‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 278 sur 428 · LIVRE IIÏ · texte numérisé non relu

LIVRE IIÏ

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monsieur dé Lautrae de ne donner la battaiDe le jour qa'il la présenta fat qu'il attendoit le seigneur Horaee Bagiion ^ qui amenoit treze enseignes de gens de pied des plus aguerris d'Italie, qui estoient les bandes noires, qui avioient esté de longue main soubs la charge du seigneur Jean de Médids.

Un Tendredy au soir arriva ledit Horace Bagiiim avecques ses bandes. De quoy Tennemy estant adverty, la nuict d'atitre ledit vendredy et le samody meit toutes les campanes des mulets dans les coffres, et, sans sonner trompettes ny tabourin, deslogea, prenant le chemin des bois droict à Naples. De quoy le seigneur de Lautrec adverty envoya quelque compagnie de gendarmerie et quelque trouppe de chevaux légers à leur suitte, qui en deffirent quelques uns demourés sur la queue, mais bien peu. Plusieurs capitaines françois furent d'advis que DHMidît seigneur de Lautrec devoit suivre le prince d'Orenge ; et s'il l'eust faiet, il estoît ^parent qu'il reustdeffaict, car, arrivant ledit prince à Naples, don Hugues de Montcade, lequel pour lors estoit vice-roy de Naples, et antres principaux serviteurs de l'empereur, avoient ledit prince d'Orenge en telle haine, que les portes de Naples luy eussent esté fermées, et arrivant nostre armée sur ces dispu* tes, eUe eust séparé la querelle. Mais Dieu le voohit autrement, et ne voulut que mondttsei* gnenr de Lautrec print le meilleur advis. Beaucoup de g^tis eurent opinion que le comte Fètre de Navarre luy donna ce conseil, qui avoit esté nourry au pays, disant qu'ayant pris le reste du royaume, il auroit la ville la corde au col. Mais il advint le contraire de son dessin, car il leur donna loisir de pourveoir et mettre ordre à letifs affaires.

Le lendemain que le prince d'Orenge fbt deslogé de Troye,le seigneur de Lautrec dépescha le sefgncnr Pètre de Navarre avec bon nombre de gens de pied françois, et les bandes noires, et bon nombre de gendarmerie avec une bande d'artillerie bien pourveue de mtlnitions, prur aller devant Nelphe, et la mettre en r<^issttiee du roy, h ce que nostre camp estant devant NapTes, te prince deMélphe, qui avoit Jusques au nombre de trois mille hommes de pied et une bonne trouppe dé cavalerie, ne rompist les Vivres i libstre armée, faisant sotivent des sMIUés. AMvé qu'a fat devait mépb»^ teei»

son artillerie en batterie, ou après avoir battu deux jours, fut donné un assault, auquel furent repoulsés les soldats de la Toscane, encores qu'ils feissent fort bien leurdevt)ir; mais le second, donné par les Gascons, la ville fut forcée non sans grande perte, pour la résistance que feirent ceux de dedans. Les François, animés dé la perte de leurs compagnons, l'ayant forcée» y feirent un grand carnage, car de compte faict II y mourut, tantdegensde guerre que des habitans de la ville, jusques au nombre de six à sept mille personnes, dont de g«M de guerre y avoit environ trois mille. Et fut prins ledit prince de Melphe prisonnier, en con^ battant les armes au poing; aussi fut prinse sa femme et ses enfans, qui s'estoient retirés dans le chasteau. Estant le siège devant Melphe, le seigneur de Lautrec envoya une trouppe de gendarmerie et de gens de pied pour prendre Yenojoze : lesquels estans arrivés audit lieu, après avoir dressé quelques eschelles contre les murailles, eeux de la ville estans surpris l'abandonnèrent, et se retirèrent dedans le chasteau, qui estoit une très forte place ; mais quelques jours après^ n^ayans espérance de secours, se rendirent eux et le chasteau, par composition. Ladite place de Venouie estoit celle que le capitaine Louis d'Ast, du temps du roy Louis douxiesme, garda» un an après que tous les François furent hors du royaume de Naples, contre toute l'armée du roy d' ArrAgpn ; et au bout d'un an s'en revint en France par composition, armeten teste et enseignes desployées. Le sac de Melphe parachevé, le seigneur de Lautrec passa son armée par le pays de Labour, arriva tlevant Naples le premier jour de may 1528 ; auquel heu estant arrivé, se logea à Poge- Real, et la phspart de toutes les villes et {daces du royaume se meirent en son obéissance au nom du roy, hormis le chasteau de Manfredoine, assis sur la mer Adriatique, thrant à Saint'Nicohs du Bar et Galette. D'auctms, cognoissans la nature du pays, ne feurent d'advls qu'il logeast son armée à Poge-Réal, d'autant que, venantes les chaleurs. Pair y est incontinent ïtdétUt potir les eaues qui n'y simt salubres 'y mais leselgneur Pètre de Navarre Passeuroit que de^vant que lesdit^ chaleurs vinssent, la ville serott afhimée; d'où vint la principale mine de notre année. Estant logé le eamp de^ tittiNAples^ s^ feit une entreiMisede quarante

hommes d^armes esuns de la compagnie du dac d'Albanie et du comte de Yaudemont , conduits par le seigneur deGruffy,sur la ville et chasteau de Vie ; iaquclle,iK)ur la diligence qu'ils feireùt, ils surprindrenl;de sorte qu'ils prindrait et ville et chasteau.où fut trouvé du butin inestimable, tantde vaisselle d'or et d'argent que d'autres riches meubles ; de sorte qu'il y eut environ douze cens escus pour hommes d'armes de ce qui vint aubutin . Vous pourrez^estimer quels autres biens il y pouvoit avoir, qui ne vîndrent à cognoissance ; mesmes y fut pris les sceaux de l'empereur. Estant nostre camp logé et assis devant Naples, fut faict un fort dedans les marais de la Magdalène près de Naples, qui fut nommé le fort de Basque, parce qu'il fût commis à la garde de deux capitaines basques, scavoir est du capitaine Martin le Basque et du capitaine Raymonnet, qui estoientdeuxvaillans capitaines ,ay ans des soldats de mesmes comme ils monstrèrent, ainsi qu'entendrez par cy-après. Aussi fut entrepris près Sainct-Martin unautre fort par le seigneur Pètre de Navarre, plus grand que le précédent, pour y loger bon nombred'hommes, et garder que les assiégés n'y feissent saillies sur les chevaux du camp, pour surprendre à l'abreuvoir; où il y eut grand combat, pour une sortie que feirent les Impériaux pour empescher ladite fortification ; mais enfin estans repoubés jusques dedans les barrières, fut ledit fort parachevé, et y fut rois pour h garde le seigneur de Burie,aveclacbargedegensdepiedfrançoisauxquels il commandoit, et le baron de Grantmont avec des Gascons ; aucuns le nommèrent le fort de Gascongne, autres le fort deFrance, lequel fort feit beaucoup d'ennuy à ceux de la ville, pour les entreprises qu'ordinairement faisoit ledit seigneur de Burie et de^ Grantmont sur eux. £t entre autres s'en feit une près ,Nostre-Dame de-Pied-de-Grotte, où le seigneur de Bonnivet, jeune gentilhomme et vaillant, après avoir fort bien faict son devoir, fut blessé de sorte que les entrailles luy sortirent du corps : toutesfois fut porté à Venouze, et fiit guérie sa playe ; mais depuis il mourut par maladie.

la^ veille de la Penthecouste subséquente, les ennemys, pensans surprendre le fort de Basque, lequel les tenoit de près, partirent de la ville sept ou huict cens hommes, pour leur donner une camisade. Environ minuict, le guet du fort, qui estoit vigilant, entrevit quelque

blancheur ; par quoy, le'monstraâsrnn àl'autre sans bruit, estimoient que ce fiissait moutons couchés là auprès, tant que l'un, ayant la veue plus certaine que les autres, jugea que c'estoient gens de guerre couchés sur le ventre avecques des chemises blanches pour les surprendre. A cause de quoy ils advertîrent leurs capitaines, lesquels, sans faire alarme, de main en main le feirent entendre à leurs soldats, et les feirent mettre chacun en sa deffence, préparés de recevoir leur ennemy, puis estans les capitaines sur une plate forme , après avoir mis quelques fauconneaux aux lieux àetA tb se pouvoient ayder, demandèrent : Quivalàl et qui vive ? Mais Fennemy , sans faire response, donna de la teste de furie droict aux remparts, lesquels n'estoient guères haulx, de telle hardiesse que lesdits ennemys monterait jusques sur le hault du fort ; mais ainsi que furieusement ils montèrent, ils furent recueillysdeceox de dedans en telle asseuranbe, que tout ce <pii monta hault fut tué, et ceux aussi qui s'efforcèrent de ce faire. Et y mourut des assaiUans, de compte faict, deux cens cinquante; et y furent blessés, de la part de dedans, les deux capitaines , sçavoir est le capitaine Martin , de quoy il mourut peu de jours après, et le capitaine Raymonnet d'une arquebouzade à travers du genouil, dont il fut contraint, pour ne se pouvoir tenir debout, long-temps combattre sur un genouil. Et telle fiit l'issue de ladite entreprise. Peu de jours après le seigneur Horace' Baglion, chef des enseignes noires, ayant faict entreprinse d'aller chercher les ennemys entre ledit fort et la Magdalène, les ayant trouvés, les chargea de telle vigueur qu'il les remist dedans la ville, mais, mal suivy de ses hommes, fut tué à coups d'hallebarde sur sa retrûtte, sans estre cogneu ; qui fut grand donunage. Sa charge fut donnée au comte Hugues de Pepok), boullenois, duquel a esté parlé en plusieurs en* droicts de ces Mémtoires.

Durant ledit temps, le comte Pheiippin Dorie, nepveu du seigneur André Dorie, estoit avecques huit galères près de Naples. Le seigneur don Hugues de Montcade, vice-roy de Naples, estans dedans la ville, adverty que les soldats desdites galères ordinairement s'en alloient au camp, de sorte que lesdites galères le plus souvent demouroient sans grande garde, feit anQer six galères qui estoient au port de

^Maples, pour aller surprendre les hoict galères de Phelîppin. JLe seigneur de Lautrec par ses espies estant adverty de Fentreprise, envoya le faire entendre audit Phelippin, et quand et quand secrettement et sans bruit, luy envoya quatre cens arquebouziers esleus, conduits par le seigneur du Croq, Gascon, pour recueillir la furie de Tennemy. Don Hugues de Montcade, n'estant adverty du renfort venu dans lesdites galères, partit du port de Naples avecques les six galères qu'il avoit équippées de tous gens esleus, et entre autres du marquis du Guast, du seigneur de Ris, Bourguignon, pour ceste heure sommelier du corps de l'empereur, et plusieurs autres gros personnages, et feit^oile droict à nos galères, sans les marchander. Mais, ainsi que gaillardement lesavoient assaiUies, ils furent receus, et de première abordée les galères fraur çoises en mirent deux des leur en fond à coups de canon; les autres farent investies, et furent combattues main à main et pied à pied, tellement que ce combat tant furieux dura l'espace d'heureet demie, avecques grande perte d'hommes tant d'un costé que d'autre; de sorte que des Impériaux n'en reschappa que bien peu, et entre autres y mourut don Hugues de Montcade, vice-roy de ?<aples ; et fiit prisonnier le marquis du Guast, le seigneur de Ris, Ascagne Colonne, le beau Yauldré, et plusieurs autres gros personnages ; des quatre cens arquebouziers françois n'en réchappa que soixante, qu'ils ne fussent morts ou grandement blessés. Geste victoire obtenue, deux de leurs galères qui m'avoient ppint esté mises en fond à l'arrivée furent prinses ; les deux autres s'estans sauvées k. la fuitte, se rendirent à Naples, de l'une des- (|aeiles galères le prince d'Orenge feit pendre le patron ; de quoy l'autre ayant la cognoissance, s'en alla rendre au comte Pheliiq)in Dorie.

Le seigneur de Lautrec, adverty de ladite victoire, manda que l'on envoyast en France les prisonniers ; ce qui fut faict, et furent bail-, lés à Phelippin Dorie, avecques deux galères pour les conduire; mais passant à Gennes, le seigneur André Dorie les retint, mettant en avant (pie le roy nç lui avoit satis&ict de la rançon du prince d'Orenge, qu'il avoit pris j>risonnier à Porte-Fin, durant que le roy estoit aa siège devant Pavie ; dont depuis advint la ruine de nostre armée de Naples, parce que

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