‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 270 sur 428 · LIVRE IIL · texte numérisé non relu

LIVRE IIL

semble quatorze ou quinze mille villaîns, pour marcher droict en Lorraine et de là en France, estimans pouvoir tout subjuguer, parce qu'ils avoient opinion que la noblesse de France estoit morte à la battaille ; lesquels paîsans assemi)lés, partout où ils passoient piiloient maisons de gentilshommes, tuoient femmes et enfans avecques cruauté inusitée. Pour à quoy obvier, monsieur le duc de Guise et le comte de Vaudemont son frère, après avoir assemblé toutes les garnisons de la Bourgongne et Champagne» tant de cheval que de pied, et, entre autres, le comte Ludovic de Belle-Joyeuse, duquel j'ay parlé cy-devant, qui avoit deux mille hommes de pied italiens, marchèrent au devant de la furie de ce peuple, lequel ils rencontrèrent à Saverne, au pied de la montagne, tirant le chemin de Strasbourg; et encores qu'ils fussent quinze mille contre six mille, se fians lesdits seigneurs à leur gendarmerie, les chargèrent et les deflirent, et taillèrent tous en pièces, hormis ceux qui se sauvèrent à la montagne. Et y moururent de ce populaire de huict à dix mille hommes, et des nostres peu : et entre autres, de nostre part, y furent tués le capitaine Sainct-Malo et le seigneur de Bétune , capitaine de la garde dudit duc de Guise. Oncques, depuis ceste dcffaicte, ne fut nouvelles que ceste canaille se deust rassembler.

Madame la régente ny le conseil de France ne trouvèrent bonne l'entreprise dudit duc de Guise, d'avoir bazardé les forces que nous avions ensemble pour soustenir un effort, au cas que Tannée victorieuse d'Italie eust marché en ce royaume ; mais bien en prist. Dom Charles de Lannoy, vice-roy de Naples, lieutenant général de l'empereur en Italie, après la battaille gaignée, fut en grande pensée du moyen qu'il pourroit tenir pour contenter son armée. N'ayant argent pour la payer de trois ou quatre mois qui luy estoient deus , craignoit que les soldats, se mutinans,ne cherchassent le moyen par force d'avoir le roy en leurs mains, pour seurete dudit payement. Pour à quoy obvier il mena le roy, au deceu de sadite armée, à Pissegueton, place forte sur la rivière d'Adde, le baillant en garïle au seigneur Alarcon, espagnol, auquel l'empereur avoit grande fiance; puis chercha les moyens de trouver deniers pour contenir lesdits soldats. 11 eut du pape Clément cent cinquante mille francs : du duc

de Ferrare quarante mille : les Vénitiens offirîrcnt luy en bailler bonne somme. Mais, parce que le vice-roy les vouloit contraindre à plus grande quotisation, ils temporisèrent ; de sorte qu'ils ne baillèrent rien. Estant le roy à Pissegueton, y séjourna jusques après Pasques, que Ton comptoit 1525, que l'empereur, estant en Espagne, envoya devers luy le seigneur du Ru, son grand-maisire, avecques articles par lesquels il demandoit que le roy investist monsieur de Bourbon de la comté de Provence et du Dauphiné, pour joindre avecques les terres desquelles ledit seigneur de Bourbon avoit auparavant jouy, et le tout estre érigé en royaume duquel il ne recognoistroit supérieur ; par mesmes moyen, que le roy luy remist entre ses mains le duché de Bourgongne , et autres plusieurs articles que je laisse comme non raisonnables à demander. Auquel seigneur du Ru fut respondu par le roy : « Je suis marry de quoy ^empereur vostre maistre vous a donné la peine de venir en poste de si loing pour tn'apporter articles si desraisonnables; vous lu y direz, de ma part , que j'aymerois mieux mourir prisonnier que d'accorder ses demandes, luy faisant entendre que mon royaume est encores en son entier, lequel, pour ma délivrance, je ne vueil endommager; et s'il veult venir à traittés, il faut qu'il parle autre langage.»

Pendant ce temps le comte de Sainct-Pol, qui estoit sorty de prison, ayant practiqué ses gardes, le comte de Vaudemont et le marquis de Salluces, Michel-Antoine, faîsoient dresser quelques practiques avecques aucuns princes et capitaines d' Italie, de laquelle estoit conducteur le comte Francisque de Pontresme, espérans trouver moyen d'empescher que le roy ne fust transporté hors du duché de Milan, et que le temps ameneroit que les potentats d'Italie, craignans que l'empereur ne se Voulsist faire monarque, puis après les suppéditer, dresseroient armée pour mettre le roy en liberté. De quoy le vice-roy de Naples ayant eu quelque vent, feit entendre au roy qu'il avoit seureté de l'empereur (et lui en monstroit letti;es); que là où il se passeroit en Espagne, leurs deux majestés, après avoir parlé ensemble, feroient une paix finale par laquelle il seroit mis en liberté. Le roy ayant cognoissance que monsieur de Bourbon fstoit pas^ en Espagne» et que les propos du

mariage dudit seigneur de Bourbon et de madame Aléonore, sœur de Tempereor, se contlnuoient, et qu'on en espéroit la condosk», résolut et accorda de son passage, encores qœ plusieurs de ses serviteurs ne fassent de ceste opinion. Et l'occasion à ce le moavanl estoit qu'il espéroit qu'estant arrivé en Espagne, ladite dame Aléonore aimeroit mieux espooser un grand roy comme le nostre, qu'on prioce deshérité ; par ce moyen eDe pourroit divertir l'empereur son frère de ceste opinion; csradvenant le mariage dudit Bourbon et d'elle, c'estoit mettre la guerre dedans le coeur de son royaume. Yeu les demandes que desjà loi a?oit faictes le seigneur du Ru au nom de l'empereor, il estoit apparent que ledit emper^ir fmmroit de ses forces ledit seigneur de Bouito.es-^ pousant sa sœur. Mais il Moit qoeleroyiôarnist pour sa conduitte six de ses galères qui estoient à Marseille, lesquelles seroieot anoÂs d'Espagnols, et qu'il feist désarmer b antres pour la seureté dudit passage; chose que le roy trouva bonne, et dépescha lesegneordc Montmorency, mareschal de France, poorcest effet devers madame la régente sa mère.

Ledit de Montmorency estant arrivé à lion devers ladite dame, luy fit entendre rinteniion du roy : chose qu'elle et son conseil trouvèrent bonne, espérant par ce moyen avoir plnslo* la délivrante du roy son fils. Incontinent (p« ledit de Montmorency fut dépesché de Pissegueton, le roy partit, accompagné dudit vk»roy de Naples, pour prendre le chemin de G«dnes. Auquel lieu de Gennes estant le roy attendant ses galères , arriva ledit niareschal « Montmorency ; mais parce qu'Une trouvai»"' sans réitératif commandement du roy, it^^^' tre les galères entre les mains des Impériaoi' les avoit laissées à Toulon, en intention de les avoir assez à temps quand il seroit ixsm- Toutesfoys, le vice-roy de Naplessentanirifl»^ de mer du roy plus forte que la sicrwft^^*' gnant que, se mettant au passage, flsero^, danger de perdre son prisonnier et son w®^' ou pour crainte de quelque novalité en terre» ne vouloit plus temporiser. A ceste occasioo print la roupte de Naples, partant de Gecn^ pour mettre son prisonnier en seureté; q® ^ un grand ennuy au roy de se veoir ^'^^^^ pays si loingtain de ceux desquels il po^^ avoir fiiveur- Mais estant arrivé àPorto-Veoe^»

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