao firent ce qui leur avoit esté ordonné, et ent^èrent dedans la ville ; mais le seigneur de 8aincte-Golombe les laissa sans les suivre ny passer l'eaUé; par quoy ceux de la ville eurent loisir de venir au secours, où en combattant fat tué le seigneur de Ribrac, et le seigneur de la Rochqposay eut la jambe rompue d'un coup de mousquet, dont il fut guéry, mais boiteux toute sa vie. S'ils eussent esté suivis» la ville estoit gaignée, veu le peu d'hommes qui estoient dedans. Mais le seigneur Prospère, adverty de k nécessité de ceux de Pavie, dépesoha deux mille Espagnols choisis , qu'il envoya pour càtrer dedans la viHe : lesquels passèrent de nuict rasibus de nostre camp ; et ne forent apereeus qu'ils ne fassent passés, sinon que nostre guet, qui estoit encores à cheval, les chargea sur la queue, et en defilt quelque peu, mais non grand nombre, d'au- Unt qu'ils iiueni trop tard descouverta, L'a^

rivée du secours retarda Tassault : aussi le seigneur Prospère Colonne se vt)yant renforcé des six mille lansquenets et autres qu'avoit amenés le seigneur Francisque Sforce, se trouva assez fort pour jetter en campagne; par quoy, deslogeant de Milan, se vint camperàlaCbartrouse, à trois milles de nostre camp, pour empescber de donner Fassault, sçachant bien qu'il n'estoit raisonnable de le donner, estant si près de nous une telle puissance que la sienne.

Nous fumes en cest estât six ou sept jours, ayans tous les jours escarmoucbes et lances rompues ; mais il survint une pluye si extrême que nos vivres, qui venoient de Lomeline en nostre camp, ne peurent plus passer, pour estre le Tésin débordé et tous les ruisseaux devenus rivières; tellement que lejeudy absolu fusmes contraints de nous retirer à Marignan, et de là à Moncbe, pour estre secourus de vivres, tant du Laudesan, du Crémonois, que du pays des Vénitiens. Au desloger, Tescarmoucbe fut grosse de ceux de leur camp sur la queue de nostre armée ; mais jamais leur trouppe n'osa sortir horsde leur fort, craignant qu'on leur donnast la bataille.

Les ennemys voyans nostre armée prendre le chemin de Monche, le jeudy des fériés de Pasques, craignans que de làne voulsissionsgaigner Milan, s'en allèrent loger à la Bicocque, sur le chemin de Laudes à Milan. Et estoit ladite bicoque la maison d'un gentilhonmie, circuite de grands fossés, et le circuit si grand, qu'il estoit suflisant pour mettre vingt mille hom mes en bataille. Estans arrivés, relevèrent les fossés, et les flanquèrent de grandes [rfateformes, bien pourvues d'artillerie. Quelques jours après, estant le seigneur de Lautrec à Monche, vindrent devers luy les capitaines des Suisses, qui luy firent entendre que les compagnons estoient ennuyés de campeger, et qu'ils demandoient de trois choses Tune, argent* ou congé d'eux retirer, ou bien qu'il eust à lesmener au combat promptement, sans plus temporiser. Le seigneur de Lautrec, le bastard de Savoye et le mareschal de Chabannes les pirèrent d'avoir patience pour quelques jours, parce qu'ils espéroient vaincre leurs ennemys sans combattre, ou, pour le moins, les combattre à leur avantage, estansleurs ennemys contraints d'abandonner leur fort par &mine ; et que de les aller assaillir dedans leur fort, c'estoit fâict contre toutes les raisons de la guerre. Mais,^quelques remonstrances qu'ils leur pus-

sent faire, jamais n'y eut ordre de les divertir! de leur opinion, et tousjonrs persistèrent d'aller au combat ; autrement, le lendemain ils estoiou délibérés de leur en aller.

Les chefs de nostre armée voyans cesteolstination, et que nostre principale force estoit de leur nation, desquels s'ils estoient abandd* nés ils demouroient en proye aux enne^' cognoissans aussi que là où force règne ii n'a lieu, conclurent de combattre plutostfi s'enfuir. Voyez donc l'inconvénient qu'il y i d'avoir la force d'mie armée de nation estnagère, qui est pour vous bailler la lo^! Les Suisses accordèrent qu'on allast recognoistre'le mf de Tennemy : le seigneur du Pontdormy fut ordonné avecques quatre cens hommes d'amus et six mille Suisses, pour cest effect, etveoir le Ueu plus à propos pour assaillir les enoemys; leur camp fut recogneu , et fut jugé y avoir peu d'apparence de les y assaillir. Ce nmtmm cela ne les fit changer d'opinion, «twireoi

leur opiniastreté.

Le seigneur de Lautrec se voyant cwfflMiAe par ceux qui luy dévoient obéir, ordoûûaqae le lendemain, qui estoit jour de Quasimodo, Farmée f ust preste à marcher. Estant donc lapoincte du jour venu, chacun se mist en estai poor marcher droit à la Bicocque; et, au partir,^ ordonné le mareschal de Foix pour mener bjfl»darmérie de Tavant-garde, pour assaillir le to le plus commode, et lequel avoii esté recog»» le jour précédent ; et le seigneur de MonUûi>rency avec huit mille Suisses, pour assaillir ftf l'autre costé. Le seigneur de Lautrec, le roirtf' chai de Chabannes , le bastard de Savoye rf* seigneur Galéas de Sainct-Séverin menoietf » battaille où estoit le reste de l'armée, tant dcg»darmerie, de Suisses, que d'autres gens de pi»'» leseigneur Francisque Marie,ducd'UrlHn,«J^ ques l'armée de la seigneurie, faisoitTam^* garde ; le seigneur Petre de Navarre to^^ devant pour faire faire les esplanades» ^ gneur du Pontdormy a voit charge»**^^^^ paguie de cinquante hommes rfan»^ ^ chevaliers nouveaux, de marcher devant k|*^' reschal de Foix pour avoir ïœH à ce qo« ' ^' nemy ne fist quelque saillie par quelque m^ pour par derrière mettre un désordre en nos»e armée, et aussi pour secourir au. lieu ou» roit que seroit le besoing. Les choses ainsi ordonnées, chacun print peine de faire son devott

Le seigneur de Montmorency, avecques les litiict mille Suisses desquels il avoit la charge, esUnt à pied au premier rang, ayant en sa compagnie plusieurs gentilshommes pour leur plaisir et pour acquérir honneur, et, entre autres, le comte de Montfort, fils aisné du comte de Laval, Je seignear de Miolans de Savoye, le seigneur de Graville, frère du vidasme de Chartres, le seigneur d'Aucby, surnommé de Mailly, de Picardie, le seigneur de Launay, gentilhomme de la diambre du roy, et plusieurs autres qui sefoient longs à nommer, marcha droit aux remparts des oanemys. Et estant arrivé à un vallon près dodit rempart, au couvert de leur artillerie, ledit de Montmorency pria les Suisses de temporiser, attendans que le mareschal de Joix fut prest à les assaillir par l'autre part, afin qu'est&ns assaillis par deux costés, leurs forces fussent sq^arées; et aussi que Tartillerie de France leur feroit grand secours, comme de vérité eUe eost faict s'ils eussent différé un petit (chose qu'il ne sceut obtenir d'eux) : par quoy U donna de la teste droict à leur fort ; mais avant giff arriver furent tués à coups d'artillerie plus de mille Suisses, et arrivans là trouvèrent un fossé avec un rempart si hault que bien à peine pcmYoient-ils toucher de la picque au hault dudtt rempart ; qui fut cause de les arrester sur le col. Ce tenops pendant l'artillerie et arqueiKraseriedes ennemys, dont ledit rempart estoit tout fcrcy, leur servirent, de sorte que la pluspart des capitaines et des principaux soldats y iw»nirent,et, entre' autres, le comte de Montfort, le seigneur de Miolans, le seigneur de Gratte, le seigneur de Launay ,'et plusieurs autres; tt le seigneur de Montmorency porté par terre, H relevé hors du fossé par les gentilshommes ^•^prèsde luy. Aussi y mourut le capitaine Albert deU Pierre, ayant la plus grande au- ^*té enrers les Suisses, et qui avoit esté cause ^ fcsprtapiter à venir au combat.

^^cpendant le mareschal de Foix, le seigneur ^l^Tafidenesse, le capitaine Paris, avecques la ^^pagnie du seigneur de Brion dont il avoit la ^^*^i et antres capitaines de gens d'armes, Aerchèrent tant qu'ils trouvèrent un pont de I^par lequel ils entrèrent dedans le fort, et *tt»cnmtdedan8U^

^tei désordre, qu'ils pensoient avoir gaigné la "^^ : aussi eussent-ils, si les Suisses eussent ^QKi Uen tait en la fin^ qu'au commencement. XVI* 8iicLB| Chroo. et Mém«

LIVRÉ IL

Autrement en advint; car ayans esté repoulsés à leur première arrivée , ainsi qu'en grande furie et commandement estoient venus assaillir le fort, aussi, pour quelque enhortement ou prière qu'on leur sceust faire, ne voulurent retourner, ains s'en allèrent comme gens desconfits. S'ils eussent voulu faire teste sur le lieu, les ennemys n'eussent osé désemparer leurs deffences ; et si nostre gendarmerie , estant entrée dedans leur fort , eust esté secourue par autres qui l'eussent suivie, il est apparent que nous eussions eu la victoire. Les Impériaux, estans délivrés desdits Suisses, tournèrent toutes leurs forces sur le mareschal de Foix et de Yandenesse, qui ne pouvoient estre plus de quatre cens hommes d'armes ; tellement qu'ils les contraignirent de repasser le pont en bien combattant, considéré que nos gens ne pouvoient passer plus de deux ou trois de front : pour soustenir lequel effort, le mareschal de Foix demoura sur la queue, pendant que le reste passa. Cela ne fut sans y perdre des hommes, non pas grand nombre ; et fut audit combat tué le cheval du mareschal de Foix entre ses jambes : si fut-il si bien secouru qu'il fut remis à cheval, et se retira, ainsi qu'est dit, sans grande perte. Estant ledit mareschal empesdié, comme avez entendu, les Espagnols firent une saillie sur les Suisses par l'autre costé ; , mais le seigneur du Pontdormy, qui avoit la charge , avecques sa compagnie et les chevaliers nouveaux , d'avoir l'œil partout , leur fit une charge si furieuse , qu'il les rembarra dedans leur fort; et certes sans ladite charge, les Suisses qui se retiroient eussent changé le pas au trot, et se ^sent mis à vau-de-roupte.

Alors dudlt combat l'armée vénitienne estoit en bataille près du fort, hors toutesfoys de la cognoissance de l'artillerie des ennemis; lesquels Vénitiens gardoient les gages ; car s'ils eussent voulu assaillir de leur costé, comme firent la gendarmerie et les Suisses, les ennemys eussent esté contraints de séparer leurs forces en divers lieux, dont il est apparent que la journée eust esté pour nous. Le seigneur de Lautrec et autres chefs de l'armée voyans les choses en tel désordre, pensèr^t persuader les Suisses de se loger sur le lieu, leur offrans le lendemain mettre la phispart de la gendarmerie à pied pour faire la première poincte; mais jamais il n 'y eut ordre de les asseurer, de sorte qu'au plus grand désordre du monde se mirent

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à e«x retirer à Monche ; lesquels, n'^ust esté la gendarmerie qui demoura sur la queue, sans point de &ulte eussent esté taillés en prèceS. Puis les ayant le seigneur de Lriutrec, avecqoes le reste de son armée , accompagnés jusques à Monche, nous destogeasmes dudit Monthe le lundy d'après Quasimodo , et feismes cinq ou six milles ; ei le mardy les Suisse^ nous laissèrent et se retirèrent en leur pays, et avecques eux le grandmaistrebastard de Savoye, le mareschal de Chabannes, et le seigneur Galéas de Sainct-Séverin. Le seigneur de Lautrec se voyant ainsi abandonné, dépescha le lendemain bon nombre de cavalerie et de gens de pied, et entre autres, le seigneur Jean de Médieis et le seigneur Frédéric de Bozzolo, avecques leurs colonels de gens de pied, pour garder Laudes, et par ce moyen conserver le Crémonois. Lesdits seigneurs Jean et Frédéric arrivans à Laudes, y trouvèrent le capitaine Bonne val, gouverneur du lieu, et sa compagnie de cinquante hommes d^arraes, auquel lieu il avoit faict quelques fortifications, espérant la garder. Estans doncques arrivés ceux que mondit seigneur de Lautrec y avoit envoyé, se trouvèrent (compris ce qu'avoit ledit Bonneval) le nombre de trois ou quatre cens hommes d'armes et trois mille hommes de pied. Et parce qu'ils avoient cheminé toute nuict, et qu'il estoit matin, se logèrent pour refresçhir eux et leurs chevaux, pensans que ledit Bonneval, qui estoit de séjour, eustpourveu au guet, pendant qu'eux qui estoient travaillés se pourroient refreschir. Les ennemys qui estoient à Marignan deslogèrent la mesme nuict, et marchèrent pour venir loger à trois milles dodit Laudes. Leur avant-gardeayahtmarchéjusquesprès de la ville, se dressa une escarmouche entr'eux et ceux de la viUe, laquelle lut menée si chauldement que les nostres furent répoubés tin peu rudement; desortequelesennemisentrèrentpeslemesle dedans la ville, où ils trouvèrent la plc«part des soldats au Bct; et si estôlt environ m!dy . Encores advint-il un gt*and inconvénient: car un pont de bateaux que nos gens avouent sur la rivière d'Adde, tirant à Crémone, fut rompu; à cause de quoy y eut plus grand nombre de prisonniers. Qui fût un grand désordre, de trois cens hommes d'armes et trois mille hommes de pied estre pris en une ville, sans batterie, ny brèche, ny escheile! Les seigneurs Jean de Médieis çt Frédéric de Bozzolo se sauvèrent à Crémefie*

Ce mesme jour estoit monteur de Lmitree venu loger à Rivalte avec le reste de Farmée. Sur le soir , luy vindrent nou vellesde ceste perte, chose qui estonna fort la compagnie, car c'estoitl'une des principalles espérances qu'eussions, que ladite ville de Laudes, pour le passage* la rivière ; et ne pouvoit monsieur de Laotîw: avoir de reste que quatre cens hommes tf an» et peu de gens de pied. Sur ce tremble, le 9èt gneur du Pontdormy ftit offre, si monsieorik Lautrec la trou voit bonne, de s'en aller jetto dedans Crémone, avant qu'elle fust saisie* l'ennemy, avec sa compagnie et ceux dwqtrt le bon courage le voudroit suivre , et i'il imcontroit l'ennemy, fort ou foiWe, le corabaCre, aymant mieux mourir des armes de l'ermeray que de tomber en la miséricorde des vilhlns, ou de s'en retourner en France sans armes. San opinion fiit trouvée bonne : parquoy»fis«goar feit mettre son enseigne aux champs, htpée futincontinentaccompagnéed'autretflUf^.

et aussi de plusieurs qui, par congé (feteiw^** pitaines, le suivirent. Ayant tout asseml)lè,teî feit entendre la délibération qu'il avoit de wfflbattre tout ce qu'il trouveroit en son chemin, et fbst-ce totite l'armée de l'ennemy, afin fw chacun fiist préparé p«nir cest effeet Ayant trouvé toute la troupe de bonne défOtion,8e mist en ctemin, prenant son arraet ; aussi fiwrt tous ceux de la compagnie. Et ayant diemii* environ quatre miHes, monsieur le mareschallB! mamte qu'il eust à l'attendre, de ^ooyilta bien estonné, voyant cmeai soudaine nmtatieo; par quoy ledit seigneur du Pontdorray man* audit mareschal que son retardement pourrait amener perte de tant de gens de Ken (fii^^ avecques luy, et pareillement de la ville* Wfmone ; mais qu'ayant gaigné tt porte * » viHe, là H l'attendroit.

Le seigneur de Lautrec, après avoir vcB»fl entreprise de Laudes rompue, sonann*'^ née, et les Vénitien» qui desià s'ennaf*"^ * soustenir ie reste de son armée en WP*^' jmrce qu'H n'y avoît point de payement , ser^ tira en France. Le «etgoeur de Moniwcjy voyant lesdits Yémtfens de mauvaise v«*nwi «'en alla à Venise, pow trou vcrmoyen de maintenir la seigneurie à la dévotioo du roy

Le seigneur de Lautrec de retour en IWJ si le roy luy feit mauvais recueU, il ne s en»»» esteMier,commeàceluyqu'ilestimoitaYOirj»r

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