LIVRE IV
pays; et pour la deffence de ses mers, depuis les rads Sainct-Mahé jusques au destroict de Calais, de douze navires équippées et avitaillées à la raison, avecques trois mille hommes de guerre sur iceux navires; et réciproquement seroit tenu et obligé le roy d'Angleterre fournir de pareil équippage de navires, en cas que le roy de France fust assailly en son royaume, et de lui envoyer six mille Anglois, qui toulesfoys seroient souldoyés aux despens du roy.
Aussi par ledit traitté fut accordé quMncontinent après que Tun ou Tautre seroit assailly, seroient tenus réciproquement d'arrester tous marchands subjects du prince agresseur lesquels pour lors se trouveroient en leurs royaumes, sauf toutesfoys à semondre par après ledit prince agresseur de rendre ceux de celuy desdits deux princes qu'il auroit retenus en commençant la guerre; et, en cas de refus, seroient baillés tous les marchands ainsi retenus entre les mains du prince assailly, pour recouvrer les siens et se récompenser de sa perte.
Aussi que l'un ny l'autre prince ne pourroit par cy-après faire traitté ny alliance avecques aucun autre prince, potentat ou communauté, sans le sceu et associement l'un de l'autre. Lequel traitté conclu de ceste sorte, ledit seigneur de la Pommeraye porta, de parle roy d'Angleterre, au roy son maistre, lors estant en Bretaigne en la maison du sire de Chasteaubrlant. Ensemble luy porta la dépesche de cinquante mille escus, que ledit roy d'Angleterre consentit de fournir et contribuer à la deffence et conservation des droicts et privilèges du Sainct-Empire, avecques charge de moyenner envers le roy son maistre une entrevue pour ensemble traitter des moyens de résister au Turc, au cas qu'il perse vérast d'envahir lachrestienté; ce que ledit seigneur accorda très volontiers. Et estant arrivé sur cest accord, le susdit sieur de Langey , retQumant devers les princes dudit Empire, le roy incontinent le renvoya devers ledit roy d'Angleterre pour luy communiquer le traitté faict en Allemagne, et luy compter au long tout le discours de sa négociation.
Estant le roy en Bretaigne, comme dit est, fut accordé par les États d'iceluy pays de Bretaigne que François, fils aisné du roy, dauphin de Yiennois, seroit recogneu pour duc de Bretaigne, à la chaîne que, luy venant à régner, kdit duché seroit réuny à la couronne, et que
le fils aisné de France par cy-après portoroit le tiltre de dauphin de Viennois et de duc de Bre-* taigne, et seroientmeslées les armesde Bretaigne avecques celles de France et de Dauphiné; et ainsi consécutivement aux autres qui viendroient à régner, au cas que ledit dauphin mourust sans hoirs. Et par là fut aboly le traitté faict par le mariage du roy Charles huictiesme avecques madame Anne,*duchesse de Bretaigne; aussi celuy du roy Louis, douziesme de ce nom, avecques ladite Anne; et celuy du roy François, premier de ce nom, pour lors régnant, avecques madame Claude, fille dudit roy Louis douziesme et de ladite Anne; et furent les choses émologuées avecques toute seureté pour l'advenir.
Estant arrivé ledit du Bellay en Angleterre avecques ledit de la Pommeraye, par ensemble ils accordèrent avecques iceluy roy d'Angleterre du jour, lieu, moyen, ordre et cérémonie de ladite entrevue*, dont, pour conclure des cérémonies qui se dévoient &ire, le roy donna la charge au seigneur de Montmorency, grand-maistre et mareschal de France, et le roy d'Angleterre au duc de Norfolc, pour toutes choses accorder, ainsi que par cy-devant avoit faict ledit grand-maistre avecques le cardinal d'Iorc quand il vint à Compiègne, et que ledit grand-maistre alla en Angleterre, ainsi qu'il est récité au premier livre de ces mémoires.
Les choses bien arrestées, arriva à Boulongne sur la merle roy d'Angleterre, environ le vingtiesme jour d'octobre 1532, auquel lieu il fut receu par le roy et messieurs ses enfans; où, après grandes amitiés, fraternités et privautés qui se pouvoient faire entre tels princes à sa réception, furent le roy et ledit roy d'Angleterre logés tous deux dedans la maison abbatiale dudit Boulongne, dont la moitié fut départie pour le roy, l'autre moitié pour le roy d'Angleterre, son bon frère. Auquel lieu le roy donna son ordre de Sainct-Michel au duc de Norfolc et au duc de Suffolc, comme aux deux estans plus près de la personne dudit roy d'Angleterre; aussi ledit roy d'Angleterre donna son ordre de la Jarretière à messire Anne, seigneur de Montmorency, grand-maistre et mareschal de France, et à messire Philippe Chabot, seigneur de Brion, amiral de France. Et après que tous les festins et autres resjouissances furent parachevées au* dit lieu de Boulongne, où s'estoieot trouvés
tous les princes^ cardinaux et grande partie des prélats et noblesse de ce royaume, aus^i pareillement de r Angleterre, allèrent les deux roys de compagnie à Calais, où se ,feit pareil recueil au roy que celuy qui avoit esté &ict à Boulongne au roy d'Angleterre, au grand contentemtnt des priaces et de tous leurs subjects. £t audit lieu de Calais fiil passé, du vingt-huiotiesme jour dudit mois et an, un traitté entre eux, contenant en substance ce qui s'ensuit :
««Quecombien qu'ils creussent fermement que les propos scandaleux semés à rencontre d'eux n'eussent lieu ne foy parmy les gens de bien, *et qu'ils fussent tends à tels qu'ils dévoient estre, <c'est à soavoir bons zélateurs du bien et augmeiïtaiion de la chrestienté, de quoy pou voient assez foire foy les offres souvent par eux Csiictes ,pour résister contre le Turc ; toutesfoys, eux «désirans de plus en plus donner cognoissance 2)arfaicle de ceste leur volonté, et afin que les ^ antres princes se peussent joindre à eux, et regarder, par un mutuel consentement, quel ayde chacun pourroit faire à ce sainct œuvre ; et pour donner ordre à pourveoir aux parties et confins plus prochains du danger d'iceluy Turc, au cas qu'il pôursuivist son entreprinse ou en com^ençast une nouvelle, ils s'estoient assem- J)lés en intention d'en délibérer et conclure, n
Et nonobstant qu'en ceste leur assemblée leur fussent venues nouvelles de la reiraitte du Turc, eux néantmoins craignans que sa retraitte fast pour aucun nouveau desseing, attendu qu'il laissoît en Hongrie bonne partie de son armée, délibérèrent de mettre ensemble^lecasadvenant, jusques au nombre de quatre- vingt mille hommes, dont y en auroitdix mille de cheval, avec rartillerie requise pour ledit camp, et de ne séparer ne desjoindre leurs forces sans le consaitement l'un de l'autre. Ensemble fut accordé par icduy traitté qu'ils envoiroient par devers les potaitats où ils auroient à passer , fust en ItaUe ou Germanie , selon l'occurrence , leur demander passage et vivres , en payant raisonnablement.
Outre ledit traitté, le roy d'Angleterre feit au Toi son frère grandes plaintes et doléances du tort qu'il maintenoit luy estre faict par le pape, sur la matière de son divorce ; et mesmemeot qu'il vonloitlecontraindreoud'alleren personne 4 Romme, ou d'y envoyer homme , avecques {HTociiration exfNresse, pour ester à droict : «ehnse
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que ledit roi maintenoit estre contre toute disposition dedroict,sans aucun exemple du temps passé ; mais, au contraire , que toutes les foyy que pareils cas estaient advenus entre princes souverains, on leur avoit envoyé juges sur les lieux ; car, d'un affaire tel et touchant si près la conscience , et dont il estoit besoing que les parties parlass^t par leur bouche, il n'est raisonnable de le commettre à procureur, et d'aller un prince souverain à Romme, laissât l'administration et régime de son pays , il n'estoit raisonnable. JBncores se plaignoit-il des grieb et exactions de TÉglise romaine sur le clergé et peuple d'Angleterre , tendant à fin d'animer le roy son frère contre le pape et TÉglise romaine. £t le requist très instamment qu'eux deux ensemble envoyassent ambassadeur devers le pape , pour le sommer et appeler au concile, pour venir veoir les abus et gri^ qu'il faisoit aux princes cbrestiens et leurs subject$,et iceu^ estre par ledit concile réparés et réformés. Ce que ledit seigneur roy ne voulut entièrement refuser ; mais, pour autant qu^e ledit Sainct-Père luy avoit faict porter parole par le cardinal de Grantmont de «^ trouver ensemble à Nice oh en Avignon, après que l'empereur seroit de retour en Espagne, il requist le roy,soQbon frère, qu'il fust contât de suratteûdre. Et, pour monstrer qu'il avoit bonne envie et vok>û<é aussi de se plaindre , lui raconta ses grie£s et doléances de ce que ledit Sainct-Père l'avoi t tenu en longue dissimulation de quelques décimes que jà auparavant Sa Sainctetéluiavoit accordé lever sur le clergéde France, pour résister aux entreprises du Turc.
Secondement , pour les nouvelles et indenss exactions , dont s'estoient plaints à |py ceu^ de l'Église g^liciME^, que l'on f^aisoit à Ronune pour l'expédition des bulles, par lesquelles l'argent de son royaume se vuidoitjoumellementet se transportoit hors d'iceluy ; outre plus , (jpe te clergé s'appauvrissoit, et ne S(S faisoient les réparations des églises, ne les alimens et i^ourritures des pauvres ainsi qu'ils doivent ; et,pQi^ plus clairement nmnstrer ce que des$qs, ledit clergé mettoit en avant les annates excessives qu'il convient payer, èsquelles n'a aucune éqoar lité. Et avecques ce , plusieurs officiers ïif^r veaux avoir esté créés, qui sont payés sur Texpédition d'icdles bulles, outre ce que l'onay^ accQustwié d'en p^yer le t^nips.p^, }esp^
* offices , qnand ils viennent à vacquer , se vendent aaprotrfîfît dudit Saînct-Père 5 et se payent proptnes grosses aux huissiers , chambriers , protenoftdres , lecrrs serviteurs et valets , les bortolans et autres ; et, pour la restauration de rÉglisc des Apostres, grande somme de deniers qni estoient tôutesfoys ordinairenïent employés à faire la gueihre au roy.
Et, outre cela, qu'il y a grande mukipfication de bulle» où ilne seroit besoing d'en avoir qa'ane, et que plusieurs autres choses frustratoires se payent où n'y a raison ny apparence; de sorte que c^est, se disoient-ils,unvray engin et filet à prendre argent. D'autre part, qu'il ne se souloit prendre qu'une annate du bénéfice qu'on impétroit ; mais , de présent, on la faîct payer de tous les autres bénéfices qu'on hnpètrepar dispense. Et, quant atnt compositions arbitraires qui se payent des dispenses que l'on baille sur (es cas prohibés de droict, elles sont excessives et pernicieuses. Et , outre ce que dH est , la prorogation des six mots pour prendre possession à ceux qui ont des bénéfices par résignation estoit cause de commettre plusieurs firalcetés, ainsi qu'on avott teupar expérience.
Pour réparation desquels abus le roy afvoit esté souvent i^equis de convoquer un concile dté? PÉgRse gallicane ; ce que ledit seigneur avoit tousjours délayé âe faite, attendant que le pape mesmesy'pourveiistr. mais, ayant n'a guères ledît s*etgneur tenu les Estais du pays et du duché de Bretaigne, luy avoient esté présentés tes grîefs et doléances du clergé tficeluy pays , où S y a;voît des choses si très scandaleuse» et tant contraires et esîorgnéés de Fhonnesteté et éharîtéqui doit estre en l'Église, qu'il ne seroit possible de pftfe; de sotte que ledit seigneur né pouvott bbnneWeirt croire que cela ftist venu à* h cùgnoissance de Sa Saincteté.
Davatitage, avoit ledit seigneur autres grandes causer de douloir , tfautant qu'ayant esté Sa Samneteté it^ertte du grand devoir à quoy s'estoit tm9 icefay seîgnetïr pour là. protection et deffentie àt ht chrestiwité, ledit ^fnct-Père timtesfoys avoit soufSftW et enduré fedit seigneur estre ethstaiwié, au eontraîre «ans qtfiF a^t Wc« afueuii^sembhnt de faire cMentfre sa- ju^ification : chose en taquelle ledit sei^eur n'auroit esté négfigent envers ledit Sainct-Père , quand Offifa voàlu eharger à tort en auèrine lAanière.