‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 279 sur 428 · LIVRE IIL · texte numérisé non relu

LIVRE IIL

ce fut le motif de la révolte d'André Dorie ; et le marquis du Guast, estant son prisonnier, le praticqua pour l'attirer au service de Tempereur .

Or ay-je laissé à vous dire que, peu après la dq)escbe de monsieur de Lautrec pour aller à Naples, le roy pareillement avqit dépesché une armée de mer pour aller en Sicile, soubs espérance des praticques et intelligences que disoit avoir un Sicilian, nommé César Imperator, et autres Sicilians de sa faction, cuidant par ce moyen divertir les forces impériales du royaume de Naples, ou bien de s'investir de l'isle de Sicile. De ladite armée le roy avoit faict son lieutenant général le seigneur Rance de Gère, et le seigneur André Dorie, amiral de l'armée de mer, espérant qu'au temps que monsieur de Lautrec arriveroit devant Naples, ladite armée de mer arriveroit en Sicile; chose qui fust très bien pourveue si Dieu eust permis qu'elle fust venue à exécution; mais l'armée, estant partie des havres de la Toscane, fut surprise d'une tourmente telle, qu'elle fut contrainte de prendre la volte de Corsèque, et pour avoir vivres prindrent le train de Sardaigne, où ils prindrent terre. Auquel lieu ayans mis leurs hommes en terre, le vice-roy de Sardaigne pour l'empereur vint rencontrer nostre armée, qui n'estoit que de deux à trois mille hommes, et luy estoit accompagné de quatre à cinq mille hommes de pied et de trois à quatre cens chevaux. Ce nonobstant, nos gens les rompirent, et de la même furie emportèrent la ville de Sassary d'assault; auquel combat fut tué, des nostres, le seigneur Jacques du Bellay, colonel de deux mille hommes de pied. Après laquelle exécution la peste se meit dans leur armée, pour les vivres qu'ils y trouvèrent en abondance, attendu la grande nécessité que les soldats avoient endurée; et, venus à en avoir largesse, tombèrent en fièvres qui se tournèrent en peste. Aussi se meit quelque division entre le seigneur Rance et le seigneur André Dorie, pour lesquelles deux occasions ils furent contraints de se rembarquer et se retirer à Gennes, ayans consumé les vivres qu'ils avoient pour leur voyage de Sicile. Et eux arrivés à Gennes, fut envoyé le comte Phelippin avec les huict galères qui combattirent devant Gennes, ainsi que dessus a esté dit.

Pour vous faire entendre les occasions de la révolte d'André Dorie, avecques les praticques

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que je yoas ay dit du marquis du Guast ( de quoy depois arrira Tentière raine de nostre armée de NapleB, car, sans le secours d'André Dorie, la ville de Naples n'eust eu le moyen d'estre •ecouruedevivre8,ayans, comme j'afdlt.perdtt leur armée de mer, chose q^i les amenoit la o&rde au col }. Après que ledit seigneur de Lautrec eut remis en Fobélssance du roy la ville de Gennes, le roy, par le conseil d'aucuns, délibéra de fortifier Savonne et y faire le port, qui eust esté rentière ruine de Gennes; et dès l'heure transporta à Savonne lecomtnercede la marchandise, et principalement la gabelle du sel qui estoit à Gennes, luy faisant entendre que par ce moyen il tiendroit les Gennois en plus grande obéissance; mais ce fut bien le contraire, car eux, désespérés de ladite novalité, laquelle à la lon^ gue seroit la ruine de leur ville, les principaux citadins vindrent devers André Dorie, et luy remonstrèrent qu'il estoit en son pouvoir de remettre sa patrie en sa première liberté, chose qu'il ne devoit différer estant amateur du pays. Auxquels ledit André Dorie feit response que ce qu'il pourroit faire pour son pays avecques son honneur* il le féroit. Or , sur ses malcontentemens, advint l'occasion cy-dessus dite des prifionniers qu'il retint ; par quoy, tes ayant entre aes mains, délibéra d'envoyer un gentilhomme devers le roy pour luy supplier de luy faire raison de la rançon du prince d'Orenge et autres prisonniers prins quûid et luy, et pareillement et Testât de ses galères, qui hiy estoit deu ; et que là où le roy luy en fkroit refus , il promist aux Gennois de tenir la main à ce qu'ils fassent remis en liberté.

Le seigneur de Lautrec, adverty de oeste praticque par le moyen du seigneur de Langey , dépescha ledit Langey devers le roy pour hiy supplier d'y pdurveoir . Lequel seigneur de Langey passant Gennes, pour la grande familiarité et habitude qu'il avoit audit André Dorie, logea en son palais , où il trouva moyen d'entendre la volonté dudit André Dorie; et y feit tdte diligence, que ledit Dorie Tasseura que là ou il plairoit au roy luy faire raison de ses prisonniers, et remettre le trafic de la gabelle du sel à Gennes, et autres libertés qu'ils avoient aceoustumé d'at oir tant de son temps que des roys ses prédécesseurs, il féroit avecques le peuple que, pour seufeté de leur fby , ils Kvreroient au roy douze galères entretenues à leurs

deq[)ens, sur lesquels il pourroit mettre tds et^ piuines et soldats que bon luy sembleroit, retenant seulement deux galères pour la gank du port. Le seigneur de Langey vint en poste à Paris trouver le roy, logé en la maison de Yilleroy, auquel il exposa ce qu'ilavoitdecharge delà part de monsieur de Lautrec, aussi ce qu'il avoit entendu de l'intention d'André Dorie; cboseqd fbt remise au conseil , 06 les demies dudit André Dorie ne furent trouvées raisonnables, et mesmement par le chancelier du Prat, qui avoit grande autborité« et quelques remonstrances que féit ledit seigneur de Langey de l'apparence qu'il y avoit que , mal consentant André Dorie , le haiard estoit tant de la perte de Gennes que de la ruine de nostre armée qai estoit devant Naples, au cas que ledit André Dorie se révoltast, estant le plus fort sur h mer et le plus riche en argent comptant ; lequel, 8'M se voyoit dédaigné, exposeroit tout son bfen et sa vie pour s'en ressentir. Mais , toutes choses débattues , fût conclu de dépescher le seigneur de Bart)ezieux pour aller à Gennes se saisir tant des galères du roy que de celles d'André DoHe, le faisant amiral sur la mer de Levant, et destituant André Dorie ; et s'il veoit Poccasion, qu'il se sailist de la personne dudit Dorie.

Les choses ne furent si secrettement ordonnées que ledit André Dorie n'en fbst adverty; par quoy, pour sa seureté, se retira sur ses galères. Le seigneur de Barbexieux , arrivéà Gennes, alla parier à luy, suivant le commandement que le roy luy en avoit faict ; lequel Dorie fWl response qu'il scavoit bien qu'il avoit charge de se saisir de sa personne et de ses galères ; mais que quant aux galères du roy, il les luy remettroitenU^ les mains, suivant le commandement que le roy luy en faisoit ; et quant aux siennes, il en fbroit à sa volonté. Du Guast et autres prisouniers qui estoient entre ses mains voyans ces troubles, secrettement achevèrent leur praticque, de sorte qu'ils eurent promesses de luy d'aller aa service de Tempereur , jouxte le concordat de ce -faict et passé entre eut , promettans le &irc ratifier à l'empereur. Yray est qu'il déclara an seigneur Barbexieux qu'il n^avolt intentiOD autre sinon de servir sa patrie ; tnais peu de temps après, s'estant déclaré , donna tel refirschisscment à ceux qui estoient dedans Naples , que, sans son secours, on les eust eus la eoide au ool par famine. H me souvient qu^en ce temps

là, venant par Us postes d'ItaKe devers le roy, qui ostoit à Paris, Je rencontray Antoine Dorie, cousin, dndit André, an pont, à Gasson, près Montargis, qui alloit en poste i Marseille, qui me dit les nouvelles de la révolte de son cousin, te détestant comme un homme qui avoit faict acte d'infamie; mais peu de jours après, j'eus noaTeUeconunent ledit Antoine Dorie avoit desrobé les galères desquelles il avoit la charge du roy , et qui n'estoientsiennes, s'estant rendu au service de f empereur.

Pendant que ces choses se traittoient, le roy estoit ordinairement sollicité par le seigneur de Lautree da luy envoyer secours d'hommes et d'argent, parce que, s'estant mise la mortalité en aon camp, U en avoit beaucoup perdu; par quoy le roy avoit ordonné d'y envoyer l'amiral de Brion, pomr y mener le secours par mer, et le faire vice-roy de Piaples , d'autant que le seigneur de Lautreo pourchassoit son retour en France. Mais les choses se changèrent je ne scay pour quelle occasion, car il y envoya le prince de.Navarre , frère du roy Henri de Navarre« accompagné de peu de gens, desquels h ptuspart estotent jeunes gentilshommes y allans pour leorplaisir et pour acquérir honneur : aussi y fat conduit quelque argent , non en telle sonme que monsieur de Lautree espéroit. Leqod prince de Navarre arriva à NoUe, conduict par le adgneur de Barbexi^x; mais estant descendo en ladite ville de NoUe, il se trouva aceompagné de si petit nombre de gens, qu'il fut contraint d'envoyer en nostre camp quérir escorte pour le conduire. Et pour cest effisct moiiaieQr de Lautree y envoya monsieur de GaD<)aUe, lequel passant par devant Nsqples à son retour,. conduisant ledit prinoedeNavarre, eeox de la ville fetr^l une saiHie sur kiy telle cl si gaîMarde, que noos y perdlsmes beaucoup de gens, et, entre autres, ledit seigneur de Canéalle iot fort bkisé, et mené prisonnier dedans Nft|dc8; mais estant racheté pour un des leur pris au condNit , mourut de ses Uesseves dès qi^il kit en nostre camp. Aussi y to^ pris le eemle Hugues de PejpK>lo , kquel , comme j'ay dift , avoit eu la charge det bandes noires par b BMMl du seigneof Hosace BegUon , lequel a«iasi fiit radMtépourun Impérial pris des nosr très à ladite faction ; qui fut le premier Ueu \k oà , depuis dix^huict mois que le seigneur de Lavtree^ estoit party de France» les ennemye

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