‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 256 sur 428 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

trouveroit quelque chose contre le service du roy. Peu d'heures après arriva ledit évesque, lequel fut pareillement arreslé comme avoient esté ses mullets ; aussi fut le seigneur de Sainct- Vallier, qui estoit à Lion, messire Emard de Prie, le seigneur de la Vauguyon, qui estoit à Thérouenne, et plusieurs autres.

Monsieur de Bourbon, adverty de l'arrest faict sur la personne de l'évesque d'Autun, se désespéra de trouver grâce envets le roy ^ par quoy délibéra de sauver sa vie. Aucuns de ses privés estoient d'advis qu'il se devoit laisser assiéger dedans Chantelles ; mais luy, qui estoit homme cognoissant, jugea bien n'estre raisonnable de s'enfermer en une place au millieu du royaume de France, hors d'espérance de tout secours : par quoy délibéra de se sauver hors du rçyaume ; et, pour cest effect, partant de Chantelles, n'ayant de compagnie que le seigneur de Pomperant,sans page et sans vallet,se meit à chemin, en habit dissimulé. La première nuict , vindrent au giste en la maison du seigneur de Lalières , vieil gentilhomme nourry en la maison de Bourbon , duquel le nepveu estoit de la partie. Mais estant là, changea d'opinion de son chemin qu'il a voit h prendre, et tourna tout court à main droicte : et vint le lendemain coucher en la maison dudit Pomperant, et de là au Puis en Auvergne. Puis, prenant le chemin, laissant Lion à la main gauche, vint loger à Sainct-Bonnet-le-Froid, en une hoslellerie séparée hors du village ; et parce que mondit seigneur de Bourbon n'avoit repeu, furent contraints d'y arrester, espérans y repaistre sans estre apperceus ny cogneus, parce qu'il n'y avoit qu'une vieille hostesse audit logis. Mais le soir, bien tard, y arriva celuy qui tenoit la poste pour le roy à Toumon, venant de Lion, pour faire repaistre son cheval ; qui fut cause que lesdits seigneurs de Bourbon et Pomperant deslogèrent sur l'heure, et toute nuict allèrent repaistre à un village à deux lieues de là, nommé Vauquelles ; dont l'hostesse dudit lieu recogneut Pomperant, et luy dist nouvelles comme ses grands chevaux avoient passé le jour précédent par là, et pour laquelle cognoissancé l'hostesse luy presta une jument de relais, parce que son cheval estoit recreu, et luy bailla son fils pour guide.

Dudit Vauquelles partit mondit seigneur de Bourbon , feignant eistre serviteur de Pomper^int ,

MÉMOIRES DE DU BELLiY,

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environ minnict, et au'poinct du jour arriva à Dauce près de Vienne, estant la rivière da Rhosne entre deux. Le seigneur de Bourbon demoura caché derrière une maison, craignant qu'il y eust garde de par le roy sur ladite rivière , cependant que Pomperant alla pour en* tendre des nouvelles. Lequel, estant arrivé près du pont de Vienne, trouva un boucher auquel il fit entendre qu'il estoit archer de la garde du roy, luy demandant si ses compagnons n'estoient pas venus à Vienne pour garder le pas^ sage , à ce que monsieur de Bourbon ne passast la rivière ; et que ses compagnons luy avoient mandé que leur enseigne s'y de voit trouver. Le boucher luy feit response qu'il n'y en avoit aucuns , mais bien avoit-il entendu qu'il y avoit force de gens de cheval du costé de Dauphiné. Pomperant ayant entendu le passage n'estre gardé , retourna devers monsieur de Bourbon , et conclurent de ne passer point le pont, craignans d'estre cogneus , mais aller passer à un bac à demie lieue de là ; auquel lieu estant embarqués, dix ou douze soldats de pied s'embarquèrent avec eux, chose qui estonna ledit de Bourbon, mesmes qu'estant au milieu de la rivière, Pomperant fut recogneu par aucuns desdits soldats, qui donna plus grande terreur à mondit seigneur de Bourbon. Toutesfoys il fat rassuré par ledit Pomperant, disant que s'ils cognoissoient quelque hazard, ils couperoient la corde pour faire tourner le bac vers le pays de Vivarez, où ils pourroient gaigncr les montagnes et se mettre hors do danger; mais ils ne tombèrent en cest inconvénient.

Ayans mesiits seigneurs de Bourbon et Pomperant passé la rivière, tant qu'ils feurent h la veue des hommes, suivirent le grand chemin de Grenoble, puis tournèrent à travers les bois droict à Sainct -Antoine de Viennois, et allèrent loger à Nanty, en la maison d'une ancienne dame vefve , laquelle, durant le souper , recogneut Pomperant, et luy demanda s'il estoit du nombre de ceux qui avoient faict les fols avecques monsieur de Bourbon. Pomperant respondit que non ; mais que bien il voudroit avoir perdu tout son bien, et estre en sa compagnie. Sur la fin de table, vindrent nouvelles que le provost de Thostel estoit ou avoit esté à une lieue de là, bien accompagné, à lapoursuittede monsieur de Bourbon , dont il fut estonné , ()e sorte qu'il se voulut lever de table pour se

f sauver ; mais il en fut empesché par ledit Pom. perant , pour crainte de donner souspeçoD à ii compagnie. Au sortir de table, montèrent à cheval, et allèrent loger à six lieues de là , auquel lieu ils séjournèrent un jour pour reposer leun chevaux , parce que c'estoit un lieu incogaeo dedans les montagnes.

Le mardy ensuivant, dès le poinct da joor, prindrent le chemin du pont de Beauvoisio, pour tirer droict à Chambéry, où par les ekmins trouvèrent un grand nombre de cavaiem allant à la suitte de l'armée que conduisoitmooseigneur l'amiral de Bonnivet en Italie, (kotib eurent grande peur d'estre cogneus. Enfin, le mercredy, sur le tard, arrivèrent à Chambérj, où ils conclurent de prendre la poste jasqoesi Suze, et de là prendre le chemin par les pays de monsieur de Sa voy e , pour arr i ver à SavonneoDi Gennes , et là s'embarquer en Espagne trouver l'empereur; mais le matin qu'ils dévoient prtir, lecomte deSdinct-Polpassaenposte,praaiUfedit chemin de Suze pour aller trouver owosiear l'amiral en Italie ; par quoy ils changère&v V»r dessein, prenans le chemin du Mont da Chat-, et à huict lieues au dessus de Lyon repassèrent le Rhosne, prenans le chemin de Saincl-Cl«wl«' Et y estans arrivés, ne trouvansle cardinal de la Baulme, n'y firent séjour que d'une nuict, et allèrent trouver ledit ca rdinal à la tourdeMay, maison dépendante de l'abbaye de Sainct-Claude,

où il faisoit sa demeure ; auquel, parce qu'il estoit serviteur de l'empereur, il sefeitcognoistre. Le lendemain, avec bonne escorte de cavalerie que luy bailla ledit abbé, s'en alla concber à Colligny, et de là à Passeran ; et y feit séjoor huict ou dix jours. Partant dudit Passcran,alli monsieur de Bourbon à Besancx)n, et deBcsançon à Lière en Ferrette, auquel lieu setrou*^ rent la plus grande part des gentikhommes qui avoient abandonné le roy et leurs maisons pour le suivre : desquels estoit le ségùffff ^ Lurcy,Lallière, Montbardon, le PeloUife**' gneur d'Espinars, le Peschin, Tansannect plusieurs autres; et pareillement le vindreiA trouver le capitaine Imbault et Tesleu Petitdey,lul pensans persuader de retourner en France, ^ faisans forts que le roy mettroit enoubIyl« choses passées, avec bon traittement, tel que '^ roy luy avoit oITert en passant à Moulinsj* quoy il ne voulut condescendre; tellement qu^*^ s'en retournèrent en France sans avoir riens

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