LIVRE III
plus aisément avoir vivres ; et pour cest effiecty partant de Milan, vint assaillir Biagras, laquelle ville il print sur les gens du duc Sforce; puis, mettant en ordre des batteaux, délibéra de faire an pont sur le Tésin, pour faire le semblable à Vigevène, Morterre, Novare et toute Lomeline. De quoy monsieur de Lautrec, qui esloit à Plaisance, adverty, dépescha le comte Pètre de Navarre avecques cinq ou six mille hommes de pied francois et quelque gendarpnerie; lequel à son arrivée reprint ladite ville de Biagras, taillant en pièces ce qu'il trouva dedans, pais la remist entre les mains du duc de Milan, lequel y meit meilleure garde qu'il n'a- Toit iaict au précédent.
Le seigneur de Lautrec, ayant exécuté ladite entre[»îse, partit de Parme et Plaisance environ le commencement de Thyver 1528, et marcha à Boulongne la Grasse, passant à Rège : audit lieu de Boulongne il trouva le cardinal Cibo, l^t et gouverneur de ladite ville; auquel lieu il hyverna son armée jusques environ le cemmencement de février. Ce pendant qu'il séjourna à Boulongne, les Impériaux, voyans la bonne fortune dudit seigneur de Lautrec, craignans perdre leur butin, mirent le pape à rançon pour &ire le payement de leur armée, faisans entânlre qu'ils avoient commandement de l'empereur de le mettre en pure liberté; mais que» pour contenter leur armée, ils estoient contraints, encores que ce ne fust le vouloir dudit empereur, d'avoir argent de luy, craignansque les soldats, estant mutinés, ne feissent offence à sa personne. Mais, à vray dire, ils avoient doubte qu'arrivant lé seigneur de Lautrec, ils fussent contraints de le mettre en liberté ; car ils l'avoient mis à une somme si desraisonnable qu'il n'avoit le moyen de la payer : par quoy ils le mirent en une rigoureuse garde, encores qu'il eust baillé ostages. Enfin il trouva moyen de tromper ses gardes, et, montant sur un genêt d'Espagne, se sauva au chasteau d'Orvictte : mais les ostages depuis payèrent sa rançon. Partant de Boulongne, le seigneur de Lautrec prist le chemin de Rimini, et de là à Senegaille; de la à Ancône et à Recanat, auquel lieu (parce que c'estoit du patrimoine de l'Église) il fot très bien receu ; car les Impériaux, le sentans aiq[>rocher, avoient abandonné toute la Romagne, se retirans vers le royaume de Naples. Audit lieu de Recanat séjourna le seigneur de XVI* siKCLK, CiiroQ, el Mém.-
Lautrec quelques jours, pour refreschir son armée> Partant de ce lieu, dressa son chemin par Pezaire et autres villes du duché d'Urbin ; de là entra en l'Abnizze, pays de petites montagnes, fort fertile, et plantureux* de vins, bleds et huiles, et alla loger à Lenzanne, puis, suivant le bord de la mer Adriatique, s'en alla loger au marquisat du Guast. Au partir du Guast, l'armée entra au pays de l'Aquille ; auquel lieu feit telle tempeste de temps, que encores que les soldats fussent &ais et reposés, si en mourut-il plus de trois cens, tant de pied que de cheval, pour la tourmente et les froidures qui feirent. Partant dudit lieu, l'armée tira le chemin de la Pouille, parce que le seigneur de Lautrec vouloit recevoir le tribut de la foire de la douane, qui spnt cent mille ducats, pour luy servir au payement de son armée; ce qu'il feit. Audit pays de la Pouille estoit le haras de Tempereur, duquel les chevaux lurent distribués par les compagnies.
Au mesmes temps, estant encores à la Pouille, fat adverty que Pbilebert de Chalon, princed'Orenge, lequel , depuis la mort de feu monsieur de Bourbon, estoit demouré lieutenant de l'empereur en son armée, marchoit avec ladite armée pour luy empescher le chemin. Après lequel advertissement il s'en alla loger à Nochières avecques l'infanterie françoise et seulement les gentilshommes, lesquels estoient venus pour leur plaisir pour veoir la guerre ; et le reste de l'armée les envoya loger à Foge, distant dudit lieu de Nochières de quatre ou cinq milles. Estant l'armée ainsi divisée, l'ennemy se vint camper à Troye, sur le chemin de nostre armée. Le seigneur de Lautrec, voyant l'ennemy si près, manda à la gendarmerie qui estoit logée à Foge de se venir joindre avec luy; de quoy Fennemy adverty sortit de son camp avecques toute la cavalerie, pensant empescher ladite gendarmerie de se joindre avec le reste de nostredite armée ; mais voyant nostre gendarmerie marcher en bonne ordonnance, l'armet en teste et la lance sur la cuisse, délibérés de combattre, se retira en son fort, sans mesmes oser leur dresser l'escarmouche ; par quoy nostre gendarmerie sans empeschement vint à Nochières trouver mondit seigneur de Lautrec.
Le seigneur de Lautrec, ayant assemblé son armée, et scachant l'ennemy eslre campé audit
MEMOIRES DE DO BELLAt,
lien de Troye, partit de NochlèrcB avec toutes ses forces pour Faller eombattre ; l'ennemy, de sa part» sortit de son camp pour venir an devant de Iny, mats il n'approcha de trop près ; si est-ce qu'il s'yieit de iielles esearmouches deux Jours durant. Le seigneur de Lautrec ne feit que deux Heues par jour, dont le deuxiesme jour passa un canal pour lors estant sans eaue, mais fort profond, et vint loger son camp près du pied de la montagne là ou estoit Tennemy, et près de la ville de Troye; lequel k^ ne se feit sans y avoir de belles et braves escarmouches, ou un chacun feit son devoir tant d'un costé que de Tautre. Le lendemain, qui estoit le premier samedy de caresme, Tannée de France marcha en ordre de battaillc, toute preste à combattre, et monta la montagne, laissant Pennemy à main gauche, pour trouver moyen de le tirer hors de son fort; mais jamais il n'en voulut desloger; par quoy nostre armée tourna la teste vers Tennemy, marchant nostre artillerie la bouche devant, scavoir est douze canons, six bastardes et six moyennes ; les enseignes d'AHemans, desquelles estoit général le comte de Vaudemont, qui pouvoient estre jusques au nombre de huict mille hommes, et le nombre de trois mille Suisses , desquels estoit colonel monsieur le comte de Tendes ( qui estoient les vieilles bandes qui depuis deux ans estoient en campagne avecques le marquis de Saliuces); les enseignes de trois mille hommes *de pied françois, desquels estoit colonel le seigneur de Burie ; quatre mille Gascons, desquels estoit colonel le comteaPètre de Navarre, et le seigneur de Candalle avecques luy ; et les enseignes de dix mille Italiens. Et marchèrent les coloneb desdites trouppes, chacun h la teste de leur bataillon.
Or, est-il que Tavant-garde, battaîRes et arrière-garde marchoient tout d'un front (seulelement y avoit distance entre deux bataillons de deux cens pas), et marchèrent avec la plus grande volonté de combattre que gens qu'on eust veu de nostre vivant, de sorte qu'il y a grande apparence que si ce jour on eust combattu, veu h volonté des hommes, la victoire eust esté pour les François. Sur les aisles de chacun bataillon y avoit une trouppe de gendarmerie pour les soustenir 5 à Taisle droicfe des Suisses estoit ordonnée la compagnie de cent hommes d'armes du duc d'Albanie, conduitte
par le seigneur de Moriac» son KeolaftBtti seigneur de Pomperant, avec cinçuoMdi mes d'armes d<mt U estoit eapitaiae.
mouche se dressa sur lesdltes dant laqueMe, après que nos Soueii comme Us ont accoustumé, biîsé Ui rans combattre, et que tous eeax d'une voix crioient batiaUk I de Lautrec feit tourner soft costeaà d'une montagne, et la feiti nemy ; les escarmouches estoient lées, mais chacun fut contraim de m\ de son costé, pensans jouer le gr« perdirent les Impériaux de leurs h( peu. Sur les bataillons qui l'artillerie descendit jusques au doe cens chevaux des ennemys ; quoy dit seigneur de Lautrec, luy en met en teste, l'espée au poing, viitf ^ aux seigneurs de Moriac et de 1er charger ceste trouppe tfi soudain fut exécuté. A ladite charge 2 rent les seigneurs de Touroon ai hommes d'armes; aussi feitkjf çoise, qui y estoit venue pour mb que le seigneur de Boniûvèt, da ron de Conty, Cliasteigneraye, très, jusqûes au nombre de trente!
La charge fut » vigoureusencsil tous les «nnemys qui estoient sortiil fiiicts, et les enseignes et les
Ce pendant que ladite charge se sieur de Lautrec logea son armée' Tennemy, sur une plate montagne oi une vallée entre hiy et l'année de " asseï ample*, auquel Beu estant rent ordînaîremeat de beUes diarges , prinsea et recourses. U que le camp de Fmnoe fiit kfé, tti seigneur de Lautrec que si le il eust combattu, i estoit appanflli gaigné la battaîHe ; à quoy it {àtj « /e ne pouvois donner h perdre beaucoup de gens de auray la corde au col. » L'année i huict jours, durant lequel tempa^^ tempeste de vents teRe et si ne demoura pavillon ny tente debo^ une telle froidure, et h tempsfsi y mourut grand nomlM*e d'bwnmeF»
partir de là. Aussi une des oeca«ow