LIVRE IIL
«Baille-moi la patente da camp, et je te domieray congé de dire après tout ce que tu voudras de la part de ton maistre. » Le hérault commence à dire: «La très sacrée Majesté »
Sur lequel mot le roy luy a dit derechef : «Montre-moi la patente du camp; car je pense que réld en empereur soit gentil prince, ou le doive estre, -qu'il n'auroit point voulu user de si grande hypocrisieque de t'envoyer sans ladite seureté du camp, vu ce que je luy ay mandé ; et aussi tu sais bien que ton sauf-conduit contient que tu portes ladite seureté. «• Ledit hérault a responda qu'il croyoit porter chose queledit seigneur ray s'en devroit contenter. A quoi ledit seigneur roy a répliqué : « Hérault, baille-moy la patente du camp; baille-moi-la , et si elle est suffisante je l'accepte ; etaprèsdis tout ce que tu voudras. » A quoi ledit hérault a respondu qu'il a voit commandement de son maistre de ne la bailler point,qu'iln'eustpremièrenientditaucune chose qu'illuy avoit donné charge de dire. Alors le roy luy a dit : « Ton maistre ne peut pas donner des lois en France, et, d'autre part, les choses sont venues à tel point qu'il n'est plus besoin de paroles ; et si dois estre adverty que je n'ay*fait porter paroles par mon hérault à ton maistre , mais ce que je luy ay mandé a été par escrit signé de ma main : à quoi ne falloit autre response que ladite seureté da camp, sans laquelle je ne suis délibéré de te donner audience ; car tu pourrois dire choses dont tu serois désavoué , et aussi ce n'est pas à toi à qui j'ay à parler ni à combattre, mais seulement à l'élu en empereur. » Ledit hérault a dit lors audit seigneur qu'il luy donnast ^onc congé et sauf-conduit pour s'en retourner; ce que ledit seigneur luy a accordé, et a dit au hérault: • Prends acte. >» Et après a demandé à moi Gilbert Bayart , seigneur de Neuf-Ville , baillif de Montpensier, vicomte de Mortaing, Son conseiller notaire, et secrétaire d'estat de sa chambre, signant en ses finances, acte comme il n'avoit tenu et ne tenoit à luy qu'il ne reçust ladite patente ; et qu'en la luy baillant telle qu'elle doit estre il ne refusoit de venir audit combat. Et ce iaict, s'est retiré en la chambre ordonnée, pour tenir son conseil. Et ledit hérault a requis audit seigneur que les choses susdites lui fossent baillées par escrit; ce qui avoit été accordé. Faict en ladite ville de Paris les Jours e( an que dessus. Ainsi signé s Bayart. n
Réponse de Charles-Quint au cartel de François h'.
Charles, par la clémence divine empereur des Romains, roi des Allemagnes, des Espagnes, à vous François, par la grâce de Dieu roi de France, fais sçavoir comme par Guyenne, votre hérault, j'ay, le huitiesme de ce mois de juin, receu vostre cartel du vingt-huitiesmede mars, lequel du plus loing que de Paris en ce lieu eust peu plustost venir ; et en suivant ce que de ma part fat dit à vostredit hérault, je vous respons à ce que dites que en aucunes responses par moi faictes à vos ambassadeurs et hérault, envoyés devers moi pour bien de paix, me veuillant sans raison excuser, vous ay accusé, que je n'ay jamais veu hérault venant de vostre part, sinon celui qui vint à Bourgos me intimer la guerre. Et, quant à moy, ne vous ayant en riens failly, je n'ay nul mestier dem'excuser; mais votre faulte est celle que vous accuse. Et en ce que dites que j'avois vostre foy, vray est, entendans de ceUe que vous avez donnée par le traitté de Madrid, selon qu'il appert par escritures signées de vostre main, que retourneriez en ma puissance comme prisonnier de bonne guerre, en cas que n'accomplissiez ce que par ledit traitté m'avez promis. Mais que j'aye dit, 'comme audit* cartel dites, que sur icelle, et, outre votre promesse, vous estiez allé et party de mes mains et de ma puissance, ce sont mots que oncques ne dis ; car jamais n'ay prétendu d'avoir vostre foy de non partir, mais bien celle de retourner en la forme traittéef; et si l'eussiez ainsi, n'eussiez failly à vos enfans ny à l'acquit de vostre honneur. Et à ce que dites que, pour defifendre vostredit honneur, lequel en ce cas seroit trop chargé contre vérité, vous avez bien voulu envoyer vostre cartel, par lequel ditesque,encores que touthomme gardé ne puisse avoiroblîgation de foy, et que cela vous fust excuse assez suffisante; ce nonobstant, vueillant satisfaire à chacun et à vostredit honneur, lequel dites vouloir garder, et que garderez si Dieu plaist, jusques à la mort, me &ictes entendre que si vous ay voulu ou veux charger, non pas de vostre foy et délivrance seulement, mais que vous ayez fait chose que un gentilhomme hy^ mant son honneur ne doive faire» dites que J'ay menty par la gorgei et que» autant de fols que
44tt
IIMOJ
le diray , qoe mentiray, estant délibéré de deffendre vostre honneur ja^ueè au dernier bout de vostre vie; je vous respons que, en suivant k fiimne traittée, vostre excuse d'avoir esté gardé ne peut avoir lieu ; et puisque tant peu èatimet vostre botmeur, ne ni*est merveille que nyex estre obligé d'accomplir vostre pronlesse. Vos paroles ne suffisent pour satisCure à vostredit honneur» car j'ay dit et diray, sans mentir, que vous avei faict Uschement et mes» diamment de non m*avoir gardé la foy et pro« niesse que j'ày de voOs, lelon ledit traitté de Madrid. £t| en ce disant^ je ne vous charge des choses secfettes et non possibles de prouver^ puisqu'il CQ appert par escfitures signées de vostre main, desquelles ne vous pouvez excuser ny les nyer ; et si vous voutoi afOrmor le contraire, puis^ serieiiient en ce cas< je vous tiens babilîtte pour combattre : je vdus dis que^ pour le bien de la chrestienlé et éviter effusion de sang, et mettre |>ar ce fin à ceste guerre, ei pour delEondre itta juste querelle, je maintiendray eë que dit est de ma personne à la voptre esire véritable, ne veux user envers vous de leli mots que vdus faictes, veu que vos oMivrcs mmmm mmi celètS) sans ce que je ne aultre le dye, que vous desnientent } et aussi que cbacua peut user de teh propos plus seurement ée iôîng que de près. A ce que dites que puis, centre vérité, veut ay voulu ehM>ger dorésenavànt ne vous escrire aucune cbese» mais que je vousasseure le camp, et vous me pourterez les armei, il toutf fault avoir patience que Yob dye ce que tous faicteft i et que je vous escrive ceste respense^ par làcpieile je vousdisque je accepte de tous livrer lecamp,et suis content pour ma pitrt et vous asseore par tous les moyens raisonuaMes que sur ce seront advisés. Et à cest effect, et pouf plus prompt expédient, je vous Mmmedtemaintetiaotlelieududitcombatsurla rivière qtii passe eatre Fentarabie et Andaye, ea \A endreici et de la tnanière que de commun
consentement sera advisé plus seur et phs convenable. Et me semble que par raison ne le pouvez aucunement refuser, ne dire non estre bien asseuré, puisque y fiistes délivré en recevant vos en&ns pour ostages, et moyen* nant vostre foy par avant baillée pour vostre retour comme dit est; et veu aussi que^ sur la mesmes rivière, fiastes vostre personne et celles de vos enfams, pourrea bien fier la vostre seule, puisque je y mettray la giienne, et que nonobstant la situation dudit lieu^ se trouvera bon moyen qu'il n'y aura advantage plus à l'un qu a Tautre, et à l'efEect que dessus. Et pour appoincter sur l'élection des armes ^ que je prétends me appartenir» et non à vous, et afin qu'il n'y ait longueur ni dilaticm en la conelusion, pourrons envoyer sur ledit lieu gentilshommes de chacun costé, avec suffisant, pour où d'adviser et conclure tant de la seureté esgale dudit camp que de l'élection desdites armes, jour dudit coînbai) et du surplus touchant à ce cas. Et si dans quarante Jours après la présentation de ceste ne me respondei,et ne me advisez de vostre intention, sur ce, l'oa pourra bien veoir que le délai du combat sera vostre, que vous sera imputé et adjoinct avec la faulte de non avoir accomply ce que premistes à Madrid. Et, quant à ce que protestei que si, après vostre déclaration, en autres lieux je dis ou escris paroles qui soient contre vostre honneur, que la honte du délai du combat sera mienne, veu que, venant audit combat, est la fin de toutes escritures, vostredite protestation est chose bien excusée ; car ce n'est à vous me garder que ne dye vérité encores qui vous griesve, et aussi je suis bien seur que par raison ne puis recevoir honte du délai du combat, puisque tout le monde peoit cegnoistre l'affection que j^ay d'en veoir Teffect. Donné à Mouson, en mon royaume d'Arragon, le vingVquatriesme jour du mois de jaio l'anU28.