LIVRE m
4ld
que diactin l'entende. Premièrement, qtiant à ce qu'il dit qu'il s'esbahit que, m'ayant prisonnier de juste guerre et ayant ma foy , je le deffle, et que par raison je ne le puis ny dois feire, je vous retpons, pour luy dire que si j'estois son pHsoittiier icy, et qu'il eust ma foy, il eust dit vérité ; mais je ne sçaebe que ledit empereur ait jamais eu ma foy, qui luy sceust de rien valloir ; ' car premièrement, en quelque guerre que j'aye esté, je ne sçay que luy aye jamais ny veu ny rencontré. Quand /ay esté prisonnier, gardé de quatre ou ^inq cens arquebonziers, malade dedans le Kct à la mort, il n'eust pas esté malaisé à m'y contraindre, mais peu honorable à celoy qui reust&ict; et, depuis que j'ay esté retourné en France, je ne cognols ne luy ny autre qui ay t eu puissance de la me pouvoir faire bailler ; et de ma libérale volonté c'est chose que j'estime trop, pour si légèrement m'y obliger.
• Et pour ce que je ne vueil que mon honneur demeure en dispute, encores que je sçache bien que tout homme de guerre sceust assez que prisonnier gardé n'est tenu à nulle foy, ni ne te peult obliger à riens, si envois-je à vostre matttre ceti escrit, signé de ma propre main, lequel, mmisieur l'ambassadeur, je vous prie vouloir lire, et après me promettre le luy bailler , et non à autre. *»
Et ce faict, le hry feit ledit seigneur roy pré- SNvter par Jean Robertet^ l'im de ses secrétaires d'estat et de sa chambre. Lequel escrit print iceluy ambassadeur en ses mains, faisant son excuse dé le lire, disant audit seigneur roy comme par les lettres de son maistre apportée' ouvertes» et qur supposott le roy et son conseil avoir veues, par lesquelles lettres il n'a voit plus de pouvoir, aim estoit révoqué de sa légation, et ne pouvoit ny entendoit plus négocier ny prendre de charge ; requérant au roy (combien^ qu'il fust en sa main et puissance) qu'il voulsist enf iMlmnesteté avoir regard à ce qui estoit de la fitcttlté et puissance dudit ambassadeur, et emores aux dioses convenables, et qui pou* voient concerner et estre de la charge et qualité d'uD ambassaiieur, et non le presser plus outre.
A quoy responditle roy : «Monsieur rand)assadeur, puisque vous ne voulez prendre ceste chai^ de Kre eest escrit, je le feray lire en ceste conipagnile, aftn que chacun entende et cognoisse comme je me suis justifié de ce que, contre la vérité, vostre maistre m'a voukL ao«f
MéMOlUES t)Ê DtJ BELLAY.
cuser; et si après vous ne voulez le luy porter et présenter «jedépescheray Funde mes héraults pour aller en vostre compagnie, et pour lequel vous obtiendrez sauf-conduitbon et valable pour pouvoir aller vers vostre maistre porter ledit escrit; protestant et demandant acte, devant ceste compagnie, que là où il ne voudroit qu'il vinst en sa cognoissance, je me suis aquitté de luy faire entendre tout ainsi que je le devois , de sorte qu'il ne sçauroit prétendre cause d'ignorance. »» Après avoir achevé lesdits propos, le roy appella Robertet, et tout haultluy commanda lire ledit escrit, ce qui fut faict par luy de mot à autre, en la manière qui s'ensuit :
« Nous, François, par la grâce de Dieu roy de France, seigneur de Gennes, etc., à vous, Charles, par la mesme grâce esleu empereur de Romme et roy des Espagnes, faisons scavoir que nous, estant adverty qu'en toutes les responses qu'avez faictes à nos ambassadeurs et héraults envoyés devers vous pour le bien delà paix, vous voulant sans raison excuser, nous avez accusé, en disant qu'avez nostre foy, et que sur icelle, outre nostre promesse, nous en étions allé et parti de vos mains et de vostre puissance pour deffendre nostre honneur, lequel en ce cas seroit trop chargé contre vérité, vous avons bien voulu envoyer ce cartel, par lequel (encores que tout homme gardé ne puisse avoir obligation de foy, et que cela nous fust excuse assez suffisante, ce nonobstant, voulant satisfaire à un chacun et à nostredit honneur, lequel nous avons voulu garder et garderons, si Dieu plais t, jusques à la mort), vous faisons entendre que si vous nous avez voulu ou voulez charger, non pas de nostredite foj et d^ivrance seulement, mais que jamais nous ayons faict diose qu'un gentilhomme aymant son honneur ne doive faire, nous disons que vous avez menty par la gorge, et qu'autant de fois que vous le direz vous meùtirez, estans délibéré de deffendre nostre honneur jusques au dernier bout de nostre vie. Par quoy, puisque contre vérité vous nous avez voulu charger, désormais ne nous escrivez aucune chose, mais nous assurez le camp, et nous vous porterons les armes, protestant que si , après ceste déclaration, en autres lieux vous escrivez ou dites paroles qui soient contre nostre honneur, que la honte du délay du combat en sera vostre, veu que, venant audit combat, c'est la fin de toutes escritures.
Faict en nostre bonne ville et cité de Paris, le vingt-huictiesme jour de mars l'an 1527 avant Pasques. n Ainsi signé, François.
L'escrit achevé de lire, le roy continuant son propos, dit audit ambassadeur : « Monsieur l'ambassadeur, il me semble que l'empereur cognoistra par ce que vous v«iez d'ouyrlire, que je satisfais assez à ce qu'il m'a chargé, et à mon honneur, qui me gardera vous en dire autre chose. Mais quant à ce que vostre maistre dit que ce luy est chose nouvelle d'estre deffié, veo qu'il y a six ou sept ans que je luy fais la guerre sans l'avoir defiBé, je voudrois qu'il souvint mieux à vostre maistre des choses qu'il faict, ouà son conseil, pour l'en advenir aprèsqu^'elles sont faictes; car s'il s'en veultbien enquérir, il trouvera que dom Prévost du Trecq, lors son ambassadeur devers moy, me deffia, estans à Dijon, contre le contenu du traitté d'entre lay et moy ; par quoy, puisqu'il me defiBoit, il me semble qu'il se devoit tenir pour adverty que je me voulois deffendre. Et en tant que vostre maistre dit qu'il ne pense avoir en rien démérité envers Dieu, iceluy Dieu sera juge de nos consciences, et non pas nous, et tesmoing, quant à moy, que je ne désire tyrannie, ny usurpation, ny chose qui ne soit raisonnablement mienne, ny prétendant ny aspirant à l'empire ny à la monarchie.
' «Et au regard de l'excusequevostreditmaistre a faicte de la prise et détention, contre tout droict, de nostre Sainct-Père, vicaire et lieutenantdeDieu en terre, personnesacréeetinviolable, je m'esbahis comme propos où il y a si peu d'apparence de vérité s'osent mettre en avant parmy les gens ; car, comme il est vraysemblable que vostredit maistre n'ay testé consentant ce qui a esté faict en la personne de nostredit Sainct- Père, veu que sa prison a esté longue, et que, au lieu de chasUer ceux qui sans son commandement avaient, comme il dit, faict acte si exécrable et si peu chrestien comme cestuy-Ià, il leur a permis prendre et traitter avec Sa Sainctetéde sa rançon, luy en faisant payeret débourser deniers, jusques à vendre et prendre ai^pnt des bénéfices et choses divines dans ses royaume et pays : chose qui n'est seulement contre Dieu et la saincte Eglise, mais très dangereuse à prononcer et dire, veu les hérésies quiontcoun pour le temps qui est à présent.
« Et quant à- ce que vostre maistre dit que je