‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 255 sur 428 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

JfonUnorency feit teHe diligence, qu^estant arrivé Tamiral à Suze, il arriva à Ivrée aveeques ksdraze mille Suisses qu'il avoit levés , et se joignirent ensemble près Turin , attendans le

Le seigneur Prospère Colonne et le vice-roy A Naples, advertys du grand effort qui venoit 4n duché de Milan, firent ligue aveeques les "VéDiti€06,qui abandonnèrent la liguede France, » . ct&yecques tous les potentats d'Italie, comme - i kpape, les Florentins, Gennois, Siénois, Lu- ^ goois; lesquels se liguèrent ensemble contre çf.t ks François, au cas qu'ils vinssent pour trouai j Uer le repos dltalie, et y devoit chacun d'eux iT- contribuer pour sa quotte-portion. De laquelle ia ligue fdt feict chef le seigneur Prospère Colonne, lequel, ayant pris sur ses bras la charge de ladite armée, commença en toute diligence de pourveoir aca affaires du duché de Milan, et aesmes i fortifier les passages du Tésin, en inteDtion de nous empescher le passage. L'empereur pareillement et le roy d' Angleterre avoient Cuct ligue ensemble que, si Tarmée du roy pas- «ait les monts, celle du roy d'Angleterre devoit passer en Picardie, de laquelle auroit la charge le duc de Norfolc : semblablement le comte de Bwe dresseroit autre armée de lansquenets avec la force des Bas Pays, et se devoit venir ^wndre avec l'armée angloise. Alors se déœenoit coitfre le roy autre praticque de grande importance, que jedéclareray ainsique je l'entens. Vous aveK ouy par "cy-devant comme l'an 1521, que ledit sieur roy, avec son armée aHa devant Yaianciennes, il avoit baiUé son avantg^rde amener au duc d' Alancon et au mareschd 4e Chastillon ; par quoy monsieur de Bourbon, auquel appartenoit la conduittedc ladite avant- SMe |arce qu'il estoit connestable de France, eut pins de ualcontentement qu'il n'en fettde <fcniOBstraiîMi. Au retour duquel voyage, et pra de temps après, mourut madame Suzanne de Bourbon, fille du feu duc Pierre de Bourbon et de Qutdame Anne de Fraace, fille du roy Loois XI et sœur du roy Charles YIII, laqoeUii Soianne avoit espoosé ledit coanestaUe Char^ ksdeBourbon^ comte de Montpensier. Or,aprè8 kdécèsdu ducde Bourbon, ledit Cbarles^comte de Montpensier, descendu d'un puisné de BourboQ et d'une fille de MantiHie , voulut mamtenir ■ {ne toutes les terres estims de la succession dn* j Âtdeffunct de Bofurbim» tenoes en apansffv

luy appartenoient, eomime estant hoir masie, et non à ladite Suzanne. Pour assopir lequel différend, eneores que Charles de Valois, duc d'Alaneon, eust fiancé ladite Suzanne de Bourboa. ce nonobstant, fut faict le mariage dudit comte de Montpensier et de ladite Suzanne^ dont il se nomma duc de Bourbon ; et du duc d'Alaneon fut &ict le mariage de Mai^erite, sœur de François, comte d'Angoulesme, et depuis roy. Puis estant ladite Suzanne morte, madame la régente, à l'instigation, comme on disoit, du chancelier Antoine du Prat, meit en avant qu'au roy appartenoient les terres tenues en apanage, venues de la succession dudit Pierre de Bourbon ; et à madame la régente, comme plus proche, estant fille de l'une des sœurs dudit duc Pierre, mariée avec le duc de Savoye, dont eHe estoit fille, appartenoient les terres n'estans en apanage, plustost qu'audit Charles de Bourbon, qui estoit esloigné de trois lignes: à raison de quoy procès fut meu à la cour de parlement à Paris. Charles de Bourbon, se deffiant ou de son droict ou delà justice, et ayant peur que, perdant son procès, on l'envoyast à i'hospital, chercha, par le moyen d'Adnan de Crouy, comte du Ru, de praiicquer aveeques Tempereor, armant mieux abandonner sa patrie que d'y vivre en nécessité; et, partrailtés qu'il feit avec ledft empereur, devoit espouser madame Alienor sa sœur vef ve de Portugal , et depuis royne de France. Cependant le roy, estant party de Paris pour prendre le chemin de Lion et parachever son voyage d'Italie, arrivé qu'il fat àSainct-Pierre-le-Mousticr, fut advertjr par deux gentilshommes normans, qui estoient de la maison dudit duc de Bourbon, l'un seigneur. d' Argouges, Tautre de Matignon, de la praticque qu'avoit ledit Charles de Bouiiwn avec Fempereor. Après lequel advertissemeni te roy feit séjour audit Heu de Sainct-Pierre-le- Moustier, attendant les bandes des lansquenets que le duc de Suffolc amenoit de Picardie, lesquell^ arrivèrent deux jours après, car le roy ne \tyaioit entrer à Moolms sans estre bien ac^ compagne: auquel Tieu estant arrivé, logea tcfvites ses enseignes d'Allemans aux portes.

L'entreprise dudit de Bouilwn estoit de contrefaire te malade, p<mr n'afler en Italie aveeques le roy ; car te roy estant passé les montagnes, et estant te roy d'Angtetorre dc.'^rmdu m Picardie > il Aevoit feire descenA-e le comtç

Guillaume de Fuslemberg et lecorate Félix avccques dixou douze mille Aliemans, lesquels, par Coiffy et Chaumont en Bassigny, se dévoient venir joindre avec luy dedans ses pays, où il espéroit, par le moyen de ses serviteurs et subjects, mettre ensemble trois cens hommes d'armes et cinq ou six mille hommes de pied ; et desjà avoit dépesché la Motte des Noyers, gentilhomme bourbonnois, pour tenir preste ladite levée d'Allemans, et par ce moyen faire la guerre dedans les entrailles de France: aussi dévoient les Espagnols dresser une grosse armée pour assiéger Pontarabie,comme ik firent. Ces choses considérées, mesmes le roy estant hors de son royaume avecqoes toutes ses forces, sans point de faulte il est apparent que la France eust esté esbranlée devant que la pouvoir secourir ; car si le roy eust voulu letoumer la teste en çà, il eust eu Tarmée dltalie à sa queue. Mais Dieu, qui a tousjours conservé ce royaume, y pourveut ; car desjà, comme dit est, avoit eu le roy advertissement de la praticque dudit Bourbon, non pas toutesfoys des conclusions au vray que je viens de dire, mais tant seulement qu'il trafiquoit avecques l'empereur pour se retirer devers luy. Par quoy en toute diligence le roy ordonna ordre aux affaires de sondit royaume ; et parce qu'il sçavoit monseigneur de Vendosme estre de la maison de Bourbon (chose qui luy pouvoit engendrer souspeçon ), le voulut bien mener quand et luy en Italie. A ceste occasion, le tirantde Picardie, qui estoit son gouvernement, y envoya le seigneur de la Trimouille pour son lieutenant général, laissant en Champagne le seigneur d' Orval, puisné d'Allebret,dont il estoit gouverneur; et , au lieu du seigneur de la Trimouille , qui estoit gouverneur de Bourgongne, laissa le duc de Guise ;en Guyenne et lAAguedoc,le seigneur de Lautrec, Odet de Foix ; et madame Louise, sa mère, régente en France.

Le roy, arrivé audit Moulins, trouva le duc de Bourbon contrefaisant le malade ; mais le gentil prince, qui tousjours estoit plus enclin à miséricorde qu'à vengeance, espérant réduire ledit de Bourbon et le divertir de son opinion, alla le visiter en sa chambre ; auquel lieu, après l'avoir reconforté de sa maladie, qui toutesfoys estoit simulée , luy déclara les advertissemens qu'il avoit des praticques que fiBLisoit faire ledit empereur par le seigneur du Ru pour l'attirer

à son service, et le divertir de la bonne affection qu'il estoit asseuré qu'il portoit àla couronne de France; et qu'il pensoit bien qu'il dV voit escouté lesdits propos pour mauvaise volonté qu'ilportastà luy ny au royaume, eâaot sorty de sa maison, dont il estoit siproée: mais que désespoir et craiote de perdre sontstat luy pouvoient avoir troublé la bonne mtié et affection qu'il avoit tousjours portéenT» son prince et seigneur; et qu'il eust à mettR hors de sa fantaisie telles choses qm le titrabloient , l'asseurant qu'au cas qu'il perdistsoD procès contre luy et contre madame sa mèrf, de luy restituer tous ses biens; et qu'il se tiost préparé pour l'accompagner en son Toyap dltalie.

Ledit seigneur de Bourbon , comme sage «i prudent, sceut bien dissimuler sa dâibéntioD: bien confessa au roy que ledit AdriandcCrwj, seigneur du Ru, l'avoit recherché deliftrt* l'empereur , mais que luy ne luy hyà'foi^ voulu prester l'oreille, et qu'il avoilbin»® pensée d'en advertir le roy au premierliwipl parleroit à luy: toutesfoys, qu'il neTavoitvwih mettre en la bouche d'autruy, assenraDiqow'l et quand le roy que les médecins luy proiMttoient que dedans peu de jours il pourroil alkr en littière, et qu'incontinent ne ftuldroit le trouver à Lion après Sa Majesté. Ce néaul* moins, le roy fut de plusieurs conseillé de* saisir de sa personne; mais , estant prince homain , ne voulut faire exécuter ladite opinion. vetf mesmes que les choses n'estoient bien ave rées, et qu'il n'estoit rai sonnable de faire injQff à un tel prince qu'estoit monsieur dcBoorboD. sans premièrement estre les choses Ken j^ tifiées.

Le roy, se pensant tenir asseuré de h pi^ messe de monsieur de Bourbon, estimai [** voir bien réconcilié, partit de Moulins, e^i*^ son chemin à Lion, pour tousjours fcifc*''' miner son armée; et laissa, pouritf«^P** gnér ledit seigneur, Pérot de la W^^' seigneur de Warty. Peu de jours après te duc de Bourbon partit de Moulins, et priot le *^ min de Lion ; mais estant arrivé à laPaB<^'^ gnit la maladie estre regregée : et dudit Ii« partit ledit Warty avec lettres de mondit seigneur de Bourbon, pour acertener le roy des«i parlement. Après le partement dudit Vi»^* monsieur de Bourbon considérant que, par*'*

fesr^ <le la cour de parlement, tous ses biens estoieïOt séquestrés, et que mal-aisément en pourvoit, iijamais jouir , ayant une si forte partie qu'estoic Sadame, mère du roy, voulut, avant que passer outre, entendre la volonté dudit seigneur atteodant laquelle, se retira à Chantelles, place sienne assez forte, oùestoient tous ses meubles, duquel liea , à son arrivée , dépescha devers le Toy révesque d'Autun, de la maison des Humdts, avecques lettres et instructions signées de sa main, lesquelles fay bien voulu icy insérer de mot à mot.

« Monseigneur, je vous ay escrit bien amplement par Pérot de Warty ; depuis je vous ay dépesché Tévesque d'Autun, présent porteur, pour de tant plus par luy vous faire entendre la volonté que j'ay de vous faire service. Je vous supplie, monseigneur, le vouloir croire de ce qu'il yoos dira de par moy, et vous asseurer, sur mon honneur, que je ne vous feray jamais faulte. De vostre maison de Chantelles, le septiesme de septembre.

• Mais qu'il plaise au roy faire rendre les bieis de feu monsieur de Bourbon, il promet de le bien et loyaument servir, etde boncueur, ^ sans luy faire faulte, en tous endroits où il plaira audit seigneur, toutes et quantes fois quMI luy plaira ; et de cela il Ten asseurera jusques au bout de sa vie : aussi qu'il plaise audit seigneur pardonner à ceux auxquels il veult mal pour celuy afbire.»

Et avoit signé lesdites instructions de sa main. Depuis l'arrivée de Pérot de Warty à Lion, le roy fut adverty comme monsieur de Bourbon avoit délaissé le grand chemin, et s'estoit retiré à Chantelles. Par quoy soudain dépescha l« bastard de Savoye, grand maistre de France, ^ le mareschal Chabannes, avecques chacun Cîent hommes d'armes, pour trouver moyen Cl'âmesster ledit duie de Bourbon, ou bien l'assiéger dedans Chantelles. Aussi dépescha la c«Dmpagnie du duc d'AIançon de cent hommes d'*anDes, et celle de monsieur de Vendosme de P^rdl nombre, et d'autre part les capitaines des gardes et prévost de l'hostel. Monsieur le grandn^^tre ayant pris le droict chemin de Moufcls, arrivé qu'il fut à la Pacauldière, trouva '^ roullets de l'évesque d'Autun qui prenoient ^^ chemin de Lion, pour exécuter le commandement qu'ils avoient du duc de Bourbon, les- ^dsil feit arrester, et chercher dedans s'il s'y

Page 1