LIVRE III
eapitulèrent, de sorte qn'ib s'^an aHèroit la vie sauve et saas armes; lui^is depuis vindrent att service éa voy» soubs les enseignes du eomte de Yj^odemeot; aussi le seigneur de Lautrec, encoresque, parlacompositlQi^ilsdeiissentlaisser les iLToies, par rbonnesteté de la guerre les leur rendit; qui fui cause, àmon advis, qu'estaus mal reoeus et soldoyes d- Antoine de Lève, estans quittes de l^m sermens» ils prindrent la solde du Foy.
Pendant ce temps le seigneur André Dorie, qui avoit la charge des galères du roy, estant party de MarseiUeavecquatorze galères, ftât telle guerre aux Gennois, que nul s'osoit trouver en mer le long de la rivière de Gennes ; en sorte que vivres et marchandises y défaillirent, et fisiisoit sa retraitte à Savonne. Cependant le seigneur César Frégose, lequel depuis peu de temps estoit venu du service des Vénitiens à celui du roy, adverty, par les amis qu'il avoit à Gennes, de la nécessité de vivres en laquelle es^ toient les habitans, fut dépesché par le seigneur de Lautrec, avec bon nombre d'hommes tant de pied que de cheval, pour leur aller faire la guerre par terre; et leur feit telle, qu'en peu de jours n'y demoura ny grains, ny bestail, ny autres vivres, desquels les habitans de ladite ville peusseut estre substantés à six heues à la rende. Les Gennois, estans en tdle extrémité, ne veireii^ alitre moyen de leur salvation, sinon par mer; par quoy armèrent six galères, lesquelles ils mirent à l'avanture pour avoir vivres. Or, k fortune leur fut si boime, qu'estans en mer se leva une tourmente telle que André Dorie fut contraint de se retirer à Savonne; sur laquelle, r^raitte le comte Phelippin, nepveu dudit André Dorie^ fut pris et mené à Gennes; dont lesdtts Gennois furent si enorgueillis, B'estimans phis les François, qu'ils feirent une saillie sur César Frégose telle, qu'ayans mis'en chasse les premiers qu'ils trouvèrent, comme mal advisés chassèrent si avant que les Fran* çois leur eouppèrent chemin entre la viUe et eux ; de soirte que tout ce qui estoit sorty fot deffaiti et le comte Gabriel de Martiningues, leur capitaine général, fdt pris prisonnier. Pour lequel infartime ils s'estonnèr«ht tellement, qu'ils mirent la ville entre les mains dudit César Frégose au nom du roy, oà peu dejoursaprès, arrivant kdit seigneur de Lautrec, y ordonna pour gouverneur et lieutenant du t^j le seigneur
ThéodoreTrév6iilee,miaresehalde Pk*ance; puiè, peu de jours après, les Impériaux et ceux de U part Adorne, qui s'estolent retirés déns le chas* teau, le remirent entre les mains du roy.
Au temps que le sdgneur de Lautrec pourveoyoit à Testât de Gennes, il manda aux lans-^ quenets qui estoieit au Bosc qu'ils eussent à marcher à Alexandrie pour empescher le secours d'entrer dedans ; puis ayant pourveu^ comme dit est, à Testât de Gennes, les suivit avecques scm armée. Auquel lieu d'Alexandrie estant arrivé, en toute diligence feit mettre son artillerie en batterie; et n'eust esté le seigneur Albert Barberan, qui la nuict entra dedans avec mille hommes de guerre, dès ce jour estoit en hazard d'estre prise d'assatdt, parce que les habitans estoientsi estonnés, pour la perte de leurs lans^ quenets qu'ils avoient perdus au Bosc, que peu de gens mettoient la main aux surmes.
Le lendemain, les Vénitiens envoyèrent renfort de bon nombre d'artillerie, de pouidre et de boullets; de quoy ledit seigneur de Lautreë feit telle batterie, que le comte Ludovic de Lo^ dron, qui estoit chef en ladite ville, la rendit par composition telle que les lansquenets et au^ très gens de guerre estant dedans la ville s'en iroient leurs bagues sauves, faisans serment de ne porter armes de six mois contre les François ny leurs alliés. Estant la viHe entre les mahls dû seigneur de Lautrec, h remist ^tre len mains des députés du seigneur Francisque Sforce, suivant la ligue faicte et jurée entre les alliés de la saincte ligue. Au mestne temps, Jean-Jacques Médequin^ castelan de Muz, e^ depuis marquis de Marignan, avoit fiiict levée de quelque nombre d'hommes pour amener au service du duc Sforee, et se venir joindre avecques Farmée françoise; de quoy le seigneur Antoine de Lève adverty, etsçachant que ledit Médequin estoit logé à quatorse milles de Milan, en lieu ouvert et mm fortiié, partit de Milan à l'improviste avecques toutes ses forces, et feit telle diligence, qu'arrivant au poînct du jour sur le logis dudit Médequin, depuis nommé Jean- Jacques de Médieis, le surprlnl; de sorte que ses forces forent deffiaiies ^ et luy se sauva à Mus. Ce faict, craignant que monsieur de Lautrec vint à Milan, qu'il avoit laisséedespourveue, s'en revint en toute diligence loger aux fauxbourgs de la ville. Auquel Meu estant arrivé, ayant les nouvelles de la prise de la viUede Gaines
et d'Alexandrie, et se voyant peu de gens sans payement» désespéré de pouvoir garder la ville de Milan, délibéra de l'abandonner et de se retirera Pavie; mais estant ad verty du peu de vivres qui estoient dedans, changea d'opinion, et y envoya le comte Ludovic de Belle-Joyeuse (lequel depuis peu de temps avoit abandonné le service du roy, pour une querelle qu'il avoit contre le seigneur Frédéric de Bozzolo), accompagné de deux mille cinq cens hommes de pied. Le seigneur de Lautrec, ayant remis Alexandrie entre les mains du duc Sforce, s'en alla à Vigevène, laquelle se remisten son obéissance; aussi feit tout le pays de Lomeline. Auquel lieu de Vigevène il passa le Tésin pour aller à Biagras, laquelle pareillement il print et remist entre les mains diidit Sforce. Ce faict, feignant de prendre le chemin de Milan, tourna tout court à Pavie, laquelle il assiégea du costé du chasteau , et l'armée vénitienne par l'autre part ; lesquels commencèrent une furieuse batterie, chacun de son costé. Le seigneur de Lautrec ayant fait brèche, mais non raisonnable, quelques François se présentèrent à donner l'assault sans commandement ; mais ainsi que follement ils estoient allés, follement furent repoulsés. Le lendemain, de la part de monsieur de Lautrec, fut faicte telle batterie, que la brèche fut si raisonnable que la ville fut emportée d'assault; et n'y mourut, tant de ceux de dedans que de dehors, qu'environ trois cens hommes, parce que ceux de la ville, se voyans forcés, se sauvèrent pardessus le pont, le rompant après eux, afin de n'estre suivis. Le feu fiit mis en quelques maisons au milieu de la ville, laquelle fut saccagée ; et n'eust été la diligence dont usa ledit seigneur de Lautrec, ladite ville eust esté mise en cendre, pour la mémoire qu'avoient les soldats de la battaille qui avoit esté perdue quatre ans auparavant. Ayant ledit seigneur de Lautrec sauvé la ville du feu, et l'ayant remise es mains du duc de Milan, vint devers luy le cardinal Cibo, légat de la part du pape, pour le sommer à ce que, suivant les traittés d'entre le pape, le roy et le roy d'Angleterre, il eust à marcher pour mettre l'armée impériale hors des terres de l'Église et mettre Romme en liberté. Le duc Sforce, de ce adverty, accompagné de grand nombre de gentilshommes milannois, vint devers ledit seigneur de Lautrec, le suppliant ne passer outre que
premièrement il n'eust mis le reste du duché hors des mains des Impériaux ; chose, à ce qu'il disoit , aisée à faire , parce que desjà Antoine de Lève estoit dénué d'hommes et d'argent et la ville de Milan en nécessité de vivres : par quoy il seroit contraint de l'abandonner, ne trouvant lieu seur pour sa retraitte.
Le seigneur de Lautrec, combien qu'il eust la cognoissance que ces remonstrances estoient raisonnables, et mesmes estoit son opinion et intention de ce faire; mais le légat, au contraire, le pressoit de passer outre , disant que c'estoit chose aisée à Farmée vénitienne et celle du duc de parachever ladite conqueste , vcu que Antoine de Lève, pour toutes choses, ne tenoit plus que Milan, desjà demy afEatmée et l'armée impériale ruinée. Par quoy ledit seigneur de Lautrec condescendit aux remonstrances dudit légat. Toutesfoys il fut contraint de faire séjour à Pavie plus qu'il n'eqpéroit; car encores n'estoient arrivés tous les lansquenets qui estoient soubs la charge du comte de VaudeoQont, et les Suisses firent refus d'entreprendre le voyage de Rome. Estans lesdits lansquenets arrivés, marcha ledit seigneur de Lautrec à Plaisance (auquel lieu Alfonse, duc de Ferrare, se joignit en ligue avecques le roy, laissant la part impériale) ; et là se traitta le mariage d'Hercules, fils dudit duc Alfonse <k Ferrare, et de madame Renée, fille du roy Louis douziesme et sœur de la feu royne de France ; lequel mariage fut consommé au palais à Paris, peu de temps après, en grande magnificence, et en la salle de Sainct-Louis se feit ce festin. Plusieurs ont estimé (et c'est mon opinion) que, si le seigneur de Lautrec eust employé le temps qu'il séjourna à Plaisance et à Boulongne, aisément il eust remis en Tobassance du duc Sforce tout le duché de Milan, et n'eust laissé à exécuter son entreprinse de Naples; car, ayant chassé de la Lombardie les Impériaux, il eust esté plus formidable à toute l'Italie. Mais je pense qu'il estoit si bien advisé, que ce qu'il faisoit estoit à bonne intention ou ' par commandement qu'il avoit de son prince.
Antoine de Lève, voyant les forces de France partir du duché de Milan, et n'ayant en grande réputation ny l'armée des Vénitiens ny l'armée du duc, qui estoient demourées entre le Pau et le Tésin , entreprint d'eslargir ses limites pour