CHAPITRE XI
Comment le roy de France Charles buytiesme fit son appareil pour aller à la conquesie du royaulme de Naples , lequel 11 gaigua par sa prouesse et vaillance, sans grande effusion de sang.
Deux ans après ou environ délibéra le bon roy Charles d'aller conquester le royaulme de Naples. Les occasions et moyens pourquoy il entreprint ce voyage sont assez contenus en autres histoires et cronicques; parquoy d'en faire un long récit ne seroit qu'ennuyer les escoutans et gaster papier. Ce néantmoins, comme chascun peut avoir clèrcment leu et entendu, ledit bon roy Charles fist sondit
la
voyage tant honorablement que impossible seroit de plus ; planta ses justices d^s Rome, fist venir le pape ^ raison, et entièrement gaigna le royaulrpe de Naples, et y li^issi^ pour son lieutenant général et vis-roy le seigneur de Moupensief ; pqis se n^st m retour pour v^r en France et n'eut pul empeschen^ent ju^qu^ en ung lieu ^ppâé Fournoue, où U trQqvit bien soixante fnille combattans tous ItftU^ï^* ^t dp plusieurs potentats, comme d^ pf^p^, d^ Yéniciens, du duc de Mil^, lesquels e^toi^t délibérés deffaire le bon rqy à son retour et le prendre prisonnier, parce qu'ils estoient a«^rés qu'il avoit laissé upe partie 4^ ^ puis^apce au royaulme qu'il venojt de conquérir, et n'avoit avecques luy point plus de dix mille boippies. Ce néantmoins le bon et geptil prince qui avoit cueur de lyon, comme certain d'esti^ bien servy de si peu qu'il avoit de gens, se délibéra les attendre et les combattre, ce qu'il fist avecques l'ayde de Nostre Seigneur- Et y eurent lesdits ennemys lourde honte et grosse perte, et luy gloire inestimable, car il ne perdit pas sept cents de ses gens. L>es ennefuys en perdirent buyt ou dix mille et des plus apparens ; ipesn^ement les plus grans cappltaines de la seigneurie de Venise y demeurèrent et plusieurs de la maison de Gonzague, dont est cbief le marquis de Mantoue, qui pareillement y e^it ; mais ses espérons luy aidèrent bien, et le bon cheval sur quoy il estoit monté ; et n'eust esté q^'upe rivière vint à croistre merveilleqsement, il y eust eu plus gros eschec. A la première charge (e bon chevalier se porta trii^mp^amipent par dessus tous en la compajgnie du seigneur de Ligny son maistre, et luy fut tué {deux cbevauli: soubs luy le jour. Le roy en fust adverty qui luy fist donner cinq cens escus ; mais en récompense le bon chevalier luy présenta une enseigne de gens de cheval qu'il avoit gagnée à la chasse. De 1^ le roy vint par ses journées ^ Vermeil, où il trouva une belle troppe de Suisses qui estoient descendus pour le secourir s'il en avoit bespji^g. Il demoura là quelques jours avecques son camp, car il vouloit secourir le duc d'Orléans que le duc de Milan, Ludovic Sforce, et les Vénitiens tenoient assiégé dedans Novarre. Il y eut plusieurs allées et venues par gens qui se mesloient de faire la paix, de façon qu'enfin se traita quelque appoinctement, par quoi le roy s'en retourna par ses journées à Lyon, où il trouva
DE BiYÀRT, |;i495]
la bonne royne sa loyalie espouse, et en 8» compaignie la duchesse de Bourl^on sa seuc« U y eut plusieurs gentilshommes qui n'apportèv^X pas de grans biens de ce voyage de Nèides. Ui hofi i^çîY <l^ France partit (te Lyon pour s'en allep i S#inct-Qenys en France visiter h bqn p^troo m tes prédéceswu^ sont ^«épulturé«, et (ut deq^ ^m ou troi^ visitant «OP roy^fi^w^ de à^ et de lit, m^ant trè« hpnne et «aincte yk» el fpaintenaot JHStipe tant qae tou« «e« si^ecti eq f voient coplenteP^ent ; car luy-mesfpe «éoit en chaire de justice une fois p^r semaine poui ouyr les plaintes et doléances d'un eha^cuf , et le« plus povres es^pédioit. U eut nouvelle coin? nient N ?iéapolitains s'estoient révoltés poui Ferr#nd, iïs du roy Alphonse, et ^vm de û mort de son lieutemmt génér^d le comtede I^on-: pensier, et que tous m cappiu^ne^ §'en i^tonrnoient en Franee- ^ proposa y retPnnier Ini: mesme en personne, maii; qu'il vi^t 1^ tPn^P^f^ pprtun. Cependant yesqqit en sqn roy?Lu}ii|^
très vertuensement, et 4e s^ feipnMi eut t^
enfan§, roai« ils monrurent. in piqyij flp «^t tembre mi| quatre eens quatre-vingt-fiix-fept, le bon prince partit 4e Tours pour tirer à î^yoni cuydant faire son yoyftge de I$ap|^, mais il ç^ rompit, ne sç4y k qnew occasion. Il s'en fptourni^ k Amboise^ et le gep.^^esme jouç <|'^ViD audit $u), pn nne galerie on U regan[l<>it jpfieF i la p^nlme, lui prjnt pne foiblesçe dftï}^ ^ nïft»rust tantost fiprès, qui fnt png 4Qm|nape \fsir parable ponr le royaulme de Erapce '» P&F f}f puii
qn'il y a eu roy, n^ tf en eçt BPint tronvéde meillenr nature, pin§ 49**lx» plus gr^cienj, sim rfé-
n^ent ne plus pitoyaWe- Je erpy gie f)ie? h retiré avecqqes |e^ bienheureux, $^ I^ |^ pfincen'estoi^ taché d^ung seul tQut villaif^ yj|:e. Je n'i^y pa# bit grant di^courç de » yie, car elJ^ e^ fts$ez eçcripfe ^iUenr^-
CPAPfTJlp XIJ,
Comment Loys, duc cTQiiéaDft, Tint à la couronne comme le plus prodiafo' hoir , et fut ^pelë Loys douliesiiië: "
Parletrespa^ du bon roy pl^de^et ^nM)y^ de ce qu'il n'fivpit point d'bpir nwf^e, ïioys, <hic d'Orléans, }^u$ prochain de }a conronne, accéda au royaulme^ et A^t sacré à R^fxis }^ vingtseptiesme jour 4e m4 1^97*, et print s§ cqu-
(0 1486, DOUY. pL
PAR LE LOYAL SERVITEUR, CHAP. XIl.
tenue i Saînct-Dënys' te Ftanee, le premier
|ow de juillet ensuivafat U avoit espoùsé
ièhame de France^ seor de son prédéceëâear;
mis an moyen dé ce qu'on tenoit que d'elle né
fMarroit sortir lignée; et qae par force Faveit
ftftpdsèt^ éraignafat la foreur de Loys onnesme
MB pèfè, b fiât appèllér ^ j^tice; et à ce^të
occadoô le pëpe dâégii& juges qui firent et
parfirent le |nrocèSi et ëifin ac^ngèrent qu'elle
ii'esteh pc^t sa femme; Patquoy, après Itiy
ftroir Uteé la duché de Berr^ pour soh estat^
mf9éBà, la royne ducheése de Bretaigne» veufyé
dv fev roj Charles; 81 ce fot bien ou inal fait ^
Biea est tout seid qui le ecmgnoist. La bonne
àmàkfme de Berry J ehanne de France a toute
9ft Tie Vese« en sainetetéi et a Ton voulu dire de-
ponaon trespas que Dieu faisoit ded miràcled
pour Famo^ d'elle. A l'àdvénement du roi
Loyk dbuziéiitie^ Touîlit vendre toutes les of-
fiées royàulx qui if esteient point de judicature^
et en retira plusieurs deniers ; iuir il eràignoit
à nenreille de fouler ton peuplé paf tailles ne
autres subsides. U avoit touqourft son vouloir
ma toutes choses de recouvrer la duché de
)Hm« qid lui àppartenôit à cause de ma-
duBeYalèntiDe, sagram-mèi^i que pour lors
hy déteneit Ludovic Sfoi'ce et paravant son
pè^; mals.feeux de la maison d'Orléans, au
Aoyen des guerres qbi ont duré si long-temps
ed Frawe contre les Ân^oié, et aussi la que-
réHe de la mort tJmt du duc d'Orléans que du
ém de Bmirgm^ne^ n'y dvoient jamais peu en-
tendre» Or à présent so voyôit-il en estât d'a^
voir fil Maison de scffi eimemy. Il alla faire
ett^éb à Lyon le dixiesme jour de juillet 1499^
prisfisl |iissef son armée en l'Astisahnei soubs
b feuiahiUfe du seigneur de Trevolze et du sei-
gntef d*/[uMgny^ qui estoîent deux sages et
vaHIate dievàlteîfe, lesqdels d'entrée prindrent
cl flsîrcnt à saë deim petites places àfq^lées
Nove et h Roccpïe. De 1& tirèrent à Alexandrie
et assiégèrent ceuhL qui estoîent dedans pour le
seigneuf, ijo^viii, qui fort bien se défendirent ;
mais «fti êtié foM prinse. Geid de Pavye de
ci advertis se mlretit en Tobeyssance du roy de
Fnmée. Ledit seignehf Ludovid ^ se voyant en
œ party a&isl délaissé de ses subjects^ hi^n-
dsodk Mllad et ik retira en Aimaigne devers le
rey des Romains MaximiHan; qui te feceut
jsyeUMiieuti txt de tout temps àVoient eu gran-
te ÉKaotes ensemble. Inconthient après son
partement, ceulx de Milan se rendirent atii Françc^iÀ, dont nouvelles allèrent au roy de France, qui en diligence alla y faire son entrée. Et peu de jours après fat trouvé expédient par force de deniers et autres promesses d'avoir le chasteau, dé celluy qui l'avoit en gaHe du seigneur Ludovic, qui fist ilng lasche et meschant tour à son maistre, car par là espéroit tousjours ledit seigneur recouvrer la duché. Quant les autres places entendirent le chasteau de Milan estré rendu, n'eurent plus d'espoir et se mirent toutes en l'obéyssance du roy de France, mesmement ceulx de Gennes, ausquèls il bailla pour gouverneur le seigneur de Ravastain, son prochain parent du costé maternel. En l'année mesme et le quatorziesme jour d'octobre accoucha là royne de France d'une belle fille qui fat nommée Claude. Guères ne séjourna le roy en la duché de Milan ; mais après y avoir laissé gouverneur le seigneur Jehan Jacques de Trevolze, la garde du chasteau au seigneur d'Espy , et la Rocquete à ung gentilhomme escossois, prochain parent du seigneur d'Aubigny, s'en retourna à Lyon. Si bien fist-il en la duché avant son partement qu'il amoindrit tes taxes et impositions de la tierce partie, dont tout le peuple le loua merveilleusement et en attira beaucoup le cueur d'aucuns. Guères ne séjourna ledit seigneur à Lyon, mais marcha plus avant cm son royaulme, et vint jusques à Orléans, où il appoincta certain différend entre les ducs de Guddres et de Julliers pour le blason de leurs armes et les fist amys.
CHAPltkE XIIL
Comhienl, ^prè$ ta bonquestë de ta duchC de Milan, te l)on dievalier den^oura en lialie, et coroineiit il dressa ung
rirpoy en la TiUe de Garignan en Piémont, dont il emporta prb.
Au retour d'Italie, que fist le roy de France, Ldys douziesme, en joie et en liesse pour avoir conquesté le duché de Milan et rendu son ennemy^ Ludovic Sforce, faytif dedans les Almaignes, cherchant secours vers le roy des Romains, demourèrent les garnisons des François en la Lbmbardie en tout plaisir, à faire joustes, tournoys et tous autres passetemps. Le bon chevalier qui, en son jeune âge , avoit esté nourri eft la maison dé Savoye, alla visiter une vaillant dame qui avoit espousé son premier maistre» le duc (Parles de Savoye. Blanche s'appel-
CHRONIQUE DE BAYÂRT,
[tSOO]
loit la dame, et se téDoit au Pyémont en une ville de son douaire, dicte Carignan. Elle, qui de toute courtoisie estoit remplie, le receut joyeusement et le fict traicter comme s'il eust esté parent de la maison. Or, fault-il entendre que pour lors n y avoit maison de prince ne princesse en France, Italie ne ailleurs, où tous gentilshommes fussent mieulx receus ne où il y eust plus de passetemps. Il y avoit une fort bonneste dame qui Tavoit gouvernée de jeunesse, et foisoit encores, laquelle se nommoit madame de Fluxas; elle y avoit aussi son mary, bonneste gentilhomme, soubs lequel se manyoit toute la maison. Il faut scavoir que quand le bon cbevalierfutdonné paige au duc de Savoye, cette dame de Fluxas estoit jecme damoiselle en la maison avecquesjsa femme; et ainsi comme jeunes gens fréquentent voulentiers ensemble, se prisrent en amour l'ung pour l'autre, voire si grande, gardant toute bonnesteté, que s'ils eus§ent esté en leur simple vouloir, ayant peu de regard à ce qui s'en fust peu ensuy vre^ se fussent pris par nom de mariage. Mais vous avez entendu par cy-devant comment le duc alla à Lyon veoir le roy de France, Cbarles buitiesme, et luy donna icelluy bon cbevalier pour son paige, qui fut occasion dont les deux jeunes amans se perdirent de veue pour long-temps, car cependant le voyage de Naples se fist et plusieurs autres choses scdesmeslèrent, qui durèrent trois ou quatre ans sans eulx voir sinon par lettres. Durant ce temps fut mariée cette damoiselle à ce seigneur de Fluxas qui avoit beaucoup de biens ; et il la prist pour sa bonne grâce, car des biens de fortune n'en eust pas grandement; mais comme femme vertueuse, voulant donner à congnoistre au bon chevalier que l'amour honneste qu'elle lui avoit porté de jeunesse duroit encore, à son arrivée à Carignan lui fist toutes les gracieusetés et courtoisies que possible eust esté faire à ung gentilhomme, et devisèrent longuement de leur jeunesse et plusieurs autres choses. Geste gente dame de Fluxas estoit autant accomplie en beauté, doulx et grar cieux parler, que femme qu'on eust sceu trouver. En son langaige louoit si très fort le bon chevalier que possible n'eust esté de plus. Elle luy ramentevoit son bien faire, quand il s'essaya à messlre Claude de Vauldray, le toumoy qu'il gaigna à Ayre en Picardie, et l'honneur qu'il receut à la journée de Foumoue ; dont de tout
ce estoit si grant bruyt 'en France et Italie, et tellement le louoit et blasonnoit, que le povre gentilhomme en rougissoitde honte; puis après luy disoit : « Monseigneur de Bayart, mon amy , vecj la première maison où vous avez esté nourry; ce vous seroit grant honte si ne vous y faisiez congnoistre aussi biei qu'avez &it ailleurs, n Le bon chevalier respondit : « Madame, vous scavez bien que dès ma jeimesse vous ay aimée, prisée et honorée, et si vous tiens à si sage et bien enseignée que vous ne voulez mal à personne, et ancores à moy moins que à nog autre : dictes-moy, s'il vous plaist, que voalez que je face pour donner plaisir à madame ma bonne maistresse, à vous sur toutes, et au reste de la belle et bonne compaignie qui est oéans. » La dame de Fluxas luy dist alors : « Il me semble, monseigneur de Bayart, mais que je ne vous ennuyé point, que ferez fort bien de fiiire quelque toumoy en ceste ville pour l'honnear de madame, qui vous en scaura très bon gré ; vous avez icy à l'entour force de vos compaignons gentilshommes firançois, et autres gentilshommes de ce pays, lesquds s'y trouveront de bon cueur, et en suis asseurée. — Vrayment, dist le bon chevalier, puisque vous le voulez, sera fait. Vous estes la dame en ce monde qui a premièrement conquis mon cueur à son service par le moyen de vostre bonne grâce; je suis tout asseuré que je n'en auray jamais que la bouche et les mains , car de vous requérir d'autre diose, je perdh>is ma peine; aussi, sur mon ame, j'aymerois mieulxmourir quede vous presser de deshoni^r. Bien vous prie de me donner ung de vos manchons, car j'^ ay à besongner. » La dame, qui ne sçavoit qu'il en vouloit faire, le lu j bailla, etillemistenlamandie de son pourpoint sans en faire autre bruyt. Le souper fust prest, où chascun fist bonne dière , puis après commencèrent les dances, ou tout homme s'acquitta du mieulx qu'il peut. Madame Blanche devisa long-temps avecques sa nourriture le bon chevalier, tant que la mynuyt sonna qui fust temps de se retirer. Mais il fault penser qu'il ne dormist pas de toute la nuyt; car il songea à ce qu'il avoit à faire , et fut résolu du tout en son entendement, car le matin envoya une trompette, à toutes les villes de là à Pentour où il y a garnison, signifier aux gentilshommes que, s'ils se vouloient trouver dedans quatre jours après, qui estoit ung dimandie, en i
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