‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 272 sur 428 · LIVRE m · texte numérisé non relu

LIVRE m

iiK>rt da seigneur de la TrimoàiHe ; eehiy de Danpbîné au comte de Sainct-Pol vacant parla miort de Famiral Bonnivet: et au seigneur de Hontmorency donna le gouvernement eu chef de Languedoc, dont auparavant il estoit lieutenant soubs monsieur le dauphin , auquel le roy I^avoit baillé après le partement de monsieur de B<Hirt)on; et au grand sénescbal de Normandie, messire Louis de Brezé, donna le gouvernemeot de Normandie, vacant par la mort de monoeor le duc d^Alançon, dont par devant il estmt lieutenant du roy.

Pour revenir à l'empereur, ayant entendu la respoQse &icte par le roy à ses ambassadeurs à Bayonne, d^[)escha le vice*roy de Naples, Chartes de Lannoy, seigneur de Mingoval, le duc de Trajette, le seigneur Alarcon, pour vemr devers le roy, eqpérant que la response des estats de Bourgogne seroit suivant son mtentkm ; ce que non. Lequel ils vindrent trouver à Congnac, auquel iieu ils feurent receus et festoyés magmfiquement. Mais peu de jours après ib virent chose qui ne leur pleut guères; car lis virent et ouïrent publier en leurs présences une ligue faicte entre le pape Clément, le roy de France, le roy d'Angleterre, les Vénitiens, les Suisses et les Florentins, qui s'appeUa la saincte ligue, pour mettre Tltalie en liberté, et en chasser tous estrangers, et remet- Ire le duché de Milan entre les mains de Francisque Sfbrce, avec quelques conditions, laissait place à l'empereur pour y entrer si bon loy sembloit ; chose qu'ils trouvèrent estrange, de qooy je ne m'esbahy, car, au lieu qu'ils penmÂeat prendre possession du dudié de BourgpDg^ (estant jà party le prince d'Orenge poiir aller prendre ladite possession comme gouverneur), <m leur présenta un traitté entièrement eontraire i Fempereur leur maistre. Par quoy, aprèf avoir pris congé du roy, retournèrent en JËipagne, rapportans qu'où l'empereur youdnnt prendre argent pour la rançon du roy, et fendre messieurs les enfans de France, -ledit mgoiem le luy foumiroit ; autrement, ncMi ; et pour Texécution desdits traittés, chacun, pour faquotte porticm, devoit mettre ses forces enjpeaoble. Et, pour conduire l'armte que le roy Revoit fournir pour son respect, en fut donnée la charge à Michel-Antoine, marquis de Salluces» lequel fut dépesché avec quatre cens hommes' d'armes et dix mille Suisses que le roy

avoît envoyé lever, dont estoit colonel le comte de Tende, et quelque nombre de gens de pied firançois.

Ce pendant qi^e ces traittés se &isoient, le duc Francisque Sforce, qui estoit assiégé dedans le chasteau de Milan, tomba en telle nécessité de vivres, qu'il n'y avoit plus que manger. Or, estoit à l'heure mort le marquis de Pesquaire ; par quoy le seigneur Antoine de Lève et le marquis du Guast, cousin germain dudit marquis, avoient pris l'administration de l'armée et de tout l'Estat du duché de Milan, ensemble de l'assiégement du chasteau; lesquels firent grande diligence de pourveoir à ce que secours de vivres n'entrast dedans; et parce que le payement estoit failly à leurs soldats, mirent une imposition sur la ville de Milan intolérable. L'empereur, estant adverty de la. mort du marquis de Pesquaire, dépescha soudain le duc de Bourbon pour estre son lieutenant général en Italie, lequel vint descendre à Gennes ; puis, aryvé qu'il fut à Milan, trouvant la vUle en désespoir pour les grandes cruautés qui leur estoientfaictes, tant par impositicms insupportables, que pour la tyrannie que leur faisoient les soldats, assembla les habitans de la ville, et leur remonstra l'ennuy qu'il portoit pour les injures qui leur avoient esté faictes par cydevant, mais qu'il estoit délibéré du tout les soulager; si est-ce qu'il estoit besoing de trouver trente mille escus pour contenter ses soldats. Et cela fournj, si jamais leur estoit faict tort, il prioit Dieu qu'au premier lieu qu'il se trouveroit, fost en bataille ou assault, il fust tué d'un coup d'arquebouze; ce que depuis luy advint devant Romme.

Pendant que ces choses se faisoient à Milan, le pape et les Vénitiens faisoient toute diligence d'assembler leur armée pour venir à Milan secourir le chasteau, le sentans en grande extrémité, et firent marcher leurdite armée droict à Laudes. Le marquis du Guast et Antoine de Lève, de ce advertys, craignans que leurs ennemys ne se missent dedans Laucfes (qui leur eust esté grand empeschement pour les vivres de la ville de Milan), en toute diligence dépeschèrent trois enseignes d'Espagnols pour se mettre dedans; mais, arrivés qu'ils furent audit lieu, vint un bruict parmy eux que ladite ville de Milan devoit estre livrée à sac. Lesquels à ceste cause, pour ne perdre leur part du bu-

tin, iaM iQoan eMUMndement s'en rctoomèrcnt i Mfl«n, laifisans dedans landet rabrioe Maramaalt avec sept cens hommes de fkeà italiens, lequel permik à ses soldsts de dire aux citadîns toutes craaittÀ, tant usitées que non

liWl\

Qaoy voyant le seigneur Lodovio Vistarin, citadin de Laudes, homme nobit> se délil>ént de seeoQiir sa patrie ; et pour eest efleet envoya devers Francisque Marie, duo d^rbîn, capitaine général de la seigneurie de Venise, i ce qu'il eost à marcher, et qu'il le mcttroit dedans la vflie, moyennant qu'il luy promist sa foy de ne souffrir faire extorsion aux citadins; ce qui fut exécuté. Et se sauva ledit Fabrice avec sesdits soldats dedans le cbastoau. Le marquis du 'Guast, adverty de la perte de Laudes, partit de Milan en toute diligence, pour trouver moyen de la recouvrer devant que l'armée du pape et des Vénitiens y fest arrivée, pensant par le moyen de cieux du chasteau pouvoir entrer dedans ; mais le duc ((Urbin, qui estoit homme de guerre, y avoit in bien pourveu par trenohées que ledit marquis laboura en vain ; et ce qu'il peut faire Ait de retirer les soldats qui estoieni dedans le chasteau, avecquas lesquels il s'en retourna à Milan. Ce temps pendant, le reste de Farmée des Vénitiens et celle du pape marchoient en toute diligence par le Plaisantin ; aussi faisoit Michel-Antoine, marquis de SalluceB, avecques Farmée des François, et desjà avoit passé] be pas de Suze et estoit descendu en Piémont » Aussi les dix miUe Suisses que le roy avoit faiet lever marehoient par le pays des Grisons, sans lesquels les François ne vouloient combattre; mais lesdits Suisses furent lents à marcher, si que ce temps pendant^ la famine pressa de sorte le duc de Milan, qu^il Ait contraint de remettre le chasteau de Milan entre les mains de monsieur de Bourbon, soubs condition que ceux de dedans ledit chasteau s'en iroient avecques leurs armes et bagues sauves, et que la ville de Cosme, tenue parles Impériaux, seroit remise entre les mains dudit di|c de Milan, pour foire sa demepre jusques à ce que Pempereur eust cogneu sa justification, disant qu'à tort et sans cause le marquis de Pesquaire Tavoit spolié dudit duché. Estans doncques ces tralttés signés et accordés, et après avoir mis le diasteau entre les mains de mofmeqrde 9<Hiri)oo, lequel en fek

capitaine k seigneur de Teneane, vieil gentâ* hoinme de ftouilMMinois, partit ledit seignett Sforee pour ^en aMer à Cosme. Mais par les chemins hiy Ait rapporté que les ImpMaux» en lieu de luy Kvrer la ville de Cosme, avoieM délibéré de le mettre prisonnier , et mesmea que ses meuUcs qu'il avoit bissés à Milan en garde, par faulte de charroy pour les emporter, avoiei^ esté baîUés à sat aux soldats. Cela ente»da pur ledit Sforee, il se retira an camp de la Kgue, se joignant avecques die pour les injusti<^ qui luy avoient esté faictes. Cependant le marquis de Salluces, avecques Farmée du roy, qui estoit de quatre cens hommes d'armes et quatre milie hommes de pied gascons, et cinq cens chevaux légers, arriva au camp de la ligue. Lui arrivé, Alt conclu d'envoyer Malateste Baglîon, avec* ques huict mille hommes de pied et quelque Boiid>re de cavalerie, pour prendre la ville de Crémone par le moyen du chasteau qui tenoit pour le duc, dedans laquelle estoient mile lansqucQcts, cinq cens hommes espagnols, et deux cens chevaux légers pour la part impériale. Après avoir esté ledit Malateste plusieurs Jours devant Crémone sans riens prouffiter. Ait advyséque le duc d'Urbin, général de la seigneurie de Venise, iroit en personne avecques Parroée vénitienne à Fexpugnation de ladite ville de Crémone ; auquel lieu, arrivé qu'il fht, en peu de jours contraignit les Impériaux *, de sorte qu'ils firent capittilation telle que si dedans dix jours ils n'estoient secotorus, ifs remettroîent la ville entre les mains de la ligue; ce quMls fdrent, parce qu'il ne leur vint point de secours. Pendant que ces choses se demenoient au duché de Milan, le pape Clément, estant à Rome, voyant la grande dîespense en laquelle il estoit de tenir une armée au duché dé Milan, autre en la Romagne, pour le souspeçon quMl avoit de la part collonnoise, feit un traitté avecques Vespasien Colonne, Mb du feu seigneur Prospère Colonne, au nom de toute la maison cdonnoise, par lequel Airent remises toutes les injures précédentes, tant d'un costé que d'autre, fusant une paix générale. Les choses ainsi ac* cordées et jurées, le pape rompit son arméequ'fl avoit en Romagne ; dont mal luy print, car pen de jours après le cardinal Colonne et le seigneur Ascagne Col<Hine levèrent à Fimproviste, dedans leurs terres, qui sont veirs le royaume de If aples, grand nombre de soldats, et marchèrent droic(

LIVKS m.

à Romme, de sorte que, devant que le pape en fust adverty, ils furent à Saint-Jean-de-Latran. De chose si soudaine et si inopinée le pape fut si estonné, que le principal remède qu'il sceut bire fut de se retirer au chasteau de Sainct- Ange; et avec luy se retirèrent tous les cardinaux, et si grand nombre de citadins, pour sauver leurs personnes, que les vivres qui estoient dans ledit chasteau n'estoient pour les nourrir trois jours ; qui lut cause que le pape, craignant la bmine, Ait contraint de capituler; par laquelle capitulation il promist de foire retirer son armée du duché de Milan, et de quatre mois ne donna* secours à la ligue. Les Impériaux estant dedans Milan ayans eu ceste nouvelle, leur augmenta grandement le cueur. Semblablement le seigneur Georges de Fronsberg, sçachant que son fils Gaspard de Fronsberg, général des lansquenets qui estoient dedans Milan, estoit en extresme nécessité, tant pour le service de Tempereur que pour la salvation de sondit fils, avoit levé de ses propres deniers quatorze mille lansquenets; et avec bon nombre de cavalerie et d'artillerie qui luy fut baillée par Ferdinant roy de Hongrie, trere de l'empereur, marchoit en toute diligence pour secourir ceux de Milan, et desjà avoit passé le pas de Trente et le pays des Vénitiens, qu'ilavoit passé de force par la fiiveur du duc de Mantoue.

Le marquis de Salluces, chef de l'armée du roy, et le duc d'Urbin de celle des Vénitiens (cardesjararméedupapes'estoitretirée),advertys dudit secours, abandonnèrent le siège dudit Milan, pour aller trouver leurs ennemys et les combattre au passage ; mais ils vindrent trop tard, car desjà ledit Georges de Fronsberg avoit gaigné la plaine ; par quoy ne s'y feit que quelques légères escarmouches, à l'une desquelles, au passaged'une petite rivière,le seigneur Jean de Médicis fut frappé d'un coup d'arquebouze par la jambe, dont il fut contraint de se faire porter àMantoue, auquel lieu peu de jours après il mourut diKlit coup, qui fut une grande perte pour la ligue, car il estoit tenu un des plus hommes de guerre d'ItaUe. Estant le siège levé de devant Milan, comme j'ay dit, les Espagnols voulurent contraindre monsieur de Bourbon de les payer de six mois qui leur estoient dus ; autrement ils estoient délibérés de saccager la ville et de se retirer. Pour à quoy obvier et contenta: les soldats, ledit de Bourbon feit jHrendre

pendant la nuict les principaux et plus riches de la ville, lesquels, avec estrapades et autres inventions de tourmens, il contraignit de bailler argent, de sorte qu'il paya ses gens de guerre pour deux mois. Peu après, voyant n'y avoir plus de moyen que le duché de Milan peust soustenir son armée, mesmes estans Crémone et Laudes entre les mains de la ligue, délibéra d'aller chercher pasture ailleurs; par quoy «laissant Antoine de Lève à Milan avec la superintendance de Testât du duché, se résolut d'entrer dedans les terres del'Eglise, desquelles aisément il pouvoit user à son plaisir, estant le pape désarmé, pour la paix qu'il avoit faicte avec les Colonnois; et pour cest effect manda Georges de Fronsberg , pour se venir joindre avec luy à Plaisance. Le marquis de Salluces, avec l'armée fi*ançoise, adverty de l'entreprise dudit duc de Bourbon, laissant le duc d'Urbin à la campagne avec l'armée vénitienne, feit telle diligence, qu'il arriva avec son armée le premier à Plaisance. Monsieur de Bourbon voyant la ville si bien pourveue de si gens de bien, et l'armée vénitienne en campagne, n'osa entreprendre de l'assaillir.

J'ay laissé a vous dire comment le pape, cognoissant l'injure qu'il avoit receue des Colonnois ses subjets, et que le vassal ne peult capituler avec son souverain chose qui luy puisse servir , ayant pris les armes contre luy, rompit lesdits traittés, et appella à luy le comte de Vaudemont, frère dçducde Lorraine, descendu de la maison d'Anjou , maison fort désirée par les Napolitains ; lequel estant party de Marseille avecques les galères du roy , ayant en sa compagnie le seigneur Rence de Cère, baron romain, arriva à Rome; puis y ayant dressé une armée de huict ou dix mille hommes et de quelque cavalerie, marcha droict au royaume de Naples ; lequel de arrivée print la pluspart des places colonnoises et la ville de Saieme ; et s'estant présenté jusques devant les portes de Naples, et chassé dom Hugues de Montcade, vice-roy de Naples, et levé le siège de devant la ville de Frezelon, que les Impériaux tenoient assiégée, à ceste occasion le vice-roy de Naples , dom Charles de Lannoy , voyant les choses malbaster pour luy , fait une trefVe avecquesle pàpe^ au nom de l'empereur , pour quatre mois , au moyen de quoy fut nostre armée licenciée; chose qui vint mal à propos, car il estoit appa«

Ai$

Mémoires de du bellày,

rent qu^oQ eust mis rempereur bors de Testât de Naples, parce que tout le royaume estoit mutiaé, ayant prins les armes contre les Espagnols pour les tribus que le vice-roy leur demain doit, joinct que Tempereur n'a voit armée à Piaples, et que toutes ses forces estoient avec monsiear de Bourbon. Ce faict, mondit seigneur de y audemont sur ses galères se retira à MarseiUe, fort mal content dudit accord *, car les Napolitains le demandoient pour estre, comme dit est, de la maison d'Aniou.

Le seigneur de Bourbon, voyant son entreprinse de Plaisance faillie, se délibéra tenter autre fortune, car la laim et la faulte de payement le chassoit ; et conclud en toute diligence de surprendre Florence ( sentant qu elle estoit révoltée de Tobéissance du pape et de la maison de' Médicis, et qu'il n'est que pescber en eau trouble , pour la bailler à sac à ses soldats. Mais le seigneur de Langey, qui pour lors estoit audit lieu de par le roy pour la conservation de la saincte ligue, adverty de ladite entreprise, donna advis au marquis de Salluces*du chemin que dévoient prendre les Impériaux, et que, venant par autre chemin qu'il luy manda, il pourroit prévenir ledit de Bourbon, et arriver le premier à Florence, et parce moyen sauver la Tille du sac. Le marquis, qui n'estoit paresseux, feit telle diligence avecques son armée et le duc d'Urbin, général de la seigneurie de Venise, qu'ils arrivèrent le soir à Florence; de quoy monsieur de Bourbon adverty changea de chemin pour tirer à Rome. Le seigneur de Langey voyant Florence en seureté, ayant advis que Tentreprinse dudit de Bourbon estoit, au cas qu'il faudroit son entreprinse de Florence, qu'il voudroit exécutercelle de Romme, nonobstant la trefve faicte par le vice-roy de Naples avec le pape, estant en tel désespoir qu'il n'avoit égard à aucune foy promise, ledit seigneur de Langey, prenant la poste, en vint advertir le pape d'heure, tellement qu'il avoit moyen d'y pourvoir; car les bandes noires, qui estoient celles du feu seigneur Jean, n'estoient qu'à une journée ou deux de Romme, lesquelles le seigneur Horace Bagiion avoit en charge. Mais le pape, se fiant aux accords par luy faicts avec le vice-roy, n'y vouhH pourveoir. Aussi le seigneur Rence de Cère luy offroit dedans troisjours mettre ensemble cinq ou ^i% mille hommes de h ^bxX ursine, Toutesfoys

le pape, ou abusé ou entonné, ne voulut pourveoir à chose du mo'ide qu'il ne veisi les ennemys devant sa porte; de sorte que son principal combat fiit de se retirer dedans le chasteae Sainct-Ange avec une partie des cardinaux et ambassadeurs, laissant la ville sans garde; ce que voyant le seigneur de Rence et le seigneur de Langey, trouvèrent moyen de promptement lever deux mille hommes pour faire ce qui leur seroit possible, attendant le marquis de Saliuces. Mais il advint une chose citrange : car un porteur d'enseigne, ayant la garde d'une ruine qui aMoitàla muraille du bourg saia<*t-Pîerre, voyant monsieur de Bourbon venir avecques quelques soldats à travers les vignes pour recognoistre la place, entra en tel eflroy que, cuiJant fuir devers la ville, passa, l'emeigoeau poing, par ladite ruine, et s'en alla droici aux enneinys. Monsieur de Bourbon, voyant ceste enseigne venir droict à luy, estima qu elle fust suivie d'autres gens, et que ce fust pour recueillir les hommes qui venoient à son secours, et faire teste, attendant son armée, laquelle incontinent se mist en armes. Ledit enseigne ayant marché environ trois cens pas hors de la ville, et oyant l'alarme au camp diKlit seigneur de Bourbon, se recogneut, et ainsi qu'un homme qui vient de dormir reprist ses esprits; et tout le pas s'en retourna devers la ville, et par la raesmes ruinedont il estoit sorti rentra dedans. Monsieur deBourbonayant veulacontenancede cest homme, et ayant cogneu ladite ruine, commanda de donner le signede Tassault ; et luy-mesmes marcha le premier, l'échelle au poing. Mais arrivé qu'il fut près des murailles, fut tiré un coup d'arquebouze qui luy donna au travers de la cuisse, dont ilmourut soudain. Plusieurs estimèrentque ce fut punition divine pour le serment qu'il avoit faict aux Milanois, lequel après il avoit faulsé. Le prince d'Orenge, estant plus prochain de luy quand il tomba, le feit tost couvrir d'un manteau, à ce que les soldats, voyans mort leur chef, ne s'estonnassent ^ puis suivit chaudement l'entreprinse, de sorte qu'ils entrèrent peslemesie dedans la ville. Le seigneur Rence et le seigneur de Langey, avecques ce qu'ils peurent ramasser de leurs hommes, en combattant se retirèrent au chasteau Sainct-Ange, après avoir long-temps gardé le pont d'icehiy, et qu'ils y furent forcés. Lesquelles choses arrivèrent le soiesme jour de may mille cin€| cens xxvîj, ^

Je n^ay qae &ire de vous dire les cruautés lesquelles furent commises à ladite expugnalion; car il est assez manifeste ce qu'on a accoostumé de faire en tels actes, et aussi que la pluspartde l'armée estoient Allemands, qui outrepassent les autres en férocité; et mesmes estoient presque tous protestans, par quoy grands ennemys du pape ; et dura le pillage environ deux mois. Aucims ont estimé que si monsieur deBouiiK)n ne fiist encores mort, il se fust bict roy de Romme et roy de Naples, pour le malcontentement qu'il avoit contre l'empereur qui l'avoit trompé ; car luy ayant promis sa soeur la royne Aleonore, douairière de Portugal, il ne l'avoit faict ; puis l'envoyant au duéhé de Milan, l'avoit laissé sans le secourir d'argent, comme le laissant en proie. Mais Dieu voulut lès choses autrement.

Estant mort monsieur de Bourbon, Philebert de Chalon, prince d'Orenge, par le consentement de tous print la charge de l'armée, lequel assiégea le chasteau Sainct-Angc, dedans lequd le pape et presque tous les cardinaux s'estoient retirés, mesmes les ambassadeurs des princes chrestiens. Ledit prince d'Orenge, faisant les approches pour battre le chasteau, fut frappé d'un coup d'arquebouze par la teste, dont il fut en danger de mort ; mais pour cela ne laissa le siège d'estre continué. A cause de quoy le pape Clément, désespéré de secours, et craignant tomber entre les mains des AUemans ses ennemys, joinct qu'il avoit fauHe de vivres, capitula avecques le prince d'Orenge; par laquelle capitulation luy et tous les cardinaux demourèrent prisonniers entre les mains dodit prince. Mais le seigneur Rence de Gère, seigneur de Langey, et autres tenans le party du roy, ne voulurent accepter ladite capitulation, ains avoient délibéré d'attendre le secours du marquis de Salluces; par quoy firent capitulation particulière, et par icelle leur fut permis d'eux en aller, armes et bagues sauves; et le pape, avecques ceux de son party, fut retenu prisonnier au chasteau en seure garde.

Le roy et le roy d'Angleterre son bon frère, vojans l'inhumanité de laquelle avoit esté usé envers Sa Saincteté, et le scandale advenu à l'église chrestienne de retenir prisonnier le chef d'icelle, délibérèrent d'y pourveoir ; et pour cest efCect le roy d'Angleterre envoya devers

Page 1