LIVRE III
sçay bien que mes enfons sont entre ses mains hostagers, et que mes ambassadeurs sçavent bien qu'il ne tientàluy qu'ils n'en sont délivrés, vous ïuy direz que je sçay très bien que mes enfans sont entre ses mains, de quoy il me desplaist très fort; et à ce qu'il dit qu'il ne tient point à luy qu'il ne les délivre, je ne vueil autre ad vocat en cela pour me deffendre que le devoir en quoy je me suis mis de les ravoir, sinon que chacun scait que je suis leur père : et quand ils ne seroient mes enfans, mais seulement gentilshommes, estans au lieu où ils sont pour ma rançon, si de vrois-je pourchasser leur liberté de toute ma puissance ; laquelle chos« j'ay faicte par si grandes et excessives offres, que jamais les roys mes prédécesseurs, qui ont esté prisonniers des infidelles, ne furent requis de telles et si desraisonnables sommes, à la quarte partie près, que toutesfoys je ne refuse de vouloir bailler pour parvenir au bien de la paix. £t pour, entre tant de grandes offres, vous en réciter une seule, vostredit maistre sçait très h\ea que je luy ay &ict offrir, à la délivrance de mesdits enfans, luy bailler et faire délivrer la somme de deux millions d'escus, tant en argent comptant qu'autrement, do deu d'Angleterre que revenu de terres et rentes en ses propres pays ; qui est somme telle et si grande qu'elle me rend innocent, envers tout homme qui sera de bon jugement, que je ne me feusse voulu destituer de telle force, pour après faire La guerre à celuy à qui je l'eusse baillée.
« Toutesfoys, si pour la détention de mes enfans il ne vouloit venir à nulle raison de traitté, vouloit me faire abandonner mes amis avant la restitution de mesdits enfans , ayant pris un pape, lieutenant de Dieu en terre, ruiné toutes les choses sacrées et sainctes , ne vouloit entendre et remédier à la venue du Turc, ny aux hérésies et sectes nouvelles qui pullulent par la chrestienté, qui est office d'empereur, moy estant père et portant le nom de Très-Chrestien, je ne sçay, si toutes ces choses ne me pou voient esmouvoir à la guerre, quelles autres injures ou raisons seroient suffisantes à m'y provoquer et faire venir. Néantmoins pour tout cela n'ay-je laissé à luy faire les ofCres que je vous ay dites, comme vous sçavez assez : et par ceste raison se peult clairement cognoistre et juger qu'à mon grand regret et desplaisir je êw venu a fai^ la guerre, vçu que j'achetois
la paix si chère, Sans les autreà quittances, rc^ nonciations de droicts et restitutions de villes et pays, qui excèdent assez la somme que je vous ay cy-devant dite.
« Quant au roy d'Angleterre, mon bon firèrc et perpétuel allié, je le tien pour si sage, si vertueux et si bon, qu'il n'a faict et ne fera chose là où son honneur n'ayt esté et n'y soit entièrement gardé ; et aussi qu'il sçaura si bien et si vertueusement respondrc des choses qui luy touchent, qu'on luy feroit tort d'en vouloir respondre pour luy. Bien vous dy-je, monsieur l'ambassadeur, que la bonne , ferme et perpétuelle amitié qui est entre mon bon frère perpétuel allié et moy est telle, que là où il seroit en estât, pour indisposition de sa personne ( dont Dieu le gard), de n'en pouvoir respondre , je vous advise que je ne voudrois en rien moins faire que je voudrois faire pour moymesmes, y employant non seulement mes royaume, pays et seigneuries et subjects, mais ma propre personne, laquelle n'y sera jamais espargnée là où il en aura besoing ; et cela veuxje que tout le monde entende.
M Aussi , monsieur l'ambassadeur, pour ce que mon hérault Guienne m'a dit que vostredit maistre luy donna charge me dire qu'il croit que je n'ay esté adverty de quelques propos qu'il tint à mon ambassadeur le président, luy e^ant en Grenade, pour me faire sçavoîr lesquels me touchoient très fort, et qu'il m'estimoit si gentil prince que si je les eusse sceus j'y eusse respondu ; je vueil bien à cela vous dire que mondit ambassadeur m'a adverty de beaucoup de propos, mais non point de chose qui rien sceust toucher mon honneur ; et si Feust fiiict, vous estes asseuré que je n'eusse failly, ne si longuement demeuré à y respondre ; car dès que j'ay entendu les choses que je vous ay dites, j'y ay faict la response que je vous ay baillée à lire, signée de ma propre main, laquelle je tien si suffisante, qu'elle satisfaict non seulement à ce que vostredit maistre sçauroit avoir dit par cy-devant, mais entièrement à tout ce qu'il pourra dire contre mon honneur par cyaprès.
« Et au regard de ce qu'il dit que, par lesdits propos, je cognoistrois qu'il m'a mieux tenu ce qu'il me promist à Madrid que je ne: luy ay tenu ce que je luy promis, il ne me souvient point luy avoir faict qudquê promesse; car
MÊMOIREa DÉ DU BELLAY,
quant aa traitté qui est par e^crit, je m'en tieà asaez JosUfié de peu d'obligation que j'y ay^ veu que je ne fut ea liberté ny deyant ny depuis ledit traitté, jusques à œ que j'ay esté en non royaume, ny mis sur ma foy, pour pouvoir la garder et observer. Et du deonouranti quand j'y 9y bien pensé , je ne trouve point avoir eu avecqu^s luy autre propos d'obUgatioD, ai ee n'est quani; à l'entreprise du Turc^ que toutesfois et quantes qu'il l'entreprendroit, et que sa personne y sercût, que je m'y trourverois pour raoooinpagner avecques mes forces ; laquelle ehose j'avoue et trouve très bonne ; et pleust à Dieu de vouloir convertir les passions f^rticunères d'un chacun tant au bien général de toute la cbrestientér que toutes nos forces fussent employées en un si sainct et bon effet i luy promettant, quant à moy, qu'il peult estre tout asseuré qu'il n'aura jamais pour ceste oecasion si tost le pied à l'estrier, que je n'aye plustost fe cul sur la selk pour ce bire « encores ^le je n'aye les Turcs si près mes voisins comme de nouveau il les a en Hongrie , et par conséquent en Allettagne. *
Ces propos paapaebtvés, k roy lice&tia. ledit seigneur de Granyelle, avee bannes et graekuscs paroles quant à sa personne, le priant ne vouloir faiUir de faire donner sauf-cond«tt au béraalt qui l'acoonipagn^oit pour présenter l'es^ erit ey-dessus dit à remp<»«ur son maistre. Et ce faict, la compagnie se sépara.
Lorsque ces cèo^es se faisoiei^ en France et en Angleterre, comme j'ay dit cy-dessiB , le seigneur de Lautree avoit passé La montagne avec uns partie de acm armée; mais enmrea n'estoient arrivés dix miHe Suisses desquels le roy avoit envoyé faire levée ; aussi n'estoit arrivé qu'une partie des lansquenet quidevoiem estre soubs û charge du comte de Vaudemont : par (pK>y , pour les attendre, s'en alla séjourner en Lastisane. Or, pour vous faire entendre une pairtie des forces que ledit seigneur menoit, de la gendarmerie y estoit la compagnie de mondit seigneur de Lautree, de cent hommes d'armes, conduitte par le b«ron de Grantmont, son tieur tenant; celle de monsieur de Vaudemont, autre Qônt, eonduitte par le aeiçcieur de Gruffy, son lieutenant ; celle de moasieuv de Loivatae, cent, conduilte par le capitaàne Pierrepont, son lieutenant V la compagnie de monsieur d' Albanie^ t^,,«Q»dmlt^ par le sei|neur de Moriac^ soi^ I
lieutenant ; le seigneur de Lignac, cinquante hommes d'armes; la compagnie de monsieur de la Fayette , cinquante, conduitte par soi fils; le seigneur de Montpesac, cinquante; le sei^eur de Pomperant, cinquanle; dnqiiante du seigneur de b'Trimouille, petit-âk de ten messire Louis de la Trimouille, conduitte par Louis de BeauviUier, sAgneur de la Ferté aux Ougnons, son lieutenant ; le comte Hu^iet df Pepolo, boulonnois, cinquante-; le seigneur de Toumon, cinquante; et son bèrtj son lieutenant, messire Claude d'Estampes, seigneur de la Ferté Nabert, cinquante ; le seigneur de Netgre Pelisse, cinquante ; le seigneur de Lavai, de Dauphiné, cinquante; et maistre Jermio^ieD, anglois, gentilhomme de la ebambre du roy et du roy d'Angleterre, ayant charge de deux eeos chevaux légers, homme hmt estimé, et son lieutenant maistre Care, lesquds meurorent audit voyage, comme les autres François, de l'iniection de l'air, devant Naples. De gfm de pied, le comte de Vaudemont , six utile lansquenets ; le comte Pètre de Navarre, six milk Gascons; le sâgneor de Burie, quatre miik François et dix mille Suisses avec bon mmbh d'artillerie, desquels avoit la charge le seigaevr de Mondragon, Gascon. Ayant le seigneur de Lautree séjourné quelques jours en Lastistfie, fut adverty que le comte Ludovic de Lodron* lequel estQit dedaas Alexandrie avec six sûik lansquenets, eaà avoit envoyé deux mille ao Bosc, petite viUe, pour contraindre le peuple des environs de fournir deniers pour la solde dasdits lansquenets estans en Alexandrie.
Le seigneur de Lautree considérant que s'il pouvott def&ire lesdits lansquenets, ce lay teroit grande faveur, et afiblbUssemempcurfloa eanemy, dépescha kua ughiIm^ de gendarme* rie avecques unepartîe deaSuisses qui jà estoiest arrivés, pour aUer clorre ledit Heu du BMe« et empeseher que les lansquenets ne se pefMseal
retirer en Alexandrie, ce pendant qu'il mareheroitavee ques le reslede son annéeet l'ar^ lerie. Estant partie teste trQU[^, ledit seignetf deLautrtcmarchaaprèsentoutedUigenee;pws* estant arrivé devant Bosc, soudain feit fûre ks approches, et planta son artillerie a& lieu (p'A Qogneut le plus avantageux pouF kiy et dom^ mageable à l'ennemy; dont il feît telle et si furieuse batterie, que, n'ayans lesennesay» l(^ de lemparer^ voyant Tassault psest a às^am
[tiiai