‹ Le loyal serviteur [pseud.] Chronique de Bayart.--Guillaume de Marillac. Vie du connétable de Bourbon.--Antoine de Laval. Continuation de Marillac.--Jacques Buonaparte. Sac de Rome in 1527.--R. de La Marck, sgr de Fleurange. Mémoires du jeune adventureux.--Louise de Savoye. Journal.--Martin et Guillaume du Bellay. MémoiresChapitre 288 sur 428 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

fassent plos avant ; et en laissa faire à ladite dame et à madame la duchesse d'Angôulesrae sa mère, auxquelles en devisa ledit Courbaron par plusieurs fois, et si avant, que la royne, sur les propos de luy, envoya premièrement le seigneur de Tombes, et depuis l'escuyer Silly , vers l'empereur, pour arrester le lieu et temps de ceste entrevue.

( 1531 ) L'empereuralors, soit qu'il eust mis ces propos en avant pour mettre en jalousie les alliés du roy, ou pour crainte que les siens n'y entrassent, ou qu'ij voulust un mesmes temps avoir praticque en divers lieux pour s'attacher à celle qui mieux feroit pour luy, en advertit le cardinal Campeige, lors estant légat devers le roy, pour moyenner la réunion de l'Église et la paix universelle entre les chrestiens; puis en escrivit lettres au pape, l'asseurant par icelles que quelques praticques qu'il eust avecques le roy, que toutesfoys il ne feroit rien pour luy, et que Sa Saincteté n'en devoit entrer en jalousie ny en souspeçon. Le Sainct-Père, ce nonobstant, ne n'osant trop fier en ceste asseurance, envoya vers le roy se douloir et plaindre que, sans son sceu et communication, telles praticques se démenassent. De quoy ledit seigneur s'excusa, remonstrant que ladite praticque n'estoit encores si avant qu'elle méritast d'estre communiquée légèrement avecques Sa Saincteté devant qu'il y eust aucun fondement ; car c'estoit chose tant seulement mise en avant aux dames par l'empereur. Et de faict fist le roy cesser icelle praticque, et ne peut autrement imaginer sinon que l'empereur eust mis lespropos en avant afin de tirer de luy chose qui mist tous ses alliés en souspeçon, et les fist jetter en ses bras. Ne voulut toutesfoys en prendre ouverte division avecques luy ; mais, de la cassation et rupture d'iceux propos , envoya par le seigneur de la Pommeraye s'excuser audit seigneur empereur sur le trépas, alors intervenu, de feu madame sa mère, laquelle avoit avec la royne manié ladite praticque. Les mœurs, conditions et vertus de laquelle dame, et le grand regret qu'elle a laissé d'elle me semblent estre chose trop prolixe, si je voulois amuser ma plume à les raconter.

Estant le seigneur de la Pommeraye arrivé devers l'empereur, ledit seigneur luy déclara, pour dire au roy, comment il s'en alloit en Germanie dresser une armée contre le Turc, qui •XVI" siècLEy Chron. et-Mém.

se préparoi t de faire nouvelle descente en Autriche, priant le roy que ce pendant il voulsist demourer son amy ; ce que le roy non-seulement luy accorda, mais le fist prier de faire une assemblée des princes et potentats chrestiens, pour adviserde faire et dresser une armée à communs frais pour résister à l'entreprinsedudit ennemy de nostre foy. Et ceste mesmes requeste et offre le roy fist faire à nostre Sainct- Père par l'évesque d' Auxerre de Tainteville, son ambassadeur devers Sa Saincteté; lequel Sainct- Père fit à sçavoir au roy qu'il envoyast pouvoir à son ambassadeur d'en communiquer et traitter avec les autres ambassadeurs des prinr ces et potentats chrestiens : à quoy obtempéra ledit seigneur, et y envoya le duc d'Albanie avec ample pouvoir, y offrant non seulement ses forces, mais sa propre personne.

En Germanie, à l'autre voyage auquel avoit esté l'empereur, il avoit beaucoup promis de chosesaux princes et autres Estats de FEmpire, lesquelles ils prétendoient ne leur avoir esté observées et tenues par Sa Majesté, combien qu'elles concernassent grandement les droicts, privilèges et libertés du Sainct-Empire. Aussi tendoit celuy empereur à contraindre lesdits princes et autres Estats de TEmpire qu'ils receussent le roy Ferdinand son frère à roy des Rommains, approuvant l'élection faicte de luy, contre et au préjudice de la bulle dorée, et ol)servances anciennes dudit Sainct-Empire, dont y avoit plusieurs d'entre eux très malcontens. Et de faict le duc Jean, électeur de Saxoigne, le duc Jean-Frédéric son fils, les ducs Guillaume et Louis de Bavière, lansgrave Philippe de liesse, et autres princes, firent entr'eux aucunes assemblées et parlemens, et mesmement un traitté pour la conservation et deffencede tous les droicts, privilèges et libertés du Sainct-Empire ; et par plusieurs fois avoient envoyé devers le roy le requérir d'y vouloir entrer, en vertu d'une ancienne ligue et alliance quia esté inviolablement observée de fort long-temps entre l'Empire et la couronne de France. A quoy ledit seigneur avoit tousjours respondu en termes généraux, et envoyé devers eux un docteur allemand, nommé Gervais Wain, pour entretenir icèux princes en son amitié, sans toutesfoys faire ou promettre particulièrement au* cune chose qui peust contrevenir aux traittés ' qu'il avoit avecques l'empereur.

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Et sur le poinct que ledit seigneur empereur avoit, de fresche mémoire, descouvert au pape les propos de l'entreveue cy-dessus mentionnée, et que le roy avoit occasion de penser et prester l'oreille à ce que plusieurs luy avoient dît souvent, c'est à sçavoir que ledit empereur ne tendoit qu'à Tenlretenir le bec en Teaue de toutes choses, cependant qu'il se fortffieroitd'amys et d'alliances, et l'en discommodef à son pouvofr, retournèrent devers luy les messagers d'iceux princes, avecques amples instructions signées de leurs seings et sceflées de leurs sceaux, et Fuy apportèrent undouble authentique de îeur (raitté, afin qu^il vist et cogneust leur intention n'estre pour invasion quelconque, mais seulement pour la tuition de FEmpire, à laquelle ilestoît obligé par leur ancienne alliance, sans généralement ny particulièrement déroger par Ta teneui^ d'icelle aux traîttés faicts avecques Tempereur; luy remonstrans, au surplus, comme,* s'ils estaient par luy abandonnés, ils seroient contraints, ou de bazarder leurs eslat^ en évidens périls, ou d'entièrement se soubmettre au vouloir et intention de Tempereur, lequel apparemment né tendoit à autre fin qu'à les assubjettir, et rendre l'Empiré héréditaire à sa maison. Et n'estoîént aucuns d'iceux sans crainte que ledit seigneur empereur, soubs ombre et couleur de ceste armée contre te Turc, ne convertist contre eux les forces mesmes qu'ils luy bailloient pour s'ayder contre Fennemy commun de nostre religion. Finai)lemenf, tant Fuy fut dit et persuadé, qu'il se déliWra d'envoyer devers eux homme bien instruit et informé de son vouloir et intention ; et , avecques ceste proihesse, furent les messagers renvo^ es. Lesquels, arrivés en Germanie, ne furent négligens de fenouveller ceste requesie, et, par phisreurs itératives lettres, haster le roy d'exécuter sa promesse, d'autant pfus que desjà F ehipereuTy adverty de leur alliance et traiité, se hastoit de venir à Ratîsbonne tenant propos et u!sant les menaces à leur désavantage.

Le roy, qui en toutes choses vouloît ûsc^ de communication avecques le roy d'Angleterre, son bon frère et perpétuel allié, dès fe commencement des susdites pratîcques avoit envoyé devers luy ambassadeurs pour résider auprès de luy, et luy faire entendre les requesfes et offres d'iceux princes de l'Empire, et sur ce juy demander conseil et advis comment itepouc-

roient, eux deux ensemble, y ehtre!^ tons rupture et infraction des traittés qu'ils avoient avecques ledit empereur. Le roy d'Angleterre, ayant entendu ceste demande, avoit envoyé l'évesque de Wincestre trouver le roy, qui lors estoit à Vatteville en Normandie, pour faire avecques luy quelque nouveau iraitté, tendant, par toutes les voyes à luy possibles, à faire entrer le i*oy en ligué offensive ou jieffensive contre ledit empereur ; ce que îerfit seigneur ne voulut accorder, voulant tousjours oftèerver sa foy promise. Bien estoit- îî (^nseniant d'entrer en despence pour ayder les princes de FEmpire à la conservation et deffence de leurs biens, franchises et libertés, et au seigneur deLiquerques, ambassadeur de Fempereur, lequel, ayant eunouvellesdecestepraticque, luy en estoit venu parler, ledit seigneur roy avoft dit ouvertement que ses traittéà iX Tes garderôit inviolablement avecques Fempereur ; Mais de feîre, en faveur et poui^ le bien fwLrtiéuïier d'iceluy, chose quelconque outre le traitté, ledit seigneur empereur fuy en donnoîf trop peu d'occasion, attendu fe trop peu d'amitié qu'il trouvoit en luy, et la peine que ledit seigneur empereur prenoït au contraire de hiy toRîr et faire perdre tous èes Attryû et alliés.

L'évesque de "Wincestre ce j^éndaùt print congé du roy sans faire autre conclfti^'on ; dont le roy d'Angleterre sort tfiaisfre, qui avoit le cueur amèrement ulcéfé contre l'emperenr, pour les propos et menaces dont il usoit contre luy, print tel regret et desplaisîr, qu'il' semMoif, en plusieurs des |()ropoS qu'il tint à Faitabastedeur du roy estant près de luy, qu'ff se vonlost csibigner de Pamilié dti roy son frère. Pour à qtifoy remédier fedft ambassadeur le pria de lay baîîter d!e rtchef ce qu'if rfemandoft paT escrit, alléguant qu'il pouvott estre que ledit étesqne ne s' estoit pas bien faict entendi^e : ce qui ment ledit roy dé luy bâffiet* de nouveau lesarticl» dà traitté qu'il cnfeiufôii fafre, et qu:'îf appcfloit plus éstroitte aSIiance. Lesquels articles, en ^andè partie, fefidoient en h^ offensire; Éteià après àv6ir entendu leis remonstrances âé Fai^baisadeur, il f&t coûtent de ks modérer; et iceux modérés furent ëitir&^ëi M tcfp^ homme exprès.

Ce pendant fut dépùsch* par le ro^, t«rs les prhices d'Allemagne, messire GuîRatmie du Bellay, seigneur de Langey, gentilhonmxe de »

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chambre» auquel il ordonoa premièrement de l'excuser envers ei^x, et déclarer les causes du iKitardeiQeat du «a dépêche, intervenu, non par négligence dudit seigneur, ou £auUe d'af- HtctÂm et t)on voi|loir à la defCence et conservatiâadesdroita, n# et coutun[)es dudit Empire, mais pour autant qu' il avoit envoyé devers le roy d'Angleterre, son bon frère et perpétuel allié; lequel monstroit affection et désbr de leur ayder à ceste entreprise, et avoit envoyé devers ky réves({ue de Wii^eestre, qui avoit séjourné plus d'un o^isavecquesluy, et seroit depuis retûfimé vers sondit maistre pour luy faire rapport de sa négociation, asseurant à son partement que son maiMr^|ourniroit à son pouvoir quelque boni>e somme de deniers, combien qu'il ne fùst encores résolu de vouloir contribuer à icelle ; mais que, pour n'apporter la dilation, et donner occasion ^uxdits princes de s'ennuyer, et penser que ledit seigneur fust rel'roidy en ceste affaire, il avoit bien voulu envoyer ledit du Bellay deyers eux tant pour purger ladite demeura, qu'aus$i pour les asseurer en parole de prince que, pour rafiection qu'il portoit à la conser;^ation des privilèges, us et coutumes dudit Sfiinct-Empire, ils le trouveroient prest à leurs secours quand près il adviei)droitqu'il se troavast seifl à leur dofmer ayde, et que sondit frère, qu'il ne pensait, ne fust pissez à temps résolu de T^yde qu'il luy youdroit faire.

Secon4cment, (1 fut ordonné audit du Bellay d'asseurer iceux princes que s'il estoit ainsi que l'empereur, envers lequel il désiroit inviolablement observer garder les alliances et traittés ^'il avoit avecques luy, voulsist à cause de ladite cpnserva^on des anciennes observances du Saii^it-Empire, se ipettre en a)*mes à l' encontre d'eaX) ce qu'il ne pensoit qu'il deust adveipr, en ce cas ledit seigneur n'estoit pas pour les abaodoni^r, f^ les ayder ^t secourir à son pouvoir, sans y riens espargner. Et pour ce (fie lesdits princes avoient requis par les ambassadeurs jusqi^ à quelle portion des frais il contribueroH à la guerre si elle advenoit, M quelle som^oe il co^gneroit préalablement, à ce qu'ils ne fusse^^t si tost surprins et opprimés q^'Û n'eust loisir d'y envoyer secours de si loingtaine province, fiost baillé très ample pouvoir audit du Bellay d'en traitter et accorder Itvecques eux, mais avecques très exprès commandement gue ces deniers ne fussent em-

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