LIVRE IL
traints déparier, parce qu^il n'y avoit apparence qu'ils peussentestre secourus: mais Dieu ne voulut permettre de prendre le meiUeur conseil.
• Le roy , estant arrivé devant Pavie le vingtseptiesme ou le vingt-huictiesme d'octobre l'an 1524, ordonna du logis de son armée : logea le mareschal de Chabannes, avecques son avantgarde, vers le chasteau, du costé du Tésin; luy se logea avecques la battaille à l'abbaye de Sainct-LanfFran, assez près de la ville; puis envoya le mareschal de Montmorency, avecques trois mille lansquenets, deux miUe Italiens , mille CorseSjCt deux cens hommes d'armes , pour passer le Tésin, et se loger au feuxbourg Sainct- Antoine, dedans une isle. Pour gaigner ledit fauxbourg, leditseigneur de Montmorency fut contraint de battre une tour qui estoit sur le pont : l'ayant gaignée , la feit remparer et garder, faisant pendre ceux qu'il trouva dedans pour avoir esté si outrageux d'avoir voulu garder un tel poullier à rencontre d'une armée françoise. Le roy, ayant logé son armée en la manière dessusdile , délibéra de forcer la viUe: à cause de quoy feit faire les approches et mettre son artUlerie en batterie , de laqueUe ayant battu quelques journées, fut faict brèche , mais ' non raisonnable; toutesfoys fut ordonné de donner un assault , pour tenter .l'opinion de ceux de dedans. Auquel assault nos gens, ayans donné jusques au hault de la brèche, pensèrent la ville gaignée, mais autrement* en advint; car ils trouvèrent par dedans de larges et profondes trenchées bien flancquées , et les maisons estans près desdites trenchées percées bien à propos, et pourveues d'arquebouzeries: qui fut cause que nos gens, après avoir long- temps combattu sur le hault de la brèche, furent contraints de eux retirer, parce qu'il n'y avoit ordre de passer plus outre. Audit combat moururent plusieurs gens de bien , et, entre][autres, le capitaine Hutin de MaiUy et le frère puisné du seigneur d'Auchy, tous deux de Picardie; et le capitaine Sainct-Julian , jeune homme basque, et beaucoup d'autreis desquels je n'ay mémoire. Ce faict , le roy ordonna que la gendarmerie se mettroit à pied, pour par deux endroicts donner l'assault ; et devoit le mareschal de Foix mener l'une des trouppes. Lesquels estans en bataille, et tous à pied, ayans choisy de toute la gendarmerie les plus dispos «
MÉMOIRES Dlî DU BELLAY,
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le roT, ^yant «Meodo e«u eni tvoient r^sfi^ nau U brèeke» ordonna de nUre diflérer Tas- ^auU, et feU retirer la gendarmerie.
Quelque temps auparavant, le duc Claude de Longoeville, jeune prince de grande volonté, estant dedans les trencbées, en sortit pour re*cQgnoistre quelque chose le long de la ville ; mais sitost qu'il fat descoovert, fut frappé d'un coup de mousquet dedans Tespaulle, venant de dessus la muraille, duquel coup il mourut sur le champ. Plusieurs qui eberchoient de foire service au roy mirent en avant un moyen de forcer la ville, qui estoit tel. Ia Tésin coule le long de la ville, duquel costé les ennemis, se fians à la (brce de la rivière parce qu'elle n'est gayable , n'avoient faict aucun rempart ; par quoy ils eatreprindrent de divertir ladite rivière avecques des toillps, mettans en avant qu'estant divertie et le cours asséché, et faisans en cest endroit une soudaine et furieuse batterie, la ville seroit aisée à forcer, premier que l'ennemy eu3t loisir d'y pourveoir, chose qui Woit apparence de raison, Et estoit chef d'icelle entreprise Jacques de Silly, baillif de Caen , lieutenant de la confipagnie du duc d'Alançon. Il y mei^ gens q) bêiongne ; mais après avoir beaucoup despendu d'argent et de temps, tomba nne plçiye soudaine, dont U rivière augmenta, de sorte qu'en une heure elle emporta ce qui avoit esté faict en plusieurs jours, et par oe n^oyen leur labeur fut inutile.
Estant le roy devant Pavje, comme tous oyez, le pape Clément, voulant mettre en repoa l'Italie, envoya devers le vice-roy de Naples, qui estoit à Laudes, pour trouver moyen d'accord ; lequel , n'estant asseuré du secours qu'avoit promis le due de Bourbon amener d'Allemagne, des denic^rs qu'il avoit recouverts sur les bagues que mçnsieur de Savoye luy avoit preste, accorda une trefve de cinq ans, pendant lequel temps devoit demourer entre les main« du roy tout oe qui estoit deçà la rivière d'Adde, horinis Laudes. Lesquelles conditions furent refusées par le roy, à la persuasion, à ce qu'on disoit, de monsieur l'amiral Bonnivet, qui avoit la superintendance des affaires du roy, et à rinstîg^lion du seigneur de Sainct-Mamult , qui estoit fort près de la personne du roy, et bien ouy dudit seigneur, encores qu'ils ne Aist en estime d'homme de guerre, mais bien entendant les praticcjues de la cour,
-^ Ledit pape Clément, lepâesoM de ce nom, après avoir failly à la trefve cy-deisQs mentionnée, persuadé par le comte de Carpy, unhaseadeur pour le roy devers Sa Saincteté,hiM les anciennes haines qu'avoit porté le pipe Léon, son cousin, oontr» le roy, et feit iHiiAee avec luy ; puis dépescha le seigneur MttUe, son dataire, pour confirmer ladite alUanoe, et persuader le roy de faire faire l'entiepriie de Naples, l'estimant aisée pendant que Fannée impériale estoit empeschée audit duché d« Milan, et estant l'armée firançoise Civonséedeb Sainoteté. Le roy s'accorda à iceUe entrepriie, pour l'exécution de laqueUe il ordonns le due d'Albanie son lieutenant général; en laconpi' gnie le seigneur Renœ de Cère, et lii eeos hommes d'armes, du nombre desquels estoit k bastard de ht Claiette ; le seigneur d'fogoilijt avec sa compagnie de gens d'armes t ^ tiw cens chevau^t légers, cent de monsieur H^nie ; la compagnie du doc de LongueiAiM' duitte par le seigneur des Loges, son liesttttfA; dix mille hommes de pied , et quelque m^ de chevaux légers, avec dix ou dôme pita d'artillerie, ce qui sembla à plusieors n'eitre raisonnable que le roy séparast son inoée. U vicenroy de Naples et le marquis de Peeqoiii^* qui estoient à Laudes (car monsieur de Bmtbon n'y estoit pour lors, parce qu'il 8itait aU en Allemagne foire levée de douze Dilk ka^ quenets , des déniera, comme j'ay n'a goires dit, que le duo de Savoye luy avoit preste), sdvirty» du partemeat de mondit seigneur d'Albanie, estimaos seulement qu'il fu^t allé pour twfvt du duo de Ferrare un nombre de poeMw»i •« bouUets, oustils à pionniers, et autres asnititw de guerre qu'il prestoit au roy» partiwil de Laudes avec leurs foroes, et passer»! le R», pour coupper chemin au seigneur d'AlM^ Mais estans arrifés à Monticel, cinq mill^ de Crémone, du costé de PUisance, dâP* de marcher à Fleuransolles, leur ftmaliij' de l'année de m<Misieiir d'Albanie tti^^ vaux légers qui avoient esté wifrlua IjJ^ rage, par lesquels ils furent asseurés 1*^ 'T treprise dudit seignetr d'Albanie estait Jf^ ^ royaume de Naples. Lesquelles ckoifli ci^ dues, se fermèrent à Montîod, ne se s»^ assez forts pour conobattre nostreannéei^ laissèrent passer.
Le vice-roy de Naples ayant entendu f^'